A. DELPECH
https://archive.org/details/b3035545x
Il est aussi difficile de dire au juste ce qu’est la nature de la fièvre qu’il l’est de dire ce qu’est la nature du mouvement, celle de la chaleur et d’autres choses semblables.
Bordf.u.
Le mot fièvre, febrîs , a été employé par les pa¬
thologistes dans deux acceptions que nous devons définir. Tantôt il sert à désigner une réunion de symptômes communs à un grand nombre de maladies , tantôt il est spécialement attaché à un certain groupe d’affections dont ces symptômes forment le principal caractère. Nous n’avons pas ici à nous occuper de la fièvre à ce dernier point de vue. Nous prendrons dans les pyrexies, comme dans les affections d’une autre nature, ce qui constitue l’état fébrile dont nous traiterons exclusivement. Aussi notre description ne pourra-t-elle s’appliquer à toutes les maladies qui, même à notre époque, reçoivent encore le nom de fièvre.
Lorsque l’on cherche, en effet, à isoler le caractère commun qui rapproche toutes les affections qui en ont été dotées, on est frappé du peu de ressemblance qu’el-
1847, — Delpech,
les présentent. -Depuis ces maladies graves, manifestées à l’observation par une exagération marquée de la chaleur animale et par une rapidité plus grande du mouvement circulatoire, jusqu’à la névralgie périodique la plus simple, que d’états pathologiques variés ont reçu tour à tour le nom générique de fièvre ! Gagnant de proche en proche et par des analogies de plus en plus éloignées du point de départ , la compréhension de ce mot s’est étendue peu à peu à des affections qu’aucun symptôme fébrile ne manifeste, et ce qui ne devait être qu’un caractère spécial de certains états devenant dans l’esprit des observateurs le point de vue principal, ils arrivèrent, par exemple, à nommer fièvres larvées des affections qui ne sont caractérisées par aucun des symptômes qui constituent l’état fébrile.
Sans nous préoccuper de ces erreurs de langage et fidèle au titre de ce travail, nous nous efforcerons seulement d’y rassembler les caractères communs et les formes diverses des états morbides caractérisés par des symptômes fébriles. Considérant d’une manière abstraite les maladies où la fièvre se développe , nous leur prendrons ce phénomène commun pour chercher quels en sont les caractères généraux, quelles formes particulières il affecte dans chacune d’elles ou dans les grandes divisions nosologiques où elles se classent. Ces points communs , ces différences une fois établis , il nous sera possible peut-être d’en tirer des conséquences utiles
pour l'appréciation de la nature, de la gravité, du traitement, des maladies. Ces dernières considérations feront Fobjet de la seconde partie de ce travail.
Nous ferons entrer dans une troisième partie l’examen des opinions qui ont été, à toutes les époques de notre science, émises pour expliquer la nature et l’origine de la fièvre. C’est avec intention que nous avons isolé ces considérations théoriques. Ce n’est pas que nous ne leur accordions un très grand intérêt : suivre , au milieu des hommes et des systèmes, les progrès de l’observation appliquée à l’un des faits les plus importants de la médecine, c’est là, sans contredit, une élude attachante et féconde. Mais, tout en profitant des opinions émises jusqu’à ce jour, en les signalant même avec soin lorsqu’elles se rencontreront sur notre voie, nous avons voulu rester essentiellement pratique et donner à l’observation de chaque jour, plutôt qu’à des hypothèses plus ou moins ingénieuses, la plus grande place dans ce travail. Aussi la partie descriptive recevra-t-elle un large développement. Nous étudierons longuement ce que c’est que l’état fébrile , à quels caractères on peut le reconnaître , quelles modifications diverses ils peuvent présenter, et comment il faut les rechercher dans l’observation. Nous ferons , en un mot , tous nos efforts pour décrire la fièvre dans ses symptômes fondamentaux et dans ses formes variées : c’est par cette description que nous allons commencer*