‹ De la fièvre puerpéraleChapitre 6 sur 9 · V® OBSERVATION · texte numérisé non relu

V® OBSERVATION

Diathèse purulente spontanée.

Le 13 janvier 1844, on apporte à l’Hôtel-Dieu, salle Saint-Landry, n* 25, une femme âgée de vingt-quatre ans. Elle est couturière : il n’y a que huit mois quelle habite Paris; elle affirme avoir toujours eu une santé parfaite et n’avoir eu à souffrir aucune privation. Vers la fin de novembre, elle aurait été atteinte d’une pLeurésie peu grave. Elle reçut les soins convenables et semblait entièrement guérie, quand vers le commencement de janvier, elle fut prise de fièvre avec paroxysmes quotidiens. Ces paroxysmes quotidiens présentaient tous les

(1) Remarques et observations sur la diathèse purulente {Journal de chirurgien Paris, 1845).

-êtades d’un accès de fièvre internailtente, mais la malade avait toujours de la fièvre; elle ne se trouvait jamais assez bien pour se lever, et elle perdit complètement ses forces. On donna le sulfate de quinine qui ne produisit aucun effet.

Nous trouvons la malad.e fort amaigrie; elle a une dyspnée assez grande, la parole est entrecoupée; elle accuse un point pleurétique à l’a base du poumon droit; matité très légère.; la respiration s’entend, mais elle est un peu faible. La malade se plaint en outre de douleurs à l’épaule gauche, au poignet et dans toute l’étendue de l’avant-bras droit et au genou du même côté. Ces douleurs sont provoquées par la pression et le mouvement : il n’y a ni rougeur ni tuméfaction. Le paroxysme habituel a eu lieu dans la matinée : on compte encore 100 pulsations médiocrement développées ; la langue est rouge , peu humide; la soif est extrême.

Le 14. Insomnie pendant la nuit; les douleurs présentent le même caractère ainsi que les symptômes pleurétiques; paroxysme irès.-tranché dans la matinée.

Le 15. Rougeur et gonflement sur le trajet des tendons fléchisseurs de l’avant-bras droit; au genou, gonflement sans rougeuj ; le mouvement fébrile a toujours le type rémittent; le sulfate de quinine ne le modifie en rien; insomnie, anxiété, dyspnée.

Le 17. Le point pleurétique et la dyspnée ont disparu; l’avant-bras et le genou sont toujours de même ; le paroxysme est bien moins tranché le matin et le soir; on compte de 110 à 130 pulsations médiocrement développées; la langue et les dents sont sèches, un peu fuligineuses ; dévoiement.

Le 18. 11 y a eu du délire pendant la nuit. La .face présente de la stupeur, les cornées sont ternes, cependant 1 intelligence est lucide.

Le 20. Le paroxysme n’a plus lieu, le pouls est petit, misérable, et cependant fréquent: 130 à 140 pulsations. Peau sèche avec transpirations partielles.

Le 22. La face est pâle, blafarde, terreuse, très - amaigrie ; dé-

voieraent continuel. Il y a de la fluctuation au genou et à l’avant-bras, qui supportent d’ailleurs la pression sans douleurs.

La malade s’affaiblit chaque jour, les symptômes ne font que s’aggraver sans changer' de caractère ; le pouls, toujours très-fréquent, devient presque imperceptible. L’intelligenQe reste saine jusqu’au dernier moment. Elle meurt le 26 janvier.

Autopsie trente-six heures après la mort. — La peau qui recouvre la région antérieure de l’avant-bras droit est d’un rouge livide ; après l’incision des téguments on trouve une vaste collection purulente qui s’étend depuis le poignet au pli du bras ; toutes les gaines tendineuses sont remplies de pus ainsi que les interstices des muscles. Le tissu musculaire est en partie transformé en pus. L’articulation du poignet est pleine de pus ainsi que le genou malade. Ce pus est blanc , peu fétide. La synoviale a perdu son poli, elle ne présente pas de rougeur. La suppuration s’étend en dehors de la synoviale dans l’épaisseur de la cuisse jusque vers le trochanter. La plèvre gauche offre les traces d’une pleurésie ancienne peu étendue, caractérisée par une fausse membrane qui déterminait l’adhérence des deux plèvres dans le tiers inférieur du poumon. Le tissu pulmonaire est d’ailleurs parfaitement sain. Le foie était complètement exsangue et gras comme celui d’un phthisique.

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