‹ De la folie à double formeChapitre 19 sur 37 · OBSERVATION VIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION VIII

Folie à double forme intermittente, début à l'âge de 12 ans ; intermittences d’une durée très-inégale, pendant lesquelles le malade reprend ses occupations ; tendance ,

pendant la période d'excitation , aux excès alcooliques et vénériens.

M. (Pierre), âgé aujourd’hui de 33 ans, est un homme d’une forte constitu¬

tion, d’un tempérament sanguin. Je ne trouve rien de particulier comme prédisposition héréditaire.

D’une intelligence ordinaire, d’un caractère violent et emporté, peu laborieux,

M.paraît avoir été atteint d’aliénation mentale dès l’âge de 11 ans. Il en avait

17 quand il fut admis à l’asile, pour la première fois, le 14 mai 1844. Le médecin de la famille déclare, dans le certificat d’admission, que plusieurs fois déjà il a été appelé pour donner des soins à M...... qu’il dit être atteint, depuis l’âge de

11 ans, d’une aliénation mentale périodique, caractérisée, pendant les accès, par des actes de brutalité, d’extravagance, commis dans les cabarets et autres lieux publics. Ce caractère de périodicité est également mentionné dans un certificat en date du 1 er juin 1844.

M...., sorti de l’établissement, le 20 juillet suivant, pour cause de guérison, y fut ramené le 30 décembre 1847. L’un de mes prédécesseurs le déclare atteint, à cette époque, d’une manie intermittente avec agitation et loquacité extrême. En février, convalescence. Au mois d’avril, M.est redevenu ce qu’il était au mo¬

ment de l’entrée. En juin, il est une fois encore considéré comme guéri, et quitte l’établissement.

Il entre à l’asile le 27 avril 1850. Dans le certificat d’admission, M. Billod le déclare atteint d’aliénation mentale, caractérisée par un délire général, avee prédominance d’idées tristes et tendance à l’agitation. Quinze jours plus tard, il est déjà beaucoup mieux. Au mois de juin, retour de l’exaltation et du délire. En août, amélioration, convalescence, guérison. M. quitte l’asile le 22 sep¬

tembre 1850.

Je ne connus M. qu’en septembre 1855, lors de sa quatrième admission à

l’asile. Depuis cette époque, il m’a constamment offert le retour, à des époques indéterminées, de crises plus ou moins violentes, mais caractérisées toutes par une période de mélancolie, suivie bientôt d’excitation maniaque.

Cette fois M.avait été arrêté pour mauvais traitement envers ses parents, et

la déclaration du médecin de la prison, qui vint attester l’existence chez cet homme d’une manie intermittente, put seule lui éviter quelques mois de prison.

M.fat ramené à l’asile, où il ne resta guere que deux mois, et sans que nous

ayons constaté chez lui des symptômes bien tranchés d’aliénation mentale.

Cet homme nous fut ramené en février 1858. Cette fois, renseigné plus complètement sur les antécédents de M...., je me tins sur mes gardes, et me hâtai beaucoup moins de le déclarer guéri, et cela, bien qu’à son entrée il n’offrît aucune trace d’aliénation mentale. C’est qu’en effet les accès de folie de M.sont

de courte durée, et que l’excitation maniaque, qui motive un arrêté d’admission qui n’est presque jamais mis à exécution que quelques semaines plus tard, a presque complètement disparu.

Les renseignements d’ailleurs que me donne la famille ne peuvent laisser aucun doute dans mon esprit. M.n’est point arrêté et placé à l’asile chaque fois

qu’il est atteint d’un accès de folie, on ne prend de décision à cet égard que lorsque les accès sont par trop violents. Les crises du reste ne sont pas trop rapprochées, une année entière se passe quelquefois sans que M. offre rien de

particulier ; mais le plus souvent les accès reviennent tous les trois ou quatre mois; ils affectent d’ailleurs la même physionomie : ils sont caractérisés d’abord par de la tristesse, de la prostration, qui durent quinze ou vingt jours; puis commence l’excitation: la figure de M..... se colore,il court de côté et d’autre sans motif, nous entretient longuement, avec animation, de sa position, de ses projets, demande sa sortie avec instance, veut qu’on lui donne de l’argent pour acheter du tabac et du vin, se plaint de l’alimentation ; c’est toujours dans ces moments qu’il cherche à s’évader.

En dehors de l’asile, les crises de M.sont en tout semblables, à part peut-

être une plus grande agitation pendant la seconde phase de l’accès. M.en

effet court les femmes et les cabarets, se livre à des excès de toutes sortes, et il devient alors violent et dangereux.

Au mois de juillel 1860, je me décide à renvoyer M.11 y avait en effet près

de douze à quinze mois qu’il n’avait pas eu d’accès, et il me coûtait de conserver à l’asile un homme fort et robuste, dont le travail pouvait être utile à ses parents, et que d’ailleurs je ne pouvais plus considérer comme aliéné.

Depuis cette époque, je n’ai entrevu M.qu’une seule fois ; sa famille n’avait

point à se plaindre de lui. Mais je doute que cét homme soit assuré cette fois plus complètement que les autres, et je crains bien qu’il nous soit ramené au printemps prochain, époque la plus habituelle du retour de ses crises. (Archives cliniques des maladies mentales et nerv'éüsès', juin 1861, n° 49; observation de M. le D r Limier, directeur-médecin de l’asile de Blois.)

Troisième catégorie. — Accès périodiques à intermittences régulières et à périodes presque égales.

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