GO
On constate des hémorrhagies abondantes par le nez et la bouche; céphalalgie violente. T. 40,2.
H juin. On trouve de l'albumine dans les urines. Matin. T. 39. Soir. T. 39,6.
M juin. Matin. T. 38,2. Soir. T. 38,6. 13 juin. Matin. T. 36,8. Soir. T. 36,8.
U juin. Vers 4 heures du matin, le malade s'est levé pour uriner; la température axillaire était alors à 38,2. Aussitôt recouché, le râle a commencé et il est mort avec une température de 37,4.
Autopsie faite 3 heures après la mort.
Rien dans la poitrine; poumons et cœur sains.
Crâne.— Les méninges sont légèrement congestionnées; pas de sérosité dans les ventricules.
Foie- — Couleur farine de moutarde; poids, i k. 720 gr.
Rate. — Volumineuse 620 gr., mais peu diffluenle et d'une consistance normale; dépôt fibrineux sur sa face convexe.
Reins. — Légèrement congestionnés.
Estomac. — Contient une matière noire assez abondante et présente de nombreuses ulcérations.
Intestins. — L'intestin grêle contient de la matière noire et présente des arborisations sur une étendue assez considérable.
Ce cas a été observé dans les mêmes conditions que le précédent. On peut voir combien l'on est embarrassé à donner un nom à ces cas qui s'écartent de la règle, parce qu'ils ont lieu sur des individus qui se trouvent eux-mêmes dans des conditions spéciales vis-à-vis de la maladie.
J'espère ainsi avoir démontré la nécessité de rapprocher quant à la nature, la fièvre jaune épidémique de la fièvre jaune anormale, mais de les différencier au point de vue de l'évolution clinique.
Nous résumerons notre chapitre du diagnostic de la manière suivante :
1° Nous groupons les maladies observées à la Guyane, aux Antilles et au Sénégal sous deux grands groupes, au point de vue de la nature de la maladie. Nous admettons la nature amarile et la nature paludéenne.
2° La fièvre bilieuse inflammatoire peut être prise comme prototype des maladies de nature amarile et autour d'elle on peut ranger les fièvres dites gastriques et les fièvres pseudobilieuses.
DIAGNOSTIC
8' Les lièvres dites bilieuses peuvent être dues à ces deux causes, avec cette réserve que l'élément paludéen ne produira que les fièvres vraiment bilieuses, avec bile dans les urines, les vomissements et les tissus. "La bilieuse mélanurique serait de nature paludéenne; la bilieuse hématurique, avec son faux ictère, serait plutôt de nature amarile.
4° La fièvre bilieuse inflammatoire, bien que de même nature que la fièvre jaune épidémique offre des différences de moindre intensité. On ne connaît jusqu'à présent que la fièvre jaune épidémique; la fièvre bilieuse inflammatoire serait une fièvre jaune bâtarde, sporadique ou anormale.
Pronostic.
Le pronostic est variable. On peut dire que généralement il est bénin, quand la fièvre bilieuse inflammatoire est tranche, qu'elle ne dépasse pas le degré moyen et qu'elle est dégagée de toute complication, de toute rechute.
On peut dire encore d'une manière générale que la gravité du pronostic est en rapport avec le plus ou moins de concentration du principe toxique, et aussi avec l'intensité du molimen congestif.
Si l'on s'est bien rendu compte de l'altération produite sur le sang par la cause morbifique, de l'ébranlement que le système nerveux peut ressentir par contre-coup, des congestions et des inflammations qui peuvent se produire sur certains ororganes, on voit que le pronostic peut être singulièrement aggravé.
Si l'on se soumet à la classification que nous avons adoptée, en considérant les fièvres gastriques, les rémittentes bilieuses et les fièvres dites typhoïdes bilieuses comme une seule gamme dont le ton primordial serait la fièvre bilieuse inflammatoire, le pronostic change encore singulièrement d'aspect.
Si enfin on la considère comme la proche parente de la fièvre jaune, à laquelle, en vertu de certaines affinités, elle pourrait donner naissance, elle devient exceptionnellement grave et entraîne souvent à sa suite des accidents déplorables.
Avant de déduire les principales indications pronostiques des différents symptômes qu'elle peut présenter à tous les degrés, il nous faut envisager brièvement si le pronostic varie suivant certaines conditions d'âge, de race, de professions et de saisons.
1. Age. Il serait excessivement intéressant de voir si les âges ont une influence bien marquée sur la mortalité dans la fièvre bilieuse inflammatoire.
Malheureusement nous ne pourrons fournir, à cet égard, qu bien peu de renseignements, car si le vulgaire emploie souvent
PRONOSTIC
le nom de fièvre inflammatoire, les médecins qui ont servi jusqu'à ce jour à la Guyane l'ont rarement employé. Aussi nous pourrions nous tromper et induire en erreur en citant des chiffres qui pourraient se rapporter à d'autres maladies. Il est vrai que nous avons mis sur le même rang que la fièvre inflammatoire un certain nombre d'affections désignées sous d'autres noms; nous avons admis qu'on pouvait les confondre pour en faire une seule et même maladie. En admettant même cette opinion, nous craindrions de nous tromper.
D'abord les fièvres rémittentes bilieuses elles-mêmes sont souvent confondues avec les fièvres pernicieuses et même avec les fièvres typhoïdes simples. Ensuite les statistiques que nous pourrions fournir ont été faites dans les hôpitaux de la colonie, où on n'a à traiter que peu d'enfants.
Cependant, d'après mes propres observations, il semble que la fièvre bilieuse inflammatoire est fréquente et grave chez les enfants, si on en juge par la mortalité générale qui règne sur eux à la Guyane. Il est juste d'attribuer à cette maladie une part assez large dans la mortalité pour plusieurs raisons.
Il faut admettre d'abord que la plupart des enfants créoles sont atteints de fièvre inflammatoire, qui est la maladie véritablement endémique. La preuve en est dans ce fait singulier et vraiment remarquable : c'est l'immunité vis-à-vis de la fièvre jaune dont jouissent les enfants Européens nés dans les foyers d'endémo-épidémicité. Ce fait bizarre, encore inexpliqué, ne peut se concevoir que par une première atteinte. En effet, si les récidives de fièvre jaune ne sont pas rares, il n'est pas fréquent de voir la seconde atteinte ressembler à la première et de voir mourir de la véritable fièvre jaune avec ses principaux caractères un individu qui a présenté une première atteinte de fièvre inflammatoire intense. Il peut être pris de nouveau, je suis loin de contester le fait, mais il succombe alors à des complications ou à des accidents typhoïdes, ou à la fièvre jaune anormale. Or, les créoles ne succombent pas à la véritable fièvre jaune.
Une autre preuve, pour établir que les enfants sont plus sujets à la fièvre inflammatoire que les personnes âgées, c'est que les enfants Européens arrivant de France sont plus vite et plus facilement atteints que leurs parents.
GHAPlTKIi X.
t. Race. La question de race serait bien intéressante à étudier, malheureusement encore les documents nous manquent, pour être précis. Cette question, on le comprend, touche de près le problème si brillamment abordé par le Dr Félix Thomas, relativement à l'acclimatation des Européens dans les pays chauds,
« L'Européen, dit le savant professeur dans sou discours d'ouverture à l'Ecole de médecine navale de Toulon, n'est arrêté dans son établissement hygiénique sous les latitudes chaudes que par les maladies, lesquelles, lui infligeant plus ou moins vite, une mort prématurée, s'il y demeure, l'obligent à chercher son salut dans un retour opportun dans ses foyers. «
Le problème difficile à résoudre est de savoir quelles sont ces maladies qui, s'opposant ainsi au maintien de son bien-être somatique, repoussent l'Européen de ces contrées; par quoi ces maladies sont développées ; quelle est dans leur genèse la part à faire au sol et au climat.
C'est à l'étude de ce problème que nous travaillons tous les jours.
Il est un fait qui semble acquis à l'égard de la maladie que nous étudions, c'est que toutes les personnes nées et vivant dans le pays, quelle que soit leur race, sont à peu près dans les mêmes conditions. Je ne crois pas que ce soit une pure question de race, mais bien une question d'accoutumance; il est des causes de maladies auxquelles on reste réfractaire, au moins dans les conditions ordinaires, parce qu'on y est habitué. Quant aux maladies auxquelles on ne s'acclimate pas, les indigènes y sont aussi disposés que les autres.
3. Professions. Les individus ont d'autant plus de chances d'être pris par la fièvre inflammatoire qu'ils sont obligés, par le fait de leur profession, de vivre dans un milieu plus infecté par les germes de la maladie. La maladie semble avoir une prédilection pour certains locaux, certaines salles d'hôpital, certaines chambres d'une caserne, mais au point de vue de la mortalité, ces conditions de contamination ne sont pas toujours suffisantes. En effet, si l'on est pris de la maladie à un moment où le poison n'est pas très intense, on guérira assez facilement; si ou continue à vivre dans le milieu contaminé et que l'intensité des germes devienne plus grande, on pourra être atteint de nouveau, mais d'une manière légère. Après cette seconde atteinte
PRONOSTIC
on aura bien des chances de traverser de nouvelles épidémies beaucoup plus fortes de fièvre inflammatoire et même de fièvre jaune sans être atteint, à la condition que le genre de vie sort le même et que l'on ne s'expose pas aux vicissitudes atmosphériques. On nous demandera si les médecins, si les infirmiers, si les sœurs sont plus exposés à la maladie. Nous répondrons par l'affirmative, mais en faisant des réserves au point de vue de la mortalité, car on acquiert une accoutumance. Nous ne pouvons pas prendre comme exemple les infirmiers qui sont pour la
i plupart des transportés qui habitent le pays depuis longtemps et qui ont déjà passé par bien des épreuves antérieures. Si nous nous bornons au personnel médical, nous voyons que
i la mortalité suit des proportions assez étranges; il y aurait dans ce panégyrique une histoire bien douloureuse et bien curieuse
i à établir. Pendant nos deux années de séjour à la Guyane, nous
| avons vu mourir six de nos camarades, et d'une façon biea différente; si un ou deux ont succombé avec des symptômes évidents de fièvre jaune, les autres ont été tués soit directement, soit à longue échéance par la fièvre inflammatoire. Une règle que je pose en principe et qui s'applique à tout le monde est la suivante : Quand on est encore influencé par une atteinte de fièvre inflammatoire, si l'on en méconnaît la nature, on est susceptible de contracter des maladies graves et souvent mortelles en s'exposant aux refroidissements, au soleil et en commettant
? des excès et des imprudences; une première atteinte maintient longtemps le sujet sous son influence, quand il continue à vivre
3 dans un milieu contaminé, sans prendre les précautions néces- I saires.
Les soldats et les transportés qui habitent des casernes où i les germes sont souvent en aussi grande quantité qu'à l'hô-
4 pital , sont plus exposés que personne aux accidents que nous t: signalons : les soldats, parce qu'ils montent la garde la nuit 1 et font des exercices sous la pluie; les transportés, parce qu'ils £ sont exposés à l'humidité et à la pluie, surtout quand ils son! ï libérés et qu'ils vont travailler dans les placers.
Le genre de vie est donc à considérer et c'est surtout quand les conditions viennent à changer que l'on voit éclater la I maladie sous l'influence de laquelle on se trouvait depuis I longtemps. Unefemme transportée, morte au Maroni à l'époque
ù M. Fouque y dirigeait le service de santé, était infirmière à l'hôpital depuis un certain temps. Elle se marie, -presque •aussitôt Bile tombe malade et succombe à mie fièvre appelée rémittente biheuse. Elle présentait de la suffnsion ictérique, (Hne suff'usion sanguine autonrdes mâchoires; la surface interne de l'estomac présentait un piqueté hémorrhagique abondant.
C'est un fait remarquable, que certaines personnes ne sont atteintes que lorsqu'elles changent de vie et de milieu. Peoidantiune épidémie à la Guyane anglaise, le DT Blair avait déjà remarqué que le moyen dédouaner la lièvre jaune à un gardemalade, «'était 'de le renvoyer de l'hôpital. Après avoir battu ï« pavé pendant quelques semaines, on le voyait revenir à l'hôpital comme malade.
L Mois et saisons.. 'Quand l'étude de 4a fièvre bilieuse inflammatoire sera plus complète, il faudra dresser un bilan de la mortalité par mois et par saisons. Pour le moment, non* n'avons pas assez de documents poar entreprendre un pareil travail. Cependant, d'après tous ies renseignements que nous avons fournis, on peut voir que les variations dans la mortalité ne se limitent pas à un mois, ni à une saison. Il y a plutôt des années ou des saisons dans l'année plus ou moins mortelles, car tout dépend de la plus ou moins grande abondance des germes et de leur ;activitô. Après une épidémie, on nettoie une caserne et .les maladies semblent disparaître, mais peu à peu on les voit s'aocenfcuer de nouveau pour constituer plus tard une nouvelle épidémie.
On peut dire que les mois où les jours de pluie alternemt avec des jours de chaleur et de soleil sont les plus dangereui pour augmenter les maladies et grossir la mortalité, mais il faut ique les germes aient déjà une oertaiae activité.
Ne pouvant faire mieux, nous allons donner un tableau trimestriel de la mortalité générale au Maioui et aux Iles-duâ-Saliait, pendant huit ans. On pourra juger, d'une manièregénérale; qwe la mortalité à la Guyane est loimCêtre en rapport avec le» époques qui devraient tout spécialement déterminer les affeo* tions paludéennes, qui 'doivent toujours se manifester sous l'influence du dessèchement •des marais, par le fait 'du dégagement des émanations manemrawutiqiittes.
PRONOSTIC. 467