ANATOMIE DU LIMBE
La structure du limbe des feuilles normales révèle constamment l’existence d’un plan général d’organisation dont la nature s’écarte assez peu. La lame d’une de ces feuilles peut être effectivement regardée comme formée par un tissu propre ou mésophy lie (DC.) compris entre deux lames d'épiderme , l’une supérieure, l’autre inférieure. Le mésophylle est essentiellement formé par des nervures , ramifiées de façon à constituer un réseau, dans les mailles duquel se trouve un parenchyme remarquable par la nature de ses éléments et de leur contenu.
Les nervures étant fournies par les faisceaux du pétiole, je m’en occuperai tout d’abord, pour aborder ensuite l’étude du parenchyme et terminer par l’examen anatomique de l’épiderme et de ses annexes (stomates, etc.).
Nervures.
Les nervures n’étant que la continuation des faisceaux du pétiole, leurs portions originelles se composent de fibres et de vaisseaux divers, tandis que, dans leurs dernières ramifications, on ne trouve plus que des trachées qui bientôt même cèdent la place à des cellules allongées.
On admet généralement que les faisceaux vasculaires de la feuille ne sont que de simples ramifications de ceux de la tige, mais certains auteurs allemands (Hanstein, etc.,) pensent que la zone ligneuse de la tige est composée de faisceaux primordiaux qui, de bas en haut,
augmentent de volume et, au point où ils ont le plus de grosseur, se portent complètement dans les feuilles (1).
Au sujet de la constitution anatomique des nervures, il convient d’y noter la présence de fibres libériennes : on sait que l’existence de ces éléments dans le bois a d’abord été signalée par M. Decaisne(2), dans les Viscim et les Cissampelos; depuis lors on a vu, dans plusieurs cas, les fibres libériennes se mêler au système ligneux et l’on a constaté aussi que les feuilles elles-mêmes pouvaient avoir des fibres libériennes dans le système fibro-vasculaire ou ligneux des faisceaux du pétiole ou des nervures et, comme on pouvait s’y attendre, les divers modes de distribution des fibres corticales reconnus dans la tige, se retrouvent dans la feuille; c’est ainsi que dans"le Gui, par exemple, chacun des faisceaux vasculaires offre un paquet de fibres libériennes à sa face supérieure comme à sa face inférieure (3).
Si, dans certaines plantes, les nervures n’occupent qu’une étendue assez limitée, il peut arriver, au contraire, qu’elles forment presque seules la feuille : tel est le cas d’un végétal très-singulier de Madagascar., YOuvirandra fenestralis, dont les feuilles ont le limbe percé de trous comme un tamis à larges mailles, par suite du non-développement du parenchyme compris entre les anastomoses des nervures. Celles-ci comptent un nombre de faisceaux variable avec leur importance; c’est ainsi que pendant qu’il n’existe qu’un faisceau dans les petites nervures anastomosées, on en compte trois dans les nervures primaires. Chacun des faisceaux des nervures rappelle d’ailleurs les faisceaux du pétiole par son tissu fibreux périphérique, par un vaisseau au côté inférieur et par sa lacune fibreuse au côté supérieur. Quant à la portion parenchymateuse des faisceaux, elle ne manque pas et ne forme pas autour de ceux-ci, comme on aurait pu le sup-
(1) Hanstein, Ueber den Zusammenhang der Blaüstellung mit dem Bau des dicotylen Holzringes (Monatsbericht de Kœnigl. Preuss. Akad. de Wiss. zu Berlin, 1857, p. 105). '
(2) Decaisne, Sur la structure ligneuse du Gui, etc. (Comptes rendus, t. VIII, 1839, p.,204).
(3) Ad. Chatin, De l'existence des fibres corticales ou libériennes dans le système ligneux des végétaux (Comptes Rendus, t. LX, p. 611), et Faits généraux de l'anatomie des Loranthacèes, etc. (Id., t. LIT, p. 289).
poser, une enveloppe irrégulière ou lacérée, mais une couche à petites lacunes sans diaphragmes, régulière et nettement circonscrite au dehors par deux rangées d’utricules en tout comparables à celles qui constituent la paroi externe du pétiole (1).