TROISIÈME REMÈDE LA COMMUNION OU L'ALIMENTATION PRESCRITE
Cibabil illum pane vitse et intell edus, el aquasapii ntixsululuris potubit illum.
Le Seigneur le nourrira d'un pain de vie et d'intelligence, et lui donnera à boire l'eau de la vraie sagesse.
(Eccl., xv, 3.)
Je vais parler du plus puissant, du plus efficace de tous les remèdes contre la folie des passions et les égarements de l'esprit humain. C'est la divine Eucharistie, ce pain sacré d'intelligence et de lumière, cette source vive de la sagesse humaine. Mais, hélas ! les pécheurs insensés ne connaissent pas le don de Dieu, et, je l'ai déjà dit, un des symptômes les plus ordinaires de la folie est de refuser obstinément la nourriture qui pourrait prévenir et guérir celte triste maladie. J'ai vu dans des maisons de santé et dans les asiles un grand nombre d'aliénés, que l'on était obligé de forcer à prendre un peu de nourriture; sans cela ils seraient morts de faim. J'en ai vu un entre autres qui est demeuré plus de quinze jours et quinze nuits, sans prendre le moindre aliment. En vain des médecins habiles, en vain ses parents chéris, sa mère, sa sœur ; en vain un prêtre, son ami d'enfance, le suppliaient avec larmes de manger ; il ré-
sistait à lout. On mettait sous ses yeux, on laissait à sa disposition les mets les plus recherchés, ce qu'il avait toujours le plus aimé; il n'y touchait pas. Il allait certainement mourir de faim : déjà il répandait une odeur fétide et cadavéreuse. On était désespéré, lorsque sans qu'on ail pu jamais deviner pourquoi, et sans dire une parole, il se mit à prendre un peu d'ananas, et on enleva aussitôt tout le reste, parce que sans doute il se serait tué en mangeant avec trop d'avidité et d'empressement. On ne le servit plus qu'avec beaucoup de précaution et de lenteur. Il était sauvé, la folie avait disparu. Oh ! combien de pauvres pécheurs aussi reviendraient soudain «à la raison, à la sagesse, s'ils consentaient à prendre un peu de nourriture, un peu de ce pain de vie céleste et d'intelligvnee sacrée! mais, hélas! je l'ai dit, le plus triste caractère de la folie religieuse, un des symptômes les plus effrayants de la maladie, c'est la répugnance pour la communion et l'obstination à refuser ce pain des anges, à rejeter la manne du Ciel, celte nourriture divine l; Ils vont donc mourir !... oui, ils sont perdus, si on ne parvient à les faire manger, car c'est la condilion même de la vie éternelle : Si qais manducaverit ex hoc pane, rivet in œternum. (Jvi mandatât hune panem, vivet. . . Nisi manducaveritis...
1 Les aliénés refusent souvent et avec obstination de manger... Lorsque l'aliéné est dans un égarement complet... il ferme automatiquement la bouche, serre fortement les dents, et rend quelquefois vains les efforts les mieux concertés qu'on fait pour introduire quelque substance alimentaire, même sous forme liquide... Aussi ces malheureux finisscnl-ils par tomber dans le marasme et la consomption, qui leur deviennent hïcntôl funestes. (Pinel, 64.)
non habebitisvitaminvobis. (Jean., vi, 52, 54, 59.) Ah! quenepuis-jeen sauver et en guérir quelques-uns! Que ne puis-je les ramener tous à la raison en leur rendant le goût de ce pain sacré ! . . .
Pour arriver à ce but, je vais essayer de prouver aux pauvres pécheurs : 1° que le refus, et II0 que l'abus de la communion est une véritable folie.
I. Et d'abord le refus de la communion. S'éloigner de ce grand sacrement de la vie, en d'autres termes s'excommunier volontairement soi-même, est une insigne folie. Pour en convaincre tout esprit droit, il suffira de montrer, d'une part la nécessité de cette nourriture sacrée, et de l'autre, la nullité des raisons ou des motifs qui peuvent en éloigner une âme infidèle. Or il n'y a rien au monde de plus simple que cette démonstration.
1° Pour prouver la nécessité de la communion, il suffira de rappeler le texte de la loi promulguée solennellement par le Sauveur lui-même, et l'interprétation de cette loi sainte par ies Docteurs, et la pratique constante des enfants de l'Église, qui, dans l'origine des temps apostoliques, participaient chaque jour à ce grand mystère de l'amour divin. Rien de plus précis que la loi, rien de plus clair que sa sanction. Nisi manclucaveritis... non habebitis vitam invobis... Si vous ne mangez ce pain, vous n'aurez pas la vie; et quant à l'interprétation du texte, les Pères et les Docteurs, qui sont nos maîtres dans la foi, sont si forts et si positifs, quand
ils parlent de ce précepte sacré, que c'est une difficulté assez grave en théologie d'expliquer leurs paroles, et de prouver qu'ils n'ont pas voulu dire que la communion fût, comme le baptême, de nécessité de moyen pour le salut. L'Eglise, en effet, a toujours mis une différence réelle entre ces deux sacrements, et elle nous enseigne que l'enfant régénéré dans les eaux saintes du baptême peut être sauvé, même lorsqu'il n'aurait pas encore été nourri de la chair adorable de Jésus-Christ et qu'il n'aurait pas mangé ce pain de la vie éternelle. Mais au moins faut-il conclure du témoignage de ces grands saints que, pour les adultes, la communion est un des plus graves préceptes de la religion, et que refuser de participer à ce banquet divin, c'est une folie comparable à celle qui porterait un malheureux insensé à se laisser mourir de faim.
Ce délire serait d'autant plus affreux et déplorable qu'il s'agit ici de la mort de l'âme. Car non-seulement la loi est formelle, la promulgation certaine, l'interprétation authentique et infaillible, mais la sanction aussi est terrible et notoire ; c'est la peine de mort, de mort éternelle portée par sentence divine contre ceux qui n'auront pas mangé ce pain sacré, le corps adorable de Jésus-Christ. Non-seulement le disciple infidèle à ce commandement auguste, sera un jour condamné et n'aura pas de part avec Jésus-Christ dans son royaume céleste ; mais, par le fait même de celte infraction à la loi de la Pàque, il se sépare du corps mystique du Sauveur et de la communion de son Église, et, dans les
temps de foi antique et de discipline plus sévère, on ne lui aurait pas permis de reposer dans la terre des saints ; il aurait été excommunié, même après sa mort.
1° Si maintenant vous voulez examiner les raisons ou plutôt les vains prétextes, qui empêchent ordinairement un homme de communier, vous serez encore bien plus convaincu de sa folie malheureuse. En effet, il ne peut y en avoir que cinq, et jamais je n'ai vu un pécheur en alléguer d'autres. On s'éloigne, ou par incrédulité, ou par indifférence, ou par respect humain, ou par entraînement des passions auxquelles on n'a pas encore le courage de renoncer, ou enfin par scrupules, c'est-àdire par une crainte excessive de n'être jamais assez bien préparé pour un si grand mystère. Or il a été prouvé dans le courant de ce traité que l'indifférence et le respect humain étaient une folie véritable; il a été prouvé que l'esclavage des passions et spécialement de la volupté, qui est ordinairement le seul obstacle, était un vrai délire et la plus triste des démences ; et nous avons vu que l'on ne devait attribuer l'état de ces quatre premières catégories de malades, qu'à l'orgueil insensé de leur esprit ou à la profonde corruption de leur cœur. Nous n'avons donc pas besoin de nous arrêter plus longtemps sur leur compte ; ils sont jugés, ce sont tous de malheureux fous.
Il nous resterait un mot à dire de ceux qui paraissent ne s'éloigner de la divine Eucharistie, que par scrupules et qui affectent une crainte excessive pour nos mystères sacrés. Ceux-là poussent quelque-
iJO REMÈDES DE LA MALADIE.
fois le respect si loin, exigent tant de préparation qu'ils tombent nécessairement dans les folies du jansénisme, folie sombre s'il en fut jamais, et qui ne frappe que les caractères faux: et hypocrites. Un homme atteint de cette manie, admet bien le texte de la loi, reconnaît l'obligation du précepte, mais soutient en même temps qu'il est impossible de la remplir. On a vu des insensés se priver de la communion pendant des années entières, jusqu'à la mort même, et ils croyaient glorifier Dieu en violant sa loi. 11 n'y a presque plus aujourd'hui de ces pauvres malades, de ces vrais jansénistes; mais on trouve quelquefois encore des personnes qui sont frappées d'une sorte de démence analogue; je veux dire des scrupuleux entêtés, qu'il est comme impossible d'amener à la communion. Ils ont toujours quelques fautes nouvelles à dire ou bien ils croient avoir manqué au jeûne nécessaire en avalant une mouche, ou un atome quelconque, ou une goutte d'eau, parce qu'il pleuvait, le matin. C'est de la folie, mais au moins on peut espérer de les guérir. Il n'y a qu'à les forcer à communier après trois, quatre, huit jours même de confession, et malgré tout ce qu'ils auraient pu avaler en route. S'ils obéissent, ils seront sauvés.
Malheureusement les scrupuleux ne savent pas obéir, et les autres ne le veulent pas. Ces pécheurs incrédules ou indifférents résistent à tout, à l'ordre de Dieu même, de Dieu leur père et leur Sauveur; ils résistent au précepte, aux prières, aux lnrmes de l'Eglise leur mère, qui les conjure de manger et qui frémit à la pensée de
les voir mourir de faim. Pour les vaincre et les toucher, c'est en vain que cette tendre mère ne cesse de rappeler la loi et d'inviter tous ses enfants à ce banquet sacre au jour solennel de la Pàquc. . . Ils résistent à l'ordre formel du médecin charitable, qui a pris soin de leur âme, et qui sait à quels dangers de mort ils sont exposés par cette obstination coupable. Ils résistent, malgré la faiblesse môme qu'ils éprouvent, par suite du refus qu'ils ont fait depuis si longtemps de participer à la nourriture des enfants de Dieu. Ils languissent déjà, leur cœur s'est comme desséché depuis qu'ils ont cessé de manger le pain des anges. Arwit cor meum, quia oblitus mm comedere panem meum. (Ps. ci, 5.) Ils n'ont plus aucune force pour les combats ni pour la douleur. Us sont abattus au premier choc de l'ennemi ; accablés par la souffance, ils succombent sous le poids du péché et des peines de la vie. Et comment pourrait-il en être autrement? Le soldat qui n'a pas eu la nourriture nécessaire, qui manque de tout et qui est privé depuis plusieurs jours de sa ration, pourrait-il soutenir les fatigues d'une longue route et les attaques continuelles de l'ennemi? Comment ne serait-il pas vaincu, quand il n'a plus même la force de porter ses armes, et qu'il tombe comme épuisé avant la bataille?
Pour guérir ces pauvres insensés, quels qu'ils soient, et de quelques vains prétextes qu'ils cherchent à couvrir leur révolte contre la loi de la communion, incrédules ou indifférents, pécheurs ou scrupuleux, je ne connais vraiment que ce grand traitement et ce remède
loul-puissant de la communion même : et, pour essayer d'abord de les y ramener tout doucement, je voudrais leur rappeler combien ils avaient autrefois trouvé de délices dans ce pain céleste, aux jours de leur enfance, quand leur cœur était plus pur, au jour enfin de leur première communion. Alors, ils n'étaient pas incrédules, ni indifférents. Ils aimaient ; et quel bonheur! quel doux souvenir!... Eh bien! leur dirai-je, pauvres insensés que vous êtes, souvenez-vous donc de ces beaux jours ; venez et mangez. Votre Dieu vous appelle, il vous attend, il vous invite, il vous aime encore. Jésus- Christ n'a pas changé, c'est vous qui avez changé; vous êtes malades, mais il vous guérira , venez ; Adest et vocat te.
Tous les ans il y en a qui reviennent à la raison et à la foi, par ce doux souvenir de leur première communion. Je l'ai vu et je puis le dire : les uns, c'était parce que leur enfant devait avoir ce bonheur. Alors, ils se sont souvenus de ce jour d'innocence et d'amour ; ils ont éprouvé un certain regret et un certain désir; — regret d'avoir oublié la loi de Dieu et leurs promesses de fidélité ; — désir de revenir à la religion et de goûter encore ce pain si doux autrefois; ils ont été demander à un prêtre cette permission ; et ils ont été immédiatement guéris. J'ai su que, pour d'autres, il leur avait suffi de voir passer dans la rue une enfant au voile blanc... un enfant de la première communion , ils ont retrouvé leurs idées à l'instant même et recouvré toute leur raison. Ils ont demandé aussi à
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communier, et ils ont été guéris aussitôt et sauvés. Il ne leur manquait réellement que cela, la nourriture, le pain de la vie.
Mais il y en a qui sont tellement affaiblis ou abrutis par l'excès de la maladie, que ce souvenir et le spectacle même d'une première communion ne peut rien sur leur cœur ; ils voient cela avec indifférence et restent dans la même obstination, ils mourront plutôt de faim. Si vous les pressez, ils deviendront encore plus irrités et s'emporteront jusqu'au blasphème... Que faire?... Les laisser mourir? Non ! certainement non! Et, comme dans les maisons de santé, on fait manger malgré eux quelques insensés, je ne crains pas de dire qu'il est parfois nécessaire d'user d'une sainte violence pour obliger ces malheureux à communier. Cela peut et doit se faire en trois circonstances principalement et avec trois sortes de malades.
1° Et d'abord avec les scrupuleux, je l'ai déjà dit; c'est le seul moyen de les guérir et de les sauver; il faut les forcer ; leur donner pour pénitence de communier et même plusieurs jours de suite. S'ils obéissent, la guérison est assurée.
2° J'ai vu ce grand moyen réussir également auprès de certains pécheurs qui retombaient tous les jours dans les mêmes fautes. Ils avaient pourtant une certaine volonté, puisqu'ils venaient encore assez souvent pour obtenir leur pardon et reprendre des forces dans les conseils d'un médecin zélé et charitable... Celui-ci^ qui avait d'abord pensé que le malade était trop faible pour
qu'on lui permît de manger, n'avait osé permettre, bien moins encore commander la communion; mais, un jour, après avoir consulté un autre médecin des âmes, plus expérimenté et plus habile, il autorise ce pauvre insensé, plongé depuis si longtemps dans le délire de la volupté, il l'autorise à demander la communion ; il renouvelle la même permission huit jours après, malgré quelques accès de folie encore; puis il prescrit de communier pendant une semaine entière. Le malade a été préservé pour toujours de ses crises affreuses ; il n'y a pas eu de rechutes! Le pain des forts l'avait sauvé, la manne des cicux l'avait entièrement guéri. 3° Mais c'est surtout, quand on peut croire que c'est fini d'un pauvre malade, et qu'il va mourir, c'est alors qu'il faut absolument recourir à ce grand remède. Aux approches delà mort, que l'on ne craigne pas de parler ouvertement à ce pauvre insensé ; qu'on n'hésite pas à faire venir un prêtre, et que celui-ci, à sa première visite, tache de donner le pardon du ciel d'abord, et qu'il se hâte de préparer cette âme au banquet sacré. C'est dans ces jours décisifs pour l'éternité, que le divin sacrement de l'Eucharistie est de précepte rigoureux ; et, si le malade ne mangeait pas le pain de la vie, à l'heure de la mort, quelle espérance pourriezvous avoir de son salut éternel?... Donc, pas de crainte ici, pas de fausse délicatesse : loin de vous une tendresse excessive qui exposerait une âme à tomber en enfer! Vous la sauverez, en lui donnant cette divine nourriture; et vous-même aussi, vous aurez sauvé votre âme; car,
si le ciel est promis à celui qui aura donné à manger au pauvre qui avait faim; quelles grâces et quelle gloire seront réservées à celui qui aura nourri une âme, et qui l'aura nourrie de ce pain sacré ! Autant une àme l'emporte sur le corps, autant le pain eucharistique l'emporte sur le pain ordinaire, autant cette charité l'emporte sur une simple aumône! Vous n'écoulerez donc pas les vaines appréhensions, les excuses, les scrupules des malades ; vous les ferez manger malgré eux, pour ainsi dire, et malgré toutes leurs répugnances. Jésus-Christ semble nous avoir indiqué ce traitement par le Compelle intrare de l'Évangile. Faites-les entrer: forcez-les à venir à mon festin.
IF. Venons maintenant à l'abus de la communion. C'est un autre genre de folie bien déplorable. Mais il peut y en avoir de plusieurs sortes ; ainsi par excès ou par défaut. Il y a des insensés qui veulent manger toujours et d'autres qui refusent de prendre toute nourriture ; les uns et les autres sont en grand danger et bien malades. C'est au médecin seul qu'il appartient de déterminer le nombre et l'heure des repas. Il est d'expérience que les personnes pieuses ou dévotes, qui veulent communier trop souvent et sans préparation, sans préparation surlouf, se perdent, comme les âmes scrupuleuses qui ne se croient jamais prêtes et qui refusent de s'approcher de la Sainte Table, quand on leur a ordonné de le faire ; comme aussi les âmes lièdes et languissantes qui se contentent de communier une seule
fois par an, à la Pâque. Je le dis hardiment; car, bien que ce soit remplir le précepte de l'Eglise rigoureusement et à la lettre, il est positif que pour certains tempéraments d'âmes, si je puis ainsi parler, et pour quelques positions, c'est trop peu. Ainsi, pour la jeunesse, il est comme impossible qu'elle se soutienne et qu'elle évite bien des folies, si elle ne communie pas plus souvent.
Nous ne parlerons plus ici de ceux qui ne communient pas depuis des années ; ce sont les plus insensés et les plus malheureux de tous, et il esl bien à craindre qu'ils ne meurent dans ce triste état. Mais je me propose de dire quelques mots sur les deux plus grands abus que l'on fait de ce mystère. Il y a, en effet, comme deux classes de malades insensés et bien coupables envers N. S. Jésus-Christ, caché sous les apparences de ce pain sacré, et servant d'aliment à nos âmes. Les uns, ce sont des chrétiens sans cœur, font des communions tièdes, et les autres, plus perfides encore, font des communions sacrilèges. Nous allons nous efforcer de les éclairer tous et de les guérir.
1° La communion tiède. — Voyez d'abord comme ces deux mots jurent d'être rapprochés : une communion tiède ! c'est-à-dire sans ferveur, sans amour, sans reconnaissance, sans sacrifice et, par conséquent, sans fruit, sans grâces, sans douceur. D'un côté, un Dieu qui se donne tout entier, corps et âme, sans réserve, sans partage, sans retour; et de l'autre un cœur qui délibère et qui résiste, un cœur partagé et inconstant. D'un
côte un cœur brûlant d'amour, el de l'autre un cœur languissant et froid. Une communion tiède, c'est un acte de folie véritable, puisqu'il y a incohérence et contradiction dans les pensées et les sentiments ; c'est une folie, puisque c'est altérer et dénaturer l'acte religieux le plus auguste et gâter par une mauvaise disposition volontaire la nourriture la plus sacrée. Aussi l'âme qui vient à Dieu dans cet état de langueur, ne peut-elle trouver aucun bonheur dans ce banquet divin, aucune douceur dans cet aliment sacré; au contraire, c'est souvent un dégoût prononcé joint à l'amertume du remords.
Le meilleur remède pour guérir ces âmes a été souvent de les priver pendant quelque temps de la communion, jusqu'à ce qu'on ait excité en elles le désir et une sorte de faim ou d'appétit spirituel. Elles demandent alors avec instance et avec larmes à leur directeur la permission de communier; et, si celui-ci se montre sévère encore pendant quelques jours, s'il n'accorde celte faculté qu'après des efforts réels, des sacrifices et des victoires ; on verra renaître la ferveur dans ces cœurs languissants et tièdes, et avec la ferveur le goût de celle manne céleste. Ce serait une erreur de vouloir en cette circonstance se servir du traitement homœopalhique et de faire communier souvent ces pauvres malades, comme il semblerait cependant plus conforme a la raison. L'expérience apprend que c'est plutôt par la privation, que l'on pourra guérir les âmes tièdes et leur rendre un peu de vie et d'amour. Mais par-dessus tout,
exigez des sacrifices ; car si on apportait à chaque communion un petit sacrifice d'amour à Jésus-Christ, il n'y aurait pas de communions tièdes, et ce Dieu qui ne se laisse jamais vaincre en générosité ne manquerait pas de combler de ses grâces les plus douces une âme ainsi préparée.
2° Et maintenant que pourrons- nous dire de la communion indigne ou sacrilège? Assurément, aux yeux de Ja foi, c'est le plus grand acte de folie que l'on puisse faire, comme c'est le crime le plus odieux que l'on puisse commettre. Ces malheureux insensés ne savent plus reconnaître ni distinguer le corps de Jésus- Christ, dit le saint Apôtre : Non dijudicans corpus Domini (I Cor., xi, 29), et ils mangent leur propre jugement et leur condamnation. Ce crime abominable ne peut avoir que deux causes ou principes également horribles, la haine formelle de Dieu ou la plus honteuse hypocrisie.
La haine d'abord qui dans cet acte impie va jusqu'à la mort directe et immédiate de Jésus-Christ. Mors et vitaduello conflixere mirando. (Lit.) La vie et la mort luttent et s'unissent dans l'âme criminelle, et c'est pour sa condamnation et pour son malheur, car la vie succombe ; Jésus-Christ qui est la vie, meurt victime de la profanation : la mort triomphe et l'enfer est vainqueur. On rapporte qu'un infâme et cruel lyran avait inventé un supplice horrible, une mort extraordinaire. Il faisait lier et enchaîner un homme vivant à un cadavre! Tormenti gewusl 0 lorlure inouïe ! s'écrie le poêle ; la vie-
time ainsi condamnée respirait la mort et souffrait l'agonie dans la pourriture, jusqu'à ce que ses chairs étant consumées par la corruption, elle trouvât en expirant la fin de ses douleurs et de son désespoir. Eh bien î tel est le supplice qu'une indigne profanation du corps de Jésus-Christ fait subir à ce Dieu trois fois saint, puisque, dans la vérité delà foi, il se trouve réellement uni à la mort et au péehé, dans une âme sacrilège. Il est bien vrai, d'après l'Apôtre, que tout pécheur crucifie Jésus dans son cœur; Rursum crucifujcntes sibimetipsis Filium Dei. (Hebr., vi, 6.) Mais combien ce déicide n'est-il pas plus affreux par le sacrilège, puisque, c'est réellement et corporellement que Jésus Christ descend dans ce tombeau, et meurt de celte mort!...
Et quand on pense qu'il y a des hommes qui se laissent emporter à cet acte impie par pure hypocrisie!... pour faire croire à quelques personnes qu'ils ont de la religion, ou par une sorte de respect humain, n'osant pas paraître moins pieux ou moins pratiquants que les autres membres de la famille! N'y a-t-il pas de quoi trembler?... Peut-il être, je le repète, une folie plus malheureuse? Je n'en connais pas de plus incurable, parce qu'il suffit souvent d'une communion indigue pour que la conscience n'ait plus jamais de voix. Dieu, qui est réellement dans ce cœur, n'y parlera plus et se taira pour toujours. L'ange conlristé pleure. L'àme elle-même est comme frappée de mort ; l'esprit s'éteint, le cœur reste sans vie. En vérité, ces malheureux me semblent plutôt morts que malades. Je ne puis point
parler aux morts, il n'y a plus qu'à prier pour ces âmes désespérées. Désespérées!... oh! non!... ce mot n'est pas évangéliquc, il n'est pas chrétien.
On a vu quelquefois de ces pauvres insensés revenir à la raison et à Dieu; mais c'était un grand coup de tonnerre qui les avait réveillés : un malheur, une mort soudaine dans leur famille ou la souffrance d'une longue maladie. . . Je ne connais guère d'autres remèdes quand la folie a été jusqu'à cet excès du crime; et cependant on m'a assuré qu'on en a guéri plusieurs, à force de leur répéter la définition de l'Eucharistie. Ils ont fini par comprendre la nature de ce sacrement, qui contient réellement et substantiellement le corps, le sang, l'âme et la divinité de N. S. Jésus-Christ, et ils ont eu peur de manger encore leur propre condamnation : ils se sont convertis.
Quelques autres ont été touchés et guéris par le seul nom de Judas, qu'ils croyaient entendre répéter à leurs oreilles jour et nuit... Ils pensaient à son crime, à sa mort... ils s'imaginaient avec raison que Jésus leur disait comme à ce perfide : Amice, ad quid venisti? (Malth., xxvi, 50.) Mon ami, pourquoi êtes-vous venu ici? et qu'il leur dirait encore ces mêmes paroles avec colère au jour du jugement et de la mort... que le démon leur répéterait aussi avec ironie dans l'enfer: Amice, ad quid venisti? et ils tremblaient! Oui, il y en a qui ont été guéris par ces pensées et ces sentiments ; mais que cela est rare! ô mon Dieu ! ...
Il n'y a donc encore une fois qu'à prier pour eux et
tâcher de les faire prier eux-mêmes, s'ils en sont encore capables. Heureusement qu'il y a moins de ces profanations que jamais. On communie plus rarement que dans des temps meilleurs el de foi plus ardente ; mais il y a moins de Judas dans l'Eglise de Dieu ! Il y a plus de refus que d'abus de ce sacrement, je le crois. Hélas ! il y en a pourtant encore beaucoup, et je pense, en tremblant, que si un ange de Dieu venait à frapper tous les autels qui ont été souillés par ce crime, bien peu resteraient debout dans nos églises, et nous les verrions presque partout tomber en poussière !
Pour vous, mon cher lecteur, allez à Jésus avec foi, avec humilité, avec amour. Consolez son cœur et que la communion sainte vous soit un gage d'immortelle félicité ! Que ce pain de vie garde votre âme et votre corps même pour la vie éternelle ! Corpus Domini nostri Jem Christi custodiat animant tuam in vitam seternam, — Amen,
Sos insensati!... Ergn erravimus!
Insensés que nous étions!... Nous nous sommes donc trompés!
(Sag. iv, 6.)
Oui, nous nous sommes trompés! Nous étions des insensés, des fous ! Voilà donc la grande conclusion de tous les discours du inonde ; le dernier mot des impies, des incrédules, des pécheurs et des mondains, et enfin de toutes les victimes des passions humaines : un cri de regret et de désespoir. Eh bien ! tout ce que nous nous sommes proposé dans ce livre, c'est d'arracher cet aveu au cœur de nos frères égarés, pendant qu'il en est temps encore, c'est-à-dire avant leur mort et le jugement de Dieu... Ertjo erravimus! S'ils reconnaissent aujourd'hui leur folie, ils seront sauvés.
Mais où se trouve donc la sagesse et quelle région habite-t-elle sur la terre? Sapienliaveroubi inxeniiur,
conclusion. m
et quis locus intelligentise? (Job, xxvm, 12.) Et qui sera jamais assez sage pour comprendre ces choses?... Quis sapiens, et inlelliget ista? (Osée, xiv, 10.) Le roi Salomon a répondu lui-même à ces graves questions dans le texte si souvent répété : Stultorum infmitus est numerus. Puisque le nombre des fous est infini, il ne peut pas y avoir beaucoup d'hommes sages et prudents; il n'y a presque plus de place pour eux dans le monde, c'est évident. Il a d'ailleurs été prouvé que la sagesse n'est pas au cœur des incrédules, ni des indifférents, ni des pécheurs, ni des mondains ; qu'elle n'est pas dans les passions qui agitent et troublent les âmes!... Tous ceux qui sont dans cette route se perdent, s'égarent ; ils ont quitté le chemin de la sagesse et du bonheur! Ce sont les malades, les fous !... et il y en a tant !
Mais enfin, où se trouve-t-elle donc cette sagesse? Vbi invenilur? — La sagesse est dans la foi, et le bonheur aussi : Heureux ceux qui ont cru : Beati qui crediderunt. (Jean, xx, 29.) Mais, hélas! il y en a si peu qui croient encore! Cette lumière baisse partout; la nuit vient; les vérités diminuent parmi les enfants des hommes. Estce qu'il y aura encore un peu de foi, quand le Fils de Dieu viendra sur la terre?...
Vbi invenilur? — La sagesse est dans l'amour deDieu, et le bonheur aussi ; mais je dis un amour fidèle qui accomplit la loi du Seigneur, et qui, par la tendance constante de ses œuvres, s'élève à la fin même de la création. Mais, hélas! cette chante s'est refroidie au cœur delà plupart des hommes; il n'y en a presque plus qui
pensent à leur fin, qui aspirent au Ciel. Us ont donné lous leurs désirs, toutes leurs espérances à la terre.
Ubi invenitur? Où est donc la sagesse?... Elle est dans l'humilité, clans le détachement et la pauvreté môme; dans la patience et la douceur; oui, la vraie sagesse et le bonheur aussi... Beati pauperes, beati mites, beati pacifici... (Mat th., v.) La sagesse et le bonheur sont dans la miséricorde et dans l'aumône : Beati miséricordes... (Ibid.) La sagesse et le bonheur, ô prodige plus étonnant encore, ô mystère ! se trouvent dans les larmes, dans les persécutions, dans la mort : Beati qui htgent... Beati qui persecutionem patientur. (Ibid.) Mais, hélas! qui dans le monde pourra comprendre cela? Et quis inteUiget ista?... Qui même pourra le croire? On n'y voit partout que le désir de la gloire, l'amour des richesses et la soif des plaisirs...
Où est-elle donc la sagesse?... Ubi sapientia?l\ n'y a pas à dire ; ou c'est le monde qui se trompe, ou bien c'est l'Évangile de Dieu même : Aut mundus eirat, aut Christus fallitur. (Saint Bern.) La sagesse et la vérité se trouvent d'un côté ou de l'autre. Tâchez donc, vous, de savoir où elles sont, pendant qu'il est temps encore, et n'attendez pas votre mort, ni le jugement de Dieu pour reconnaître votre folie. C'est aujourd'hui même qu'il faudrait dire : Ergo erravimus ! . . .
Mais qui est donc sage? Quis sapiens? Il ne doit plus être difficile maintenant de répondre à cette question.
Le vrai sage c'est l'homme qui sait sa fin, qui connaît sa destinée et qui marche dans cette lumière : Celui qui sait d'où il vient, où il va. Donc le sage, ce n'est pas l'incrédule ni l'athée, ni le matérialiste, ni le déiste; tous ces prétendus philosophes et libres penseurs marchent clans les ténèbres!... C'est le chrétien, mais le chrétien catholique. Seul, il a la parole et la lumière de Dieu ; seul, il est dans la voie, dans la vérité, dans la vie de Jésus-Christ. Nos frères séparés, les proteslants, ne croient plus même en lui ; ils se sont éloignés de la source de ses grâces de miséricorde et d'amour. Erra ver unt a fide et inseruerunt se doloribus multis. (I Tim., vi, 10.) En perdant la foi, ils ont trouvé bien des douleurs.
Et maintenant parmi les chrétiens et les catholiques, parmi les enfants de l'Eglise, quels sont donc encore les sages? Quis sapiens? Ce sont évidemment ceux qui ont mieux compris ces vérités saintes, ceux qui suivent mieux ce chemin de lumière tracé par le Seigneur Jésusj ceux qui participent d'une manière plus intime et plus parfaite à sa vie divine. Donc, ce sont les plus humbles, les plus pauvres* les plus purs, les plus mortifiés; en un mot ceux qui sont plus semblables à Jésus, et à Jésus crucifié^ ceux qui le suivent de plus près. El c'est ainsi que la conclusion finale et la conséquence pratique de toutes nos études sur 3a folie des hommes* nous conduiraient jusqu'à la plus sublime perfection
de l'Evangile, jusqu'à la sagesse même des eonseils divins, c'est-à-dire jusqu'à la grande folie de la croix, el jusqu'au bonheur suprême de la souffrance et de la mort pour l'amour de Dieu!... Ah! je l'avoue, moimême je n'avais pas eu, en commençant ce travail, la pensée ni l'intention d'arriver à ce sublime corollaire! Mais que j'en suis heureux ! . . . quoique je sache bien qu'il y a une foule d'âmes qui ne peuvent et ne doivent pas comprendre cela ! Non omnes capiunt verbam istud; sed quitus datum est. (Matth., xix, 11.) Cette lumière n'est donnée qu'à très-peu d'âmes choisies et aux cœurs parfaits. Ce sont les vrais sages et les heureux de la terre... Beati1!...
1 Hélas ! telle est la faiblesse de l'esprit humain, que Ton pourrait encore trouver des fous, même parmi les sages de la religion. L'Evangile semble avoir indiqué la proportion : cinq sur dix, la moitié. Le royaume des deux, dit Jésus, sera semblable à dix vierges.-. Et il y en avaii cinq de folles et cinq de sages ou prudentes. (Matth., xxv, 1,2.) — J'avais eu la pensée, après les folies des dévots, de faire un chapitre ou deux sur celles des parfaits, c'est-à-dire des religieux et des religieuses ; mais je n'ai pas osé. Il vaut mieux laisser croire qu'il n'y a que des saints et des saintes dans cette partie plus retirée du monde, que l'on regarde avec raison comme le temple de la vraie sagesse. Et pourtant je le répète, il peut y avoir, même dans ces asiles sacrés, bien des misères, des inconséquences, une sorte de folie véritable. Par exemple : avoir fait vœu de pauvreté, et ne vouloir jamais manquer de rien... avoir tout quitté pour Dieu, et tenir encore à une foule de petits chiffons... avoir fait vœu d'obéissance, et vouloir faire sa volonté, du matin au soir... avoir renoncé au monde, et vouloir toujours plaire au monde, affecter ses manières, et presque imiter ses modes ; mettre de la vanité soit en se drapant dans son manteau de serge, soit en gonflant, comme on peut, sa robe de bure, pour lui donner une tournure de crinoline, soit en affectant certains airs sous la guimpe et le voile blanc ou noir. Cela ne ressemble-t-il pas un peu à la folie des mondains ?... Et puis les vains scrupules
Mon but unique, mon seul désir a été d'éclairer les intelligences malades et de guérir les cœurs égarés par les vanités et les passions insensées du monde. C'est donc encore par ce dernier mot que je conclus : Utinam sapèrent et intelligerent, ac novimma providerent ! Puissent tous les esprits revenus de leur erreur, voir et comprendre! Puissent tous mes frères trouver et goûter la sagesse! ... Ce serait trouver et goûter le bonheur même de la vie. Beatus homo qui invertit sapientiam. (Prov., m, 15.) Heureux, dit Salomon, l'homme qui a trouvé la sagesse !... Tous les biens, ajoute-l-il, me sont venus avec elle : Venerimt mihi omnia bona pariter cum Ma. {Sag., vu, 11.) C'est ainsi que la religion, qui assure le bonheur de l'homme dans une autre vie, l'ait encore sa félicité dans celle-ci. S'il y avait beaucoup de ces vrais sages, la terre serait sauvée : Multitude* sapieutium sanitas est orbis terrarum. (Sap., v, 26.) Mais comme il y a un nombre infini de fous, tout est pour nous douleur et affliction d'esprit.
Pauvres pécheurs, ô malheureux insensés, votre Sauveur Jésus vous ouvre son Cœur. Ce Dieu compatis-
ne peuvent-ils pas entrer dans la tète de quelques novices au moins?... et la folie de la tiédeur s'est glissée quelquefois, à travers les grilles, jusque dans le cœur de quelques professes !...
Ubi invenitur sapientia? 0 mon Dieu, où sera donc la Sagesse?... Assurément, c'est dans ces pieux asiles qu'elle se cache encore. Où sont vos sages?... Ubi sapiens ! Certainement c'est dans ces bienheureuses solitudes, qu'ils se trouvent en plus grand nombre, et sans aucune comparaison avec tout le reste du monde, qui est rempli de fous...
Mais enfin il n'y a de sages, de vrais sages que les saints, qui auront crucifié leur chair avec ses convoitises; il n'y a que les élus qui seront trouvés semblables ou conformes à l'image de Jésus mort sur la croix.
m CONCLUSION.
sanl vous regarde avec amour, il vous appelle : Venez, dil-il, venez à moi, vous tous qui souffrez : Yenite ad me, omnes rptilahoratis. (DIatth., xi, "lÙ.) Et, comme il guérissait tous les malades, au temps de sa vie mortelle, ainsi veut-il encore aujourd'hui sauver et guérir votre âme. Il vous donnera sa parole de vie éternelle: Yenitel... Il vous donnera le pain de la divine intelligence, et l'eau sainte de la sagesse même : Yenitel A sa suite, vous marcherez dans la paix du Ciel, et il vousconduira dans la lumière de sa vérité jusqu'aux splendeurs de sa gloire immortelle : Yenitel... inteUigile, sapitel... et estote sapientes. (Prov., vin, 55.) Venez, comprenez, goûtez!... et soyez sages: Ut sapientes redimentes tempora. (Eph., v, 16.) En cette qualité de sages, rachetez le temps que vous avez perdu jusqu'à ce jour, pour avoir dans l'éternité la couronne et les trésors de la sagesse : Corona mpientium, divitix eorum l (Prov., xiv, 24.) Amen !