TRAITEMENT
Le traitement de toute maladie est basé sur la connaissance des causes qui l’ont produite , sur le siège qu’elle occupe, l’âge, le tempérament du sujet et une foule de circonstances physiologiques et médicales que l’homme de l’art seul peut connaître. L’énergie de la médication doit être proportionnée à l’intensité de la maladie et au rôle plus ou moins important de i’organe affecté. Or, la cause et le siège de la fièvre typhoïde n’étant pas encore exactement connus, il en résulte que le traitement varie selon la théorie du médecin , et l’école à laquelle il appartient.
Les traitements dirigés contre la fièvre typhoïde se trouvent au nombre de quatre , et tirent leurs noms du mode d’action qu’ils exercent sur l’économie : le \ràitementantiphlogistique,letmte\mntanti-putride ou ionique , la méthode évacuante et la méthode expectante.
Ces divers traitements comptent des illustrations
médicales à leur tête , et chacun d’eux est prôné par des praticiens habiles; mais c’est d’après les succès obtenus que l’on doit apprécier la bonté d’une méthode; sans disserter ici sur leur valeur, nous nous bornerons a les exposer très-succinctement , et à mettre sous les yeux du lecteur le traitement auquel nous croyons être redevables de la vie de l’enfant qui fait le sujet de cet écrit.
Le traitement antiphlogistique consiste à user largement de la saignée et à débiliter le malade jusqu’à ce que la violence du pouls et les symptômes inflammatoires soient tombés.
Le traitement antiputride est employé par les médecins qui regardent la fièvre typhoïde comme le résultat de la putridité des humeurs et de la faiblesse générale qui en est la suite ; ils usent donc de la médication tonique pour la combattre ; selon eux , le quinquina, le camphre, les plantes aromatiques, le vin, l’alcool, les chlorures, l’acétate d’ammoniaque, le musc, etc., sont les seuls agents à lui opposer.
Méthode évacuante : les partisans de cette méthode veulent qu’on donne un émétiçde dans les premiers jours de l’invasion de la fièvre typhoïde, afin de favoriser les efforts que fait le malade pour vomir. Après l’invasion gastrique , ils provoquent immédiatement l’évacuation intestinale au moyen de divers purgatifs, tels que l’eau de Sedlitz, l’huile de ricin, la crème de tartre, le calomel , la mauve, etc... Quelques médecins veulent que les purgatifs soient administrés tous les jours , sans tenir compte des coliques , du météorisme, ni du nombre des selles, s’appuyant sur ce que les matières contenues dans les intestins sont beaucoup plus irritantes que les purgatifs, et que les débarrasser incessamment, c’est s’opposer à l’ulcération de la muqueuse et abréger la durée de la maladie. D’autres médecins, moins exclusifs, suspendent pendant quelques jours l’emploi des purgatifs , lorsque les selles deviennent trop fréquentes.
Il est bon de faire observer que la méthode évacuante ne prescrit pas les émissions sanguines; elle regarde, au contraire, les saignées médiocres et les applications de sangsues comme très-utiles dans le début de la maladie, c’est à-dire dans la période inflammatoire, Des boissons mucilagineuses et délayantes données fréquemment et en abondance, quelques sinapismes et même des vésicatoires aux extrémités inférieures lorsqu’il y a congestion au cerveau , complètent ce traitement.
La méthode expectante ou traitement des symptômes, dont se sert M. Dalmas, qui a sauvé un grand nombre d’enfants atteints de fièvre typhoïde , serait, d’après les beaux résultats qu’il obtient, la méthode la plus sage et la plus sûre.
S’il est un principe vrai en médecine, c’est celui-ci : La nature tend toujours à expulser la cause morbifique et à rétablir l’équilibre dans la machine. Si la nature l’emporte, cette cause morbifique est expulsée ; au contraire, si ses efforts sont vains, la mort en est la conséquence.
On ne peut donc se refuser à admettre que toutes les maladies aiguës aient une°tendance vers la guérison, et que la guérison est due aux efforts de la nature.
Lorsque la cause de la maladie est connue, on l’attaque directement, et l’affection cesse aussitôt que cette cause est détruite; mais lorsque la cause est douteuse ou inconnue, comment la combattre? Alors il faut étudier la nature , la suivre dans sa marche, éviter de troubler les crises favorables par des remèdes intempestifs ; enün , la diriger dans ses efforts ; car c’est bien souvent à la nature que le médecin doit ses succès.
On voit que la méthode expectante, dont nous parlons , n’est point une contemplation oisive de la maladie, et qu’elle consiste à aider la nature , ou à combattre les symptômes alarmants à mesure qu’ils se présentent.
Mais laissons parler M. le docteur Dalmas, jeune praticien distingué, dont le tact médical dans les affections typhoïdes lui assure désormais une réputation méritée.
lre période . — Dans les huit ou dix premiers jours de la maladie , lorsque la céphalalgie est intense , lorsque le pouls est large, dur, plein, la face injectée, la peau sèche et brûlante , la saignée se trouve indiquée ; on peut même la répéter si les symptômes inflammatoires 11e cèdent point ; cette seconde saignée, toujours plus faible que la première, doit être calculée sur les forces du sujet et la persistance des symptômes. Chez les enfants, la saignée par la lancette étant trèssouvent difficile à pratiquer, on la remplace par une application de sangsues à l’anus ou sur la partie du ventre nommée fosse iliaque droite, si cette partie, douloureuse à la pression , annonce la lésion de l’ intestin grêle. Quelques légers laxatifs, donnés de temps à autre, entretiennent la liberté du ventre et préviennent souvent les coliques et le météorisme -, mais il faut les suspendre aussitôt que la diarrhée inspire des craintes. — Les boissons rafraîchissantes, la limonade, le sirop de groseilles, l’eau de seltz aromatisée avec du citron pour la rendre plus agréable, conviennent a cette époque de la maladie où la soif est très-vive ; la quantité à boire doit être de deux ou trois litres en 24 heures. Les lavements émollients sont strictement recommandés lorsqu’il y a constipation ; dans les cas de diarrhée alarmante, on ajoute quelques gouttes de laudanum au lavement rendu légèrement astringent.
L’indication étant de diminuer le mouvement fébrile dans cette première période, tout doit tendre à ce but. La température de l’appartement sera peu élevée; la chaleur est plus à craindre que le froid. On doit exercer une surveillance active sur tous les objets de l’hygiène , la pureté de l’air , l’extrême propreté de tout ce qui entoure le malade, le changement fréquent
des linges , draps , etc. , l’aération fréquente de l’appariement sont de toute nécessité.
Somnolence et délire . — Lorsque la somnolence et le délire sont médiocres, ils n’exigent point de traitement spécial et tombent ordinairement d’eux-mêmes, Mais lorsque leur intensité fait redouter une lésion de l’encéphale , quelques médecins conseillent de renouveler la saignée et, après la saignée, d’appliquer des sinapismes ou des vésicatoires aux membres inférieurs. D’autres médecins , se fondant sur l'expérience, prétendent que la saignée ne calme nullement le délire, et que les vésicatoires n’apportent aucun changement à l’état de somnolence; qu’ils ont, au contraire, l’inconvénient d’entraîner fréquemment la mortification de la peau , et de retarder la convalescence lorsque la maladie doit avoir une issue heureuse. Nous pensons que le rejet absolu de ces moyens puissants, de même que leur abus, sont deux extrêmes à éviter. C’est à la sagacité du médecin à reconnaître les cas où ils sont indiqués; caron ne peut nier qu’en maintes circonstances ils n’aient procuré une dérivation salutaire. L’indication étant ici d’établir une dérivation momentanée, et non un exutoire , il importe de ne point enlever la pellicule du vésicatoire ; on doit simplement la percer pour en faire écouler la sérosité; puis le vésicatoire est pansé avec un linge fin, légèrement enduit de cérat saturnin.
L’emploi des purgatifs doux, comme ceux dont nous avons parlé, lorsque la diarrhée n’est pas trop forte, a souvent diminué les accidents cérébraux; plusieurs médecins, justement célèbres, en ont signalé les bcns effets.
Météorisme . — Le ballonnement du ventre disparaît souvent de lui-même ou cède à des lavements mucilagineux.
2e période . — Lorsque la somnolence persiste et que la prostration des forces est extrême, que la lan-
gue, les dents et les lèvres s’encroûtent de fuliginosisités, l’administration des toniques est indiquée. Un grand nombre de praticiens commencent d’abord par les toniques faibles, tels que l’infusion à froid d’angélique, de mélisse, de camomille, etc... ou une cuillerée de vin vieux de Bordeaux étendue dans un verre d’eau; si ces toniques n’avaient point d’action marquée, ils ont recours à des toniques plus forts : le vin de Malaga, de Chypre, de quinquina et surtout aux solutions d’acétate d’ammoniaque à la dose de 8 à 10 gr. par jour. Ce dernier jouit d’une grande efficacité ; on voit presque toujours les fuliginosités disparaître sous son action; la langue perd de sa sécheresse, les dents, la bouche et la gorge se nettoient , la peau devient le siège d’une douce moiteur. Aussitôt ces résultats obtenus, il faut cesser l’emploi de cet agent énergique. Mais le médicament dont nous avons retiré les plus excellents effets , dans la période adynamique , est la teinture de quinquina rouge administrée à la dose de six à huit gouttes dans un demi-verre d’eau sucrée. Nous avons tout lieu de croire que ce bienfaisant tonique a rappelé à la vie l’enfant de M. A. Debay, condamnée par plusieurs célébrités médicales.
Bronchite, Pneumonie . — Aussitôt que la toux se déclare, il faut remplacer les boissons acidulés par les tisanes émollientes, prises lièdes ; quelques potions et loochs gommeux arrêtent le plus souvent l’irritation bronchique. Cependant s’il se déclarait une pneumonie, affection grave, comme il n’est plus possible de tirer du sang au malade à cause de sa grande faiblesse, il devient urgent d’appliquer un vésicatoire sur la partie de la poitrine correspondante à la portion enflammée du poumon. On peut, chez les enfants, remplacer le vésicatoire par une friction avec l’huile de croton tiglium qui développe sur la peau une éruption pustuleuse et dissipe ordinairement en quelques jours la pneumonie.
3 * période ou période critique . — C’est à cette époque de la maladie que la nature fait effort pour expulser le principe morbifiqne; c’est alors que le médecin doit s’enfermer dans une sage expectation et être attentif à écarter du malade tout ce qui pourrait troubler le mouvement salutaire de la nature.
La crise a lieu soit par les sueurs , les urines , les selles fétides , une expectoration abondante, une hémorrhagie nasale ou intestinale ; cette dernière est cependant regardée comme de mauvais augure et on se hâte de l’arrêter par des lavements froids et astringents. À-t-on raison?
La crise dure ordinairement douze heures; elle peut se prolonger audelà. L’indication est de la favoriser par tous les moyens de l’art. Cependant, si elle se prolongeait trop, et qu’elle menaçât de débiliter le sujet déjà très faible, le médecin doit s’en rendre maître par tous les moyens en son pouvoir.
Lorsque la lièvre est tombée, et que les autres symptômes typhoïdes ont disparu, ce qui arrive généralement du 21e au 27e jour, toute médication active doit cesser ; le malade entre en convalescence.
Convalescence. — La convalescence de la fièvre typhoïde est une des plus longues , des plus pénibles et durant laquelle les rechutes sont le plus à craindre. En effet, le sang est appauvri, les organes sont fatigués, le corps est exténué, l’organisation entière a été violemment ébranlée jusque dans son principe vital. Il faut donc les plus grands soins, les attentions les plus minutieuses, et une active surveillance dans le régime diététique afin d’écarter du convalescent tout ce qui pourrait provoquer une rechute presque toujours funeste. On commence par lui donner des bouillons de poulet coupés, puis des bouillons entiers, des bouillies de tapioka,de sagou, de fécule, des crèmes de riz, enfin des aliments d’une digestion très-facile. On multiplie les repas qui doivent être fort légers dans le double but
de ne point fatiguer l’estomac et de tromper l’appétit vorace du convalescent. Après quelques jours de ce régime, on essaie les viandes blanches rôties, le poulet, l’agneau , le veau , etc. , etc. Si l’estomac les digère bien, on passe à des viandes plus substantielles, mais toujours peu à la fois, afin d’éviter les digestions labo* rieuses ; on augmente insensiblement la quantité des aliments au fur et à mesure que l’équilibre se rétablit dans les forces digestives. Enfin , quelques bains domestiques pour nettoyer la peau , les distractions agréables, les promenades à la campagne, un exercice modéré facilitent le jeu des organes et ramènent bientôt le convalescent à son état de santé primitif.
imprimerie d’édouard bautrucke, rue de la Harpe, 90.
©uprages îm même tuteur :
CHEZ ^IOÇCETj COUR DE ROHAN, 3, PA3SAGE DU COMMERCE.
HISTOIRE DES MÉTAMORPHOSES HUMAINES, et de