‹ De la folie à double formeChapitre 18 sur 37 · OBSERVATION VII · texte numérisé non relu

OBSERVATION VII

Plusieurs accès de folie à double forme ; période d'excitation marquée par des dépenses exagérées, des voyages à Paris; mélancolie avec tendance à l’isolement, aversion pour quelques membres de la famille, puis suicide.

M. D., âgé de 54 ans, marié et père de cinq enfants, est un riche propriété!.—Geoffroy. 10

taire de vignobles. Dès 1846, ayant alors 43 ans, il commença, sans cause appréciable, à devenir très-bizarre dans son caractère et ses habitudes : tantôt triste, maussade, grondeur, insouciant ; tantôt au contraire d’une gaieté très-grande, d’une activité surprenante, etc.

A partir du commencement de 1849, il eut ce que sa famille appelait ses accès, c’est-à-dire deux ou trois mois de tristesse, d’apathie et de dépression, et une

durée à peu près égale d’activité, de loquacité.Puis tous ces phénomènes

s’amendaient: M. D. rentrait dans l’état normal, s’occupait de ses affaires, de

la direction de sa maison, de l’avenir de ses enfants.

En 1852, après trois mois d’une profonde dépression, M. D..... s’anima tout à coup, partit avec sa famille pour Paris, se livra à des dépenses uu peu exagérées, se montra très-gai, voulant tout voir, tout visiter, courant les promenades, les concerts, les spectacles. Dans la nuit du quatre-vingt-cinquième au quatre-vingtsixième jour, il se réveilla souffrant de la tête, triste et déprimé. 11 quitta immédiatement Paris, et rentra chez lui après avoir dépensé 15,000 francs.

En 1854, l’une des périodes de dépression fut marquée par cette circonstance, qu’il ne voulut plus voir sa femme et quatre de ses enfants; sa fille aînée seule

était admise dans sa chambre et lui servait ses repas. M. D.quittait à peine

son lit , restait dans l’inaction , pleurant souvent, et exigeait que les volets de l’appartement fussent toujours fermés.

En 1855, nouveau voyage à Paris ; 10,000 francs de dépense en moins de trois mois, achats nombreux, activité surprenante, courses très-longues à pied.

En 1856, les périodes de dépression et d’excitation se prolongent davantage et prennent des caractères inquiétants. Pendant la phase de rémission complète, M. D.s’occupe de ses affaires, regrette ses dépenses passées, donne des or¬

dres, prescrit une sévère économie dans sa maison.

En 1857, au mois d’août, après deux mois et demi d’une mélancolie profonde,

souvent traversée par des refus d’aliments, M. D. descend à midi dans son

jardin, armé d’un fusil de chasse, se place sur le bord d’une pièce d’eau, et se brûle la cervelle. Sa fille aînée, qui l’avait suivi, se jette dans le vivier et retire le cadavre sanglant de son père. (Observation communiquée par M. le D r Legrand du Saulle.)

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