‹ De la folie à double formeChapitre 26 sur 37 · OBSERVATION XV · texte numérisé non relu

OBSERVATION XV

Alternative de manie et de mélancolie tous les deux jours pendant six ans ; avarice exagérée pendant la période dépressive ; terminaison par la démence coïncidant avec l'âge critique.

M me D.fut affectée, à la suite de profonds chagrins et de revers de fortune,

d’une mélancolie maniaque, dont elle fut traitée chez elle par Halle et Pinel, qui décidèrent la famille à la faire entrer dans un établissement consacré au traitement de l’aliénation mentale. C’est alors, le 4 mai 1803, qu’elle fut conduite dans

ma maison (dit Dubuisson), où elle présenta tous les symptômes d’un délire maniaque. Les secours thérapeutiques lui furent de nouveau administrés. Alors la manie diminua d’intensité et dégénéra en une mélancolie compliquée d’accès maniaques, qui, pendant six semaines, sont revenus assez régulièrement. Ainsi

M me D.offrait un jour les symptômes d’nn délire mélancolique caractérisé par

l’avarice la plus sordide et la méfiance la plus grande, étant d’ailleurs assez douce, tranquille et taciturne. Le lendemain, ce délire partiel et exclusif change de nature et devient général ; alors la malade s’agite, se tourmente, elle crie, elle s’emporte, elle devientquerelleuse et insupportable par ses fatigantes importunités et par sa loquacité bruyante et continuelle. C’est ce qui oblige souvent de l’éloigner de la société et de la tenir recluse pendant ces jours-là.

Depuis trois mois que l’âge critique est survenu , les accès maniaques se sont calmés, et la malade est dans un état de démence tranquille. (Jacquelin-Dubuisson, Traité des vésanies, p. 196; Paris, 1816.)

Page 1