VI® OBSERVATION
Diathèse purulente spontanée.
Le 16seplembre 1845, on apporte àl’Hôtel-Dieu, salleSaint-Côme, n® 27, le nommé***, âgé de dix-sept ans, pâtissier. Ce malade est entré depuis deux jours à l’Hôlel-Dieu. Il a d’abord été placé dans une salle de médecine. Le chef de service l’a fait passer en chirurgie, parce qu’il avait un panaris, et suivant lui les symptômes d’une coxalgie au. début.
Le malade est maigre, chétif, et dit n’avoir jamais éprouvé de maladie grave. Il habite Paris depuis trois ans. Le 17 septembre, le matin, il a de la fièvre, 90 pulsations par minutes ; le pouls est plein, régulier, sans dureté ; la peau est chaude, sans moiteur. La nuit a été trèsagitée; il a eu du délire ; il reste un peu de stupeur. Il se plaint surtout d’une vive douleur dans l’aine gauche, qui se prolonge en avant et latéralement le long de la cuisse en arrière du côté de la fosse iliaque externe. La partie est médiocrement tuméfiée ; il y a de l’empâtement , pas de rougeur; la douleur est sourde, profonde ; la pression ne s’augmente pas d’une manière appréciable. Les mouvements de l’articulation ne nous paraissent pas compromis. Le ventre est un peu tendu , non douloureux à la pression; il y a un peu de diarrhée; la respiration est pénible, la langue sèche ainsi que les dents; les narines sont pulvérulentes, les yeux sont inquiets, la soif est vive. Au doigt indicateur gauche il y a un panaris très-avancé; la phalange unguéale est dénudée; la peau est décollée. 11 découle de la plaie une suppuration sanieuse, peu abondante. Le malade ne reconnaît aucune cause traumatique à ce panaris, qui, suivant lui, aurait commencé depuis plus de quinzejours.il n’y a que huit jours que le mouvement fébrile a débuté; à la même époque, la douleur de l’aine s’est fait sentir pour la première fois. Des frissons ont marqué le début de la fièvre. (Sangsues, cataplasmes dans l’aine gauche.).
Le 18. La veille, au soir, le malade a éprouvé un paroxysme fébrile. Il ne paraît pas avoir été précédé de frissons; le pouls s’élevait alors à 130 pulsations. La figure était très-animée et la peau brûlante. Délire pendant la nuit. Le matin, même tableau que la veille. Le ventre est moins tendu. On perçoit du gargouillement dans les fosses iliaques. La langue est sèche, les dents sontnoires, fuligineuses. Le soir, même paroxysme.
Le 20. Même état, même caractère du mouvement fébrile. La faiblesse est moins grande; le malade a uriné seul.
Le 21. Une teinte ictérique olivâtre, déjà un peu visible la veille, se manifeste sur tout le corps.
Le 22. L’empâtement de l’aine augmente, l’état général est aggravé. Dyspnée. Douleur dans les flancs et à l’épigastre. 11 y a eu deux paroxysmes dans lé-même jour, l’un vers trois heures après midi, l’autre le soir, tous deux précédés de frissons.
Le 25. Mêmes symptômes. Chaque jour il y a un ou deux redoublements fébriles avec ou sans frissons’. Fluctuation dans 1 aine, dyspnee extrême, sensation d’une barre qui traverserait d’un hypochondre à l’autre.
Le 26. On ouvre l’abcès de l’aine. Il s’écoule une pnde quantité de pus fétide verdâtre, mêlé d’un peu de sang. L’os iliaque en dehors est dénudé de son périoste. Le soir, deux paroxysmes.
Le 27. Faiblesse extrême, sueur visqueuse, sudarainas sur le tronc
et l’abdornen. . . , , . , i
Le 29. Le mouvement fébrile a repris la régulante du début. Le matin, 80 à 90 puis, faibles. Le pouls se relève un peu pendant le paroxysitie. La nuit, il y a toujours un peu de délire.
2 octobre. Même caractère du mouvement fébrile, faiblesse extrême; cependant le malade se croit mieux, il veut se lever. Gonflement sur la face dorsale de la mam droite très-douloureux.
Le 4 Faiblesse extrême, sueurs colliquatives; le gonflement de la main a augmenté; diarrhée; subdelirium continuel; pouls très-fréquent et très-faible; eschare au sacrum. 11 meurt le 6 octobre.
Autopsie trente.six heures après la mort. - Le foyer purulent est ouvert-il s’étènd, en disséquant les muscles, depuis 1 extrem.te inferieure du muscle fascia lata, dans deux directions, d’abord en arriéré, et en dehors, dans la fosse iliaque externe, au-dessous des muscles fessiers • l’os iliaque est privé de son périoste dans toute son etendue. .a collection purulente pénétrant dans la gaine du muscle psoas s etend aussi en avant, en passant sur la Crête pectinéale dans toute l etendue de la fosse iliaque interne où l’os est aussi dépouille de son perioste. Les uiuSdU disséqués présentent un aspect noirâtre et sanieux.L abcès de la main est ouvert: il s’en écoule un mélange de pus et de sang.
Le troisième métacarpien était dénudé - dans toute son étendue. La dernière phalange de l’index gauche est nécrosée., la peau du reste du doigt est décollée. Tous les autres organes sont pm;Fahemept sains. A la base des deux poumons il y avait un çpgqrgement hypostatique très-prononcé.
Nous l’avons déjà vu,Dance, le premier, sur le terrain restreint de la phlébite, avait montré les points de contact de la fièvre puerpérale et de la maladie des opérés. M. Tessier , en constituant la diathèse purulente comme maladie essentielle, accomplit la réunion des deux maladies, en plaçant l’accouchement au nombre des causes occasionnelles de la diathèse purulente. Pour nous, acceptant cette conclusion, nous avons essayé de la démontrer par l’examen détaillé de la fièvre puerpérale. Cette proposition avait été émise par son auteur presque dogmatiquement dans une vue d’ensemble; elle demeure encore contestée et soumise à toutes les éventualités de la controverse. 11 nous a paru que le meilleur moyen d’en manifester la vérité était de la mettre en contact avec tous les faits particuliers de la maladie.