‹ De la fièvre dite bilieuse inflammatoire à la GuyaneChapitre 53 sur 57 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

M. Chapuis, que rien ne justifie l'épithète de fièvre bilieuse. Malgré tout, nous avons cru devoir la conserver, parce qu'elle est généralement adoptée et qu'elle indique au moios les altérations de l'appareil biliaire.

Cette maladie présente le plus souvent au début le caractère inflammatoire. Le pouls est large, bondissant, le faciès est coloré, les yeux injectés ; les phénomènes circulatoires prédominent. Au bout de quelques jours, elle perd ce caractère et prend un autre cachet, mais il n'en est pas moins vrai que la scène s'ouvre presque toujours par la forme inflammatoire.

Ainsi après ces explications et avec ces restrictions, on peut accepter, pour le moment du moins, le nom de fièvre bilieuse inflammaloire.

L'historique que nous avons donué est peut-être un peu loDg, mais il contient un ensemble de faits intéressants et significatifs. En présence d'une question aussi difficile et aussi peu connue, il fallait accumuler des faits et ne marcher que la preuve en main; il fallait aussi dégager des observatioas de nos illustres devanciers tout ce qui pouvait confirmer nos idées au point de vue nouveau auquel nous nous placioDS. En analysant les rapports des hommes éminents qui ont dirigé le service médical à la Guyane, pendant un grand nombre d'années, nous avons pu arriver facilement à déduire quelques conclusions très importantes. Nous avons vu les oscillations de certaines maladies en relation étroite avec les mouvements de personnel; nous avons vu la maladie se localiser par intervalles dans un point plutôt que dans un autre, en dehors de toute influence tellurique. Les Iles-du-Salut nous ont paru aussi meurtrières pour les nouveaux arrivés que les points réputé» les plus marécageux.

Après avoir étudié la maladie dans son ensemble, dans ses

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formes et ses variétés, avoir analysé un à un tous les symptômes et donné le résultat de nos investigations cliniques et nécroscopiques, nous avons tenté une étude synthétique. Nous avons essayé de déterminer le groupement des caractères qui pouvaient en faire une entité morbide et nous avons soigneusement étudié les rechutes et les complications dont elle est susceptible.

Nous avons pu déduire logiquement la cause d'après la marche et le caractère contagieux de 'la maladie, L'existence des microbes n'est pas une hypothèse, puisque dans plusieurs circonstances nous avons constaté la présencede bactéries. Quand on voit une maladie se développer sur un grand nombre d'individus à la fois et qu'on la voit disparaître ou se modifier après une désinfection, il n'est pas irrationnel de songer à un germe contage. Il n'est pas forcément [nécessaire de connaître sa constitution, si l'on connaît sa manière d'agir, les influences qui favorisent son développement et les conditions suivant lesquelles il agit sur les individus.

Si l'on cherche ensuite, par la physiologie pathologique, à saisir son mode d'action sur l'organisme, on arrive à avoir une idée très nette de sa nature. C'est une altération primitive du sang sous l'influence d'un ferment de premier ordre, car il se reproduit. La réaction se fait, le système nerveux se révolte et la fièvre s'allume. Les organes sont le siège de congestions passives et les sécrétions sont altérées. Le sang devient fortement acide et la sérosité qui s'extravase est également acide et irritante. Sous l'influence de l'excitation du début, le foie se congestionne d'abord et produit de la bile et de l'urée, mais bientôî. en raison de la stase passive et de l'altération du sang, il fait moins de bile, moins d'urée, moins de sucre et on observe le dépôt de granulations graisseuses dans les cellules. S'il n'est

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pas encore parfaitement établi que le foie soit principalement chargé de la fonction uropoéitique, un fait se dégage nettement de mes observations, c'est que la bile et l'urée marchent de pair quand les fonctions hépatiques sont activées.

La rate se congestionne également sous l'influence de l'altération du sang. Du côté du tube digestif, on observe des hypérémies passives aboutissant à la transsudation sanguine avec ecchymoses et ulcérations ; les ganglions mésentériques sont volumineux et parfois remplis de matières noirâtres. On dirait une fièvre typhoïde sans folliculite. Il se produit aussi différentes localisations du côté des poumons, du péricarde et des méninges. Nous trouvons enfin tous les signes d'une fièvre infectieuse ou typhique avec certains caractères de transmissibilité.

Le diagnostic absolu n'est pas difficile à établir, si l'on veut grouper les uns à côté des autres un certain nombre de signes fondamentaux. 11 m'a paru nécessaire de rapprocher de cette entité morbide plusieurs variétés éparses cà et là avec des dénominations plus ou moins différentes. Sans doute cette étude synthétique est un peu hardie, mais je crois qu'elle est conforme à la vérité, parce qu'elle est basée sur la nature de la maladie. J'ai longtemps réfléchi sur ce point et je n'ai marché dans cette étude difficile et délicate que l'observation à la main. Sans doute la puissance de conviction l'emportait, mais je devais convaincre le lecteur et l'expérience me dira si j'ai eu raison d'avoir confiance. Du reste, après avoir longuement et mûrement réfléchi, j'ai vu un tel chaos dans les fièvres des pays chauds confondues un peu trop aisément dans cette vaste synthèse du paludisme que je me suis décidé à faire un pas en avant dans cette voie nouvelle.

Le diagnostic différentiel n'était pas moins difficile à faire,

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car il fallait séparer du groupe nouveau que je venais de créer toutes les fièvres qui s'en détachaient. Je me suis surtout efforcé de tracer les grandes lignes de démarcation entre les fièvres de nature paludéenne et les fièvres de nature amarile.

Tout en cherchant à établir que la fièvre bilieuse inflammatoire est de même nature que la fièvre jaune, il fallait songer à différencier ces deux espèces dissemblables, quant à l'accentuation des lésions et à La rapidité d'évolution. Nous avons cherché à démontrer que la fièvre bilieuse inflammatoire est endémique en Amérique, comme la fièvre typhoïde est endémique en Europe et nous avons admis le rapprochement de la fièvre typhoïde et du typhus pour faire comprendre la relation entre la fièvre bilieuse inflammatoire et la fièvre jaune épidémique.

De tous ces faits, il semble résulter que la fièvre bilieuse inflammatoire est une fièvre jaune bâtarde, sporadique ou anormale pouvant, dans certaines conditions encore indéterminées, servir d'appoint et de substratum à la véritable fièvre jaune.

Nous n'avons fait qu'esquisser les grandes lignes de traitement et indiquer sommairement les principales règles d'hygiène qui découlent de cette étude. C'est dans cette voie nouvelle que l'on trouvera la solution du grave problème de l'acclimatement et de la colonisation.

HÉDICACB V

Introduction VM

Chapitrb 1er. — Définition. — Synonymie 1

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