‹ De la folie à double formeChapitre 29 sur 37 · OBSERVATION XVIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XVIII

Alternatives très-régulières et très-courtes d'abord d'excitation et de tristesse (folie à double forme au premier degré ) ; puis, a u bout d'un grand nombre d’années, accès très-longs, d'une durée de six mois pour chaque période; tendance au suicide pendant la période de mélancolie.

On m ? a demandé plusieurs fois des conseils sur la mobilité et la variabilité

extrême d’une personne qui, dès l’âge le plus tendre, avait été sujette à des affections cutanées et à des mouvements fébriles irréguliers. Dès les premiers développements de la raison, elle avait pris l’habitude de faire des lectures sans ordre et sans choix : elle s’occupait tour à tour de romans, de poésie, de pièces de théâtre, d’histoire, qu’elle parcourait alternativement, avec la rapidité de l’éclair, durant des journées entières et une grande partie des nuits. Ses périodes menstruelles furent précoces et souvent dérangées par des chagrins domestiques profonds et des contrariétés renaissantes : de là une irascibilité extrême, des emportements, des cris violents, des mouvements convulsifs irréguliers. Le bonheur parut lui sourire par un mariage bien assorti; mais toujours la même vacillation du caractère et disposition irrésistible à passer d’un extrême à l’autre. Quelquefois, pendant plusieurs jours, agitation continuelle, courses, fatigues poussées jusqu’à l’épuisement; d’autres fois morosité sombre, désir insurmontable de la retraite, engourdissement apathique; nulle règle dans l’heure des repas ni dans le choix des aliments; certains jours se passent sans qu’elle prenne aucune nourriture, d’autres sont marqués par un appétit immodéré qu’on ne craint pas de satisfaire (ce qui entraîne souvent des désordres dans la digestion), et l’abus des liqueurs alcooliques. Souvent, dans le même jour, passage brusque d’une froide apathie aux épanchements de la tendresse filiale, à l’enthousiasme de la>poésie, au fanatisme religieux, souvent des objets importants traités par manière de jeu, des frivolités traitées avec gravité et l’attention la plus sérieuse.

Des symptômes d’hypochondrie et des maux physiques variés donnent lieu à de vains projets de traitement, tour à tour suggérés par des médecins habiles , des empiriques ou des bonnes femmes, et qui sont tour à tour commencés, suspendus ou repris, sans ordre et sans suite. Enfin l’aliénation se déclare avec une singularité remarquable : la malade passe six mois de l’année à s’agiter, à courir sans cesse, à former des projets sains et chimériques ; six autres mois sont marqués par une stupeur profonde, un sombre désespoir et une impulsion des plus fortes pour le suicide. (Pinel, Traité médico-ps/chol. sur l’aliénation mentale, 2 e édit., 1809, p. 23.)

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