TRAITEMENT
Nous arrivons maintenant à la partie la plus épineuse et la plus difficile du sujet que nous avons entrepris. La fièvre typhoide présente tant d'anomalies, tant de variétés dans l'intensité de ses symptômes, qu'il est extrêmement difficile d'apprécier l'influence des agents thérapeutiques sur leur marche et leur durée. Nous sera-t-il plus aisé d'estimer la valeur d’une méthode de traitement envisagée d’une manière générale, abstraction faite de son action sur chacun des éléments de la maladie ? Nous ne le pensons pas; car pour arriver en pareilles matières à des conclusions positives, il faudrait des faits bien plus nombreux que ceux que nous avons pu recueillir. Comme nous l’avons fait pressentir à l’article du Pronostic, nous ne possédons pas toutes les données du problème, par conséquent, nous ne pouvons le résoudre en entier.
Historien fidèle, nous allons, dans les pages qui vont suivre, exposer, nous n’osons pas dire les résultats auxquels nous sommes arrivé, iwais étudier consciencieusement le mode d’action de chaque médication, laissant à l’avenir le soin de prononcer sur leur plus ou moins d'efficacité. Pour rendre ce chapitre moins stérile en résultats, nous joindrons à l'analyse succincte des cas que nous avons observés l’exposé de la méthode thérapeutique suivie par quelques-uns des praticiens dont nous avons cité les noms dans notre premier chapitre.
Nous diviserons nos observations en deux séries : dans la première, nous classerons celles des sujets dont la maladie s’est terminée par la mort ; et dans l’autre, celles des malades qui ont guéri. Nous examinerons successivement l'influence du traitement sur les sujets de l’une et l’autre série.
ART. |”, — Sujets qui ont succombe.
Comme nous l'avons dit, chez seize de nos malades, la fièvre typhoïde a eu une issue funeste. Voici quel fut le traitement suivi dans ces seize Cas.
Quatre fois on n'employa aucun traitement actif.
Purgatifs. — Neuf de nos malades furent traités par les purgatifs. Dans sept cas on se contenta d’administrer des cathartiques légers ‘huile de ricin, eau magnésienne, eau de Sedlitz). On prescrivait ces médicaments à l'époque de l'entrée du malade à l’hôpital; on les admiaistrait d'ordinaire tous les deux jours, rarement tous les jours, presque jamais pendant tout le cours de la maladie. Nous n'avons pas observé dans ces cas que l'emploi des purgatifs ait exercé quelque influence, soit sur les principaux symptômes , soit sur la marche ou la durée de la maladie. Quant au résultat définitif, nous devons remarquer que sur ces sept malades, deux, dont l'affection s'était montrée sous forme légère, et un troisième, dont l'affection avait été grave, ne succombèrent qu'à des complications. Chez ces trois sujets, l’état de l'intestin démontra, d’une manière positive, que la maladie était sinon puérie, du moins en voie de guérison.
Deux fois aux purgatifs légers on joignit momentanément emploi des drastiques. Ainsi chez un enfant deonze ans atteint de fièvre typhoïde ataxo-adynamique, on administra le 7° jcur de la maladie une potion d'huile de crotor; dans un autre cas, chez un enfant du même âge, et dont la maladie avait revêtu la même forme, la potion fut administrée le 12° jour. Dans ces deux cas, ce fut contre une constipation opiniâtre que l’on employa ce purgatif énergique.
Émissions sanguines. — Trois malades furent traités par les émis- E anguines P
sions sanguines. Chez l’un d'eux, âgé de six ans, on appl'qua en tout trente-quatre sangsues sur l'abdomen; chez un autre, agé de o2zeans,
sh
on posa vingt-cinq sangsues. Dans ces deux cas, la fièvre typhoïde avait revêtu la forme ataxo-adynamique. Le premier mourut le 15° jour, l’autre, le 19°. Nous n’avons pas observéque les émissions sanguines aient en rien modifié la marche des principaux symptômes. Celui de nos malades qui succomba le 9° jour fut traité par les émissions sanguines et les purgatifs à la fois. On appliqua les sangsues aux malléoles le 5° jour, et trois sangsues à la région lombaire le 7°. Cette dernière émission sanguine fut employée dans le but de combattre la rigidité du tronc, mais elle fut loin de produire le résultat qu'on s'était proposé.
Vésicatoires. — Indépendamment des émissions sanguines et des purgatifs, six fois on appliqua des vésicatoires; deux jfois à la poitrine pour des accidents thoraciques ; quatre fois aux cuisses et aux jambes. Dans ces derniers cas les vésicatoires furent dirigés contre l'affection cle-même, et employés à une époque éloignée du début du 12° au 27° jour. Nous n'avons pas observé que leur application ait été suivie d’ulcérations étendues. Chez presque tous nos malades on prescrivit, à des époques variables de la maladie, des cataplasmes vinaigrés chauds, aux pieds, des cataplasmes sinapisés et des sinapismes.
Dans les cas où il survint une complication du côté de la poitrine, deux fois on employa les vésicatoires, et trois fois la potion stibiée. L'émétique fut administré le 17° et le 18° jour à la dose de gr. v. chez une jeune fille de quatorze ans. Il fut donné la même dose à un enfant de neuf ans le 27° jour ; et les 10° et 11° jours à un autre garcon âgé de onze ans, qui succomba le 21° jour. Dans ces trois cas, la tartre stibié n’eut aucune influence sur le pouls, la respiration et l’inflammation du poumon. Enfin, dans un dernier cas, on appliqua les sangsues à la poitrine, pour combattre une pneumonie qui s'était développée à une époque très-avancée de la maladie; cette émission sanguine ne
fut suivie d'aucune amélioration.
es ART. Il. — Sujets qui ont guéri.
Chez ces malades, le traitement qui fut suivi fut à peu près le même que celui que nous venons de passer en revue.
Médecine expectante. — Onze malades furent traités par la médecine expectante. On se contenta d’administrer des boissons délayantes à l'intérieur, et de prescrire la diète. Chez neuf de ces malades, l'affection était légère; dans deux cas elle était assez grave et avait revêtu la forme adynamique,
Purgatifs. — Dans vingt-neuf cas on administra les purgatifs. Douze fois on ne les donna guère que pendant un, deux ou trois jours au plus. Dans ces cas, l’affection était en général légère. Dans les dix-sept autres cas, le traitement par les purgatifs fut continué à partir du moment de l'entrée jusqu'à une époque variable, presque jamais passé le 25° jour, souvent on abandonnait leur usage du 18° au 25° jour. Jamais les purgatifs ne furent administrés tous les jours, pendant tout le cours de la maladie, d'ordinaire on laissait un jour ou deux d'intervalle. Plusieurs malades qui furent traités par cette méthode étaient fort gravement atteints. Cependant il ne nous a pas semblé que le mode de traitement employé ait influé d’une manière directe sur l'intensité du mouvement fébrile et sur les symptômes nerveux. Du reste, les purgatifs administrés étaient, comme chez les sujets qui ont succombé, de l'eau de Sedlitz, de l’eau de magnésienne ou de l'huile riein. Dans aucun cas on ne donna de drastique.
Émissions sanguines. — Dans les quatre cas où l’on employa les émissions sanguines, la maladie avait revêtu une forme grave. Dans un de ces cas, le 6° jour de la maladie on pratiqua une saignée, le 10° jour on appliqua quinze sangsues à la nuque. Le pouls baissa considérablement après cette émission sanguine, et ce fut principalement à
dater de ce moment qu'il survint une amélioration sensible. Chez un autre malade, on appliqua six sangsues à l'abdomen le 12° jour, et dix autres le 13°. Ces deux émissions sanguines n’eurent aucune influence sur le pouls et la respiration, les fonctions cérébrales et le système digestif. Une autre fois, le 8° jour, on pratiqua une saignée d'une palette et demie, le sang était couenneux ; le 9°, on appliqua douze sangsues à l’ombilic; le 10°, onze nouvelles sangsues à l’abdomen: ce fut seulement à partir du 14° que le pouls baïssa. Dans un dernier cas, le 1” jour, on appliqua quatre sangsues à l'anus, le 15° quatre à l'abdomen , quatre à l’anus; lorsque l'enfant entra à l'hôpital, le 19° jour, il était dans un état anémique remarquable. Cette anémie persista longtemps; elle finit par disparaître lorsqu'il eut commencé à suivre un régime légèrement tonique. Enfin, pour terminer ce qui a trait aux émissions sanguines, nous devons dire qu’on appliqua cinq sangsues à l’anus , à l'enfant dont nous avons cité l'observation et chez lequel la maladie avait récidivé. Il n’en résulta aucune modification dans son état général.
Vésicatoires. — On employa les vésicatoires dans les cas suivants : une fois, ie 18° jour, aux mollets ; le 23° jour, aux cuisses; le 45° jour, à la poitrine, chez un malade dont l'affection était grave ataxo-adynamique: du 30° au 35° jour, on saupoudra de sulfate de quinine la surface du vésicatoire. Chez un autre malade, on appliqua deux vésicatoires aux jambes le 22° jour, un vésicatoire au cou le 35°, et un cautère, en arrière à gauche, le 47° jour. Dans un troisième cas où la maladie était grave avec tendance à l’adynamie, le 7° jour on appliqua un vésicatoire à la jambe, et le 42° jour on en posa un autre à la partie postérieure du côté gauche de la poitrine pour combattre un épanchement pleurétique. Dans un quatrième cas analogue au précédent , le 18° jour, on appliqua un vésicatoire en arrière à gauche. Enfin, dans un dernier cas très-grave, où la maladie avait revêtu la forme ataxoadynamique. on appliqua des vésicatoires aux jambes le 13° jour, on en posa un autre aussi le 19°. Dans aucun cas ces différents vésicatoires
— 84 — ne déterminèrent de profondes ulcérations ou ne prirent un mauvais aspect. Mais nous devons faire observer que l’un de nos malades, chez lequel on les avait prodigués, éprouva pendant quelques jours des douleurs excessives en urinant. Ces douleurs tenaient probablement à une légère inflammation de la vessie.
Bains. — Dans quelques cas assez rares on prescrivit l'emploi des : : à ; Ë bains simples ou des bains d’eau de son et de gélatine.
Toniques. — Quelquefois, à l'époque où se dessinait la convalescence, on administra des toniques, du vin de quinquina, de l'extrait de quinquina uni à des préparations ferrugineuses.
Complications.
Dans les cas où il survint des complications du côté de la poitrine , on les traita deux fois par des vésicatoires et une fois par un cautère; dans un dernier cas on n’emploie aucun traitement actif.
Il n’est pas nécessaire d'ajouter que, indépendamment des différentes indications que nous venons de passer en revue, on donnait à l'intérieur des boissons délayantes. Lorsque la fièvre était très-intense, on prescrivait une diète sévère ; mais quand le mouvement fébrile commençait à disparaître, on administrait d’abord des bouillons, puis plus tard des aliments plus nourrissants.
Nous avons dit en commençant que nous donnerions une analyse du traitement employé par les principaux auteurs dont nous avons exposé les doctrines dans notre chapitre historique. Nous allons passer successivement en revue le traitement des docteurs Vendt, Evanson, et Meissner. |
Au début, Vendt prescrit les boissons délayantes. De plus, il administra d'heure en heure quelques cuillerées de la potion suivaute :
Or CE Se 1
En PE Era
Es FL46$ SA 3- ES
Si la fièvre est forte et Fi Le sang = porte à la tête, il fait poser | derrière les oreilles. S'il n’y a pas d'amélioration et que la ion céphalique persiste, il couvre le front de compresses d’ eau froide. Les signes d’entérite sont-ils très-marqués, il pose des sangsues sur l'abdomen, et applique des cataplasmes. Si les douleurs abdominales deviennent plus intenses, il emploie le calomel à dose de nee toutes les deux ou trois heures. Lorsque le diathèse inflammatoire est enrayée, il administre la potion, ou la poudre suivante : |
2% Racine de réglisse, 3 ij.
Infusion chaude pendant une demi-heure.
= 0n ajoute à la colature 3 Z iv.
Sel ammoniaque, | depi.3£f.
; Sirop d’althæa, 3 i.
à prendre par cuillerées.
Ou bien : :
2£ Ipeca, EAUT Poudre d’yeux d’é écrevisse, 3j8.
Sucre blanc, 3 ij.
Divisezen douze paquets égaux, toutes les trois heures un paquet. Si la
fièvre diminue et que le temps de la crise approche, on continue les cataplasmes émollients, et en même temps on frictionne l'abdomen avec l’onguent suivant:
2% Pommade rose.
Liniment volatil.
— 86 — | Lorsqu'il reste de la tension à la région hypogastrique et que l'abdomen est paresseux, il prescrit :
9 Eau de menthe, 3 ii.
Teint rhub. aq., à Sn) 3 j.
Ou liqueur acet. pot., Sucre blanc, 3 R.
Deux fois par jour une cuillerée à soupe.
MM. Evanson et Maunsel!, dans leur traitement de Piléitis, indiquent successivement comme utiles les émissions sanguines, les cataplasmes, les bains, les fomentations, les vésicatoires , les sinapismes, Îles purgatifs, les sels de mercure et l’opium, ete. On ne trouve pas dans cet article ce cachet pratique que présente celui de Vendt. MM. Evanson et Maunseil ne spécifient pas les cas auxquels telle méthode convient plutôt que telle autre; ils ne suivent pas la maladie-pas à pas comme le fait le médecin allemand. Lorsque nous avons analysé ouvrage des deux pathologistes anglais, nous avons dit qu’ils avaient décrit la fièvre typhoide sous le nom d’léitis et sous celui de fièvre rémittente. Le traitement qu'ils appliquent à la fièvre remittente est mieux exposé et plus détaillé que celui de liléitis.
« Au début de la maladie, disentils, un vomitif est utile; de même:il faut employer un purgatif si les intestins sont surchargés. Contre les sécrétions altérées on administrera avec avantage les préparations mercurtelles unies, d’après les circonstances, à un laxatif ou à un sudorifique. Nous avons le plus souvent recours à la poudre de jalap simple ou composée. L’addition de l’ipeca peut être très-utile. Si la chaleur est forte, la soif vive, l’inquiétude grande, un ou deux grains de poudre de James, seuls ou unis au calomel, sont très-utiles pour diminuer la fièvre. Les symptômes fébriles augmentant d'intensité, 11 faut appliquer des sanpsues. On doit aussi recourir aux émissions sanguines dans les cas d’entérite; mais il faut prendre garde de ne pas prendre
; estins ne sont pas très-irrités, les boissons froides avec la crème de
le ventre tenu libre. Dans un état plus avancé, si la faiblesse est grande, les acides minéraux doivent être ‘employés de préférence au quinquiva, qui cependant devient quelquefois nécessaire. Dans le cas où
poudre de Dover, à des cataplasmes et à des bains tièdes, »
Citons pour terminer le traitement de Meissner :
« Dans l’entérite folliculeuse, dit cet auteur, il faut employer les sangsues et les préparations chlorurées. Ces dernières sont encore plus utiles que le calomel, et possèdent ses avantages sans présenter ses inconvénients. Les bains tièdes sont très-utiles ; ils valent mieux que tous les autres médicaments, et font rapidement cesser l'agitation et les douleurs. Les purgatifs conviennent dans les cas où il y a une constipation opiniâtre et où l’on soupçonne l'existence des vers; hors ces cas ils sont le plus souvent nuisibles. Quand les douleurs abdominales sont
très-intenses, Holscher conseille l'administration du calomel uni à l’ex-
une dérivation puissante sur la peau, au moyen de la pommade sti-
biée ou de l’onguent de Kopp.
| nl ae ouver sont essentiels à | pla : NET Le nes pose nous a souvent été utile. Si les i in
tartre conviennent ; la diurèse en est augmentée, la soif satisfaite et
LD ae e . , “ x l'irritation est vive et la diarrhée abondante, on aura reccurs à la
trait de semence de jusquiame à petites doses. Il conseille aussi d'exercer
A Natisss