‹ De la fièvre typhoïde chez les enfantsChapitre 8 sur 26 · ER · texte numérisé non relu

ER

aux débris du ganglion combinés avec un peu de sang coagulé. On trouva dans les replis de ce kyste quelques petits fragments de matière crétacée, et, dans deux ou trois ganglions voisins, quelques points de matière tuberculeuse. Quoique la matière crétacée trouvée dans les parois du kyste jette du doute sur la nature de l’altération du ganglion, nous sommes portés à croire toutefois que cette lésion était de nature inflammatoire, et que c'est un véritable abcès que nous avons observé; seulement cet abcès s’est formé dans un ganglion qui contenait une petite quantité de matière crétacée. Ce qui tend à nous faire adopter cette opinion, c'est qu'il est infiniment rare de voir un ganglion mésentérique tuberculeux entièrement suppuré, tandis qu'aucun de ceux qui l'entourent ne présentent une altération analogue, et que, dans les cas où la lésion du ganglion est due au ramollissement du tubercule, on trouve toujours en contact avec le kyste une couche de matière tuberculeuse plus ou moins épaisse.

Dans les cas où il existait des ulcérations intestinales, les ganglions mésentériques nombreux, mais moins volumineux que chez les sujets de la première série, avaient le volume d'un haricot à celui d’une amande ; quelques-uns étaient ramollis, aucun ne contenait de matière purulente. Chez un jeune malade qui succomba au 30° jour, et dont l'observation est consignée dans la Gazette médicale (1836, p. 104), Les ganglions mésentériques étaient durs et violacés, les intestins présentaient un assez grand nombre d’ulcérations.

Enfin , lorsque la cicatrisation était très avancée ou complète, nous avons trouvé les ganglions petits, gris ou roses, de bonne consistance,

parfaitement sains.

ART. Il. — 4/térations des autres organes.

Après avoir étudié les altérations des plaques de Peyer et des ganglions mésentériques, et avoir démontré que les lésions de ces or- J 1 é ganes sont, dans le jeune âge, presque identiques à celles que l'on ob-

; ? Vatarae »

serve chez l'adulte, nous allons, en suivant l'exemple du professeur

Chomel, passer en revue les lésions qui se lient plus ou moins in-

timement à celles de la fièvre typhoide, ou qui n’en dépendent que d’une manière éloignée. |

S 1°. Lésions des voies digestives.

Pharynæ, æsophage. — Dans un seul cas, nous avons trouvé le pharynx et la base de la langue d’une couleur livide, couvert de fausses membranes blanchâtres, les unes irrépulières, les autres disposées circulairement. Quelques-unes adhéraient assez fortement à la muqueuse, et, quand on les enlevait, on trouvait cette membrane ulcérée. Le reste de la muqueuse pharyngienne était d'une bonne consistance. La jeune malade qui nous offrit cette altération était àgée de quatorze ans; elle avait succombé le 29° jour d’une fièvre typhoide, aux progrès rapides d'une pneumonie traitée par le tartre stibié à haute dose. Nous avions déjà observé pendant la vie des ulcérations dans l’arrière-sorge, qui évidemment dépendaient de l'action topique du tartre stibié. Celles que nous notâmes après la mort tenaient probablement à la même cause.

Deux autres fois, chez des sujets morts le 21° et le 28° jour, le pharynx était d’une couleur rouge-violet, sans autre altération.

Nous n'avons jamais rencontré d'ulcérations dans l’œsophage.

Estomac. — Neuf fois l'estomac fut trouvé parfaitement sain; dars les sept autres cas, 1l présenta quelque altération. L'enfant de onze ans qui succomba au 7° jour avait la muqueuse du grand cul-de-sac ramollie, d’un rouge foncé, avec ecchymoses du tissu sotus-muqueu x. Dans quatre autres cas, elle était très-ramollie, sans changement de coloration, et cela chez des sujets qui avaient succombé à des époques très-différentes, l’un au 20° jour, les autres passé le 30°. Une seule fois le grand cul-de-sac présentait pour toute lésion une simple rougeur. Enfin, chez un sujet de cinq ans, qui succomba le 23° jour, nous trouvämes dans l'estomac trois petites ulcérations, d'une ligne de diamètre, à bords rouges, intéressant toute l'épaisseur de la muqueuse, et,

PE” ve

7 plus, des érosions linéaires sur les faces antérieures el postérieures À dec ce viscère,

Intestin gréle. — Neuf fois sur seize, la membrane muqueuse de l'intestin gréle était dans un état d'intégrité prarfait chez des sujets qui avaient succombé les 15°, 19,20, 25°,28°, 37°, 6° jour , et dans un dernier cas, dont l'époque est indéterminée, mais certainement remonte au delà du trentiëme jour. Dans les autres cas, elle présents des alé. rations de nature diverse, quelquefois trés-étendues. Les deux enfants qui succombérent es 7° et Ÿ jour, offrirenten particulier une lésion considérable de ls muqueuse intestinale, Dans ces deux cas, cette mernbrane présenta dans les derniers pieds de V'intestin tous les caractères de l'inflammation. Elle était d’un rouge vineux avec quelques ecchymoses dans le tissu sous-muqueux, considérablement épaissie et trés -ramollie chez le jeune malade mort le 7° jour; rouge ou rose-foncé soit autour des plaques, soit ailleurs, ne donnant que des

Jambeaux d’une à deux lignes, épraissie en quelques points chez Ven-

fant de quatre ans et demi, mort le Ÿ jour. Dans les autres cas, elle présenta des lésions diverses, de la rougeur accompzgnée de ramollissement , les mémes altérations avec épaississement, et 25pect chagriné de 5a surface, Cette inflammation siégeait toujours dans les trois ou quatre derniers pieds de l'intestin, Une seule fois, la muqueuse avait perdu de sa contistance dans toute son éterdue. Un fait bien digne de remarque Cest que ces différentes lésions existaient, en ÉÉ chez des malades dont la mort avait eu lien 2 une époque 4447 rapprochée du début, tandis que, au contraire, chez l'adulte, les lésions de l'intestin sont d'autant plus nombreuses et plus graves qu ’on ‘éloigne darentzge d du commencement de la maladie Nous ne voudrions pas tirer des conséquences rigoureuses d'un nombre de faits trop restreint, A6 NOUS DE pOUTONS DOUS ermpécher d'étre frappé de Ja tendance dela hévretyphoïde se compliquer d'eutérite chez les enfants; et, en rapprochant c: s faits d'autres obscrvalions que nous citerons

plus tard et dans lesquelles nous verrons la majeure partie des #11p-

un

De tômes de l'affection typhoïde chez des sujets dont l’autopsie ne nous a révélé que les lésions de l’entérite simple, nous serons porté à penser que, dans le jeune âge et dans certaines circonstances données, l’inflammation simple de l'iléon se rapproche tellement de l’altération spécifique des plaques, que la distinction symptomatique de ces deux maladies devient d’une extrême difficulté. Nous aurons occasion plus tard de

développer cette idée.

Gros intestin. — Le gros intestin était parfaitement sain chez les sujets qui avaient succombé les 7,9, 15, 20, 27° jours. Il offrait, au contraire, une altération plus ou moins profonde, dans les cas où la mort avait eu lieu à une époque assez éloignée du début, et ces lésions étaient d’autant plus générales et plus intenses que la maladie avait duré plus longtemps et qu’elle avait atteint des sujets plus jeunes. Ainsi, chez un sujet mort le 20° jour, on voyait quelques points d’un rouge vif dans le colon, sans autre altération de la membrane muqueuse. Chez un autre mort le 21", elle était généralement rouge et ramollie. Chez des sujets morts à partir du 28°, elle était à la fois rouge , épaissie, ramollie, grenue, chagrinée.

S11. Lésions de la rate.

Les lésions de cet organe nous ont paru être moins fréquentes qu: celles signalées chez l'adulte. Les deux principales altérations que nous avons constatées sont l'augmentation de volume et le ramollissement. Voici le tableau de ces altérations, mises en regard des époques de la maladie auxquelles elles ont été observées.

État de la rate. Époque de la mort.

Rate très-volumineuse et molle. Les 7°, 20°, 23°, 289, 31°, 32° jour. Rate augmentée d’untiers, assez molle. Le 19° jour. Rate sensiblement augmentée de vo- , ; ë Le 9°, 15° jour.

lume, sans ramollissement, Ratetrès-molle, sans augmentation de | L . er Chez un sujet mort au delà du 30° jour.

volume. | Dans les autres cas, elle avait son vo- 20°, 21°, 37°, au delà du 30°, 2 mois.

Jume et sa consistance ordinaires.

$ 111. ZLésions du foie.

Le foie était mou et pâle chez trois sujets morts, l’un le 9°, les deux autres le 20° jour de la maladie. Il a presque toujours été noté volumineux ; quelquefois un peu rouge.

La vésicule était saine dans tous les cas.

La bile a présenté des caractères très-différents : deux fois elle était claire comme de l’urine, chez deux sujets morts le 9° et le 20° jour; jaune, filante ou non filante, chez huit sujets morts du 7° jour au 2° mois; brun-rougeñtre, noirâtre, épaisse, filante dans les autres cas.

Ainsi, les caractères de la bile étaient extrêmement variables, et ne présentaient rien de constant relativement à l’époque de la maladie à laquelle ils furent observés.

PS « 9 Ê Fr . :

$ 1V. Lésions de l'appareil génito-urinaire.

Les reins et la vessie ont toujours été à l’état normal.

$ v. Lésions de l'appareil respiratoire.

Larynz , trachée.-—Le larynx n’a offert qu'une seule fois une lésion assez importante. Chez un jeune enfant mort au 28° jour, nous avons. trouvé à la face interne et postérieure des cordes vocales deux petites ulcérations verticales d’une ligne de diamètre, ayant intéressé la muqueuse et le tissu sous-muqueux; leur fonds était constitué par le cartilage dénudé. Chez un autre enfant mort au 28° jour, la trachée était rouge, parsemée de petites plaques jaunâtres, qui se détachaient facilement et laissaient au-dessous d'elles de petites ulcérations circulaires. Le malade dont il s’agit avait succombé dans la convalescence d’une fièvre typhoiïde. La mort avait été causée pr une variole intercurrente, à laquelle probablement 1} faut rapporter les lésions que nous venons de décrire. Trois fois nous avons observé une

rougeur assez vive du larynx, sans autre altération; et une fois une arborisation de la muqueuse de la trachée. Enfin, dans un dernier cas (ils'agit d’une jeune fille qui succomba au 20° jour), la trachée était rouge dans toute son étendue, en plusieurs points elle avait perdu uné partie de son poli et de sa consistance; on apercevait aussi un certain notmbre de grains jaunâtres, adhérant assez fortement à la muqueuse, et logés dans des petites excavations qui en occupaient toute l'épaisseur en deux ou trois points seulement.

Les bronches ne nous ont offert de lésions spéciales que dans un cas, chez un enfant de onze ans mort le 21° jour. Celles du lobe supérieur droit, qui était hépatisé, contenaient de petites conerétions allongées, rouges, arrondies, un peu élastiques, tout à fait semblables à de petits caillots. La membrane muqueuse bronchique n'a vait subi aucune altération.

Plèvres et poumons. — Deux fois seulement, chez un enfant mort le 7° jour, et chez un autre mort passé le 30°, les plèvres et les poumons étaient parfaitement sains. Nous devons rapprocher de ces deux cas celui d’une jeune fille chez laquelle nous ne trouvâmes pour toute lésion qu’un tubercule au sommet du poumon droit. Dans un seul cas, chez un enfant de quinze ans mort au 20° jour de la maladie qui l'avait amené à l'hôpital, la plèvre seule était enflammée, couverte de fausses membranes, molles, récentes. Cette pleurésie de fraiche date, avait masqué l'affection typhoide, et absorbé toute notre attention. Nous avions constaté la disparition de l’épanchement; le malade se levait et se promenait dans les salles, lorsque tout à coup il fut pris d'un mouvement fébrile très-intense, d’une éruption d'innombrables sudamina, et vingt-quatre heures après la mort survint. Nous constatâmes que la pleurésie était en voie de résolution, mais l'intestin contenait un grand nombre d’ulcérations sur des plaques rouges et saillantes. Dans tous Îes autres cas, la pleurésie accompagna la pneumonie. L'hépausation se présenta sous deux formes : lobulaire et lobaire; la forme lobulaire simple existait à la base, des deux côtés en arrière.

nn 7

chez deux sujets qui succombèrent, l’un le 9° jour, l’autre le 15°. Dans deux autres cas, chez des enfants qui moururent les 2{e et 23° jour, la pneumonie se présenta sous la forme lobulaire généralisée; dans tous ces cas, elle était double. Dans quatre autres cas, la pneumonie fut lobaire , une fois double, une fois au troisième degré.

Deux fois nous avons observé l’apoplexie pulmonaire, une fois sous forme lobulaire, une autre fois au centre d’un poumon hépatisé; mais le sujet qui présenta cette lésion avait succombé à une complication de variole.

Enfin, sur seize autopsies, cinq fois seulement nous avons trouvé des tubercules dans le poumon: ils étaient très-peu nombreux (quelques granulations dans le lobe moyen droit, un ou deux tubercules au sommet du poumon).

$ VI. Lésions du système circulatoire.

Péricarde. — Dans un seul cas, le péricarde nous a offert une lésion appréciable de date ancienne. Le feuillet péricardique du cœur offrait, à la face antérieure de cet organe, des fausses membranes épaisses dans leur partie adhérente, flottantes par leur autre extrémité. Ces fausses membranes , assez résistantes, occupaient, en divers points, un espace de trois à quatre lignes. L’une d'elles existait à la pointe du cœur; elle était celluleuse et comme formée de filaments parallèles. La quantité de sérosité que contenait le péricarde n’a jamais été abondante ; une seule fois il n’y en avait pas du tout.

Cœur. — Nous n’avons observé que deux fois la mollesse du cœur signalée par M. Louis, comme existant chez l'adulte dans la moitié des cas. La mollesse que nous avons observée n’était pas extrême; nous l'avons notée chez un sujet mort le 20°, et chez un autre mort le 32° jour. Quant au sang que contenait le cœur, nous avons trouvé le plus ordinairement des caillots jaunâtres, quelquefois du sang liquide, et des caillots gelée de groseilles. L'endocarde n'était pas coloré; les valvules étaient souples, lisses, transparentes.

= = $ VI. Lésions du système cérébro-spinal.

Encéphale. — Les enveloppes du crâne nous ontprésenté des lésions dans deux cas. Chez un sujet mort au 37° jour, et chez un autre mort au 23°, nous avons trouvé du pus dans le tissu sous-cutané de la tête, au niveau de la région frontale dans un cas, pariétale dans l’autre. Les membranes cérébrales n’ont, dans aucun cas, offert la moindre altération. L’arachnoiïde a toujours été lisse et polie. La pie-mère était assez injectée chez les sujets qui avaient succombé du 7° au 21° jour; chez les autres, elle l'était peu ou point. Dans les deux tiers des cas , il existait une infiltration sous-arachnoïdienne abondante. La sérosité était transparente. La consistance de la substance cérébrale a toujours été normale, sauf dans un cas où elle avait augmenté, et dans un autre où elle avait diminué. La substance blanche était ordinairement injectée, les ventricules contenaient une petite proportion de sérosité; une fois seulement elle était portée à 3 ij. La moelle épinière n’a été examinée qu’une seule fois, les symptômes observés pendant la vie ayant fait soupçonner une lésion de cet organe. Nous avons trouvé dans ce cas un ramollissement très-évident. «A partir de l'extrémité inférieure de la région cervicale, et dans presque toute l'étendue de sa portion dorsale, la moelle offre très-peu de consistance. Le névrilème incisé, et le doigt promené légèrement sur la substance médullaire , la réduit en bouillie. C'est surtout à sa partie postérieure que ce ramollissement est marqué, mais en quelques points il occupe toute l'épaisseur du cordon rachidien. »

Page 1