‹ De la folieChapitre 10 sur 73 · II I.^^ GENRE · texte numérisé non relu

II I.^^ GENRE

JHonomanie,

Un petit nombre d'idées fixes , dominantes , exclusives, sur lesquelles roule le délire, et un raisonnement souvent assez sain sur tout autre objet, font le caractère de ce genre.

C'est sans contredit le genre de délire le plus

frequent. Il est primitif ou consécutif j ainsi le délire général de la manie finit souYent, soit dans la convalescence , ou en passant à l'incurabilité , par consister dans une véritable monomanie.

Dans beaucoup de cas, le délire n'est point borné à l'idée principale ; seulement il estmoînS général, plus caché, plus difficile a reconnâîlfë que dans la manie. Quoique l'aliéné ait presqu'entièrement perdu la raison , l'objet qui l'occupe est toujours le même , il y pense continuellement , y rapporte toutes ses sensations et toutes ses idées. Dans beaucoup d'autres cas ^ les idées déraisonnables sont très-bornées , ou paraissent naturelles , au point qu'on pourrait s'y méprendre si on n'était assuré de leur fausseté ; les malades travaillent, paraissent tranquilles, répondent parfaitement bien aux queS-* tions qu'on leur fait : seulement si on touche le point malade^ on s'aperçoit de la réalité du délire.

Les idées qui forment le caractère du déliré monomaniaque , sont relatives à l'action vifé d'une cause mentale, ou plus souvent tiennent aU caractère même de l'individu , ou enfin sont in* dépendantes de ces circonstances , ce qui est très-rare -, de la un grand nombre d'espèces et de variétés. L'ambition et l'orgueil chez l'homme.

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layanité, l'amour et la religion chez la femme, en caractérisent un grand nombre , les principales sont les suivantes : on doit rapporter à un orgueil excessif, l'idée de se croire Dieu, roi ou prophète j la vanité plutôt que l'orgueil, porte les femmes a se faire reines ou princesses; elles ont plutôt en vue dans cet état mental la parure, que le pouvoir de commander. La nostalgie , ou regret du pays natal , la misantropie ou le mépris de ses semblables , le dégoût de la "vie, le spleen, ou le mépris de soi-même, le fanatisme religieux ou le désir de faire triompher des idées qu'on a adoptées en religion ; l'érotomanie , ou l'exaltation de la passion amoureuse ', telles sont les variétés qui tiennent a un dérangement dans les idées ordinaires de riiomme. La manie sans délire, de M. Pinel , doit former une variété de la monomanie ; elle consiste dans un penchant à la férocité , dans un désir , un besoin sans motifs de détruire des êtres vivans et même des humains ; les ailleurs en rapportent des exemples fort remarquables : l'histoire en consacre d'épouvantables ; les Caligula, les Néron, les Louis XI , qui faisaient commettre des crimes inouis , avec tous les raffinenaens de la plus exécrable cruauté, qui s'enivraient du sang de leurs concitoyens, ne doivent-ils pas, pour l'honneur

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même de l'espèce liumaine, être considérés comme des m^oriomaniaques de cette espèce ? La panophobie, ou la crainte des évènemens présens ou a venir, tient tantôt a. des terreurs religieuses , k des idées de damnation éternelle', d'autres fois c'est une défiance continuelle de soij des hallucinations ou des sensations erronnées qui rendent toutes les personnes qui les environnent suspectes de mauvaises intentions , enfin des aliénés sont quelquefois pris de ces mouvemens de terreur, sans cause connue. Presque toutes les idées exclusives peuvent être rapportées à l'une de ces espèces ou variétés.

M. Esquirol , a divisé ce genre de folie en deux espèces : monomanie avec excitation, et monomanie avec abattement, tristesse, espèce qu'il a désignée sous le nom de lypemaniej c'est la mélancolie de tous les auteurs.

La monomanie avec excitation se rapproche beaucoup de la manie, par une agitation continuelle, des cris, des injures, des accès de colère ou de fureur. La fureur est d'autant plus fréquente , que pénétrés de la réalité de leurs chimères , doués d'un raisonnement fort et soutenu dans le sens de leur délire , persuades qu'ils se portent bien et qu'ils sont victimes d'odieuses machinations, la cause la plus légère les enflamme et les porte a souteair leurs

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prétentions par tous les 11103^6118 possibles.

Dans la lypemanie ou mélancolie , le* aliénés sombres , ennemis du tumulte , absorbés et profondément attentifs à l'idée qui les domine, fuient leurs semblables, tantôt pour se soustraire a leur vue s'ils croyent leur déplaire , ou s'ils craignent d'en devenir victimes , d'autres fois pour clierclier un repos qu'ils ne peuvent trouver, ou pour se fortifier a leur aise dans leur manière de voir. Quelques-uns qui sentent et gémissent sur leur situation , en sont honteux , et pour cela s'isolent de tous ceux qui les ont connus en santé.

Toutes les variétés de la monomanie , sont également compatibles avec ces deux formes de délire. Cependant les idées qui naissent de l'orgueil exalte , de l'amour du pouvoir et de la domination , du fanatisme religieux , sont plus particulières à la monomanie avec excitation, et les idées nostalgiques, misaiithropiques, panophobiques , le dégoût de la vie , caractérisent plus particulièrement la lypemanie. C'est ici le lieu de dire un mot du suicide.

La vie, quelque pénible qu'en soit souvent le cours, est rarement assez dépourvue d'attraits , pour que l'iiomme raisonnable s'en délivre; c'est ou un état de folie véritable, ou des commotions morales très-fortes , suscep-

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tibles elles-mêmes de déranger l'esprit , qui causent presque tous les suicides. Le désir et l'action de se détruire, sont donc rarement produits par l'ennui, le dégoût de yivre , le mépris de l'existence , froidement calculés, médités long- temps d'avance par une tête saine. L'homme bien portant, qui par une cause morale cherche a s'ôter la vie, commet trèssouvent le premier acte du délire ; c'est un moment de désespoir pendant lequel les facultés intellectuelles se sont exaltées , altérées d'une manière quelconque -, beaucoup de femmes qui ont manqué leur coup , sont envoyées délirantes a la Salpétrière. On recommence rarement deux fois la même tentative, parce que l'action de la cause est ordinairement instantanée , et qu'une fois passée , l'esprit redevenant calme, reprend toutes ses forces. Le suicide est une véritable monomanie qui ne dure que peu de temps , parce que la pei-sonne en ■vient promptement à ses fins , ou perd tout-àfait la tête , ou bien reprend ses sens.

Ce sont ordinairement des erreurs de sensation , ou des jugemens faux , qui portent les aliénés k se détruire ; les uns se croyent odieux, insupportables, ou accusés des plus grands crimes-, d'autres prétendent en se tuant obéir à un génie ou a Dieu , qui le leur ordonnent 3

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quelques-uns se jettent par une fenêtre qu'ils prennent pour une porte. Les terreurs religieuses , la crainte de la damnation éternelle donnent très-souvent l'idée du suicide ; les malades réflëcliissent si peu alors , qu'il* ne voyent pas qu'ainsi ils accélèrent le moment du châtiment qu'ils redoutent. Les aliénés portés au suicide , persistent long-temps dans l'exécution de leurs desseins , recommencent jusqu'à ce qu'ils y arrivent ou que leur tête revienne à la santé -, ils employent quelquefois des ruses incroyables pour gagner la confiance des personnes qui les entourent , et tromper leur surveillance.

Le suicide vè^^échï , spleen des Anglais, survient ordinairement de 35 k 45 ans , cliez des personnes qui ont épuisé toutes les jouissances de la vie , ou qui , après avoir acquis une certaine aisance par une vie active, deviennent oisifs pour en jouir. Le défaut d'idées morales, qui conduit à l'athéisme, au matérialisme, au mépris de l'existence , favorise beaucoup cette tendance. Le spleen est bien plus fréquent en Angleterre qu'en France : cela tient à plusieurs causes. Chez les anglais , il y a un petit nombre de fortunes considérables , et des millions de malheureux réduits à la mendicité , deux extrêmes qui tendent au même but , le

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dégoût de l'existence ; les grandes et hasardeuses spéculations de commerce , doivent souvent exciter des commotions d'esprit plus ou moins fâcheuses*, enfin rimn],oralité, la débauche , si ordinaires chez eux , sur-tout dans les classes élevées, doivent finir par dégrader l'âme , user le corps , et ainsi porter à terminer des jours qui ne seront plus que pénibles. Beaucoup, d'auteurs pensent aussi que le climat a quelqu'influence sur cette maladie 3 on remarque par exemple , que c'est en automne , au mois de novenibre , ordinairement brumeux et humide, que les suicides sont le plus fréqueus •, et que l'atmosphère de l'Angleterre et sur-tout de la ville de Londres , a toiijours quelque chose de cet état sombre et brumeux. Les malades ennuyés de tout, fuyent la société , se retirent dans la solitude, donnent plein cours à leurs idées et finissent enfin pa.r se détruire si la médecine ne vient à leur secours.

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