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DE LA FlÈVilE TYPHOÏDE DANS l' ARMÉE. 65

Ainsi, prédominance de Ja mortalité pendant les trois premières années de service, prédominance correspondant également à la période du maximum de la fièvre typhoïde dans la population civile, qui est atteinte surtout aux environs de la 22 e année.

Nous aurons, d'ailleurs, dans le paragraphe suivant, à préciser plus complètement encore la valeur, relative de T ge parmi les prédispositions à la fièvre typhoïde.

B. Non -accoutumance aux milieux typhoïgènes.

Une autre prédisposition des soldats relève de leur appel dans les grands centres de population.

La majorité des soldats qui viennent tenir garnison à Paris, par exemple, offrent à l'égard de l'endémie parisienne la réceptivité spéciale des nouveaux venus ; on saii que le plus grand nombre des malades, entrant aux hôpitaux civils de la capitale, pour fièvre typhoïde, n'ont que quelques mois de séjour en ce milieu. Il est facile de comprendre, dès lors, que l'armée présente plus de chances d'atteinte par fièvre typhoïde que l'ensemble de la population de Paris, et de s'expliquer les recrudescences fréquentes de cette maladie dans nos régiments, immédiatement après les mouvements des troupes qui renouvellent la garnison de la capitale.

Au commencement de ce travail (p. 6), nous avons dit combien avait été élevée la mortalité, par fièvre typhoïde, dans l'armée bavaroise, notamment à Munich. Nous trouvons, en partie, le secret de cette mortalité dans les anciens

règlements de l'armée bavaroise; tous les sii mois, un tiers de eette armée était appelé à prendre garnison dans la capitale, de façon qu'en dix-huit mois tout l'effectif de l'armée bavaroise passait par Munich, ce foyer si intense du typhus abdominal, renouvelant ainsi, à courte échéance, la masse des jeunes soldats spécialement aptes à être impressionnés par un tel foyer (i).

La non-accoutumanee des soldats joue, d'ailleurs, un rôle considérable dans leur réceptivité aux diverses influences morbifiques ; pourquoi sont-ils si particulièrement prédisposés aux atteintes des foyers miasmatiques ? n'est-ce pas parce qu'ils sont si souvent les nouveaux venus dans ces foyers : nouveaux venus, non-seulement dans les villes où règne la fièvre typhoïde, mais nouveaux venus dans les campagnes infectées par la malaria ; nouveaux venus, e»fto, dans les localités où allaient s'éteindre, vu l'accoutumance des anciens résidants, la fièvre jaune, le choléra, dont les germes se révivifient au corffect de ceux qui n'ont pas le bénéfice de cette assuétude (2) ?

A quel titre les habitants des grandes villes, d'un âge correspondant h celui du soldat, sont-ils moins prédisposés

(1) Le bénéfice de l'assuétude aux miasmes des grandes villes ndas paraît susceptible de s'atténuer par le fait d'une résidence plus eu ïcoiiw prolongée kor* de ces villes ; nous aven* constat *& plusieurs circonstances, le développement de la fièvre typhoïde chez des jeunes gens, originaires de Paris, et rentrés, depuis peu de temps, de vacance* passées à la campagne.

(2) Voir L. Colin, art. Mwwt, P- M9, Jlicl. mcucL fas «fc. m4ih Paris, 1873.

que ecs derniers ? Dans un certain nombre de cas, c'est par le fait d'une atteinte antérieure de la maladie, et leur préservation n'est que la conséquence de la non-récidivité de cette affection ; la prédisposition des soldats, comme celle des étrangers, est en revanche le résultat de leur immunité antérieure, grâce à leur résidence dans des localités indemnes de l'affection. Pour certains auteurs, ces raisons expliquent tout. Trousseau, notamment, a émis l'opinion que, si les adultes de Paris prennent la fièvre typhoïde moins fréquemment que les adultes des campagnes, nouvellement arrivés en cette ville, c'est que les premiers ont subi, pendant leur enfance, une atteinte de cette affection. C'est dire que la fièvre typhoïde est une maladie de tout âge, et que, si elle prédomine cbea les adultes nouvellement arrivés à Paris, c'est uniquement parce qu'ils s'y exposent à l'âge spéeialeifient incriminé.

Un certain nombre d'arguments peuvent être invoqués à l'appui de cette opinion. Partes cite, dans son Trmté d'hygiène, un fait rappelé par notre collègue M. Vallin (2 e édition de Griesinger) : depuis un temps immémorial, on n'avait jamais vu la fièvre typhoïde dans un eertain village; la maladie, probablement importée, s'y développa; tous les habitants du village furent atteints successivement, les vieux aussi bien que les jeunes.

Il n'est pas d'année où l'on ne constate, en France, des épidémies de fièvre typhoïde analogues, c'est-à-dire se généralisant à une grande partie de la population d'un village, d'un hameau.

On connaît l'histoire lamentable du village de Prades, atteint, en 1838, d'une épidémie qui, sur 750 habitants, en frappe 310 et en tue 95. En 1868, d'après le rapport de M. Bergeron (cité plus haut), des communes ont été frappées dans la même proportion : une atteinte sur deux habitants. En 1869, d'après le rapport de M. Chauffard, la commune de Grand-Chatel a 38 malades sur 110 habitants.

Il est certain qu'en pareilles circonstances, pour fournir un tel contingent de malades, tous les âges ont dû contribuer à l'épidémie, et la prédisposition semble avoir été à peu près la même aux diverses périodes de la vie.

Cette identité de danger, malgré la différence des âges, tiendrait à ce que, dans ces petites localités où la fièvre typhoïde n'apparaft que très-rarement, aucun des habitants ne l'avait auparavant contractée. Les périodes les plus avancées de la vie ne seraient pas, comme dans les grandes villes, protégées par une atteinte antérieure ; en sorta que la rareté relative de la fièvre typhoïde, à Paris, chez les individus arrivés à l'âge adulte, et nés en cette ville, sa fréquence au delà de cet âge, en quelques épidémies de village, dépendraient, uniquement de l'existence ou de l'absence d'immunité par le fait d'une première atteinte. Tel n'est pas notre avis; nous aussi, nous reconnaissons que le meilleur préservatif est d'avoir eu la maladie; mais ce préservatif n'est pas le seul. Il en est un autre moins puissant, mais beaucoup plus commun, c'est l'assuétude au milieu typhoïgène. Nous ne croyons pas que l'immunité relative des adultes et personnes âgées, dans une

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grande ville comme Paris, soit, dans la plupart des cas, le fait d'une atteinte antérieure de fièvre typhoïde.

En effet, la fièvre typhoïde, à Paris même et dans les autres grandes tilles, est peu commune avant l'âge de (8 ans; comme beaucoup de médecins, j'ai eu occasion de constater son développement avant cet âge, de reconnaître qu'on avait trop absolument affirmé l'immunité* de la première jeunesse et de l'enfance; mais, néanmoins, elle est rare en cette période de la vie ; et j'ai la conviction que, chez les personnes de 18 ans, nées à Paris, y ayant vécu, il y en a relativement peu, le dixième peut-être, qu'on puisse considérer comme réfractaires par le fait d'une première atteinte.

La rareté de la fièvre typhoïde, avant l'âge de 18 ans, ressort même dans certains groupes relativement plus exposés que la population indigène des grandes villes. Dans les lycées de Paris, où se trouvent réunis, en nombre considérable, des jeunes gens de province soumis, comme les soldats, aux chances morbifiques d'un changement de milieu, de la vie en commun et de l'exposition aux miasmes de la grande ville, mais différents du soldat par leur âge moins avancé, les épidémies de fièvre typhoïde sont rares , en somme, et n'ont nécessité, depuis nombre d'années, la suspension des études en aucun de ces établissements. Il en est tout autrement, on le sait, de la population des casernes de Paris. En somme, même pour les individus étrangers à Paris et nouveaux venus en cette ville, réceptivité plus considérable après qu'avant 18 ans.

D'autre part, cette réceptivité diminue à partir de la

23' année; nous en avons la preuve dans l'armée : quand un corps de troupes est atteint de fièvre typhoïde, si l'épidémie n'est pas d'une gravité insolite, elle se restreint habituellement aux soldats les plus jeunes, dont la statistique officielle nous démontre les prédispositions si spéciales ; peut-on dire que leurs aînés soient protégés par le fait d'une atteinte an* térieure, Alors que cette épidémie est souvent la première qui se manifeste au régiment depuis leur incorporation? Rapporter l'immunité habituelle de certains corps de Paris, comme la garde républicaine, aux atteintes subies au début de leur carrière militaire par les soldats qui la composent, c'est exagérer la fréquence de la fièvre typhoïde dans l'armée, et supposer qu'elle s'impose à tous les hommes appelés sous les drapeaux ; supposition dont nous n'avons pas, Dieu merci, à démontrer l'inanité.

Il y a donc, suivant nous, une prédisposition d'âge incontestable, conformément, d'ailleurs, aux recherches susmentionnées de Louis, et confirmées, depuis, par tant d'autres. Dans les cas où la fièvre typhoïde, en une même épidémie, frappe, en proportion relativement considérable, les catégories de la population qui n'ont pas atteint ou qui ont dépassé l'âge habituel à cette affection, comme on l'a vu à Paris même, pendant l'automne 1876, époque où nous aussi avons signalé sa fréquence dans les corps de l'armée composés de soldats relativement âgés, comme les gardes républicains, il y a lieu d'invoquer, comme nous le ferons, une intensité exceptionnelle de la cause morbide. (Voir plus loin, pages 76 et suiv.).

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C'est ainsi que nous nous expliquons les graves épidémies qui, parfois, éclatent dans les pensionnats» les lycées* comme à Rouen, où, en (865, 89 élèves furent atteints; h Lyon, où» en 1874, le lycée fut le théâtre d'une épidémie tout aussi considérable.

Mais là raison principale des exceptions à la loi de prédis* position spéciale dès individus âgés de 18 à 23 ans^ c'est le manqué d'accoutumance au milieu typhoïgène, notamment au milieu urbain.

Tel est, suivant nous, lé motif de l'intensité de certaines épidémies de village, où, habituellement^ la maladie ne frappe que les jeunes gens» mais s'étend, parfois, à l'ensemble de la population, plus cruellement atteinte alors que la population des villes ', relativement préservée par son assuétude»

En résumé, si j dans quelques circonstances de ee genre, la cause morbide est assez puissante pour s'adresser à tous, il n'en est pas moins vrai que» dans la majorité des cas, elle se restreint aux Conditions d'âge et de non-accoutumance au milieu typhoïgène signalées plus haute

La réunion de ces deux conditions, chez nombre de soldats ^ nous donne la raison principale de la prédominance de la maladie parlai les recrues, prédominance dont nous allons fournir les preuves.

Fréquence de la maladie ch£z les recrues.

Parmi les rapports, il en est peu qui ne signalent : l b l'influence, sur lé développement de la maladie, de la

présence d'un nombre exceptionnel de jeunes soldats; 2° l'atteinte spéciale de ces derniers.

L'arrivée au corps des hommes de la première, puis de la deuxième portion du contingent, celle des engagés conditionnels, modifient actuellement les conditions du milieu militaire, non-seulement en augmentant l'effectif de la population des casernes, mais en introduisant dans ce milieu une masse de sujets doublement prédisposés et par leur âge

et par leur condition de nouveaux venus.

Avec de vieux soldats, dit M. Delon, en parlant de l'épidémie de Vincennes, il n'y aurait eu que des embarras gastriques ; avec les jeunes oiua eu la fièvre typhoïde.

A. Plusieurs rapports établissent nettement que la réceptivité de tel régiment, de telle fraction de régiment, a été déterminée par la récente arrivée des recrues.

A Nantes, d'après le rapport de M. Guirard, un détachement du 64 e , composé de 636 hommes, dont 410 de la deuxième portion du contingent, est atteint de fièvre typhoïde, du 17 avril au 31 mai 1875, et perd 15 hommes de

cette affection. Ce détachement occupait la caserne de la Visitation conjointement avec un bataillon du 137 e de ligne, où ne se trouvait aucun homme de la deuxième portion du contingent ; ce dernier bataillon n'eut qu'un décès.

En revanche, à Fontenay-le-Comte, où se trouvait un autre bataillon du 137 e de ligne avec le dépôt et tous les jeunes soldats de cette dernière catégorie, l'épidémie occasionne 84 entrées à l'hôpital et 17 décès, pendant le

deuxième trimestre 1874 et le premier trimestre 1875.

La compagnie du 90 e de ligne, atteinte, à Issoudun, au mois de novembre 1875, comptait 165 hommes dont 130 appartenant à la deuxième portion du contingent (Fournier).

M. Longet note la recrudescence de l'épidémie du 13 e dragons, à Compiègne, par le fait de l'arrivée des jeunes soldats de la classe 1875. Pour M. Renard, l'atteinte du 54 e de ligne, également à Compiègne, dans le premier trimestre 1876, est surtout le fait de l'arrivée, dans le mois de novembre précédent, d'une masse considérable déjeunes soldats de la deuxième portion du contingent.

Le dépôt du 23 e bataillon de chasseurs, atteint à Bellac (février 1876), venait aussi d'être augmenté des hommes delà deuxième portion du contingent (Du Gazai).

Les recrudescences principales de la fièvre typhoïde, à Perpignan, l'une au début, l'autre à la fin de l'année 1875, sont dues principalement, d'après M. Meunier : 1° pendant la première de ces périodes, à la composition de l'effectif, . qui comprenait une proportion exceptionnelle de recrues, la garnison ayant reçu, pour la première fois, une classe entière de jeunes soldats (première et deuxième portion de la classe 1873); 2° pendant la seconde, à l'arrivée, au mois d'octobre, des recrues de la classe 1874.

A La Galle, c'est dans la compagnie de zouaves, qui avait reçu les recrues, que se concentre entièrement l'épidémie de l'hiver 1875-1876 (Berge).

B. Quant aux atteintes personnellement subies dans cha-

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cune de ces épidémies par les jeunes soldats, la fréquence, à de rares exceptions près, en est démontrée par tous les rapports.

Nous signalerons tout spécialement, à cet égard» les épidémies do 1874* parce que, en raison de circonstances exceptionnelles, les corps atteints renfermaient un nombre plus considérable de militaires incorporés depuis très-peu de temps.

L'appel sous les drapeaux de la classe 1873 avait été plus tardif que d'habitude i la première portion du contingent n'était arrivée aux différents corps qu'au commencement du mois de mare 1874; la seconde portion au commencement du mois de juillet suivant.

Les graves épidémies de l'été (Nancy, Tarafccon, Vin* cennes, Montauban, etc.) allaient peser 6ur des corps offrant des prédispositions exceptionnelles, par cette arrivée relativement récente de recrues dont l'incorporation a lieu habituellement plus tôt, au mois de décembre ou de janvier.

1° Nancy. Sur 119 malades observés à Phftpitàl militaire de Nancy, en 1874, M. Daga constate que

33 avaient moins d'un an de service ; 46 avaient un an; 18 — deux ans;

9 «*- trois ans;

2 — cinq ans ;

1 — dix-neuf ans.

Sur 21 malades du 12 e dragons (Nancy 1874), atteints du 20 avril au 22 mai 1874, la plupart, d'après lé rapport de

M, Girard, appartenaient à la portion du contingent arrivée le 5 mars 1874, six semaines auparavant,

2° Vincennes. M, Delon démontre, avec les détails les plus complets, l'influence de l'ancienneté de service sur la fréquence et la gravité des atteintes du 32° d'artillerie, à Vincennes, en 1874; il a soin d'indiquer d'abord la composition de l'effectif de ce régiment qui, au point de vue de l'ancienneté de service, pouvait être divisé en trois catégories.

A. 300 hommes ayant plus d'an an de service ;

B. 198 — de la première portion du dernier contingent;

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