DU PARENCHYME
Dans la plupart des feuilles des Dicotylédons, le parenchyme présente des éléments constitutifs fort dissemblables selon qu’on l’examine vers la face supérieure ou vers la fa'ce inférieure. Sous l’épiderme supérieur se trouvent un certain nombre d’assises utriculaires formées de cellules oblongues, perpendiculaires à la direction de l’épiderme et fort exactement serrées les unes contre les autres, ce qui leur a valu le nom de cellules en palissade ; dans le voisinage de l’épiderme inférieur le parenchyme est, au contraire, rameuse ou lacuneux , étant formé de cellules irrégulières, laissant entre elles de nombreuses lacunes, et contenant généralement moins de chlorophylle que les utricules du parenchyme en palissade.
Dans les Monocotylédons on ne remarque plus une semblable dissemblance dans les portions inférieure et supérieure du parenchyme ; celui-ci est effectivement, soit uniforme ou homogène , et constitué, dans les divers points du mésophylle, par des cellules arrondies et lâchement unies, soit symétrique, savoir : composé de cellules plus serrées entre elles sous l’un et l’autre épidermes, plus lâchememeut unies dans la portion moyenne qui représente seule le parenchyme lacuneux (A. Chatin).
(1) Ad. Chatin, Sur l'anatomie de l'Ouvirandra fenestralis (Bull, de la Soc. Bot. de France, t. III, p. 214, séance du 11 avril 1856).
Le parenchyme des plantes grasses ne diffère du précédent que par les dimensions supérieures de ses cellules et par la cohésion qu’on observe dans sa masse (1).
Certains végétaux présentent, dans la constitution de leur parenchyme foliaire, de curieuses modifications que je ne puis malheureusement citer en totalité ; je me borne donc à quelques-uns des exemples les plus remarquables.
Feuilles des Orchidées. —M. Trécul a montré que dans les feuilles de certaines plantes de cette famille ( Pleurothallis racemiflora, spatulata, P. panicoïdes, Physosiphon Loddigesii, Lepanlhes cochlearifolia, etc.), le parenchyme ne se trouve pas immédiatement recouvert par l’épiderme dont il est séparé par une couche de cellules spéciales et dépourvues de matière colorante ; à la face inférieure, il n’existe ordinairement qu’une rangée de ces grandes cellules qui, cependant, dans le Physosiphon Loddigesii, sont entremêlées de cellules contenant des grains de matière verte, tandis qu’à la face supérieure des feuilles il y a, au contact de l’épiderme, quelques rangées de cellules incolores de moyenne grandeur; et, entre celles-ci et le parenchyme vert, on observe de très-grandes cellules allongées perpendiculairement à la face de la feuille. Ces dernières cellules et plus souvent celles qui sont voisines de l’épiderme inférieur, présentent des spiricules dont M. Trécul a minutieusement décrit la formation et les principaux caractères.
Dans les Pleurothallis proliféra et cochleata, dans certains Slilis, etc., ces cellules spiralées sont dispersées au milieu du parenchyme vert; le tissu incolore subépidermique n’y existe pas. Dans le PI. panicoïdes, chez lequel on rencontre ce tissu, il n’y a ordinairement pas de spirales dans les cellules incolores de la face inférieure; mais dans le Pleurothallis racemiflora , le Lepanlhes cochlearifolia, le Physosiphon Loddigesii, les spiricules sont principalement à la face inférieure de la feuille, tandis que dans les feuilles adultes du Pleurothallis spatulata, il y a, en outre, au-dessus du parenchyme vert, deux rangs de
(1) Dachairtre, Éléments de Botanique, p. 333.
larges cellules spiralées que sépare une couche mince d’utricules ordinaires beaucoup plus petits (1).
Les observations de M. Trécul ont été complétées et étendues par celles de mon père qui ont fait connaître dans le parenchyme foliaire des Orchidées plusieurs dispositions anatomiques intéressantes, parmi lesquelles je signalerai les suivantes : 1° Si la matière verte fait généralement défaut dans les cellules spiralées, elle peut cependant y exister (Brassavota venosa, Lælia anceps, etc.). 2° Contrairement à ce qui a lieu dans la généralité des végétaux qui ont vers la face supérieure des feuilles leur parenchyme vert et dense, c’est près de la face inférieure elle-même, dont il n’est séparé que par une assise d’utricules spiralées incolores qu’est placé ce parenchyme. 3° Les faisceaux fibrovasculaires offrent divers degrés de composition. Eu égard à cette dernière et au siège qu’ils occupent, les faisceaux peuvent être divisés en faisceaux du plan médian et en faisceaux voisins des faces de la feuille. Les faisceaux du plan médian, qui souvent existent seuls, sont de beaucoup les plus volumineux et offrent fréquemment les mêmes éléments que les faisceaux des tiges; quant aux faisceaux des plans inférieur et supérieur, ils sont beaucoup plus petits et consistent uniquement en un faisceau de fibres épaisses et habituellement ponctuées (2).
Dans un certain nombre de types appartenant à cette même famille, on rencontre de petits organes entrevus par Meyen et Schleiden, mais dont M. Trécul a le premier fait connaître la véritable nature. Us consistent en des fossettes quelquefois très-profondes et existant tantôt sur une face, tantôt sur les deux faces de la feuille. 11 en sort communément une matière d’apparence granuleuse; Meyen les prit pour des stomates, Schleiden soupçonna peut-être leur nature glanduleuse, mais les décrivit comme des poils modifiés (3), tandis que ce sont de
(1) Trécul, Formations spirales dans des cellules que renferment les feuilles de certaines Orchidées [Bull, de la Soc. Bot. de France, t. II, p. 153, séance du 9 mars 1855).
(2) Ad. Chatin, Anatomie des plantes aériennes de l'ordre des Orchidées , 2° mémoire (Mémoires de la Soc. des sc. nat. de Cherbourg , t. V, 1857, p. 63 et suiv.).
(3) Schleiden, Veber die Grubehen in der Epidermis einiger Blatter, Leipzig, 1844.
véritables glandes cryptoïdes (Trécul), situées à une profondeur variable et offrant une membrane obturatrice plus ou moins convexe (1).
Feuilles de l'Atriplex. — Dans les feuilles de Y Atriplex nummularia, il y aurait, d’après Licopoli : 1° un tissu cellulaire sous-épidermique, différent du parenchyme vert habituel et ressemblant assez au tissu décrit par M. Trécul chez les Bégonia (2) et par M. Duchartre dans le Peperomia blanda. (3), mais qui se trouve ici constamment développé sur les deux faces de la feuille; 2° un parenchyme vert composé de deux systèmes, l’un central qui entoure immédiatement les faisceaux fibro-vasculaires, l’autre périphérique (4).
Feuilles de /’ Aldrovanda. — Dans cette plante, le limbe de la feuille est' représenté par une vésicule qui alternativement se remplit et se vide d’air suivant les saisons, ce qui explique l’ascension de la plante en été, sa rentrée sous l’eau en automne.
Dans la cavité de la vésicule existent des corps de quatre sortes, savoir : a, des papilles d’une seule utricule; b, des corps en forme de ciseaux signalés pour la première fois par M. le professeur Parlatore; c , des poils grêles cloispnnés; d, de nombreux corps d’un jaune rougeâtre, composés de 4-8 cellules rapprochées en couronne (5).
, Feuilles des plantes submergées. — J’ai déjà signalé les curieuses modifications présentées par le mésophylle deYOuvirandra fenestratis; je dois ajouter que dans beaucoup d’autres plantes submergées le parenchyme, recouvert par une simple cuticule (Brongniart), n’est composé que d’un petit nombre d’assises cellulaires dont les éléments présentent des parois plus ou moins épaisses et tantôt sont exactement unis les uns aux autres, tantôt au contraire laissent entre eux des lacunes qui donnent à la feuille beaucoup de légèreté.
Dans les Zoslères, on trouve ces deux types de parenchyme : les
(1) Trécul (Bull, do la Soc. Bol. de France, t. II, p. 449, séance du 8 juin 1855).
(2) Trécul (Bull, de la Soc. Bol. de France, t. Il, 1855, p. 448).
(3) Duchartre, loc. cit., p. 334.
(4) Licopoli, Sulla structura analomica délia Joglia mil'Atriplex nummularia hort. (Annali dell'Academia degli aspiranti naturalisa, 2 e Era, t. II, Napoli, 1869).
(5) Ad. Chatin, Faits d'anatomie pour servir à l'histoire de l’Aldrovanda (Comptes Rendus, t. XLV1II, p. 265).
Posidonia ont un parenchyme lâche, niais continu, tandis que les Zostera et les Cymodocea présentent des lacunes assez développées pour mériter le nom de canaux aérifères (Duchartre).
Après avoir ainsi indiqué les principaux caractères morphologiques des éléments fondamentaux du parenchyme, je devrais examiner quelles substances sont contenues dans leur intérieur; mais leur étude complète m’entraînerait bien au delà de l’histoire de la feuille, aussi me bornerai je à résumer les notions fondamentales relatives aux plus importantes de ces substances, les matières colorantes.