De la folie consécutive aux maladies aiguës
il y a quelque temps complètement exploré, s'est encore agrandi, et l'observateur a vu depuis peu s'ouvrir devant lui des horizons nouveaux.
Grâce à la méthode exacte qui prévaut aujourd'hui, non moins qu'aux procédés d'investigation si nombreux et si perfectionnés, grâce aussi aux progrès de la physiologie expérimentale et des sciences en général, la nature des phénomènes a été mieux appréciée; et si le jour ne s'est pas encore fait complètement, on a eu au moins ce mérite de reconnaître qu'en beaucoup de points la science était à faire: science nouvelle, chercheuse des vérités démontrées et palpables, science qui, par l'étude approfondie et minutieuse des faits, pourra con-' duire à la connaissance plus parfaite de la nature des maladifs.
Meus sana in corpore sauo.
Leehampsi vaste de la médecine que l'on croyait
Parmi celles-ci, une des plus obscures, malg'ré les travaux Nombreux al remarquables de ce tempsci, esl certaînêmènl l'aliénation mentale.
Avant eu récemment l'occasion de suivre à la Salpêtrière le service de M. Baillarger, et d'entendre les leçons de ce savant aliéniste, nous avons puisé dans celle circonstance l'idée de traiter ce sujet : De la Fol if consécutive aux maladies aiguës; sujet qui, appartenant surtout à la patholog'ie spéciale des aliénés, se rattache cependant par une foule de branches à la patholog'ie normale.
.Nous avons pensé qu'il y aurait peut-être quelque intérêt à faire sortir des recueils périodiques où ils sont épars, ces faits par cela même trop ignorés, du plus grand nombre des médecins.
Nulle part, en effet, ce sujet n'est traité ex pr(h fessa. On voit, il est vrai, mentionné dans les Comptes rendus de F Académie des sciences (1857), un mémoire de .M. .Thore sur la Folie consécutive aux maladies aiguës; l'auteur y traitait également de la folie concomitante à ces maladies, malheureusement ce mémoire n'a jamais été publié. Un certain nombrede faits recueillis parM. Thore furent d'ailleurs insérés dans les Annales médico-psychologiques, où mais les avons retrouvés; d'autres furent signalés dans le même recueil (1845-1863) par MM. Max Simon , Leudet et plusieurs internes d'asiles d'aliénés (i).
I) On trouvera, ii propos des laits particuliers, toutes les indications bibliographiques.
No'us-toïêmè avons pii recueillir, dans le service de M. Baillarg-er et dans les registres qu'il a bien voulu mettre à notre disposition, un certain nombre de laits, qui pourront contribuer à jeter quelque jour sur la question.
Avant d'aller plus loin, nous tenons à préciser ce mot de folie et à justifier ou au moins à expliquer • notre titre.
Pour le dire en deux mots, nous comprenons sous le nom de folie toutes les formes de vésanies observées, en y comprenant le délire aig*u, quelle qu'en soit d'ailleurs la cause prochaine et immédiate.
« Depuis les beaux travaux de Bayle, dit M. Reg'nard (1), le cercle des variétés de folies rangées dans la classe des névroses va de plus en plus se rétrécissant. Qui ne sait que les fous par méning-oencéphalite chronique (paralysie générale) , par intoxication alcoolique, remplissent une grande I partie du cadre des asiles ? »
Il faudra y ajouter, croyons-nous, un certain inombre de folies nées sous la dépendance plus ou imoins immédiate d'une maladie aigrië ou chronique
Les premières doivent seules nous occupe)- ici ; lil résulte des observations recueillies à diverses sources et reproduites plus loin, que le nombre des (affections aig*uës qui peuvent déterminer à leur suite
(I) Gazelle des hôpitaux, 13 septembre' 186 !, p. 426.
la folie es! relativement fort restreint. La lièvre typhoïde, le choléra et le typhus, la pneumonie et la pleurésie, le rhumatisme articulaire aigu, les fièvres èruptives, l'érysipèTe et l'angine nous ont fourni les sujets de nos observations.
L'état puerpéral et les intoxications qui, à la rigueur, rentrent dans cet ordre d'idées, ne pouvaient être étudiés ici. L'étude des intoxications nous cùl conduit trop loin ; quant à l'état puerpéral, la question est suffisamment connue et nous n'aurions pu que la résumer d'après des traités spéciaux Irès-bien faits.
D'ailleurs, dans le cours de nos recherches, l'horizon s'est agrandi beaucoup plus que -nous ne pouvions l'espérer, el nous sommes parvenu à réunir quarante -trois observations, reproduites presque toutes en entier ; ceci nous paraissait de la dernière Importance : d'abord nous avons ainsi évité des recherches nouvelles, puis les faits étant étalés à tous les yeux, nous niellons le lecteur à même de les comparer, de les confronter pour ainsi dire avec nos conclusions.
Si nous nous sommes trompé, d'autres pourront voir plus juste et il nous est permis d'espérer que noire étude flans tous les cas n'aura pas été inutile.