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COMPARATIVEMENT À LA POPULATION CIVILE

Art. 1 . — Rapports des atteintes de Formée avec celles

de la population civile.

Dans les centres de population exceptionnellement considérables où la garnison est perdue, pour ainsi dire, dans la masse de l'agglomération urbaine, où, de plus, la réceptivité de la classe civile à la fièvre typhoïde est entretenue en permanence par l'arrivée incessante de jeunes gens qui n'ont le bénéfice ni d'une atteinte antérieure, ni de l'assuétude au miasme typhoïgène, les épidémies militaires ressentent moins qu'ailleurs.

A Paris et même à Lyon, la fièvre typhoïde est endémique, et ce n'est guère que par ses proportions que l'atteinte de la garnison pourra différer de celle des classes civiles. Durant la période qui nous occupe, ces proportions n'oint point été exagérées. L'épidémie de la garnison de Lyon, en 1874, celle de l'armée de Paris, en 1876, n'ont pas, en effet, malgré leur gravité, dépassé l'intensité des

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atteintes qui frappaient simultanément la population de ces deux villes.

Lorsque le chiffre de la garnison, relativement à la population civile, est plus considérable, les épidémies militaires prennent un caractère plus individuel, plus indépendant. Nous en avons eu la preuve tout près de nous; l'épidémie du fort de Vincennes, pendant Tété 1874, a été une épidémie essentiellement militaire.

Il y eut, il est vrai, des oas de fièvre typhoïde assez nombreux dans la population civile, soit de Vincennes, soit de Nttgent) maie nullement oomparables, ni par leur masse, ni par leur intensité, à l'explosion épidémique qui, en quelques jours, frappait 400 soldats et causait 87 décès.

Pouf l'ensemble de cette période tHennale, les rapports Sigftalêhi c(es diffêre&oës Considérables entre les épidémies tu Jifliâi de Vue Se leur limitation plus où moins complète B l'âimêe, où à certaine groupes de l'armée; mais presque tous démontrent leur prédominance che* le soldat.

i* Éh quelques localités* l'atteinte de l'armée et celle de là pd^uiàtiuti civile ont été simultanées, Ou assez immédiatement consécutives pour qu'on puisse lés rattache!*, soit à une intilienëe pathogéttiqulB cdinintuie^ soit à la cdiitàniination d'Un de ces gfroujtes par l'autre. À Brest, par exemple, l'atteinte dû iSP de ligne pendant le second semestre 1876 semblé avoir été un épisode de l'épidémie qUl régnait dans la population éivile et qui a gagné ensuite la garnison.

2° Ailleurs, ail contraire, l'épidémie a séVi exclusivement sur l'armée ; M. Renard insiste sur l'immunité re-

DÉ LA FIÈVRE TYPHOÏDE DANS i/àRMÉB. 43

maniable dé la population civile de Compiègiié pendant Mut l'hiver 1879-1876, époque dû la fièvre typhoïde atteignait trois régiments en garnison dans cette tille ; M; DU Cdzal Sur l'immunité analogue de là population éivile de Bellac. Il en fut de même à Tarascon au mois de juillet 1871 Thèse de M. Péria); A Hennés, là population loeale a Été eorttplététifêût tpir^nè^ dit M. Rëtiâet 5 pendit les trois premiers mois de l'année 18*76$ alors que la flétri typhoïde frôppit 96 soldats delà garilisb h.

8° B'ëûtrëa Rapports* ënfiHj signaient là UwittttioU dei'éfei* demie, bon pâssèUlemënUlagarhisëri^ ni&fê à tae îfà&tion de fcetfè gîthiison. Cette limitation de 1S fièvre typhbldë à Une ou plusieurs casernes déterminées ft été pàtfbis &itëoltie« A Mtintàubad, la caserne de Gasserâs ; à Gdtopiègtte* là ëâseifne dite d'Orlëëhs; aii Mansoiii^ah, là caserne des chasseurs d'Afrique ; au camp de Châlons, les baràcfUes du qûârtiëf dû Bas oii quartier dû Camp ; à Salins, le Quartier des Cîarisses ; à IssoUdun, lé quatttièr des IhcurdblëS, ont été le théâtre exclusif àe l'épidémie.

La localisation dû mal s'est accomplie quelquefois dans iitie dâsëhië déterminée, après une période plus ôû moins longue de généralisation k la pôpulâtiôû Civile et Ma garnison. C'est ainsi qu'au mois de décembre 18^6 la BSWë iyphttdé s'attacha avec utie singulière ténacité à la caserne

idù château de Brest.

« Tandis que nous étions si cruellement frappée, dit M. 1. Aron, là division des équipages de là flotte, le Vàis^ seau la Bretagne, l'infanterie de marine, etc., tous ëdrpfc

casernes à Brest, ayant un effectif bien plus considérable que le nôtre, constitués à peu près comme les régiments de ligne, c'est-à-dire avec des hommes jeunes, ne présentaient guère plus de cas de fièvre typhoïde que dans les années moyennes. »

4° Dans la majorité des cas, les rapports, au lieu de signaler une localisation aussi nette de l'épidémie en telle ou telle caserne, établissent simplement la prédominance relative de l'affection dans l'une ou l'autre de ces casernes*

C'est là une des circonstances les plus habituelles des épidémies de fièvre typhoïde, dans les grandes villes surtout, dont les divers quartiers représentent autant de localités de réceptivité différente.

Cette inégalité, dans la répartition du mal, s'est manifestée d'ailleurs, à Paris même, lors de la recrudescence automnale de 1876.

D'une part, les relevés de M. Molard établissent : 1° Que, durant cette recrudescence, il y a eu 316 entrants, pour fièvre typhoïde, à l'hôpital Saint-Martin, sur les 4,1 12 soldats occupant les casernes, qui envoient leurs malades à cet hôpital, ce qui fait une proportion de 7,7 pour 100 hommes présents; 2° que cette proportion a été notablement dépassée, pour certaines de ces casernes, notamment pour celle du Château-d'Eau qui, renfermant 1,300 hommes, avait, à elle seule, pendant les 20 premiers jours de l'épidémie, fourni 130 malades, soit 10 p. 100 de son effectif. D'autre part, à l'hôpital militaire du Val-de-Grâce, durant cette même période, les entrants ont été bien moins nombreux, relative-

ment à l'effectif des corps dont ils provenaient; le plus atteint de ces corps, le 18 e dragons, n'en a envoyé que 29, soit environ 4 sur 100 présents.

On ne saurait trop insister sur l'importance spéciale des faits où l'épidémie s'est restreinte, d'une manière plus ou moins exclusive, aux troupes logées dans tel ou tel bâtiment militaire. Alors, comme dans les épidémies de maison, paraissent s'ouvrir les chances les plus considérables d'arriver à la circonscription, à la détermination du point de départ de la maladie.

Ainsi l'affinité de l'épidémie, pour une caserne exclusivement atteinte, a été, fréquemment et à bon droit, rattachée à des conditions d'insalubrité intrinsèques, propres à cet établissement, conditions que nous étudierons plus loin, en énumérant la série des causes invoquées par les divers rapports ; mais dont les deux principales sont : 1° la production d'un foyer infectieux tout local (épidémie de la caserne de Gasseras, à Montauban ; du quartier des Glarisses, à Salins ; de celui des Incurables, à Issoudun ; du fort de "Vincennes, etc.) ; 2° l'importation, dans cette caserne, d'un contage dont l'action s'est restreinte à l'agglomération dans laquelle il a pénétré (épidémie de la caserne dite d'Orléans, à Compiègne; de la caserne du Mansourah, à Constantine).

Mais ce qu'il importe de se rappeler, avant de conclure h l'action exclusive d'une cause morbide intrinsèque dans le développement des épidémies de caserne, c'est que, dans grand nombre de cas aussi, l'insalubrité de la caserne ellemême a été le simple corollaire de celle de la ville ou du

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quartier de la ville qu'elle occupe. La caserne de Troyes, parfaitement disposée pn elle-même, est malheureusement influencée, dit M. Weill, par l'insalubrité du quartier voisin, composé da ruelles étroites, mal aérées, et sillonné de petits canaux à ciel ouvert, où sa déversent beaucoup de l^trinos des maisons riveraines.

Cette étiologie tout extérieure est évidente, surtout dans les cas où la population civile des quartiers avoisinaota en a subi simultanément l'action; ainsi» à fïantçs, en ayril et mai 1875, tandis que la caserne de la Visitation, S){pée

dans une région da la ville trds?peyplée et Atteinte de l'épidémie, paye un large tribut h l'affection, M, Guirard ppte l'immunité des taupes pasernéps $u quartier 4*wancin soustrait à cas influences de voisinage.

A Lyon, M. Mapmy signale l'immunité das casernes de Saipt-Jean, de la Croix-Gousse, de Fourvièras, ainsi que celle de la population civile de ces quartiers, alors que les troupes installées à la Part-Dieu partagent la grave atteinte des habitants de cette région de la ville.

A Paris, la caserne du CMteau-d'Eau, si spécialement atteinte pendant l'automne 1876, n'occupert-elle pas un des quartiers de la capitale où l'épidémie sévissait, à la même 4poque, avec le plus d'intensité?

Plusieurs rapport^, notamment ceux de M. Qaga, pour les épidémies de la garnison de Nancy, de M. Eicque pour celle du 6* de ligne, à Caen, démpntrent l'intervention simultanée de foyers développés à l'intérieur et & l'extérieur des casernes.

DE LA FIÈVfiE TYPHOÏDE J>AîjS ^RMÉf . 47

A Mancy, ep 4875, l'état sanitaire de la ggrmspn, cqnçidérée, nonrseulemeut dans sa totalité mais dan§ ses diverses fractions, a correspondu étroitemept aux conditions pathogéniques qui s'imposaient et à l'ensemble de la population civile, pi, en .certains quartiers, aux divprg groupes de cette population, M» Daga ea donne la dépooftstpatîon la plus «mvaiiœante.

A oftté de l'influée gépéfalie urJ^ine, qjri a pççé gip,

tous fit qui dépendait dfl piasieurs &S*âN?/4, dans l'gft* semble des conditions hygiéniques Jp la yillç, % Ç^a place l'ipûiienae de quartier, 4ont la sphère d'SPtWP g'pst limitée à une certaine zone de cette ville, %qm <$ $6 *Wta vaient réunips, pendant l'été 1873, les epi^!(iç v ns les p}i$ propres à favoriser le développement des épidém^ typhoïdes : encombrement, misère des habitants, malpropreté fies rues, des maisons.

Cette dernière influence ^ pesé spécialement, à Nancy , sur les régiments de cavalerie, logés à la caserne Saint- Thtébaflî, qui, h ces copditiens d'§mpl?çemei}j;, déjfr 51 favorable, rdjjflissaij;, il est; vr*j, les désavantages d'i^ ajgajénaggpppt ifflPftrfait ejt $e foyers ^ ia#HQUF§ d'éjBftft^iopç. pîiifidçs.

Anm, i'infftpterifi q»i ae subisse qije - Hqglggnçfi urbaine, a'euHlte pe 2 malades gimrpn sur 4P0 Im^m d'effectif, tandis que cette proportion s'élP¥fti| W d§l^ $P 6 à$os le 12 e dragons, et dépassai* § dans Je 4 e hftsçafds soumis, en outre, au* conditions d'iQS^lubfîtô &} QUAPliar de la ville occupée par leur caserne (Dagp)t

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Ce qui donne habituellement la preuve que l'influence morbifique est d'origine extérieure à la caserne atteinte, c'est l'impression subie par la population civile avoisinante.

Mais pourquoi, en pareilles circonstances, arrive-t-il si fréquemment que cette population soit relativement ménagée? En certaines villes on a presque contesté aux médecins militaires le droit d'invoquer ces conditions d'insalubrité extrinsèque dont l'immunité des habitants semblait démontrer l'innocuité. Telle est la question importante que nous allons étudier dans l'article suivant et qui, certainement, concerne l'un des points les plus importants de la fièvre typhoïde, non-seulement dans l'armée, mais dans l'ensemble de la population.

Art. 2. — Influence spéciale, sur le soldat, des causes

typhoïgènes communes.

Pourquoi, en effet, ces causes d'insalubrité générale d'une ville ou d'un quartier de cette ville s'appesantissent-elles spécialement sur l'armée ? Pourquoi les atteintes de l'habitant sont-elles relativement minimes, parfois nulles? Surgit-il, dans les circonstances de la vie militaire, quelque influence nouvelle favorable au développement des conditions génératrices de la fièvre typhoïde ?

En tète des causes habituellement invoquées de cette prédominance figurent, nous l'avons dit (p. 353) : 1° le méphitisme des casernes résultant, soit des émanations, de latrines

et d'égout, soit de l'insuffisance de l'aération ; 2° la facilité de la contagion dans des agglomérations d'hommes jeunes, prédisposés par leur fige et leur immunité antérieure.

Nous fournirons nous- même, plus loin, la preuve de l'importance que nous attachons à ces causes, et nous donnerons de nouveaux témoignages de leur rôle pàthôgénique dans l'armée. Mais, peut-être, a-t-on quelque tendance à exagérer l'intensité des foyers infectieux engendrés par les diverses circonstances de la vie militaire. Qui n'a souvent entendu invoquer l'encombrement de certaines casernes dont les dimensions, relativement à leur effectif, étaient irréprochables? Dans un travail spécial sur Y In fluenee pàthôgénique de F encombrement^ nous avons rappelé combien souvent on avait invoqué cette cause, dans des conditions où elle ne jouait aucun rôle.

Que- n'a-t-on dit de l'infection des casernes par les latrines et les égouts? Récemment encore, pendant la grave recrudescence automnale de 1876, qui sévissait sur la garnison de Paris, notamment sur les troupes casernées au Chfiteau-d'Eau, on a donné, pour raison de l'atteinte de ce dernier quartier, son voisinage de l'égout collecteur dé la ville, dont un regard s'ouvrait, disait-on, dans la cour intérieure de la caserne. Dans une visite, à laquelle voulut bien nous convoquer M. l'inspecteur Legouest, nous eûmes beau chercher le regard en question, nous pûmes nous convaincre de l'absence de toute communication directe entre l'atmosphère de l'égout et celle de la cour de la caserne. Quand on voit la confiance avec laquelle ce fait a cependant

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été accepté, et accepté à Paris, où il était ai facile d'en contrôler l'existence, on comprend avec quelle réserve doivent être admises tant d'observations qui nous viennent de pays lointains, où personne ne peut aller voir, et d'après lesquelles des populations entières auraient été intoxiquées d'une manière analogue; on voit surtout l'avantage des rapports précis fournis par les médecins militaires, et nous donnant, dans leur stricte réalité, la nature et le degré de certains vices d'installation reprochés aux casernes et trop souvent exagérés par la rumeur publique.

L'installation de nos troupes est l'objet d'inspections me-

dicales annuelles qui s'étendent aux plus minimes détails ; la notoriété acquise à certains foyers d'insalubrité constatés dans les casernes est le résultat de cette incessante surveillance et de l'empressement des médecins dç corps & signaler les moindres desiderata de la demeure commune ; ce ne sont point seulement les cuisines, les égouts, les latrines, qui sont l'objet de ces préoccupations quotidiennes ; mats tous les détails de l'habitation, depuis le cubage des salles et leur aération, jusqu'aux fissures des parquets qui, malgré les soins de propreté, sont parfois les seuls réceptacles de détritus organiques qu'on ait pu invoquer» V a-t-il beaucoup de demeures civiles soumises k un semblable contrôle?

Il en est de même de la contagion qu'on se représente volontiers comme un agent spécialement actif dans un milieu incontestablement favorable, par le nombre, l'âge et la mobilité de ceux qui le composent, à la reproduction et

au transport des germes spécifiques, Nous verrons que son rôle a été relativement limité pendant ces trois années.

Suivant nous, si le soldat est plus fréquemment atteint de fièvre typhoïde que l'habitant des villes où il tient garnison, on n'est point autorisé à considérer, dans la majorité des cas» cette prédominance du mal comme le résultat dp foyers morbifiques d'une intensité spéciale engendrés dans le milieu militaire lui-même,

Nous avons constaté, pour notre compte, un fait égale*. ment relevé par plusieurs de nos collègues durant cette péy riode triennale, la fréquence de l'atteinte des hommes employés comme ordonnances, et soustraits souvent, à ce titre, au séjour dans les casernes.

La prédominance de la fièvre typhoïde dans l'armée témoigne, avant tout, des conditions de réceptivité particulières au sqldat, conditions telles que le même foyer d'insalubrité, dangereux pour la population civile, trouvera dans l'armée un terrain favorable à son activité morbifique.

Il est difficile, d'après l'étfrt sanitaire d'une population, de préjuger les chances d'explosion de la fièvre typhoïde parmi les régiments appelés à prendre garnison en telle ou telle, ville ; le danger sera plue certain assurément, en tout cas plus évident, quand les habitants de cette ville seront eux-mêmes atteints de la maladie* Mais de l'immunité de la population civile, on ne peut malheureusement conclure à celle de* soldats, qui représentent un réactif d'une sensibi* lité extrême, susceptible de déceler par son atteinte l'existence de causes jnorbifiques qu'on ne soupçonnait pas.

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11 est bien d'autres circonstances où des foyers miasmatiques ne se sont révélés que grâce à l'arrivée d'individus spécialement prédisposés à leur action. On sait que le vomito, quoique susceptible de développement spontané sur le littoral atlantique de l'Afrique centrale, ne s'y manifeste que très-rarement, tandis qu'il est relativement commun sur celui de l'Amérique. Nous pensons que la rareté des épidémies de fièvre jaune sur la côte africaine tient précisément à ce que, sur cette côte, la race blanche, qui fournit au vomito son principal aliment, n'est représentée que dans des proportions minimes comparativement à l'importance de cet élément ethnologique dans les populations du Nouveau Monde.

Les épidémies de fièvre jaune, en Afrique, n'ont donc pu apparaître que dans quelques rares circonstances créées par la guerre ou le commerce, circonstances qui entraînaient vers ce littoral des masses plus ou moins considérables d'individus de race blanche, et donnaient ainsi à un foyer, en apparence inerte, l'élément qui lui manquait pour manifester sa puissance morbifique et se transformer en milieu épidémique.

Il en est de même, jusqu'à un certain point, de la révélation des foyers typholgènes par leur action sur le soldat.

Seulement, ici, nous n'avons pas à invoquer, bien entendu, comme cause de la réceptivité spéciale de l'armée, d'influences aussi profondes que des différences de race.

Après avoir examiné l'influence attribuée à certaines conséquences directes de la vie militaire, notamment aux

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fatigues, nous étudierons en détail les circonstances qui, à notre sens, représentent les conditions principales de cette réceptivité du soldat à la fièvre typhoïde.

Rôle de l'alimentation et des fatigues.

L'alimentation d'une part, les exercices et les fatigues d'autre part, sont loin d'être identiques dans l'armée et dans la population civile, et des auteurs ont pensé trouver en cette non-identité la raison d'une dissimilitude profonde entre les prédispositions morbides de ces deux classes de la société.

Nous ne parlerons pas de l'alimentation ; trop peu de rapports l'ont mise en cause durant ces trois dernières années ; et nous croyons répondre aux sentiments de tous nos collègues en disant qu'une nourriture saine et suffisante constitue un élément de résistance à toutes les causes morbides, y compris le miasme typhoïgène, mais que ce n'est, en généra], qu'en désespoir de cause et faute de mieux qu'on a mis en avant, dans la genèse de la fièvre typhoïde, soit l'insuffisance, soit la monotonie de l'alimentation.

11 en est tout autrement des fatigues.

Bien des affections du soldat, et notamment la fièvre typhoïde, ont été attribuées à ces conséquences directes, pour ainsi dire, du métier des armes (1); on a fréquemment

(1) Parmi les rapports adressés annuellement à l'Académie de médecine, quelques-uns font intervenir les fatigues excessives subies par les habitants des campagnes à l'époque des moissons, dans les pays surtout où la rareté des bras a rendu plus pénible la lâche des cultivateurs.

mis en cause la dépense de force entraînée par le fait des exercices, manœuvres, gardes, marches forcées, etc. Nous trouvons, dans la plupart des rapports, des considérations pleines d'intérêt à cet égard.

i° A Longwy, M. Bouchet incrimine les fatigues imposées aux militaires du l* bataillon de chasseurs h pied, dont la plupart des manœuvres étaient exécutées à des allures vives, les troupes rentrant habituellement à la caserne au pas gymnastique.

2° Le 3 e et le 5 e escadron du 2 e régiment de dragons, conduits par un chef plein de vigueur, ont dû, dit M. Roux, se multiplier pendant les grandes manœuvres du camp de Pontgouin.

Aussi le nombre de leurs malades a-t-il été supérieur à celui des deux autres escadrons, dont la tâche était moins fatigante : d'un côté, 44 sur ISO hommes présents; de l'autre, 26 sur le même nombre à peu près.

3° Lors de l'épidémie qui, en octobre 187S, atteignit, au camp de Satory, la division qui revenait du camp d'Appeville, un régiment fut relativement ménagé : le 119 e de ligne; et M. Nolle attribue, en partie, cette immunité relative aux circonstances qui ont fait que ce régiment eut à subir moins de fatigues que les trois autres. Une des recrudescences de l'épidémie observée à Perpignan, par M. Meunier, pendant toute l'année 187S, aurait en partie son origine dans la brusque réduction de l'effectif de la garnison, par le renvoi presque simultané d'un grand nombre de soldats (classe 1870, libérée. le 23 juin, et 2 8 portion du

contingent de la classe 1873, Renvoyée le 20 juin), au moment des plus grandes chaleurs, d'où surcroît de travail pour lé petit nombre de soldats restants.

4° D'autres rapports accusent plus vivement l'influence des fatigues, notamment celui de M. Jîedoiu, médecin-major du 8* régiment de chasseurs; ee régiment est atteint/ à Bésiers, au mois d'octobre 1875, alors qu'il ne se manifeste aucun cas, ni dans la population civile* ni parmi les soldats du 17 e de ligne, casernes cependant dans le même quartier que le 8 e chasseurs, et dans des dhambres complètement identiques. On ne peut donc incriminer ici, ni les circonstances d'insalubrité locale* ni les influences, soit de la saison, soit de la température ; M. Bedoin arrive ainsi, pal* exclusion, à considérer comme cause principale morhifique la sorùrbe, suivant lui excessive, de fatigues imposées ftux cavaliers de son régimeût*

5° L'influence de ces fatigues a naturellement été plus marquée chez les jeunes soldats. L'extension de l'épidémie, au 54 e de ligue, à Compagne, en 1875, a été favorisée, suivant M. Renard, par le chiffre élevé de jeu nés. soldats de là 2 e portion du contingent, auxquels incombait l'obligation de terminer leur instruction, en iitie période de six mois. 6° Même opinion dans les rapports de MM. Gérard et Denoix qui, tout en démontrant l'influence principale des émanations miasmatiques, font une large part aux fatigues dans Tétiologie de l'épidémie typhoïde qu'ils ont observée tous deux à Nancy, en 1874, le premier, au 12 e régiment de dragons, le second, au 4 e hussards.

L'épidémie débute, dans le 12 e dragons, au moment où, ayant fini l'instruction à pied, les hommes commencent l'instruction à cheval, moment où la somme de fatigues atteint son maximum.

Au 4 e hussards, M. Denoix regrette la coïncidence de l'inspection générale et des grandes manœuvres, coïncidence qui entraîna une dépense de forces exceptionnelle. Notre collègue accuse la fréquence et la longueur des exercices et l'insuffisance du sommeil accordé aux hommes; afin de pouvoir laisser le terrain de manœuvre libre pour l'infanterie, qui l'occupait à six heures du matin, les soldats du 4 e hussards étaient, chaque jour, debout avant quatre heures et [n'avaient, dans la journée , aucun moment de repos.

7° Dans ses rapports de 1875 et 1876, M. Daga fait connaître l'opinion de deux autres médecins de la garnison de Nancy, M. Robert, médecin aide-major au 4 e hussards, et M. Bouchard,|médecin-major du 69 e de ligne, qui, tous deux, placent, en tête des causes, l'excès de travail imposé aux hommes. M. Bouchard, en particulier, insiste sur les exercices pénibles, les marches longues et fatigantes, auxquelles ont été soumises immédiatement les recrues du 69 e de ligne. Pour lui, les phénomènes morbides du début furent analogues aux accidents qui s'observent chez les animaux surmenés ; quelques jours de repos à l'infirmerie ont suffi à guérir complètement des hommes qui présentaient , à un moindre degré de gravité, les symptômes observés à l'hôpital. M. Péria signale également, comme condition prédis-

posante, les rudes travaux imposés aux recrues du 12 e dragons à Tarascon, en 1874.

Dans certains corps, l'initiation au métier des armes est spécialement très-laborieuse. Les médecins des régiments d'artillerie atteints, à Vincennes, au mois d'août 1874, MM. Perréon, Pelletier, Delon, insistent sur la somme de fatigues imposées aux recrues, dont l'arrivée ne datait que du mois d'avril précédent, et dont l'éducation militaire, si complexe dans cette arme (exercices à pied, équitation, manœuvres de forces), devait être terminée pour le mois d'août, époque de l'inspection générale. « Le 12 e d'artillerie avait reçu, à lui seul, 359 recrues, au mois de mars, recrues soumises immédiatement à une somme de fatigues considérable, afin que leur instruction soit complétée pour l'époque de l'inspection générale ; sur les 79 malades de ce régiment, 43 appartiennent à cette catégorie déjeunes soldats. » (Rapport de M. Le Pelletier.)

Suivant M. Perréon, l'immunité relative d'une compagnie d'ouvriers d'administration, casernée à Vincennes, au milieu des régiments atteints, serait due, en partie, à la vie plus sédentaire des hommes et à la modération de leur travail (i).

(1) Ce fait nous a été également signalé par M. le colonel Brion, commandant l'artillerie du fort de Vincennes ; il est d'autant plus remarquable que les occupations spéciales de ces ouvriers les retenaient toute la journée au milieu d'un foyer épidémique d'une grande puissance. Mais, pour eux, les fatigues d'initiation à la vie militaire étaient à peu près

58 DE LA FIÈVRE TTPHOÏDE DANS L'aHMÉE.

« Au lieu d'arriver au régiment en automne, ce <Jui leur eût permis de subir les travaux et les chaleurs de l'été, après un quasi-acclimatement, ces recrues, dit M. Masse, ont rejoint leurs corps au printemps, et ont été soumises aussitôt aux travaux de l'instruction , et peu après, par une fatale exception, elles avaient à supporter les avdeurs d'une chaleur excessive ; ce n'est pas tout encore : à peine leur

instruction était- elle terminée, que l'inspection générale eut lieu» » -

M. Ollier invoque également l'influence des manœuvres pénibles imposées aux recrues du régiment de pontonniers atteint) à Avignon, au mois de septembre 4874.

Il importe de noter qu'à une ou deux exceptions près, les fatigues sont considérées comme constituant des conditions purement prédisposantes. En voici une des meilleures preuves : A Montauban, durant l'épidémie développée à la caserne Gasseras, sous l'influence de conditions miasmatiques signalées plus haut, M. Cotte signale la recrudescence de l'affection, à la fin du mois d'août, en raison de l'augmentation des exercices et des manœuvres, à l'approche de l'inspection générale. Ce qui prouve que cette sommé exceptionnelle de travail imposée aux soldats du 20 e de ligne n'était qu'une circonstance prédisposante, c'est l'immunité

nulles; Charrons, menuisiers, serruriers, etc. , avant leur incorporation, ils continuaient à Vincennes leurs occupations habituelles, n'étant soumis qu'à une somme trôs-restreinte d'exercices militaires proprement dits et nouveaux pour eux.

DE LA FIÈVRE TYPHOÏDE DANS i/ ARMÉE. 39

absolue des autres corps de la gardison, soumis aux mêmes fatigués, mais soustraits à l'a&tion de la cause infectieuse*

Il est une cause spéciale de fatigues invoquée par un aféez grand nombre de rapporta ; ce sont les grandes manœuvres auxquelles viennent d'être soumis la plupart de nos corps d'armée.

L'influence pathogénique des grandes manœuvres a été notamment invoquée par les médecins qui ont vu éclater la fièvre typhoïde immédiatement après cette période d'activité exceptionnelle, au moment où les troupes venaient réoccu* per leurs garnisons habituelles.

On s'est souvenu alors de la dépense considérable de forces demandée à des hommes dont l'alimentation , bien qu'irréprochable en qualité, cessait d'être suffisamment compensatrice, dont le sommeil était parfois Compromis d'une manière absolue, soit par la nécessité de bivouaquer sans tente ni abri, soit par le service des grand'gardes, où les soldats supportaient, debout et sans repos, toutes les vicissitudes atmosphériques.

Il y avait eu là, en outre, une brusque transition, nonseulement pour les anciens soldats, mais surtout pour les recrues qui, sans entraînement préalable, prenaient immédiatement leur part de cette existence presque anormale.

Nous nous sommes attaché à apprécier la part étiologique qui peut revenir à cette influence dans la production de la fièvre typhoïde ; nous acceptons, comme parfaitement réelle, l'augmentation des prédispositions individuelles par

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le fait d'une série de fatigues; mais le rôle de ces fatigues ne va pas au delà, suivant nous, et il nous parait trèscontestable dans l'élaboration de la cause morbifique ellemême.

Les grandes manœuvres, spécialement incriminées, ne durent, en moyenne, qu'une quinzaine de jours; chaque mouvement de troupes est suffisamment prévu pour assurer aux différents corps une certaine somme de bien-être et la régularité des diverses conditions de leur existence ; les étapes parcourues pour gagner le théâtre des opérations, puis pour rejoindre les garnisons, offrent les conditions habituelles des déplacements en temps do paix et des petits déplacements, vu la proximité des lieux de concentration ; il n'y a pas ou peu de marches forcées.

De semblables exercices ne peuvent être comparés* ni comme durée, ni comme dépense de forces, à certaines éventualités créées par les exigences imprévues de la guerre, où l'épreuve est plus longue et plus fatigante, sans engendrer cependant la fièvre typhoïde. L'analyse d'uu certain nombre de faits confirme absolument notre manière de voir.

M. Régnier a nettement démontré l'insuffisance des fatigues invoquées comme cause de l'épidémie parmi les troupes concentrées à Pontgouin, pour les manœuvres d'automne; la maladie a été plus commune dans certains corps moins fatigués que les autres, dans des régiments qui n'avaient eu qu'une seule étape à parcourir pour rejoindre leur garnison ; témoin le 2 e dragons, qui fut spécialement

éprouvé à sa rentrée à Chartres, bien que, de Pontgouin, il n'ait eu à faire qu'une journée de route et à cheval, tandis que plusieurs régiments d'infanterie, obligés d'accomplir quinze jours de marche, après les grandes manœuvres, furent relativement bien moins atteints. (Régnier, loc. cit.).

On avait de même attribué aux grandes manœuvres du camp de Châlons, en 1878, l'origine de la grave épidémie dont fut atteint le 4 e régiment de hussards, dès son retour à Nancy. « Pourquoi, dit M. Daga, le 2 e régiment de hussards, qui s'est trouvé dans les plaines de Châlons en même temps que le 4 e , qui a, par conséquent, subi les mêmes fatigues, pris part aux mômes exercices, qui, au retour du camp, a dû entreprendre ses travaux préparatoires pour l'inspection générale, pourquoi ce régiment n'a-t-il pas eu la fièvre typhoïde, à Pont-à-Mousson? C'est évidemment parce qu'il n'existait, dans cette ville, aucune cause capable d'engendrer cette maladie. »

L'insuffisance d'une telle étiologie ne ressort-elle pas également de l'immunité presque absolue de divers autres corps d'armée soumis, à la même époque, aux mêmes exercices sur divers points du territoire?

11 est sage de ne pas oublier que les manœuvres d'automne coïncident avec la saison la plus favorable aux apparitions et aux recrudescences épidémiques de la fièvre typhoïde, coïncidence qui se manifeste également sur les troupes en garnison et sur la population civile, dans des conditions où, de part ni d'autre, n'est intervenue aucune augmentation exceptionnelle de fatigues*

62 DE LÀ FIÈVRE TYPBOÏDK DANS l'aBMÉE.

U y a lieu dû se rappeler, enfin, combien a rendu de services, même en cette série d'épidémies, la substitution d'une certaine activité aux loisirs de la vie de caserne. U est même probable qu'une vie plus active, plus extérieure, aurait diminué les chances de maladie des régiments atteints par le fait de conditions d'insalubrité inhérentes aux casernes, conditions que leur imposaient parfois, d'une manière plus complète et plus permanente, la rigueur de la saison et l'impossibité des manœuvres et. de s exercices; il en fut ainsi dans les épidémies observées en hiver, notamment h Bellac, par M. Du Cazal ; au camp de Ch&lons, par M. Agtony ; à Montbéliard, par M. Jeanmaire; à Brest, par M. Aron.

M. Madamet attribue, avec raison suivant nous, à la vie active des soldats, la préservation relative du 1 er hussards, à Melun, où régnait, en 1876, une épidémie de fièvre typhoïde.

Les exercices au grand air sont avantageux, surtout quand ils s'accomplissent en dehors des cités, en pleine campagne. <t 11 ne serait pas dépourvu d'intérêt, dit M. Madamet, de faire, à ce sujet, des recherches comparatives entre les armes différentes et, en cas d'épidémie de nature infectieuse, de rechercher si l'infanterie n'a pas à souffrir davantage, elle que ses travaux ordinaires n'éloignent pas autant des centres habités, les cours des casernes et les places des villes suffisant généralement comme espace à l'exécution de ses exercices, tandis que la cavalerie et l'artillerie doivent forcément sortir chaque jour des villes, pour oheroher au dehors l'étendue de terrain qui leur est indispensable. »

DE LA FIÈVRE TYPHOÏDE DANS i/ARMÉp.

Art. 3, — Conditions principales de réceptivité

du soldat.

La réceptivité du soldat à la fièvre typhoïde dépend 4'un concours de circonstances accessibles à l'analyse.

A vrai dire, elle ne tient pas ou tient peu au côté militaire même de son existence, aux exercices, aux fatigues d'un noviciat souvent pénible.

Elle résulte d'un ensemble de prédispositions observées même dans les autres classes de la société, mais observées alors plus isolément, et, faute de leur concours réciproque, n'atteignant pas le degré d'efficacité pathogénique, auquel elles s'élèvent dans l'armée.

A leur tête, nous placerons i l'âge ; la non-accoutumance aux milieux typhoïgônes ; l'agglomération d'individus, de prédispositions identiqi^es; les conditions de santé antérieure.

A. Age.

L'âge du soldat correspond à la période de la vie, qù, dans la population civile elle-même, la fièvre typhQïde se présente le plus habituellement. La statistique médicale des hôpitaux civils de Paris nous indique l'âge des malades entrés, pour fièvre typhoïde, dans ces hôpitaux :

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