INFLUENCES MÉSOLOGIQUES OU MÉTÉOROLOGIQUES
L'influence des milieux extérieurs à l'homme (causes cosmiques ou mésologiques, comme on dit encore aujourd'hui), comprend les circumfusa qui rentrent dans l'étude de la météorologie.
La météorologie se compose de plusieurs éléments, dont les principaux sont la température, l'humidité, la pureté de l'air.
Nous avons déjà fait connaître comment l'air pouvait contenir des myriades d'êtres microscopiques. L'étude de la flore et de la faune microscopique de l'atmosphère sort du cadre des observations pratiques.il faut savoir cependant que M. Pasteur a trouvé dans l'air des rues de Paris des infusoires, des bactéries, des monades, des vibrions, des monas très petites , des végétaux microscopiques tels que mucorinées, mucédinées, torulacées (champignons), en un mot tous ou presque tous les agents spécifiques des fermentations et des putréfactions, et cela
ÉTIOLOGIE
en grande quantité. Dans l'atmosphère condensée des marais de Sologne, du jardin des plantes de Paris et de Romainville, près Paris, Lemaire recueillit et observa des infusoires, des bactéries, des vibrioniens et des spirilles, des flocons nuageux de petits infusoires, une grande proportion de petits corps ovoïdes transparents non déterminés, des cellules en chapelet, de: spores de champignons et d'algues en grande masse sur les marais, moindres sur le jardin des Plantes et assez rares daus l'air salubre de Romainville.
Nous n'avons à cette question aucun appoint à apporter, si ce n'est par l'induction clinique. Nous savons comment se comportent les maladies qui sont dues à des germes de nature animale, et nous pouvons sans peine faire rentrer la fièvre inflammatoire dans cette catégorie ; aussi, sans connaître les vibrions ni leur manière d'être, nous allons voir comment ils se modifient sous l'influence des agents qui les enveloppent.
Nous ne dirons que quelques mots de la pression et de l'électricité. La pression ne présente à la Guyane que des différences à peine sensibles, le baromètre reste à peu près fixé entre 763,7 et 763,9. Les différences climatériques relatives à l'électricité sont assez peu connues. La fréquence des orages est beaucoup plus grande au Maroni qu'à Cayenne, la tension électrique est très forte du mois de juin au mois de septembre. Il est facile de constater au moment des épidémies une influence très marquée de l'électricité sur la mortalité, mais en temps ordinaire elle ne produit que peu d'effets appréciables. L'ozone a été l'objet d'étude, mais sans résultats positifs.
Les vents sont des facteurs importants mais dont on a exagéré l'action à la Guyane. « Ces esprits de l'atmosphère » n'ont pas une influence unique et propre par eux-mêmes, « On a surtout accusé les vents, dit M. le médecin en chef Mahé, dans son programme de séméiotique et d'étiologie des maladies exotiques, Paris 1880, d'être les messagers ou les colporteurs des émanations nuisibles : le fait est vrai et certain pour le miasme de la malaria, encore est-ce pour des distances peu éloignées; mais il est avéré que les vents ne sauraient servir de véhicules aux maladies épidémiques, aux pandémies, comme la fièvre jaune, le choléra, la peste : l'homme seul ou son haleine, ses vêtements, ses déjections, ses déchets, sont les intermédiaires de ces tristes
fléaux. » C'est l'idée que j'ai émise en m'occupant de la question météorologique dans mon rapport du 3e trimestre 1878.
Il nous reste maintenant à nous occuper des deux facteurs les plus importants, la chaleur et l'humidité et pour donner une idée de l'humidité, nous allons fournir un tableau indiquant le nombre de jours de pluie à Gayenne pendant 10 ans.
Le premier tableau ci-annexé nous montre que le nombre de jours de pluie est en moyenne de 178 par année, c'est-à-dire que l'on a à peu près un jour de pluie sur deux; il faut remarquer cependant que l'on a compté comme jours de pluie tous ceux où le pluviomètre accusait la moindre quantité d'eau.
Nous voyons que les trois mois les plus pluvieux sont les mois de janvier, de mai et de juin ; les trois mois les moins pluvieux sont les mois d'août, septembre et octobre. Le mois de juillet indique le commencement de la saison sèche, mais les pluies sont cependant encore assez abondantes, puisqu'il pleut un jour sur deux.
Le mois de novembre indique la reprise de la saison pluvieuse et présente des variations assez considérables. En décembre, les pluies sont ordinairement abondantes.
Enfin, les deux mois de février et mars correspondent à la petite saison sèche, mais on peut voir que cette saison sèche est encore assez pluvieuse et que la quantité d'eau qui tombe pendant ces mois est assez abondante et assez régulière.
Les maxima correspondent souvent au mois de mai et d'avril; on a vu pleuvoir pendant 15 heures. Les minima ont lieu généralement en septembre et octobre ; le mois de novembre est le plus variable de tous.
Si nous consultons la colonne indiquant la quantité de pluie tombée en un jour de vingt-quatre heures, nous voyons que c'est le mois de septembre qui présente la quantité la plus faible; la plus forte correspond au mois d'avril. Le mois de septembre est donc le mois où il pleut le moins et le mois d'avril celui où il pleut le plus. Dans le tableau que nous donnons, c'est en 1872 et 1877, que le nombre de jours de pluie est le plus faible; c'est en 1871 et en 1874, que ce chiffre est le plus élevé.
Il nous faut comparer cette humidité à la température. La température moyenne à la Guyane est de 27,8: cette région
ÉTIOLOGIE.
est donc placée dans la zone toriide (J. Rochard : climat, Nouveau dictionnaire de médecine et de chirurgie). Elle fait partie de cette bande atmosphérique immense périéquatoriale qui flotte, pour ainsi dire, autour de la ligne équinoxiale comme centre et les lignes tropicales comme extrémités ou limites extérieures.
Cette température varie un peu avec les saisons. Pendant l'été, de juillet à octobre, le thermomètre centigrade marque à Cayenne 25 ou 26 au lever du soleil, 28 ou 30 à midi, 28 depuis le soir jusqu'à minuit, alors il descend à 22 ou 23. Au Maroni, il atteint 30 ou 31 aux heures les plus chaudes, mais il ne dépasse guère ce chiffre. En hiver, depuis octobre jusqu'à juillet, la variation diurne oscille entre 22 ou 23.
L'action de la chaleur et de l'humidité est intimement liée, dans ses effets sur l'homme. A la Guyane, l'hygromètre varie de 90 à 100 (Laure). Il pleut depuis novembre jusqu'en juillet; l'udomètre indique une moyenne de 3ml24 sur le rivage; cette moyenne est beaucoup plus élevée à l'intérieur du continent. Il pleut pendant 184 jours, en moyenne, par année. Le tableau de la quantité de pluie tombée à Cayenne en 10 ans permet de se rendre compte de l'humidité qui doit exister, et encore il est heureux que la plus grande abondance des pluies ne coïncide pas, comme dans certains pays, avec la plus grande chaleur.
« On a de la peine à se faire, en Europe, dit M. Jules Rochard, une idée de ces pluies torrentielles des régions équatoriales. Arago, dans son mémoire sur la pluie, en cite de curieux exemples et entre autres les suivants : A Cayenne, le 14 février 1 820, l'amiral Roussin a vu tomber en 1 0 heures, 280 millimètres d'eau et, du 1 " au 24 du même mois, l'udomètre en a accusé 4,070""-. Au Matouba, du mois d'août 1827 au mois d'août 1828, on en a compté 7,425—. » On peut voir par notre tableau que ces chiffres un peu exceptionnels sont loin de s'écarter beaucoup de ce qui se passe habituellement.
Pour bien faire comprendre les saisons, nous donnons un second tableau, en regard du premier, indiquant la quantité de pluie tombée par mois.
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