‹ De la folie en matière de religionChapitre 36 sur 46 · PREMIERE CAUSE L'IRRÉFLEXION · texte numérisé non relu

PREMIERE CAUSE L'IRRÉFLEXION

De olationc desolata est omnis terra, quia nulliis est qui recogitet corde.

Toute la terre est désolée, parce qu'il n'y a personne qui réfléchisse dans son cœur. (Jér., xn, 14.)

Le prophète des larmes, Jérémie, debout au milieu des ruines du temple et de la cité sainte, cherchait dans son esprit quelle pouvait être la cause de toutes ces calamités pour sa malheureuse patrie. Il interrogeait Dieu même dans une prière fervente, et lui demandait la raison d'une si grande colère contre son peuple. Soudain une lumière vive a frappé cette haute intelligence et il s'écria en gémissant : Voilà pourquoi la terre a été ravagée, la ville sainte ruinée, et le

temple abattu C'est qu'il n'y a plus personne qui

pense, qui réfléchisse en son cœur. Quia nullus est qui recogitet corde! (Jér., xn, 11.) — Et nous, après avoir jeté les yeux sur la terre et sur les sociétés hu-

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mai nés que nous avons vues livrées à tant d'illusions el d'erreurs, cherchant la cause de lous ces malheurs, de ces ruines intellectuelles, et demandant aussi à Dieu sa lumière, nous avons vu que la source principale de toutes ces folies élail dans le défaut de réflexion. On ne pense pas, on ne réfléchit pas ; il n'y a pas de cœur qui médite, pas d'âme qui apprenne à voir et juger : on ne comprend pas !... Quia nullus est qui recogitet corde. C'est pourquoi, en entrant dans la dernière partie de ce traité, et devant d'abord examiner les causes générales de la folie des hommes en matière de religion, nous avons cru devoir, avant tout, signaler l'irréflexion comme la première et la principale. Elle est en effet la cause : 1° que l'on ne voit pas ; ou 11° que l'on voit mal... L'homme irréfléchi est toujours aveugle ou dupe ; il se trompe nécessairement ; en un mot, il se conduit sans raison, et comme un insensé.

I. On ne voit pas. — Pour voir en effet, comme nous l'entendons ici, il faut regarder; et, pour regarder, il ftmt faire attention ; autrement il est certain qu'on ne voit pas plus que les bètes, et qu'on ne comprend pas; on ne sait rien, ou du moins on ne se souvient de rien. N'est-ce pas pour cela qu'une des premières conditions du traitement des aliénés consiste dans l'isolement? on les sépare de leurs relations ordinaires; on va même jusqu'à les priver de tout rapport avec leur famille. Une mère ne pourra plus voir sa fille, un père ne peut faire la moindre visite à son lils ; et, dans ce système

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d'isolement, le pauvre malade souvent se met à réfléchir sur les causes de sa solitude; il regrette le temps où il était si heureux, il redemande les siens... il pleure leur absence, et c'est un des meilleurs et des plus sûrs symptômes de guérison. Il a réfléchi; il est sauvé.

C'est ainsi que pour ramener à la raison les pauvres pécheurs, il est utile de les isoler, autant qu'on peut; on les met en retraite, on les aide à méditer un peu sur les vérités importantes de la foi, et souvent, pour les guérir entièrement, il a suffi des premières questions qu'on leur adressait dans la méditation de la fin de l'homme : Tu qui es? quo vadis?... Qui êtes-vous? où allez-vous?... D'autres ont été touchés par ces mots également pleins de lumière : Quid prodest homini, si mundum univerèum lucretur, animx vero sux detrimentum pcitiatur?... (Matth., xvi, 26.) De quoi peut servir à un homme de posséder le monde entier, s'il vient à perdre son ame? J'en ai connu un qui a été guéri en entendant ces trois mots qu'il répétait d'abord comme machinalement, et qu'il finit par comprendre : Umnn est necessarium. (Luc, x, 42.) Une seule chose est nécessaire... et un autre par cette belle sentence de notre frère saint Louis de Gonzague : Quid hoc ad œternitatem ! Qu'est-ce cela auprès de l'éternité? etc. Us étaient d'abord tout étonnés, comme serait un aveugle qui, par miracle, ouvrirait les yeux, ou comme un sourd qui viendrait à entendre soudain ; puis ils regardaient un peu plus attentivement, ils répétaient ces paroles, et ils parvenaient à voir et à enten-

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tire. .. ils réfléchissaient en un mot, et ils étaient guéris et sauvés. J'en ai vu plusieurs, que j'ai moi-même visités, dans la petite cellule où je les tenais enfermés pour les exercices de la retraite, et qui, revenus comme d'un long sommeil ou plutôt d'un long délire, me disaient : « Comment n'ai-jc donc jamais pensé à cela? Ah ! que j'étais insensé !. . . En vérité j'ai pu passer tant d'années dans cet égarement et celte folie ! Oh ! que ne puis-je le dire à tous ceux que j'ai connus et qui sont encore dans les mêmes erreurs ! Je voudrais leur faire voir ce que j'ai vu ici, et entendre ce que j'y ai entendu. » C'était le symptôme, le signe le plus sûr de leur guérison.

Il est de fait que la plupart des hommes, faute de réflexion, ne savent pas ce qu'il faut absolument savoir, et que par suite ils font ce qu'il faudrait éviter de faire, sous peine de se perdre éternellement. — Voyez plutôt, je vous prie, ce qu'ils pensent de Dieu, de leur âme, du temps et de l'éternité, du péché et de la grâce, ce qu'ils pensent même du monde; et vous comprendrez aussitôt qu'un peu de réflexion leur ferait en un instant changer tous ces jugements insensés. Ils verraient !...

Pour toutes ces choses, l'homme irréfléchi est absolument comme celui qui ne sait pas, et il ne s'en occupe pas plus que celui qui n'a pas vu. Jl oublie son Dieu; il n'y pense pas plus que l'insensé qui ne croit pas à l'existence de Dieu ; il vit à peu près en athée, ou bien c'est pour lui un Dieu inconnu, Deo ignoto, dont

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