‹ De la folie consécutive aux maladies aiguësChapitre 41 sur 43 · OBSERVATION XL · texte numérisé non relu

OBSERVATION XL

(Thore, Annales médico-psychologiques ; 1850.)

Fièvre typhoïde grave chez un jeune homme de 17 ans; pendant la convalescence, abcès multiples, délire avec hallucinations de la vue et rie l'ouïe, d'abord calme et de plus eu plus violent ; alternatives d'agitation et de surdité; kleptomanie bien caractérisée; la séquestration devient nécessaire.

D garçon âgé de 17 ans, brun, a déjà eu plusieurs ma -

ladies graves pour lesquelles je lui ai donné des soins. Il tomba malade le 2-i juillet 1S4S. .le ne puis recueillir sur ses antécédents rien de bien particulier, si ce n'est qu'il a été très-vivement impressionné des événements politiques de juin. Son caractère est port doux, il est très- timide, et l'on conçoit en effet qu'il ait été fol lement ému de quelques scènes qui ont eu lieu devant lui.

Dès le début, lièvre intense, L20 pulsations; sécheresse et routeur de la langue, dents fuligineuses! lâches lenticulaires; gargouillement dans Ih fosse iliaque droite; méléorisme ; stupeur portée au plus haut degré; délire calme, mais 'incessant,

avec loquacité; diarrhée très-tenace et très-abondante, selles verdàtres et liquides. Cet état se prolonge sans changement bien notable jusqu'au 10 août, époque à laquelle il aune épistaxis très-considérable. Depuis ce moment, les symptômes prennent encore plus de gravité. *

État adynamiquc. On a recours aux préparations de quinquina et à l'application de nombreux vésicatoires.

Vers le 15 août un faible mieux se manifeste, il y a toujours du délire. Dans les derniers jours du mois d'août, il se forme des abcès aux deux fesses, puis aux mollets, aux cuisses près des points où les vésicatoires ont été appliqués; ils sont incisés. Depuis lors la langue reste constamment uetle et humide, le ventre est plat et indolent, le pouls est faible, la surdité est moindre, il a repris toute son intelligence. Le 26 août, plus de diarrhée, selles solides. La fièvre a cessé, il commence à avoir un peu d'appétit et il se lève pendant quelques instants. On peut le considérer comme convalescent.

Le 3 septembre, il se forme au fémur et à la cuisse droite des abcès que l'on incise; il mange plusieurs potages par jour, il n'a plus de fièvre; la langue est humide, les dents complètement nettoyées. Ou remarque de l'agitation pendant la nuit; son cerveau, qui était eu fort bon étal, semble se troubler de nouveau; il se livre à des actes fort bizarres; il marche a quatre pattes, et va pendant la nuit réveiller ses parents sans motif. Il prétend qu'il est entouré d'insurgés qui eu veulent à ses jours; il veut se défendre et demande du secours. Il prétend qu'il les voit et les entend, qu'ils le menacent et veulent l'empêcher de travailler. Il y a beaucoup d'incohérence dans ses paroles quoiqu'il réponde assez bien aux questions qu'on lui adresse. Dans la journée, il est assez calme, et s'habille, mange avec appétit; mais il a toujours des hallucinations de la vue et de l'ouïe.

Le 8, il a encore au front plusieurs abcès que l'on incise ; il a toujours des hallucinations et il veut sortir pour aller demander de l'ouvrage; son délire est tranquille, sans agitation ni violence.

Le 20, il s'échappe de chez lui pour aller chez un épicier voisin, à qui il veut acheter toute la boutique; il dit qu'il possède beaucoup d'argent, et qu'on lui en doit encore davantage; il finit par prendre une poignée de pruneaux qu'il

desline à son frère, dit-il, et qu'il s'empresse de manger en chemin, lia toujours des hallucinations de la vue et de l'ouïe ; il enteud des bruits extraordinaires et voit des hommes qui travaillent auprès de lui. 11 reprend d'ailleurs de la force et de l'embonpoint; il a un appétit exagéré. Il se lève à chaque instant pendant la nuit et appelle à grands cris sa sœur qui est malade et couchée auprès de lui. Il a toujours une grande disposition pour le vol.

Le 22, il a été prendre du raisin dans un jardin voisin en sautant par-dessus un mur; il en mange une grande quantité et il est pris de diarrhée et de fièvre pendant quelques jours.

Le 28, il y a toujours beaucoup de désordre dans les idées. Les hallucinations sont moins fréquentes; cependant il voit toujours des gens qui le menacent, il leur adresse des injures et veut se battre avec eux. Il continue de voler ; il prend tout ce qui lui tombe sous la main, en disant toujours que c'est pour son frère. Son appétit est exagéré. Toute la journée il reste sur une chaise dans un état de stupidité , air hébété, face sans expression, et pleure et rit sans motif. Il a de temps en temps des excitations involontaires. Il reprend de l'embonpoint.

1er octobre. — Persistance des hallucinations; il a encore été prendre chez un marchand un pantalon et une casquette. Plus de délire ni d'agitation pendant la nuit; il dort bien. 11 devient plus propre.

Le 10. Jusqu'à ce jour il est resté paisible et très-docile. Le soir, il a une conversation avec un jeune homme qui a des opinions politiques très-exaltées; à la suite de cette longue conversation, le délire reparaît avec violence. « Tout cela va finir, dit-il; les voilà, ils viennent; nous allons bien rire.» Puis il rit aux éclats, indiquant l'endroit par lequel les hommes doivent paraître.

Il va pendant uu temps fort long écouter à la porte, en disant qu'ils viennent; il l'ouvre, et, ne les trouvant point, il prétend qu'ils se sont éloignés. Il se livre ensuite à toutes sortes d'excentricités, puis embrasse sa mère, sa sœur, en répétant toujours: cela va bientôt finir. Il est très-agité pendant toute la nuit ; il n'a pas un instant de sommeil et répète sans cesse les mêmes paroles. Il refuse les aliments qu'on lui présente pendant le jour, tandis qu'auparavant rien ne pouvait salis-

faire sa faim. Il esl Forl triste et ne répond rien aux <|uestions qu'on lui adresse.

Le 12. Sou état s'est beaucoup aggravé depuis quelques jours : il pleine, chante et crie le jour comme la nuit; il répète pendant des heures entières les mêmes mots; il embrasse et frappe tout à la fois les personnes qui sont auprès de lui, il urine et satisfait tous ses besoins au milieu de la chambre. La face est altérée, son pouls très-faible; la peau est fraîche. Il refuse toujours de manger.

Le 13. Aujourd'hui il est dans un élatde stupidité complète, au lieu d'être agité comme la veille; il ne répond pas aux questions, écoule et ne dit mot. Il esl toujours malpropre. Ses parents se trouvant dans l'impossibilité de le garder et de le soigner, il est transféré à l'hôpital de Bicêlre et y reste pendanl quelque temps dans un état d'agitation considérable. Vers la fin de décembre, il est devenu, au rapport de sa mère, forl calme. Depuis cette époque, il a été conservé dans rétablissement; il y rendait quelques services. Ou l'aimait à cause de son caractère tranquille et doux. Il n'a plus donné de signes de folie.

Il a succombé a une attaque de choléra pendant le mois de juin 1819.

On sait que la kleptomanie dont cette observation est un exemple si remarquable, a été niée en tant que phénomène isolé, et, pour le dire de suite, cVsl à la première période de la paralysie g-énérale que se rapporte le plus grand nombre des observations citées. Notre cas, (obs. 39) en est un exemple de plus.

Cependant elle peul exister à l'état simple; ce n'est pas tout à fait le cas ici, puisqu'il y a des hallucinations et un délire complexe. C'est un fait intermédiaire et qu'il est bon de connaître. Le diagnostic d'ailleurs n'offre ici aucune difficulté, et il ne pourrait y avoir matière à discussion que

pour des gens tout à fait ignorants de l'aliénation mentale, comme le sont les magistrats par exemple; c'est au médecin à les éclairer; aussi les faits de la nature de celui-ci méritent-ils d'être connus. On trouvera encore dans le cas suivant, relaté par M. Morel (1), un exemple remarquable de folie consécutive à une affection aig"uë, et pendant laquelle des tendances criminelles se sont manifestées :

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