‹ De la folie en matière de religionChapitre 37 sur 46 · L'IRRÉFLEXION, 3&J · texte numérisé non relu

L'IRRÉFLEXION, 3&J

il méprise la loi, et les menaces et les promesses. Peutêtre même qu'il n'aura pas d'autre Dieu que l'or ou la volupté... On a beau l'avertir^ cel homme ne réfléchira pas, et par conséquent ne comprendra pas, mais au jour de la mort quel changement dans ses idées ! quelle lumière ! Il verra alors Dieu, comme il est, grand, puissant, juste juge, et fin suprême de l'homme : il le verra; mais ce sera trop tard.

Pour son âme, il en est de même; il n'y pense pas plus aujourd'hui que s'il n'en avait pas. Il ne fait rien pour elle ; il est même son ennemi, car il y en a beaucoup, dit la sainte Ecriture, qui ne l'aiment pas : Hontes sitntanimsesuse. (Tob., xn, 10.) 11 la met sous les pieds de son corps, c'est-à-dire qu'il lui préfère la vie, la santé du corps, Projecisti me post corpus tuum (III Rois, xiv, 9) ; c'est comme un matérialiste insensé. Mais un jour, à l'heure de la mort, un seul moment de réflexion lui révélera l'existence de cette âme, l'excellence de sa fin... Hélas! ce sera Irop tard; il verra, quand il ne sera plus temps!

Le péché et la grâce, voilà deux mots qu'il est aussi impossible de comprendre sans la réflexion. Celui qui ne réfléchit pas, avale l'iniquité comme l'eau ; et pour l'homme attentif, le chrétien sérieux, ce serait un poids qu'il ne pourrait porter sans remords et sans regret. La grâce tombe et coule comme l'eau du ciel sur la pierre, dans un cœur frivole et qui ne médite pas; et dans Famé fidèle et attentive, c'est comme une pluie féconde qui descend des cieux sur l'herbe altérée ;

c'est comme ia rosée qui tombe au calice des fleurs qu'elle embaume... La grâce et le péché, ce sont deux poids bien différents au jugement de Dieu, Omis Dei.. . Un seul instant de réflexion, à l'heure de la mort, par exemple, fera comprendre tout cela au pécheur insensé, mais il ne sera plus temps de réparer, d'expier, de confesser même le péché; et les jours de grâce et de miséricorde ne seront plus.

11 en est de même pour ce monde. C'est uniquement parce qu'on ne réfléchit pas, qu'on l'aime et qu'on s'y attache. L'âme qui voudrait méditer un peu sur ses vanités, s'en déprendrait aussitôt. Il n'y a rien, en effet, dans tout cela, que de petit et de frivole, rien que de fragile et de peu durable... L'univers entier ne peut remplir le cœur de l'homme, dit saint Ambroise : Animam Dei capacem cjiiidquid Deo minus est non implebit. Et la figure de ce monde qui passe ne saurait combler les désirs d'une àmc faite pour l'immortalité. On voit aussitôt qu'il n'y a pas de proportion entre de pareilles misères, et les désirs, les espérances de celte âme. La gloire, les richesses, les plaisirs peuvent bien séduire un enfant, tromper la jeunesse, arrêter quelques instants un homme léger, inattentif; mais un esprit sérieux et qui réfléchit, c'est impossible ; et s'il avait eu le malheur de se laisser entraîner pendant quelques jours, il y aura au moins une heure où la réflexion lui rendra la vérité... Les mondains au contraire ne verront qu'à l'heure de la mort. Ils ne comprendront le néant de ce monde, qu'au moment où il faudra lequit-

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