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DEUXIEME REMEDE LA CONFESSION OU UNE CONSULTATION EN RÈGLE

Qui abscondit scelera sua non dirioetur : qui aulem confessus fuerit, et reli guérit ea, misericordiam consequelur.

Celui qui cache ses fautes ne sera pa* dirigé avec sagesse, mais celui qui en fera l'aveu, et qui y renoncera, obtiendra le pardon. (Prov., xxvin, 15).

Une étude sérieuse de la folie, quelle que soit l'origine et la nature de cette triste maladie, apprend aussitôt à reconnaître, entre autres symptômes, un caractère général de défiance et de réserve qui affecte ceux qui sont frappés. Tous sans exception se concentrent en eux-mêmes ; la plupart refusent de parler au médecin et se défient de ceux qui pourraient les guérir. Ils s'obstinent à cacher la cause, les principes, les progrès de leur mal ; ce qu'ils pensent, en un mot, et ce qu'ils espèrent, comme ce qu'ils craignent. On ne peut leur arracher une parole pendant des semaines, des mois et même des années entières ; ce qui rend le traitement très-difficile et la guérison souvent impossible1. La plu-

1 Les aliénés, dit Pinel, sont doués d'une dissimulation profonde, ou d'une froide réserve, pour ne point se laisser pénétrer, et il est souvent difficile de se former une idée exacte de leur vraie position, et des caractères distinctifs de leur délire. (Page. 154.) Veut-on interroger les aliénés sur leur état, en général, ils éludent les questions qu'on

part ont une répugnance invincible pour tous les remèdes ; plusieurs éprouvent cette même répugnance pour la nourriture, et on en a vu mourir de faim. Je ne crains pas d'assurer que c'est là le plus grand obstacle au traitement, et que, s'ils voulaient parler et prendre les remèdes qui leur sont préparés par des médecins spéciaux et dévoués, manger la nourriture qu'on leur donne, ils pourraient presque tous guérir. Mais ce que je dis ici avec quelque doute des affections mentales et de la folie ordinaire, je puis l'affirmer sans la moindre hésitation de la folie spirituelle ou religieuse. Il n'y a pas un seul de ces pauvres insensés, qui ne puisse guérir, s'il le veut; s'il consent à dire lui-même le mal qu'il éprouve et tout ce qu'il a fait ; s'il obéit aux ordonnances, et prend les remèdes qui lui seront prescrits, et la nourriture enfin qui est préparée dans cette vue et qui entre pour beaucoup dans le traitement ; je le répète, il n'y a pas un seul malade qui ne soit bientôt guéri. Le lecteur a dû comprendre sur-le-champ ce que nous entendons par ce remède efficace et cette nourriture salutaire : c'est la confession et la communion, deux sacreleur fait ; ils se bornent souvent à des réticences concertées, ou ils font des réponses en sens contraire. — Ce n1est qu'en gagnant leur confiance, et en les invitant à des épanchements de cœur, qu'on peut parvenir, au déclin de la maladie, à dévoiler leurs pensées les plus profondes. (Page 58.) Le délire exclusif des mélancoliques et leur caractère ombrageux cèdent difficilement au traitement, et il est rare qu'on obtienne un succès marqué, à moins qu'on ne parvienne à gagner leur confiance, etc. (Page 43Ô )

Et le même docteur cite en plusieurs endroits des exemples de ce silence obstiné, de cette espèce de mutisme volontaire dont je parle dans le texte.

ments augustes institués pour la vie de notre âme. Mais, hélas 1 les péeheurs insensés rejettent ce remède puissant, et refusent cette nourriture sacrée. Us s'obstinent à garder le silence sur leurs égarements et les désordres de leur vie, et c'est en vain qu'on les invite à se nourrir, et qu'on les supplie de manger le pain des anges. Cette manne céleste les sauverait. C'est pour eux une sorte d'éloignement instinctif, une répugnance comme invincible, une horreur véritable. Voilà donc le sujet de nos deux dernières conférences et les deux grands remèdes que nous proposerons à tous les pauvres pécheurs. Quelle que soit leur maladie, la cause et la nature de leur folie, nous promettons de les guérir s'ils veulent obéir. Nous commencerons par la confession. Je vais prouver que 1° le refus, II0 que l'abus de ce grand moyen de salut, de ce remède le plus puissant de tous est une folie déplorable.

I. Et d'abord c'est une folie de refuser un remède si nécessaire et si facile.

1° Avant tout il faut prouver que ce remède est nécessaire pour guérir. C'est Dieu lui-même qui l'a prescrit. Nous en trouvons le précepte et la formule au livre du saint Evangile, au chapitre de l'institution de ce sacrement des miséricordes, et, dès les premiers temps, nous en voyons faire l'application au sein de l'Église catholique. La pénitence, disent les docteurs de celte époque, est un second baptême; c'est la planche du salut après le naufrage, c'est l'admirable invention de la

divine clémence et le mystère de l'amour. Lorsque le Seigneur Jésus éleva ses disciples à la dignité de prêtres il souffla sur eux et leur dit : Allez, et ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis. Quorum remiseritis peccata, remittuntur eis . . . (Jean.,xx, 25.) Or il suffit de savoir tirer une conséquence d'un principe certain et de savoir suivre un raisonnement trèssimple, pour déduire de ces paroles mêmes l'institution divine, et par conséquent la nécessité de la confession. Car comment le prêtre peut-il vous remettre le péché, s'il ignore votre péché; et comment peut-il le savoir, si vous ne le lui dites? Comment peut-il guérir la blessure de votre âme, si vous ne la lui montrez pas ?

Il est d'ailleurs incontestable que tous les saints Pères ont reconnu cette nécessité ; incontestable aussi qu'on a toujours eu recours à ce grand moyen de pardon. Sachez, dit saint Grégoire, que cette plaie de votre âme, tant qu'elle restera cachée, vous fera beaucoup plus souffrir, et qu'elle peut vous conduire à la mort. Vulnera clausa plus cruciant; et si vous refusez de faire l'aveu, la confession de votre misère, vous ne pourrez éviter d'être condamné, dit saint Augustin. Fateri dubitas, damnaberis tacitus.

Mais dites-moi, je vous prie, d'où pourrait venir cet usage dese confesser aujourd'hui, si Dieu même ne l'avait prescrit? On se confesse, n'est-il pas vrai ; il y a encore bien des malades qui ont recours à ce remède ; et qui donc leur en a donné l'idée? qui leur en a fait la loi? qui? et en quel temps? — Quoi ! si aujourd'hui que l'Eglise

est si bien établie, si un pontife romain venait à changer seulement la formule de ce remède sacré, si un pape s'avisait de statuer, par exemple, qu'il y aura désormais une consultation de deux médecins au moins, et que, pour avoir le pardon de ses fautes, pour en obtenir la rémission, il faudra les déclarer, et ouvrir son cœur à deux prêtres, qui délibéreront quelque temps et prononceront sur le sort du malade ; il y aurait aussitôt un cri d'étonnement ; que dis-je! des cris de révolte s'élèveraient de toutes paris à la fois : Nihilinnovetur nisi quod Iraditum est! On réclamerait partout contre cette loi nouvelle dans l'Église... et vous croiriez qu'il y a eu un jour dans les siècles, où la loi même de la confession aurait été proclamée, acceptée, sans que l'on sache seulement quand cela s'est fait et par qui cela a été fait! En vérité, il faut avoir bien de la mauvaise foi, pour oser le dire; il faut être bien insensé pour le croire. Voyez s'il n'est pas plus raisonnable et plus juste de conclure avec nous : On se confesse aujourd'hui; on s'est confessé de toul temps ; donc c'est Jésus-Christ même qui a institué ce sacrement et imposé ce précepte divin à ses enfants. Seul, d'ailleurs, un Dieu a pu trouver dans sa miséricorde et donner aux hommes un remède aussi doux, un pardon aussi facile.

2° Et en effet, que demande-l-il au pauvre malade pour le guérir, au pauvre pécheur pour lui pardonner? Si vous pressez et analysez tous les traités des docteurs et des théologiens sur ce sacrement, vous serez obligé de convenir qu'on n'exige de vous qu'une seule chose,

de la bonne foi, de la sincérité, clans l'aveu de votre misère et dans la volonté de guérir. En vérité, on n'a jamais demandé moins à un malade, et ne regarderaiton pas comme un fou, celui qui refuserait de pareilles conditions, et se révolterait contre la formule d'un pareil traitement ? Ne dirait-on pas au moins qu'il est dans un accès de délire?

Quel tribunal en effet, quel juge et quelle sentence 1 Tout se passe à huis clos, tout se dit dans le plus grand secret; il n'y a pas un témoin, pas un accusateur ; pas une pièce à charge. Le coupable seul, le pauvre pécheur a droit de parler, et il dira ce qu'il voudra... Le juge, c'est un prêtre, disons mieux, c'est un père ; on ne lui donne pas d'autre nom. Ah ! si c'était un ange, on aurait peur de faire certains aveux, mais un homme, un prêtre ! ... Il comprendra, il sera touché, il pardonnera. Oui, il pardonnera ; car, bien qu'il ait pouvoir de lier ou de condamner, on ne lui a donné que la formule du pardon et la sentence de miséricorde. Tout ce qu'il peut faire de plus sévère dans l'exercice de ses pouvoirs, c'est de différer de quelques jours cette parole de réconciliation, pour aider le pécheur à s'y préparer avec plus de soin.

Eh bien! qui le croirait, malgré la facilité de ce pardon et la certitude d'obtenir la guérison, malgré l'ordre le plus formel de l'Eglise notre mère qui nous l'ordonne et qui nous conjure de recourir à ce remède, il y a une multitude incroyable de pauvres pécheurs, une foule d'insensés qui refusent, qui s'obstinent à garder dans leur cœur un fatal secret : ce secret pèse sur leur

iÛO REMÈDES DE LA MALADIE.

âme comme un poids affreux et une malédiction : Secretum meum mihi, vse mihil (Isaïe, xxiv, 16.) Ce serait si facile pourtant, ils seraient si heureux s'ils parlaient! Mais ils ont peur du prêtre, comme les fous, de celui qui les soigne ; ils ont une horreur insurmontable de ce remède. Je vous dis que c'est une folie véritable, et, quand je vois des pécheurs pris de ce délire, je voudrais pouvoir faire pour eux ce que l'on fait dans les maisons de santé pour certains malades ; je voudrais les forcer à se soumettre, et les confesser, en quelque sorte, malgré eux! 11 faut pour cela beaucoup d'adresse et de bonté, dans le prêtre, comme dans le médecin. . . On leur parle tout doucement, on leur arrache, sans qu'ils s'en doutent, leur fatal secret. Ils s'étonnent d'abord et puis ils sont bien contents, ils sont heureux, quandilsse voient guéris! Combien n'ai-je pas vu d'hommes sauvés de cette manière, par des femmes vertueuses et pleines d'adresse et de courage, qui les amenaient à l'église, qui les traînaient, pour ainsi dire et les forçaient a se jeter aux pieds d'un prêtre? Et ils se relevaient bientôt avec leur pardon et la paix du ciel ! N'ai-je pas vu des enfants même conduire leur père? de simples domestiques décider leurs maîtres à venir se confesser, et tout était fini en quelques instants ! D'autres fois c'était le prêtre lui-même que l'on avait adroitement attiré dans une maison, ou appelé auprès d'un malade; et ce prêtre lui avait arraché tout doucement aussi le fatal secret, toute une vie de crimes : il avait confessé le mourant, sans qu'il s'en aperçût, pour ainsi dire, et comme mal-

gré lui; et celui-ci se sentant aussitôt soulagé et guéri, nesavait comment ex primer sa joie et sa reconnaissance. C'est la vérité même et j'en atteste les anges, qui se réjouissaient dans le ciel de la conversion de ces pauvres pécheurs! Car souvent j'ai eu moi-même ce bonheur. Il m'est arrivé de renfermer dans ma cellule un de ces malades insensés : un incrédule, un indifférent, ou un esclave de la volupté, et, après les avoir confessés comme malgré eux, j'atteste que j'ai vu leurs larmes de joie ! Ils me prenaient les mains, ils les baisaient avec transport, et ils disaient : «Mais quelle était donc ma folie de croire que c'était si difficile, que c'était impossible! Ah ! mon Dieu, c'est si facile et si doux ! Vraiment il fallait que je fusse bien insensé... » Et que ne puis-je par ces paroles, qui sont la vérité même, je le répète, sauver encore et guérir quelques-uns de ces pauvres malades, les ramener enfin à la vie et leur rendre la paix de Dieu !

II. Il y a, par rapport à ce grand mystère des miséricordes, il y a encore une autre folie, plus rare, il est vrai, de nos jours, mais que l'on rencontre aussi quelquefois parmi les chrétiens. Ce n'est pas le refus de ce remède, c'est l'abus ; et je ne saurais dire si cet état n'est pas plus funeste que le premier. On peut abuser de plusieurs manières de ce sacrement. La plus triste serait par défaut de sincérité dans l'aveu de ses fautes. Vous le voyez bien, si un pauvre malade venait en effet ta tromper le médecin qui le soigne et lui cachait

son état véritable; non-seulement, alors, le remède ne pourrait pas le guérir, mais son état deviendrait bien plus compliqué et le mal pourrait même devenir incurable jusqu'à la mort. N'est-ce pas une folie véritable? n'est-ce pas comme si, aux jours de la piscine de Bethzaïde, un malade infortuné avait été se noyer dans les eaux mystérieuses qui rendaient la santé et la vie à tous les autres.

Atin de prévenir un si grand malheur, qu'il me soit permis de dire d'abord quelques paroles au médecin charitable, au prêtre zélé qui s'apercevrait qu'un de ses malades va peut-êlre céder à cette fatale pensée de cacher sa faute. Je l'en conjure au nom de Jésus, qui est venu chercher les pauvres pécheurs et qui ne désire que leur salut et leur guérison : qu'il se montre doux et patient, plein de miséricorde et de tendresse ; qu'il interroge doucement et avec bonté le malade, qu'il revienne encore sur ce qu'il regarde comme la cause de cette vaine crainte ; et, pour faciliter l'aveu, qu'il aille jusqu'à faire semblant de supposer plus de mal qu'il n'y a en effet dans sa pensée ; on lui répondra plus facilement et il obtiendra sans peine l'intégrité de la confession. Mais, je l'invite surtout à prier alors dans son cœur pour cette âme infortunée ; qu'il s'adresse intérieurement et avec confiance au glaive mystérieux de la douleur qui a transpercé l'âme de Marie, Ut revelenlur ex multis cordibus cogitationes (Luc, n, 55) , afin que les pensées les plus secrètes des cœurs soient révélées et manifestées. Je sais que des prêtres ont

trouvé, dans cette prière sainte, une grâce toute particulière, et, qu'à l'instant même, ils ont obtenu le courage et la force nécessaires à un pauvre pécheur pour déclarer toutes ses fautes.

Et maintenant, c'est au malade lui-même, à celui qui est tenté, que je m'adresse, et, pour l'aider à vaincre cette honte funeste, je me propose de dire un mot seulement à son esprit et un mot à son cœur, en indiquant les motifs qui doivent le décider, et les moyens qui pourront l'aider à triompher de cette malheureuse tentation.

1° Je lui demanderai tout d'abord s'il veut guérir; et, s'il me répond qu'il le veut et qu'il est bien décidé à ne pas mourir dans cet état, avec le poids du péché qui l'accable, et qui l'entraînerait certainement au fond des abîmes, je lui dirai qu'il n'y a pas d'autre remède que la confession, qu'il n'y a pas d'autre moyen pour lui, d'éviter la mort seconde et éternelle... Et immédiatement je lui demanderai quand donc il veut dire et confesser ce péché : quand? et s'il me répondait comme font les plus insensés, qu'il ne le dira qu'à la mort, je lui prouverais sur-le-champ et bien facilement que c'est une folie et que cette honte qu'il éprouve, que cette peur ridicule est l'effet même de sa maladie, qui grossit tout à ses yeux et lui fait voir des choses qui ne sont pas. Je lui prouverais que cette crainte et cette honte, augmentées encore par les ruses du démon, ennemi de son âme, finiraient par le perdre, après l'avoir rendu malheureux tout le temps de sa vie, parce

qu'à la mort, il aura encore plus peur, et que, supposé qu'il eut un peu plus de courage, il ne pourra peutêtre pas même parler, comme tant d'autres, qui ont été surpris à l'heure où ils y pensaient le moins. Ces raisons sont bonnes et suffiraient pour convaincre un malade ; mais ce n'est pas assez pour assurer la guérison. Donc, aussitôt qu'on le voit bien disposé, il faut lui donner les moyens qui lui rendront cet aveu plus facile, et la victoire plus sûre et plus complète.

On lui dit alors que, s'il avait trop de répugnance pour parler de cela à son médecin ordinaire, il peut aller en consulter un autre, mais à qui il faudra bien tout dire et tout expliquer. En effet, cela est très-permis aux pauvres pécheurs. C'est pour cela que Notre Seigneur a donné le pouvoir de pardonner à un si grand nombre de prêtres, ministres de ses grâces. Sans doute ce serait un abus d'aller ainsi sans motif se confesser au premier venu, et changer trop souvent de directeur, parce que le médecin -de votre àme, ne vous connaissant alors que très-imparfaitement, ne pourrait vous conduire avec autant de prudence et de lumières; mais il est certain aussi que, dans le cas énoncé, un pénitent peut changer de confesseur, comme dans une maladie grave, on peut faire venir un autre médecin, à qui l'on donne sa confiance.

Et si, malgré ce changement, le malade éprouvait encore bien de la peine à s'ouvrir, s'il ne pouvait vaincre le sentiment de honte qui le dominera quelquefois malgré lui, et lui fermera en quelque sorte la bouche;

dites-lui qu'il y a deux ou trois moyens encore de triompher. — Le premier : il faudra qu'il prie son confesseur de l'interroger, parce qu'il a encore quelque chose à dire, et qu'il n'ose pas. Celui-ci éclairé par l'expérience, ne tardera pas à mettre le doigt sur la plaie, et le malade n'aura plus qu'un seul mot à dire : Oui mon père... c'est assez, il sera soulagé, il sera guéri; il aura son pardon le jour même. — Que s'il n'osait pas même dire oui, je lui conseillerais alors d'écrire le péché qui lui cause tant de honte, et dont le démon lui grossit encore l'énormité, et de présenter simplement ce papier au confesseur. Celui-ci le lira aussitôt, et, s'il est nécessaire, il demandera quelques explications au pénitent, et lui donnera le pardon du ciel. Ah! combien n'ai-je pas vu de ces âmes, qui avaient été cruellement trompées par l'esprit de ténèbres! Retenues et comme enchaînées par cette fatale honte, elles avaient gardé pendant des années un horrible secret... de rien. Oui de rien! Car ce n'était même pas un péché mortel, si ce n'est dans leur pensée.... Et quand, profitant de ces conseils si simples, un pauvre pécheur avait enfin dit sa peine, ah! quel bonheur! quels transports de joie et de reconnaissance ! Ah ! comme ce cœur respirait librement au Ciel! Quel poids de moins et quelle douce liberté!

2U Mais il est temps de parler au cœur de ces malheureux que la honte retient, et qui s'éloignent du sacrement de pénitence, ou qui ont eu le malheur d'en abuser, en cachant leurs fautes au prêtre. Est-il rien de

iOO REMÈDES DE LA MALADIE.

plus triste que leur vie pleine de remords? Us ont une flèche dans Pâme, et cette flèche aiguë les blesse à chaque instant. Us perdent le mérite de leurs travaux, de leurs souffrances et de tout ce qu'ils peuvent faire de bien, puisqu'ils sont dans le péché. En vérité, de toutes les folies des hommes, celle-là me semble la plus malheureuse. Us me font pitié ; quand je songe qu'il leur serait si facile de sortir de cet état, et qu'ils sont les dupes d'une illusion si grossière. Ces pauvres insensés croient qu'ils feront de la peine à leur confesseur; ils s'imaginent que, s'ils disaient ce péché qui leur semble horrible, abominable, on n'aurait plus autant d'estime et d'affection pour eux, et c'est tout le contraire. Il ne peut y avoir pour un prêtre de bonheur plus grand, que de voir revenir à Dieu une àme et de la sauver. Je disais tout à l'heure que si on voulait, on peut en ce cas changer de confesseur; mais, je vous en prie, vous, mon cher lecteur, ne changez pas, vous avez un père si bon, si saint, et qui vous aime tant, et depuis si longtemps ! Il y a bien des années qu'il prie pour vous ; il vous a fait faire votre première communion; il a béni votre mariage... Ah! il mérite cette douce consolation ; allez à ses pieds, et dites-lui aujourd'hui même la faute que vous avez eu le malheur de lui cacher : ce sera la récompense de son zèle, et votre confiance augmentera encore sa tendresse pour vous. Il sera si heureux de voir ses prières exaucées, et de vous donner, avec le pardon, une espérance bien plus sûre du salut éternel : et vous-même vous serez si heu-

reux de sa joie et de la paix qu'il vous aura rendue!

Voici un problème, un grand problème que j'étudie depuis plus de trente ans déjà, sans avoir pu en trouver la solution, mais dont le simple exposé à suffi pour convertir plus d'un pauvre pécheur, et faire revenir à la raison bien des âmes égarées. Je demande lequel des deux est le plus heureux , du prêtre qui vient de recevoir l'aveu d'une faute cachée depuis longtemps et qui en a donné le pardon, ou du pauvre pécheur qui vient de faire cet aveu, et qui a reçu l'absolution. Lequel des deux?. ,. Pour moi je ne le sais pas encore, et pourtant j'ai bien étudié la question. J'ai obtenu un grand pardon moi-même; j'en ai donné beaucoup; j'ai vu des pécheurs à mes pieds fondre en larmes de joie, et me dire qu'ils étaient si contents, et qu'ils mourraient avec bonheur ! ... et moi prêtre je pleurais comme eux, avec eux, et j'étais si heureux aussi! — Et le démon perfide, trompant l'intelligence des hommes, leur fait croire ce mensonge absurde, qu'on ne pourrait plus les estimer, les aimer, s'ils disaient telle faute ! ... Et il y a des insensés qui se laissent tromper à ce point ! 0 mon cher lecteur, croyez-moi plutôt, et vous verrez! Vous me trouverez peut-être la solution de ce beau problème: Lequel des deux est le plus heureux, etc.

Il y aurait encore quelques autres abus dans la fréquentation du sacrement de Pénitence et dans l'application de ce remède aux âmes ; et peut-être qu'il eût été bon de les signaler, pour en préserver le lecteur. Mais ces abus étant plus rares et moins graves, je pré-

fère ne pas en parler. Ainsi, même parmi les personnes pieuses et dévoies, il y en a qui ont la folie, la manie de gâter ce remède sacré, et de lui ôter toute son efficacité par le mélange de substances étrangères ; confondant toules choses : la nature avec la grâce. Pour elles la confession n'est plus un sacrement divin, c'est un entretien, à peine spirituel; on y fait moins l'accusation de ses fautes que le récit de ses peines, et quelquefois même l'histoire des défauts du prochain; on n'y va chercher qu'une vaine consolation, un soulagement à sa douleur.

Ce serait encore plus triste, si on n'apportait à cet acte religieux aucune préparation d'examen, de douleur et de bon propos; si on se confessait sans la condition nécessaire de la contrition surnaturelle. Les âmes lièdes sont exposées à ce péril, que l'on appelle communément l'habitude ou la routine des choses sainles.

On en voit d'autres qui courent de confesseurs en confesseurs, et qui changent sans cesse... Abus, abus, encore une fois! C'est comme les insensés qui s'adressent à tous les médecins, et qui prennent toules sortes de remèdes; non-seulement ils ne guérissent pas, mais ils s'exposent à en mourir. Heureusement, je le répète, ces abus ridicules sont moins fréquents et bien moins dangereux ; car un médecin habile reconnaît bientôt ces petits travers d'esprits, et il renvoie ces malades à leur médecin ordinaire.

J'en dirai autant des scrupuleux qui veulent voir trop souvent le père de leur àmc, et qui, si on les lais-

sait faire, se confesseraient tous les jours. Au commencement, il faut bien y mettre un peu de patience, pour ne pas trop les décourager , mais ensuite il faut les renvoyer, sans même les entendre, parce que cette condescendance de la part du directeur les exposerait à tomber dans la folie véritable, et les perdrait entièrement. Mais c'est assez sur tous ces petits abus. Je reviens encore, en terminant, sur le malheur de ceux qui ne se confessent pas, ou qui se confessent mal. Voilà les vrais et grands malades, ceux dont la folie déplorable mérite tout notre intérêt et excite notre pitié. Que ne nous est-il donné d'en guérir quelques-uns par notre parole et nos prières ! 0 pauvres pécheurs, venez sans crainte ; n'ayez pas peur du prêtre ; le prêtre est l'ami de votre âme ; c'est votre Père, et plus vous êtes malheureux, plus il aura pour vous de tendresse et de compassion. Il sera si heureux de guérir les blessures de votre cœur ! Venite ad me omnes qui laboratis et onerati eslis, et ego refteiam vos. (Matth., xi, 28.) Venez à moi vous tous qui êtes dans la peine, ô vous dont le cœur est accablé sous le poids du péché, venez, et je vous soulagerai... Dans l'Italie, cette terre sainte de la foi, on lit celle parole évangélique sur presque tous les tribunaux de la pénitence: Venite... C'est le prêtre qui parle au nom de Jésus-Christ ; il attend el appelle les pauvres pécheurs : Venite! Venez à moi... Et sur d'autres tribunaux sacrés j'ai lu ces mots du Roi prophète : Beati quorum remissx sunt iniquitates et quorum tecla mnt peccala. (Ps. xxxi, 1.) Heureux ceux dont les péchés

ont été remis et les fautes pardonnées! c'est le pauvre pécheur qui semble parler alors, après avoir reçu son pardon : Oh! quel bonheur! Beati!... Et lequel des deux est donc le plus heureux du minisire de la miséricorde, ou du pécheur qui a obtenu sa grâce?... Encore une fois je n'en sais rien; c'est un beau problème : mais la vie d'un prêtre n'est pas assez longue pour le résoudre !

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