‹ De La Fievre Typhoide Dans L'ArmeeChapitre 6 sur 14 · Aron · texte numérisé non relu

Aron

Ricque.

Antony.

Roux.

Géniaux. ]

Aubert.

Molard, Longet, Fristo, Renard.

Taquoy.

Desmonceaux, Bolard.

Libermann.

Fournier.

Berge.

Renard.

Combier.

Bouchet.

Blin.

Marmy, Dussourt, Alix, Morand, Annequin.

Bournena. '

Blanc.

Marvaud.

Scolfort.

Madamet.

Cotte.

Martenot de Cordoue, Jeanmaire.

Ferra.

Daga, Denoix, Gérard.

Guirard.

Carayon.

Molard, L. Colin.

Meunier.

Fropo, Renard, Roques, Roux, Domllot, Régnier (travail inséré au Recueil, t.3î, p. 477).

Viry.

Roudet.

Blin.

Nolle.

Dumont de Sournac.

Constantin.

Weill.

Fropo.

Masse, Delon, Perréon, Le Pelletier, Cheurlot, Guillemin, Lauza.

Nous avons mis également à profit une thèse intéressante de M. Péria, ayant pour sujet l'épidémie de la garnison de Tarascon, pendant l'été 1874. (Thèses de Montpellier, 1874).

Art. 2. — Évolution èpidémique.

Les rapports relatifs à la même épidémie ne concordent pas toujours, au point de vue du mode de début de cette épidémie; suivant les uns, elle a fait explosion soudainement, d'emblée, sans présenter cette phase initiale caractérisée par des embarras gastriques, des courbatures, des fièvres rémittentes ou continues, etc.; suivant les autres, le développement èpidémique a été, au contraire, progressif, et la fièvre typhoïde n'est apparue que comme le terme ultime d'une transformation graduelle de la constitution médicale. Cette diversité d'appréciation est, en bien des cas, facile à comprendre ; les médecins de régiment, qui assistent de plus près au début de l'épidémie, constatent plus souvent un certain nombre d'affections qui en constituent comme la phase prodromique, affections trop bénignes pour motiver des entrées aux hôpitaux et qui, par conséquent, peuvent échapper à l'observation des médecins attachés à ces établissements ; aussi avons-nous tenu compte, pour chaque épidémie, de tous les documents reçus par le conseil de santé ; nous avons ainsi pu constater fréquemment la réalité de cette phase prodromique, même dans plusieurs circonstances où le début de l'épidémie avait été considéré comme offrant une soudaineté tout à fait anormale.

10 PS LA FI*\R* TVVaOlDB JUHS i'ARMto*

Dana la majorité des rapporta, on ne mentionne, comme signe pathologique précurseur de l'épidémie, que les embarras gastriques, les courbatures fébriles, les accès de fièvre mal déterminée. On sait que telle est la règle habituelle d'apparition des épidémies de fièvre typhoïde. Nous ne nous y arrêterons donc pas, nous bornant à faire remarquer que la maladie a débuté ainsi, surtout dans les circonstances où l'épidémie se développait, sans que rien révélât l'intervention d'un foyer infectieux spécialement actif.

Dftns 4'wtres circonstances, l'explosion de l'épidémie ? tranché brusquement avec les conditiqps antérieures de l'état sapitaire; les maladies prémonitoires ont été, sait nulles, sqit insignifiantes, spit complètement différentes dans leur nature, de ce qu'elles sont habituellement au début de* ces épidémies ; dans la majorité de ces cas, il a semblé que le mal dépendait d'influences mprbifiques mieux caractérisées, spécialement de l'çictiyité exceptionnelle d'un pu de plusieurs foyers infectieux (égouts de Lyon, 1874 ; de Nancy, i$7Sj; fossés du fort de Vincpnnes, 1874, etc.).

Souvent alors, la date initiale de l'épidémie est nettement déterminée.

Telle fut, par exemple, l'épidémie qui surgissait dans la garnison de Yincennes, pendant Tété 1874, et qui réellement a commencé à jour fixe, le 27 juillet. Deux médecins de cetta garnison mentionnent cependant une légère modification antérieure de l'état sanitaire de leurs régiments. Suivant M.Delon, le 32° d'artillerie, qui devait suh|r une large part de cette épidémie, avait, dès le début du mois de juillet, offert

m h FIÈVRE TYPHOÏDE BANS l'aBMÉB. ii

quelques embarras gastriques, dont r apparition, il çst vrai, n'avait rien d'étrange, dans des conditions de température aussi élevée que celle de ee mois de juillet 1874. Il en était de môme du 12* d'artillerie, d'après M. Le Pelletier, son mé~ deoin-major. Nos deux collègues font d'ailleurs ressortir le brusque changement subi à la fin du mois par l'état sanitaire de leurs régiments, dont chacun, à partir du 27 juillet, date de l'atteinte commune de la garnison de Yincennes, envoie à l'hôpital un nombre considérable de Fièvres typhoïdes.

Le rapport de M. Lauza indique parfaitement cette brusque ascension de l'épidémie. Alors que, depuis le i w juillet 1874, le chiffre moyen du total des entrées à l'hôpital militaire était de 5 par jour, ce chiffre s'élève à :

11, la 27 juillet.

15, le 28'— *

18, le 29 —

28, le 30 —

33, le ,11 juillet,

17, le1"abùt.

6*, le 2 —

64, le 3 —

Telle a été également l'épidémie de la garnison de Tara scon, débutant brusquement le 4 juillet 1874, sans modification antérieurement signalée dans la constitution médicale de la garnison.

Telle l'épidémie qui, le 19 août 1879, frappait, h Nancy, le 4 e hussards, comme un coup de foudre, dit SJ. Daga ; on eût pu eroire à un empoisonnement.

Telle enfin l'épidémie qui éclatait le 19 août 1874, dans la garnison de Lons-le-Saulnier, motivant l'envoi à l'hôpital de 12 malades, dès les trois premiers jours de cette explosion. (Rapport de M, Blin),

A Lyon, en 1874, l'apparition de la fièvre typhoïde a été précédée, non pas des indispositions prémonitoires habituelles, mais d'une affection mieux déterminée et peut-être en rapport, elle-même, déjà avec la cause qui allait entraîner cette apparition. M. l'inspecteur Marmy, alors médecin en chef de l'hôpital militaire de cette ville, a insisté sur la fréquence, dans les premiers jours de mars 1874, de pneumonies typhoïdes, dont le chiffre s'éleva à 63 environ, dans le courant de ce mois. A la fin de mars, les pneumonies devinrent plus rares et la fièvre typhoïde se montra avec ses symptômes classiques. A dater des premiers jours d'avril, le chiffre des entrants augmenta dans des proportions considérables.

A côté des faits précédents, où la soudaineté du début de l'épidémie a été rapportée à des influences miasmatiques d'une activité exceptionnelle, dont nous indiquerons l'origine au chapitre consacré àl'études des causes (chap. 3), il en est d'autres où cette brusquerie initiale apparaît tout aussi évidente, bien qu'on soit fort embarrassé, nous le verrons, de préciser le point de départ du mal.

La période initiale de l'épidémie, chez les troupes revenant du camp de Pontgouin, en octobre 1874, a été fort courte. D'après le rapport de M. Roux, la fièvre typhoïde ne prit date officiellement, à Chartres, parmi les soldats du 2 e dragons, à peine rentrés de ce camp, que le 8 octobre 1874; il est vrai que, dès le 1 er de ce mois, des accès fébriles, des embarras gastriques nombreux, annonçaient un changement dans la constitution médicale; mais ces

malaises recelaient déjà le mal lui-même , car, chez deux hommes qui avaient nécessité leur évacuation sur les hôpitaux du camp, et dont la maladie, méconnue dès le début, avait été prise pour une fièvre intermittente, l'évolution prouva qu'il s'agissait de fièvre typhoïde.

Du rapport de M. Régnier, sur l'épidémie de Pontgouin, il semble résulter aussi que la plupart des embarras gastriques du début n'étaient autre chose que le commencement de la fièvre typhoïde elle-même, dont le diagnostic, en somme, ne s'établit, en général, qu'au bout de quelques jours.

D'après M. Renard, le 3 e bataillon du 101% fort de 405 hommes, parti de Pontgouin, le 6 octobre, pour Laval, où il arrivait le 13 octobre suivant, laissait 20 hommes dans les hôpitaux qu'il rencontrait sur sa route, et en dirigeait 39, sur Laval même, par le chemin de fer; c'était bien l'épidémie déjà dans son plein. Le début rapide de cette épidémie ressort également bien du mouvement successif des malades dans divers régiments, mouvement où l'on voit manquer absolument la période d'augment initial. Les chiffres de M. Roux sont encore très-concluants à cet égard.

Ainsi , à Chartres, dans le 2 e dragons, sur 90 malades, il en entre à l'hôpital ;

51 dès le premier mois en octobre 1874; 19 en novembre ; 10 en décembre; 2 en janvier.

Dans l'épidémie dont furent atteints, lors de leur arrivée à Satoiy, en octobre 1875, deux bataillons du 24 9 de ligne,

qui avaient passé le mois de septembre précédent au camp d'Appeville, M. Nolle signale également la soudaineté de l'apparition des premiers cas de fièvre typhoïde* Dès le premier mois de l'atteinte du 24 e de ligne, 107 hommes (sur un effectif total de 600) sont frappés de la maladie. Gomme chez les troupes revenant de Pontgouitt, Y acmé épidémique se manifestait dès le début. Comme chez ces troupes, l'état sanitaire du camp d'Appeville avait été parfait. Sur les 8,500 hotames qui avaient pris part aux grandes manoeuvres, il n'y avait eu* durant les 28 jours Qu'elles durèrent, (Ju'un nombre insignifiant de malades atteints d'affections pouvant offrir quelques relations plus ou moins éloignées avec la fièvre typhoïde (35 cas d'embarras gastrique et 35 cas dé fièvre* soit intermittente, soit de type indéterminé). Or* dès le 1 er octobre 1875, lendemain de l'arrivée, à Satory, du 24 e bataillon de ligne auquel M; Nolle était attaché comme aide-major, 5 hommes de ce seul régiment étaient envoyés à l'hôpital, atteints de fièvre typhoïde évidente.

De êtes explosions soudaines* on peut rapprocher à bon droit la brusquerie de certaines recrudescences dans des garnisoiis atteintes depuis Un temps plus ou moins long, niais h un deghS relativement modéré.

Telle fut la recrudescence automnale qui débuta à jour fixe, le 24 octobre 1876* dans la garnison de Paris, et que nous signalions ainsi nous-même dans noire rapport :

« D'après les faits observés au Val-de-Grâce, la recrudescence de l'endémie typhoïde, durant le 4 e trimestre 1876, diffère notablement, par la rapidité de son extension et de

son déclin, et sa généralisation immédiate à tous les corps, des allures habituelles de eettfe endémie dans la garnison de Paris. Pendant les trois premières semaines du mois d'octobre, il n'était entré à l'hôpital que 8 Malades atteints de bette affection, malades appartenant pour la plupart au 18 e dragons, casertié au <}tiài d'Orsay* le taal était totalisé à quelques quartiers. G*ôst le 24 octobre que feoffimèticé lé fflôtïvemétat d'àsèetiéton épidètait}Ufe , mouVemiettt Si bt\i& que, que le nombre total des entrants é'élêve à 40 dàtis tefl huit jpteimetfs jottts (du 24 àU 31 octobre).

« Si tious acctftddns Utié diizàiiie de joutas à là pérîotîè d'incubation et àUx symptômes initiaux, chez les premiers entrants, ceux du 24 octobre, il est vraisemblable que les conditions d'infection ou de contage qui entraînaient la recrudescence du mal s'étaient établies du 10 au 15 octobre* pour conserver le même degré d'intensité jusqu'au 20 ou 25 du même mois. » (Léon Colin, rapport cité).

De son côté, M. Molard signalait l'entrée à l'hôpital Saint -Martin, dans cette même période du 24 au 31 octobre 1876, de 71 cas de fièvre typhoïde, fournis patf diverses autres casernes de la garnison de Paris.

Dans ces circonstances, le déclin épidémique,par sa rapidité, éorrespond à là rapidité de l'ascension*

En d'autres cas, l'évolution a été d'une lenteur extrême, et la persistance de raflectiori à été comparable à là ténacité d'uhe endémie. Nous en rechercherons lefc raisotis eft étudiant (chapi 1", art* 1 ) l'affinité de la maladie poul 1 certaines garnisons.

46 DE LA FIÈVRE TYPHOÏDE DANS i/ ARMÉE.

Art. 3. — Evolution clinique.

Rien n'est plus variable, on le sait, que la physionomie clinique des différentes épidémies de fièvre typhoïde. Bien que la majorité des faits soit venue confirmer l'autorité des travaux de Louis, il est des épidémies assez nombreuses dans lesquelles certains symptômes, considérés comme fondamentaux, sont remarquables, soit par leur atténuation, soit par leur absence totale ; que de fois on note, chez des séries de malades, le défaut non-seulement de la diarrhée initiale, mais de tous les signes abdominaux.

N'en est-il pas de même des éruptions, si variables en leurs formes, en leur abondance? Souvent presque nulles en certaines épidémies, les taches rosées sont presque confluentes en certaines autres. Plusieurs rapports, notamment celui de M. Lauza, signalent ces variations de la roséole classique, subissant cette modification que nous avons observée autrefois : au lieu de ces taches rosées, à peine proéminentes, 6e succédant durant sept ou huit jours, par groupes de trois ou quatre, limitées aux hypochondres et à l'abdomen, ce sont des papules acuminées, s'étendant à toute la face antérieure du tronc et aux membres, et faisant leur évolution simultanément comme dans une fièvre éruptive ; M. Alix insiste spécialement sur la fréquence et le nombre des taches rosées, circonstance dépendant, suivant notre collègue, d'influences saisonnières : l'épidémie de Lyon ayant apparu au printemps, c'est-à-dire au moment de l'année où le fonc-

tionnement de la peau devient plus actif et détermine l'apparition d'une grande variété d'éruptions.

Plusieurs rapports renferment des détails plus circonstanriés et plus complets sur l'évolution clinique de la maladie elle-même ; MM. Masse , Daga , Alix , Lauza ont donné, à cette partie de leur travail, une importance et un intérêt aussi considérables que celui des autres chapitres.

Mais il n'entre pas dans le plan de cette étude d'approfondir le côté clinique des faits observés. De ces faits nous ne retiendrons que les particularités qui ont pu imprimer un caractère spécial à l'ensemble de l'épidémie, qui ont pu confirmer certaines présomptions étiologiques, faire admettre même l'intervention d'une cause autre que celle qui produit la fièvre typhoïde, puisqu'on a prononcé les mots de fièvre pernicieuse, de typhus, oupeser sur le pronostic de l'affection.

Ainsi, dans plusieurs rapports, on insiste sur la fréquence de symptômes plus communs dans les manifestations de l'impaludisme que dans la fièvre typhoïde. Le 2 e dragons est atteint à son retour du camp de Pontgouin : Les premiers cas, dit M. Roux, avaient été pris pour des cas de fièvre intermittente. A Yincennes (1874), un médecin de régiment, familiarisé avec les affections palustres, signale l'explosion de l'épidémie, en annonçant l'apparition de fièvres rémittentes à cachet typhoïde (Perréon).

Dans son rapport sur l'épidémie de Nancy, en 1875, M. Daga signale la fréquence des cas dans lesquels le caractère rémittent a été beaucoup plus tranché que dans la

fièvre typhoïde; quelques-uns des tracés thermiques pré-

sentent des courbes exceptionnelles. Parfois, dans le cours de la maladie, apparaissent des accès caractérisés par les trois périodes de la fièvre intermittente. Comme ces hommes n'avaient jamais eu d'accès de fièvre intermittente, et qu'ils n'étaient point originaires de pays palustres, M. Daga est disposé à admettre que les malades avaient subi une double intoxication tellurique et putride; on verra, plus loin, quelle fût l'influence, sur le développement de leur maladie, des émanations provoquées par le remuèrent, en plein été* de terrains primitivement marécageux et, aujourd'hui, fortement imprégnés de matières organiques d'origine animale.

Le pronostic a surtout été aggravé, en certaines épidémies, par la prédominance relative des formes dont le danger semble tenir à l'intensité des symptômes cérébro-spinaux.

M. Daga insiste sur la gravité exceptionnelle de la maladie, à Nancy, durant l'épidémie des mois d'août et de septembre 1875, épidémie dans laquelle sur 58 cas, 8 seulement sont qualifiés de forme commune, tandis que 19 étaient caractérisés par la prédominance des phénomènes ataxiques et cérébro-spinaux.

C'est surtout au début des épidémies que se manifestèrent les atteintes les plus intenses. Les deux premiers cas observés à Lyon par M. Dussourt diffèrent totalement de la fièvre typhoïde classique ; aussi furent-ils considérés comme des cas de typhus, vu surtout la rapidité de la terminaison fatale et l'absence de lésions des glandes intestinales ; il y eut sans doute corrélation entre ces deux faits, l'absence de lésions

n'étant que la conséquence de la brièveté de la maladie : car, dans les autres autopsies pratiquées durant cette même épidémie, MM. Marmy et Alix constatèrent, sans exception, les altérations habituelles de la fièvre typhoïde.

C'est également aux premiers malades de l'épidémie de Vincennes (été 1874), qu'a pu s'appliquer la pensée d'une affection autre que notre fièvre typhoïde ; M. Lauza a divisé en trois phases principales l'évolution de cette épidémie. La première de ces phases, la plus courte ( douze jours en tout, du 27 juillet au 8 août) offre les caractères suivants :

* Maximum immédiat de diffusion ( 268 cas de fièvre typhoïde et 32 cas de fièvre continue simple). — Formes graves très-nombreuses (70 cas de mort, soit 26,4 p. 100, (dont beaucoup presque foudroyants : 20 morts > soit plus d'un quart de ces décès, survenant de 3 & 8 jours après l'entrée à l'hôpital). — Parmi ces cas graves, prédominance des formes primitivement ataxiques. — Abondance et dimension remarquables de taches rosées. — Abondance et proportions exubérantes des lésions des follicules.

« Les deux périodes suivantes sont caractérisées par la diminution de fréquence de l'affection, et, par le retour progressif de sa physionomie habituelle. »

Il est inutile de faire ressortir toute l'importance de ces observations qui prouvent qu'à Vincennes, au moment oùl'affection offrait des conditions d'intensité telles qu'elle invoquait la pensée du typhus, ses caractères anatomiques, intestinaux et cutanés, en affirmaient la nature typhoïde plus nettement encore que d'habitude.

L'expression de typhus a été également employée, en raison surtout de l'intensité du mal, de la prédominance immédiate des accidents nerveux, de l'absence de la diarrhée habituelle, dans quelques autres rapports, notamment dans ceux qui sont relatifs aux épidémies d'Orléans, de Caen et deMâcon ; dans cette dernière garnison, M. Bour» nérîa s'appuie, non-seulement sur la soudaineté du début, mais encore sur la rapidité de l'amélioration dans les cas heureux, rapidité conforme à la défervescence du typhus.

Ce que nous pouvons affirmer, d'après l'ensemble des rapports où ce dernier terme a été formulé, c'est qu'il n'en reste, comme impression réelle, que la pensée de formes extraordinairement graves de la fièvre typhoïde ; toutes les descriptions particulières nous rappellent les épidémies d'une intensité exceptionnelle, et notamment celle que nousmême avons signalée en 1863, soit à la Société médicale des hôpitaux, soit dans nos Etudes de médecine militaire ; les formes méningitiques et spinales, si fréquentes alors, donnaient lieu aux travaux intéressants de Fritz et Chèdevergne sur ces variétés symptomatiques de l'affection. Elles nous rappellent également l'exubérance des lésions et la rapidité du décours constatées soit par plusieurs de nos collègues, soit par nous-même, dans la fièvre typhoïde des pays chauds, notamment en Algérie.

D'après nos recherches, quand ces formes apparaissent en ni s climats, c'est surtout pendant les étés extrêmement chauds, soit que la température agisse directement sur l'organisme, soit qu'elle augmente l'intensité des miasmes

typholgènes (absolument comme dans l'intoxication palustre).

Art. 4. — Morbidité.

L'étude de la morbidité nous indiquera la tendance plus ou moins grande de la maladie à se généraliser, le degré de diffusion des causes typboïgènes ; c'est le complément de l'étude de la mortalité qui, elle, nous en révélera l'intensité.

La fréquence delà maladie dans les divers corps de troupes, c'est-à-dire la morbidité de ces corps par fièvre typhoïde, est parfois artificiellement grossie par le grand nombre d'affections moins graves qui apparaissent simultanément, et qui semblent bien d'ailleurs en rapport avec les mêmes influences pathogé niques. Ces affections ont été spécialement des fièvres continues qui, parfois, ont entraîné de grandes difficultés dans la formule du diagnostic.

À Lyon, pendant l'épidémie de 1874* le tableau pathologique était fort complexe ; d'après M. Marmy, les maladies pouvaient se classer dans les trois catégories suivantes :

1° Embarras gastrique ;

2° Fièvre continue, forme muqueuse catarrhale ;

3° Fièvre typhoïde caractérisée.

Il était impossible de se prononcer immédiatement sur la gravité des cas qui se présentaient. Tel embarras gastrique était le début d'une fièvre grave ; telle fièvre typhoïde tournait brusquement à la guérison, tandis qu'une

22 DK LA FIÈVRE TYPHOÏDE DANS l'aBMÉK.

fièvre moqueuse revêtait les caractères les plus graves de la fièvre typhoïde (Marmy).

Il en est de même des épidémies de Tarascon et de Vincennes (juillet 1874) et de Nancy (1875), très-semblables entre elles, d'ailleurs, au point de vue de la rapidité de leur début, et de leur connexion avec des circonstances météoriques identiques, caractérisées surtout par l'élévation de la température. De part et d'autre, la maladie éclate soudainement au moment des plus fortes chaleurs, débutant un peu plus tôt (4 juillet) à Tarascon, en raison, sans doute, de la différence de latitude.

De part et d'autre également, apparaissent simultanément beaucoup d'affections connexes, classées plus spécialement, à Vincennes et à Nancy, sous le nom de fièvre continue, à Tarascon, sous ceux d'embarras gastrique et de gastro-entérite.

Le chiffre de ces maladies est de 81 à Tarascon, de 52 à Vincennes (juillet Jfet août 1874), de 22 à Nancy (août et septembre 1875), diminuant à mesure que l'épidémie s'accomplit dans des conditions de température moins élevée par le fait du climat ou de la saison.

A Givet (mai 1876), M. Libermann constate également la fréquence des fièvres continues et des embarras gastriques.

Durant l'épidémie du dépôt du 23 e bataillon de chasseurs à Bellac (février, mars 1876), tous les malades qui se présentaient à la visite, quelle que fût leur affection, offraient une physionomie commune, prouvant qu'ils avaient été empoisonnés h la même source, et que seule, très-probable-

DE LA FIÈVRE TYPHOÏDE DANS i/ ARMÉE. 23

ment, la différence dans le degré d'intoxication faisait la différence dans les manifestations, celles-ci consistant soit en diarrhées simples, soit en embarras gastriques, soit en fièvres typhoïdes confirmées ; à la fin, disait M. Buisson, aide-major attaché à ce dépôt, tout le monde était malade (Rapport de M. Du Gazai).

Pendant la durée de l'épidémie du 8 e de ligne à Caen, il y eut 767 fiévreux sur 1,420 hommes d'effectif (Rapport de M. Ricque) ; c'est dire combien il y avait de maladies surajoutées à la fièvre typhoïde.

La densité des atteintes par la maladie elle-même ressort des chiffres donnés dans quelques-uns des rapports.

Rappelons qu'en moyenne, pour l'ensemble de l'armée, la fièvre typhoïde occasionne annuellement l'entrée aux hôpitaux de iO hommes sur 1 ,000 présents, c'est-à-dire du 100 e de l'effectif total. C'est là un point de repère dont il ne faut s'exagérer ni la fixité ni l'importance absolue, car cette proportion ne constitue, qu'une moyenne, qui, chaque année, est de beaucoup inférieure ou supérieure aux mouvements d'entrée aux hôpitaux des diverses garnisons, suivant que ces garnisons ont été plus ou moins atteintes ou ménagées par la fièvre typhoïde.

Nous ne saurions trop demander, à ce propos, à nos collègues des régiments, de signaler toujours, à côté des chiffres des atteintes, le nombre des hommes constituant l'effectif, durant la période épidémique, et, en cas d'épidémie limitée à une caserne, le nombre de ceux qui habitent cette caserne.

Cette indication e6t indispensable pour la détermination de la morbidité gui, dans plusieurs rapports (1), a été ainsi rigoureusement établie*

Cette recommandation n'a pas seulement pour raison le désir d'arriver à des résultats statistiques exacts ; son but principal est la circonscription des limites du foyer typhoïgène; si, dans la relation d'une épidémie de variole, de rougeole, il importe de connaître quelles sont les casernes, et, dans ces casernes, quels sont les locaux plus spécialement atteints, cette connaissance est bien autrement utile encore quand il s'agit d'une affection comme la fièvre typhoïde, où l'atteinte d'un local signifie habituellement non pas que le mal y a été importé et s'y maintient par le fait seulement de la réceptivité de ceux qui l'habitent ; mais signifie ou bien qu'il y est né, trouvant dans ce local lui-même et dans les alentours immédiats, ses conditions, non pas simplement de propagation, mais de génération directe : ou bien que, né ailleurs, il a rencontré en ce milieu des conditions toutes spéciales d'entretien et de reproduction ; indications qui imprimeront Une direction et une précision plus complètes aux moyens prophylactiques.

Il est tout aussi important de signaler, par périodes déterminées, de cinq à dix jours, par exemple, la fréquence

(4) Rapports de MM, Molard, Daga, Weill, Marvaud, Nolle, Bourneria, Lepelletier, Roux, I. Aron. Dans ses rapports sur l'épidémie du 32* régiment d'artillerie et des compagnies du train d'artillerie, à Vincennes en juillet 1874, M. Delon établit, chambre par chambre, batterie par batterie, la proportion exacte des malades au chiffre de l'effectif local.

des cas observés, de façon à établir leur proportion suivant ces périodes.

Qu'un corps de troupes subisse, dans tout le cours d'une année, 20 à 30 atteintes de fièvre typhoïde, réparties sur l'ensemble de cette année, on ne dira point qu'il y a épidémie, bien que cette morbidité soit peut-être double ou triple de la morbidité moyenne annuelle. /

H en sera tout autrement, si un nombre de cas analogue et même inférieur au précédent se manifeste en très-peu de temps : cinq ou six cas de fièvre typhoïde, survenant coup sur coup, en quelques jours, doivent faire pressentir l'intervention d'une cause morbifique puissante. Les graves explosions épidémiques de Lyon, de Vincennes, de Nancy, de Brest, celle qui s'est manifestée lors de la levée du camp de Pontgouin, ont été remarquables aussi bien par le nombre des cas que par la simultanéité de leur explosion initiale, par la densité des atteintes durant les premiers jours.

Pour mieux faire ressortir ces degrés de généralisation du mal, nous ne mentionnerons ici que les épidémies où la morbidité a dépassé de beaucoup ses limites habituelles.

D'après le rapport de M. Marvaud, l'épidémie estivale dp 1875 a atteint 126 hommes delà garnison de Mascara, dont l'effectif s'élevait alors au chiffre de 1735. Proportion : 73 atteints sur 1 ,000.

Cette proportion nous paraît se rapprocher de celle qu'a gubie la garnison de Lyon durant l'épidémie de 1874 (avril et mai) ; ici, d'après le rapport de M. Marmy, le nombre des entrants a été de 457, l'effectif des casernes qui envoient

leurs malade* au grand hôpital de Lyon étant de 6 à 7,000 hommes.

Les atteintes ont été plus nombreuses, s'élevant au 10» de l'effectif, à environ 100 sur 1,000 hommes, dans la fraction du 4* hussards installée à la caserne Saint-Jean de Nancy, au mois d'août 1875 (Daga), et parmi les troupes casernées au Château -d'Eau, à Paris, en octobre et novembre 1876 (Molard).

La proportion a été plus forte encore, et en un temps plus court, en trois semaines, parmi les troupes installées au fort de Vincennes au mois de juillet 1874. Voici les chiffres exacts pour trois régiments d'artillerie :

12° d'artillerie, 79 entrées sur 840 hommes, soit 100 pour 1000 13 e — 106 — sur 720 — soit 140 pour 1000 32e 77 — sur 610 — soit 120 pour 1000

La moyenne des atteintes de la garnison de Vincennes semble donc avoir dépassé 100 sur 1,000 ; c'est-à-dire le 10 e de l'effectif.

Les autres épidémies dans lesquelles la morbidité a dépassé notablement son niveau habituel, c'est-à-dire a été considérable en un laps de temps relativement très-court, sont les suivantes :

1° Epidémie des troupes revenant du camp de Pontgouin (1 874) ; la maladie atteint en quelques semaines le quart et même le tiers de l'effectif; nous en trouvons la preuve dans le travail de M. Régnier (loc. cit., p. 179) ; nous la trouvons en outre dans le rapport particulier de M. Roux,

DS 14 FIÈVRE TYPHOÏDE DANS l'a&MÉJC 27

médecin-m^jor du 2 e dragons : au moment où ce régiment» revenant de Pontgouin, rentre à Chartres, il est atteint de fièvre typhoïde qui, en un mois, frappe 72 hommes sur 230 qui avaient pris part aux manœuvres, soit 310 sur 1,000, près du tiers de. cet effectif.

2° L'année suivante, au mois d'octobre 1875, le 24 e de ligne arrive à Satory, revenant du camp d'Appeville (Seine-Inférieure) , et dans ce seul mois d'octobre, envoie h r hôpital, pour fièvre typhoïde, 107 hommes sur 600, environ 180 sur 1,000 (Nolle).

3° A Brest, enfin, en un mois, du il décembre 1876 au* premiers jours de 1877, le 19 e de ligne compte 1Q0 atteintes environ sur un effectif réduit à moins de 400 hommes, soit 250 sur 1,000, ou le quart de cet effectif.

Art. S. — mortalité proportionnelle au nombre des malades

(pronostic).

La mortalité habituelle de la fièvre typhoïde dans l'armée est de 20 à 21 p. 100 malades. Si ce chiffre n'a pas été toujours atteint dans la période qui nous occupe, comme à Bellac où il n'y a eu qu'un décès sur 20 malades, il a été fréquemment dépassé aussi. Les épidémies de Tarascon et de Yincennes (1874), que nous avons comparées déjà (page 22), se ressemblent encore par leur mortalité, s'élevant au quart environ des malades (25 et 26 p. 100).

Il en a été de même en Algérie : à Mascara, d'après M. Marvaud, il y a eu 29 décès sur 126 malades j au Man-

28 DE LA FIÈVRE TYPHOÏDE DANS i/ ARMÉE.

sourah , d'après M. Blanc, 14 sur 89, c'est-à-dire environ le quart des atteintes dans ces deux villes.

H est digne de remarque que la gravité du pronostic a été notablement inférieure à la moyenne dans les épidémies qui, depuis 1874, ont frappé nos deux plus grandes villes . de garnison, Paris et Lyon. Pendant la recrudescence automnale de 1876 qui, pour la première de ces villes, a constitué la phase épidémique principale de cette période, la mortalité a été, à l'hôpital militaire Saint-Martin, de 38 sur 316 entrées, soit 10,44 p. 100; au Val-de-Grâce, sur 126 entrées, nous n'avons également noté que 11 décès, moins de 9 p. 100.

Quant à la garnison de Lyon, M. Marmy indique, pour la période épidémique d'avril et mai 1874, 47 décès sur 452 malades, soit 10,4 pour 100 malades, chiffre à peu près identique à ceux de Paris.

Le pronostic le plus grave appartient aux épidémies qui firent explosion à Amiens au mois de novembre 1876, et à Brest le mois suivant : 11 décès sur 37 cas dans la première de ces villes, 33 sur 100 dans la seconde, constituent des proportions de léthalité tout à fait anormales, puisqu'elles représentent le tiers des malades atteints.

Art. 6. — Mortalité proportionnelle à Veffectif.

Il s'agit ici non plus du pronostic, mais des pertes totales causées aux différentes garnisons par la fièvre typhoïde, durant ces trois dernières années.

Pour se rendre compte de la valeur des chiffres que nous invoquerons, il faut les comparer h la moyenne des pertes infligées à l'armée par cette maladie qui, annuellement, entraîne une mortalité de 2 environ sur 1 ,000 hommes d'effectif, le 1/S* à peu près de la mortalité totale (10 sur 1000).

Ainsi une épidémie qui occasionnera, dans telle ou telle garnison, une mortalité de 10 sur 1,000 hommes présents, équivaudra à elle seule, comme résultat obituaire, à la somme totale des causes de décès qui eussent pesé sur cet effectif pendant une année entière, en supposant à cet effectif les conditions moyennes d'imminence morbide de l'ensemble de Tannée.

Pour la détermination de la mortalité subie par les différents corps, nous avons mis à profit, non-seulement les rapports de nos collègues de l'armée, niais les documents consignés dans la statistique officielle pour 1874, la seule qui soit actuellement publiée sur les faits compris dans la période qui nous occupe.

Nous ne pourrons donc apprécier complètement la mortalité par fièvre typhoïde pendant les années 187S et 1876; quelques rapports seuls nous permettent de constater à quel niveau elle a pu s'élever en certaines garnisons.

Ainsi, à Mascara, d'après le rapport de M. Marvaud, l'épidémie de 187S a occasionné une mortalité de 16 hommes sur 1,000 présents.

La plus grave des épidémies observées en 1876 est incontestablement celle qui a été l'objet du rapport de M. I. Aron.

Sur 665 hommes du 19' de ligne qui occupaient la caserne du château de Brest, il en est entré 100 à l'hôpital, dti 11 décembre 1876 au 6 février 1877, et il en est mort 33, ce qui fait une mortalité de 40 sur 1,000 hommes, en moins de deux mois; cette proportion est plus élevée encore qu'elle ne le parait, si Ton tient compte de cette circonstance signalée par M. Aron, à savoir que, sur cet effectif de 668 hommes, il n'en est que 360 qui aient habité la caserne constamment pendant la durée de l'épidémie.

Pour Tannée 1874, notre étude sera plus complète, grâce aux renseignements que nous fournit la statistique.

Tandis que la mortalité par fièvre typhoïde demeure relativement minime en certains corps d'armée, dans le l ,r (chef-lieu, Lille), le 8 a (chef-lieji, Bourges), le 10 e (cheflieu, Rennes), y atteignant à peine la proportion d'un décès sur 1,000 hommes présents, elle acquiert une élévation relativement considérable dans plusieurs autres corps, notamment dans le 3 e (chef-lieu, Rouen), le 13 e (chef-lieu, Clermont), le 15 e (chef-lieu, Marseille), le 16 e (chef-lieu, Montpellier) et le 17 e (chef-lieu, Toulouse), dont la mortalité, par fièvre typhoïde seulement, oscille, en 1874, entre 6 et 8 sur 1,000 hommes d'effectif; mais le corps leplus frappé est le 4 e (chef-lieù, le Mans), où la mortalité s'élève à 15 sur 1 ,000 (63 décès sur 4,503 hommes d'effectif).

Il importe de remarquer qu'en ce dernier corps, lé 4% la mortalité a été à peu près également répartie sur les difféf'entes garnisons de son ressort, tandis que, dans la plupart

des autres corps, les atteintes subies par les diverses garnisons ont singulièrement varié.

Ainsi, sur 4,016 hommes de garnison à Bordeaux et appartenant au 18 e corps, il y a eu un seul décès, en 1874, par fièvre typhoïde.

Or, dans le môme corps d'année, la garnison de Tàrbés, composée de 1,616 hommes, en perdait 28, soit plus de 17 sur 1,000 hommes d'effectif.

Dans le 11 e corps d'armée, Nantes perd 9 hommes sur 2,993 de garnison, à côté de Fontenay-le-Comte qui, sut* 725, en perd 14. Cette inégalité est plus remarquable encore dans l'agglomération militaire des départements de Seine et Seine-et-Oise : sur 76,820 hommes constituant cette agglomération, la fièvre typhoïde en enlève- 252 dont 100 environ, ou les deux cinquièmes, dans la portion de cette agglomération qui envoyait ses malades à l'hôpital militaire de Yincennes, et ne comptait guère plus de 8)000 hommes.

Cette diversité des | atteintes des différentes garnisons d'un même corps d'armée n'a rien d'étrange ; elle répond à la circonscription habituelle des explosions de fièvre typhoïde, qui, pour l'ensemble de la population, aussi bien que pour l'armée, constituent en général des épidémies dé localité. Si la mortalité des garnisons du 4* corps a été plus uniforme, en cette môme année 1874, la raison en est dans l'identité de l'influence pathogénique à laquelle avaient été soumis tous les régiments de ce corps, simultanément atteints au camp dePontgouin, où ils avaient été réunis pour

32 DE LA FIÈVRE TYPHOÏDE DAMS l' ARMÉE.

les manœuvres d'automne, et d'où ils emportèrent, en toutes directions, la maladie qui les y avait frappés*

La statistique de 1874 nous permet, en outre, de formuler les conclusions suivantes, au point de vue de la répartition générale de la mortalité par fièvre typhoïde sur tout le territoire de la France :

En 1874, deux foyers considérables se développent au centre de la France : 1° l'un au fort de Yincennes, 2° l'autre au camp de Pontgouin, source de l'extrême mortalité du 4 e corps d'armée ; deux autres plus limités apparaissent, l'un à Nancy et l'autre à Fontenay-le-Comte, qui perd 14 hommes sur un effectif de 72S, soit 19 sur 1,000 présents.

Ainsi disséminés dans la zone la plus septentrionale dé la France, et n'y apparaissant guère que dans des circonstances d'agglomération exceptionnelles, les foyers typhoïgènes se rapprochent singulièrement si Ton descend vers le sud et que l'on franchisse le 46° de latitude; ils surgissent alors au milieu de garnisons dont les conditions d'installation, sont demeurées à peu près celles de chaque jour : 1° Dans le sud-est, Glermont, Grenoble, Lyon, Valence, Avignon, Tarascon, Marseille, Toulon, sont principalement frappées; à Toulon, en particulier, la gravité de l'épidémie prend une intensité exceptionnelle ; il y a, par fièvre typhoïde seulement, 86 décès sur 5,052 hommes d'effectif, soit plus de 17 morts sur 1,000, le double de la mortalité annuelle de nos soldats, par l'ensemble de toutes les causes léthifères. 2° Dans la même zone de latitude, mais plus à l'ouest, Montpellier, Garcassonne, Toulouse, Mon tau-

ban, Tarbes, sont atteintes dans des proportions tout aussi graves (19 décès syr il 29 hommes de garnison à Garcassonne ; 33 à Montauban, sur 1739 ; 28 à Tarbes sur 1616), mais s'appliquant heureusement à des effectifs moins considérables.

Art. 7. — Mobilité des foyers typhoïgènes; leur affinité pour certaines régions^ pour certaines garnisons.

Les faits précédents nous permettent d'étudier les rapports de la fièvre typhoïde dans l'armée, avec certaines influences soit générales (sol et climat), soit limitées (localité).

1° Sol et climat. — Nous avons eu occasion de nous élever, au nom des faits, contre la théorie trop absolue de Pettenkoffer qui, d'après les épidémies de fièvre typhoïde observées à Munich et en diverses autres localités d'Allemagne, a déclaré certains sols complètement favorables, d'autres absolument réfractaires au développement de cette affection. A cette théorie nous avons opposé la fréquente mobilité des épidémies . de notre armée, mobilité en vertu de laquelle telle garnison sera atteinte cette année qui ne le sera pas les années suivantes ; preuve que le mal ne dépend point exclusivement d'influences locales du sol, comme les affections telluriques (L. Colin, Epidémies et milieux épidémiques,

et art. Morbidité militaire, du Die t. encydop.).

L'étude des différentes épidémies signalées au conseil de santé depuis trois ans, et leur comparaison aux documents

antérieurement publiés par la statistique médicale, qous amènent à reconnaître deux ordres de faits bien distincts j

4- Les uns, confirmant notre opinion, tejadept à établir le caractère éventuel et transitoire de la maladie, dans nombre de résidences militaires. C'est ainsi que les atteintes des garnisons de Chartres, de Caen, de Fontenay-le- Comte, etc., pendant la période actuelle, sont loin d'indiquer la présence, en ces garnisons, de conditions typholgènes permanentes, car ces conditions ne s'étaient point révélées dans les années antérieures; d'autre part, je constate qu'immédiatement avant cette période, en 1873, les garnisons de Dieppe, de Besançon, d'Auxonne avaient subi des

épidémies qui ne se sont pas renouvelées, au moins dans les mêmes proportions, depuis 1874.

Cette mobilité des foyers épidémiques me paratt dépendre, en certains cas, de la variabilité des conditions sanitaires de la population civile. Chaque fois qu'une localité devient le théâtre d'une épidémie de ce genre, la masse des individus prédisposés à l'affection fournit à cette épidémie un vaste contingent, et le danger s'étend à la garnison ; mais, de ces nombreuses atteintes résulte, pour les années suivantes, une chance de préservation de la population, en raison de l'immunité acquise par tous ceux qui viennent d'être frappés. A moins de conditions spéciales d'insalubrité, comme il s'en rencontre dans certaines grandes villes, ou même dans de petites localités demeurées stationnaires en fait d'hygiène, la fièvre typhoïde, comme la variole, la rougeole, la scarlatine,

DE II FJÈVRK TYPHOÏPE DANS i/ ARMÉE. 38

disparaîtra, en général, pendant un temps plus ou moins long, fie la région où elle p sévi, pour n'y reparaître que lorsqu'elle cura chance d'y rencontrer de nouveau ùu nombre d'individus prédisposés, suffisant à 3op développe? weoi. Suivant les années donc, les soldats trouveront, dans U môme gwrôoq, des chances plus ou moins grandes de ooalrftcter la ftèvra typhoïde, suiyant que ceilerq pèsera, ou Rpn, §uf l'élément civil de 1^ population. Malheureqse-r ment, cqvmw nous le verrons plus loin, en étudiant les conditions de réceptivité du soldat (chap. 2), l'ipuminité de. la populfttjoq d'une ville est }oin d'être toujours une garantie d'immunité analogue pour les régiments qui viendront y tenir garnison.

£a ipnbilité des foyers épidômiques de fièvre typhplde ne nous permet donc ppint d'accepter les conclusions de la doctrine qui, rattachant leur genèse $i des ipfluenoes tplluriques, avait prétendu assigner au développement de cette maladie dus circonscriptions territoriales aussi néttqs que celles où se manifestent les affections essentiellement dépendantes du sol, comme la fièvre intermittente ; au chapitre de l'étioiogie, nous aurons lieu d'étudier l'aotiop des miasmes du sol dans le développement de la fièvre typhoïde, et de dé montrer la réalité de cette aetiop $ nous nou$ bornons à dire ici qu'il n'est pas, en France, une garnisoq qu'on puisse déclarer inaccessible à cette maladif.

Plusieurs épidémies se sont même développées dans deç casernes absolument soustraites aux conditions telluriques indiquées par Pettenkoffer.

Telle l'épidémie de la caserne du Mansourah, près Constantine : M, Blanc démontre que la nappe d'eau souterraine est à une profondeur trop considérable pour que ses oscillations puissent influencer le dégagement d'émanations à la surface du sol. Parlerons-nous de la ténacité de la fièvre typhoïde au château de Montbéliard soustrait également à ces oscillations, aussi bien par son emplacement sur un rocher imperméable et taillé à pic, que par son altitude qui lui vaut le bénéfice d'une ventilation excessive? (Rapport de M. Jeanmaire).

La grave recrudescence subie par l'armée et la population civile de Paris, durant le 4 6 trimestre 1876, est également une excellente preuve de la non-intervention de miasmes telluriques qui devaient être réduits à leur minimum, et par l'abaissement de la température, et par l'abondance des pluies qui, à cette époque, élevaient le niveau de la nappe souterraine.

Et d'ailleurs, dans les circonstances même où l'épidémie coïncide avec l'abaissement de cette nappe, il faut tenir compte de certains faits autres que les émanations du sol; il se produit alors, en effet, des conditions spéciales d'insalubrité nullement souterraines, mais à fleur de terre, et beaucoup plus appréciables que ces émanations : tel, le dessèchement des petits cours d'eau ou des bords des grandes rivières, celui des égouts, des conduits de vidange qui, n'étant plus suffisamment irrigués, deviennent autant de foyers presque à ciel ouvert.

Les observations recueillies, h Lyon, par MM. Marmy et

DE LÀ FIÈVRE TYPHOÏDE DANS i/ ARMÉE. 37

Alix; à Nancy, par M. Daga, démontrent que l'infection s'est accomplie suivant ce dernier mode.

Chaque jour enfin, nous voyons la fièvre typhoïde se limiter à telle caserne, à telle chambrée, malgré l'identité des conditions telluriques pour les autres casernes ou les autres chambres. C'est que le sol, favorable à son éclosion, ce n'est pas seulement le sol terrestre, mais encore les murs, les planchers, les égouts, les latrines, etc., de la maison où ce développement a lieu (1).

B. Les autres faits établissent la tendance de l'affection à prédominer dans un groupe de villes de garnison analogues entre elles et par leurs conditions climatériques et, pour quelques-unes, par leurs conditions géologiques : ce sont surtout les garnisons du sud-est qui sont le théâtre de ces épidémies répétées. Perpignan, Montpellier, Marseille, Toulon, et certaines villes riveraines du Rhône : Tarascon, Valence, Avignon, puis Grenoble, Clermont, sont signalées, à cet égard, par les statistiques, bien plus fréquemment que les autres résidences, et contribuent à l'augmentation de la mortalité de l'armée par fièvre typhoïde, à mesure que, du nord de la France, on descend vers le sud.

Nous croyons que la statistique officielle a établi, deux

(1) On ne pourra nous accuser de combattre départi pris le rôle pathogénique attribué aux conditions géologiques, nous qui, plus loin (voir Etiologie ; Infection palustre) rapporterons en certains cas la genèse de la fièvre typhoïde à une influence indirecte du miasme palustre.

fois seulement, les proportions âb mortalité subie par l'ai*» mée, suivant ces conditions de séjour* soit an bord) soit an eehtrê, soit ad stld de lfe France j vbicî les chiffres qui se rapportent à des déd* années (I&66 et 1872), et qui fcadteht

parfaitement aveo l'obsertattoti actuelle i

Mortalité sur 1000 hommes ^effectif par fièvre typhoïde.

Garnisons du Nord Ij2à 0,85

— du Centre 1,79 1,83

— du Sud. 2,90 3,63

2° Localité. — Les rapports confirment, une fois de plus, la fréquence et souvent l'endémicité de la fièvre typhoïde dans plusieurs grandes villes de garnison* où la population civile elle-même est]atteinte, presque sansjinterruption, notamment

à Paris* Lyon» Nancy, Brest, Perpignan; ils confirment également l'immunité relative, parfois absolue, des centres moins considérables ; mais, en même temps, ils établissent de nouveau la gravité exceptionnelle de l'épidémie dans certaines petites garnisons qui, d'après les faibles proportions de la population, sembleraient devoir être spécialement ménagées. Telle a été, entre autres, l'atteinte de la garnison de Fontenay-le-Gomte. Ces faits ne sont pas exclusifs à l'armée. Tous les ans, l'Académie de médecine reçoit des rapports dans^lesquelë on lui signalé les ratages produits dans certaines localités d'autant plus cruellement atteintes qu'elles sont moins considérables. Ainsi; dans son rapport sur les épidémies de 1865, M, Bergeron mentionnait le fait d'un

département dans lequel ce rapport inverse, entre les chiffres de la population et la gravité du mal* était mis en relief d'une toanièrë Remarquable. Tttndis que, dans une cdfflmuttê de IjBQO âmes, il y avait eu une atteinte sur 28 habitants, cfahB une commuità voisine* de 190 âmes, ori constatait une atteinte sur 6, et dans un hameau de 90 âmes, une atteinte su* â< On sait) du Reste, que» dans les épidémies de maison, la fièvre typhoïde $ agissant sur un centre plus restreint encore, frappe parfois la presque totalité des habitants»

C'est dahs ces épidémies de petites localités que l'on a le plus dé changes d'arriver & la circonscription du foyer morbifiquë; les basernes y offrent quelquefois des causes d'insalubrité que les progrès dé l'hygiène ont fait disparaître dans des centres plus considérables; souvent l'encombrement a été le résultat de l'insuffisance, parfois même, comme à Bel lac, enl876, de l'absence de locaux spécialement destinés à l'installation des troupes.

Mais il est une circonstance dont il faut tenir compte pour ne point s'exagérer, outre mesure, cette gravité des épidémies de fièvre typhoïde dans une petite localité, et cette circonstance, la voici : Quand une épidémie de ce genre éclate sur la garnison d'une petite ville, elle trouve cette garnison habituellement réunie dans une même caserne, en sorte que toute la population militaire locale vit dans le même foyer morbide et que chacun est menacé au môme degré, d'où un nombre d'atteintes considérable, relativement au chiffre de l'effectif. Lors, au contraire, que la maladie sévit sur la garnison d'une grande ville, c'est telle

ou telle caserne qui est plus spécialement frappée ; le danger est grand pour ceux qui habitent cette caserne, relativement minime pour les autres ; maiç comme, une fois l'épidémie éteinte, on en apprécie la gravité en comparant le nombre des atteints et des morts au total de la population militaire, cette gravité paraîtra moindre ici, à cause du grand nombre d'individus appartenant à cette population et qui ont vécu en dehors du foyer épidémique.

Dans certains cas, enfin, l'épidémie s'est manifestée dans des conditions de résidence considérées à bon droit comme peu favorables au développement de l'affection, dans des camps, même temporaires, c'est-à-dire en dehors de toute influence urbaine, circonstances qui ajouteront une difficulté nouvelle à l'étude de son étiologie.

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