Des Fœchutes
Je ne peux terminer cet article sans parler des rechutes, car aucune maladie n'en présente d'aussi fréquentes que la folie. Cependant il faut bien se garder d'appeler de ce nom, les affections mentales nouvelles , que peuvent contracter les aliénés j il existe en effet de certaines conditions essentielles pour caractériser les re-
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çllutes des autres maladies, et qu'on doit ap-^ pliquer à Paliéiiation mentale. Il faut (]ue l'affection qui a précédé soit à peine dissipée , que Porgane qui a souffert, conserve encore assez de faiblesse, pour qu'une cause très-légère l'altère de nouveau j dans ces cas , la santé n'a jamais été qu'imparfaitement rétablie. Mais si après plusieui"S mois , plusieurs années d'une guérison solide , un individu redevient fou, a la suite de causes nouvelles, appellera -t- on cela une rechute ? Alors toutes les maladies seraient bientôt regardées ainsi , car il arrive souvent qu'elles se succèdent à des intervalles assez rapprochés. On doit d'ailleurs faire attention que plus un organe a été malade de fois , et plus il est sujet à le devenir-, il conserve en lui une faiblesse qui donne plus de prise aux causes. Ceci s'applique sur -tout au S3^stême nerveux j l'apoplexie pe tue guère a la première attaque j les névralgies cessent rarement pour toujours , si on n'a détruit le nerf malade , etc. Le cerveau guéri de la folie, est aussi plus sujet a retomber dans le même état. On peut compter qu'environ un neuvième ou un dixième de personnes rétablies de cette maladie , ne le sont que provisoirement et en contracteront une nouvelle, ou éprouveront une i^echute. Mais dans le premier cas il a existé des causes sans les-
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quelles les fonctions cérébrales seraient restées saines; en sorte que les rechutes véritables, ne doivent guère être portées cjue pour un quinzième.
Nous venons de voir la marche la plus ordinaire de la folie , lorsqu'elle a une issue heureuse. Nous allons maintenant jeter un coup d'œil sur l'état d'incurabilité de cette maladie , primitivement annoncé par les signes que nous allons indiquer, ou reconnu seulement après un traitement plus ou moins long. Et d'abord , parcourons la section des aliénées incurables de la Saîpétrière, pour suivre plus facilement les transformations successives qu'éprouve le délire dans la manie , la monoraanie et la stupidité, avant d'arriver à la démence, ternie ordinaire et naturel de la folie qui devient chronique.
Cettesectioo se compose i .°, d'idiotes dont l'intelligence n'a ni augmenté ni diminué; 2.° d'aliénées dans un état complet de démence, incapables d'aucun acte intellectuel, et la plup irt , paralytiques -, 5.° d'aliénées dont la démence n'est point assez avancée, pour les empêcher de commettre quelques actions simples mais raisonnées ) ces malades travaillent
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à quelques ouvrages grossi ors , afin de se procurer des douceurs que la maison ne donne pas; 4.° de femmes guéries jusqu'à un certaiu degré' ; on en \o!t beaucoup qui ne conservent du délire passé, que quelques idées plus ou moins fixes , devenues parties constituantes de l'intelligence-, c'est un degré assez faible de la monomauie : ces personnes tra- Taillent-, plusieurs pourraient même être rendues à la société , si elles n'étaient obligées , pour vivre , de se livrer a des occupations incompatibles avec des dérangemensde l'esprit, 5.° de manies intermittentes ; dans l'intervalle des accès, la raison est entière ', 6.° enfin de folles dont l'état mental n'a point changé , par l'effet du traitement : le délire , les accès de fureur, n'ont en rien diminué.
La folie qui ne guérit point, se termine donc toujours par la démence, si le malade vit assez de temps. Ici, comme dans les maladies de tous les autres organes , à un état d'excitation succède un affaiblissement qui entraîne la diminution ou l'abolition des facultés vitales. Le cerveau, d'abord affecté presqu'exclusivemeot comme agent intellectuel, finit par être attaqué comme agent nerveux : àttlà les paralysies fréquentés cbez les aliènes. Cette seuie circonstance devrait suffire pour fixer les idées sur le siège
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de la folle ■, la paralysie ne survient que dans les affections du système nerveux , et se présente dans toutes les maladies un peu graves de l'encéphale.
La démence s'établit de deux manières , subitement ou lentement. Dans le premier cas , des malades qui quelquefois paraissent aller mieux, ou même être en convalescence, perdent tout à coup ou en très-peu de temps l'exercice intellectuel ', cet état est souvent précédé d'une attaque de paralysie aiguë ; presque toujours alors plusieurs parties du corps n'ont point recouvré l'usage des mouvemens. Toutes les aliénées qui, après un mieux marqué, ou une guérison équivoque , sont tombées dans cet état d'anéantissement intellectuel , même sans paralysie, sont restées incurables j aucun excitant n'a pu redonner de l'énergie au cerveau. Parmi beaucoup d'exemples , je citerai les deux suivans : — la femme Lempereur, âgée de trentesix à quarante ans , maniaque, après un séjour de près d'une année a l'hospice , en soi^tit supposée guérie ) très-peu de temps après, elle y rentra complètement insensible à tout ce qui l'entourait , sans idées j les applications du cautère actuel a la nuque, n'ont même pas été senties j depuis plus d'une année, elle n'a pas changé. — -Félicité S , âgée de dix-neuf ans
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forte et bien constituée , resta pendant l'année 1818 affectée de manie avec fareur -, au printemps de 1819, son cerveau avait repris en grande partie l'exercice de ses fonctions -, seulement il restait beaucoup de lenteur dans la formation, et l'expression des idées ; environ deux mois après cette époque, les facultés intellectuelles ont perdu toute énergie ; la maladq ne dit mot, boit, mange, dort, et offre toutes les apparences d'une vie végétative parfaite : rien ne peut la tirer de cet état d'abattement moral. Quand la démence survient lentement , il est le plus souvent impossible de fixer au juste l'époque où elle commence -, mais bientôt les signes qui la caractérisent , ne laissent plus aucun doute sur son existence -, la fureur , l'agitation disparaissent 3 les malades sont tranquilles, ne profèrent plus que quelques mots sans suite, rient sans sujet-, ils dorment profondément, etc.
Avant que la folie n'ait ainsi dégénéré , il s'écoule quelquefois un laps de temps assez long , pendant lequel le délire a pu rester le même , ou varier dans son caractère , son intensité 3 c'est alors qu'il est quelquefois difficile dédire s'il existe encore de Tespoir de guèrison, ou si la maladie est incurable, a moins qu'elle ne dure depuis plus de deux années , terme ordinaire, passé lequel elle guérit rarement*
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§. Ili. Type.
La foiie est le plus souvent continue j elle peut être rémittente et intermittente.
Quoique continue , rarement ses phénomènes conservent toujours le meaie degré d'intensité. Ordinairement il survient de l'exacerbation, de véritables paroxysmes: c'est sur- tout l'aprèsmidi, vers les 4 ou 6 heures que cette augmentation a lieu. Alors le pouls devient plus fort et plus fréquent , les carotides battent avec force 3 la soif est plus vive -, les joues se colorent, la tête devient trè^- chaude , douloureuse chez lin grand nombre. Pendant cesinstans de fièvre, les malades sont moins agités, moins susceptibles de se mettre en colère ou en fureur, et aiment plus à rester tranquilles.
Les rémittences peuvent être de plusieurs jours, de plusieurs semaines ou plus •, tous les symptômes diminuent beaucoup, la raison revient en partie ;?enfin , on dirait que la conva-^ lescence va swivre ce décroissement. Cependant le sommeil ne se rétablit pas bien, le mieux ne fait pas de progrès , et bientôt la maladie reprend son état primitif.
On ne doit regarder la folie comme intermittente, que dans les cas où les accès ne reviennent qu'à des époques éloignées , par exemple , tous
les six mois ou tous les ans ; lorsque les recliules sont plus rapprocbées , ii n'existe en général qu'un état de rémittence. Chaque accès suit absolument la marche que nous avons décrite , et présente successivement les périodes d'incubation j d'invasion , d'excitation , de décroisse ment, de convalescence, avant que la santé ne se rétablisse. La folie intermittente est régulière ou irréguîière j elle est ordinairement incurable 3 les accès se rapprochent , se confondent , et la raison est à jamais perdue. Des malades viennent ainsi tous les ans, pendant ua certain laps de temps , passer plusieurs mois à la Salpétrière, et finissent toujours une bonne fois, par y rester jusqu'à la fin de leurs jours.
§. IV. PR0^^0STIC.
J'ai peu de données positives sur le pronostic de la folie j en général , il est difficile de déterminer de prime abord, et souvent dans le cours du traitement , le degré d'espoir qu'on doit avoir pour la guérison , tant qu'il ne survient pas des cliangemens favorables dont j'ai par'e. La grande habitude de voir de ces malades donne bien la possibilité de faire des conjectures plus ou moins probables ; mais les signes sur lesquels on se fonde sont encore trop va-
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riables , trop peu caractéristiques pour servir à établir des règles fixes ; le temps seul , peut , dans le plus grand nombre des cas , nous donner la certitude de l'incurabilité. Le médecin , ainsi averti , ne devra point désespérer et abandonner trop promptement le traitement j en persévérant, ii pourra obtenir au bout d'un an ou même deux , la fin heureuse de la maladie j passé ce temps, il n'y a pas d'inconvénient à la regarder comme non susceptible de guérir. Voyons au reste, ce que l'on sait de bien positif sur ce sujet.
L'idiotie et la démence sont incurables. Quelques idiots et sur-tout les imbécilles , peuvent être susceptibles de recevoir quelque peu d'éducation. A force de leur faire répéter certaines actions, ils finissent par en retenir quelque chose. Cependant, il est extrêmement difficile d'habituer les premiers à la propreté-, presque toujours ils rendent leurs excrémens par-tout où ils se trouvent. Les aliénés en démence peuvent, selon le degré de la maladie, exercer des actions simples , se livrer à des travaux grossiers , qui ne demandent ni une attention soutenue , ni de fortes combinaisons. Il arrive néanmoins une époque, où l'esprit est tellement affaibli, que l'existence morale de ces individus, est de toute nullité.
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Les trois autres genres d'aliénation mentale, que nous avons compris sous le nom de folie , la manie, la monomanie et la stupidité peuvent être envisagés, relativement au pronostic , sous les rapports suivans :
Il guérit un plus grand nombre d'aliénés de 20 à 5o ans , que dans les autres âges. On en guérit rarement après 5o ou 55 ans.
La folie compliquée de paralysie ne guérit jamais. Il semble que dans ce cas le système nerveux est trop gravement altéré pour revenir a son état primitif. L'épilepsie qui se rencontre plus particulièrement chez les idiots , mais qu'on voit aussi quelquefois compliquer d'autres genres , est un signe certain d'incurabilité.
Toutes les fois que les symptômes sympathiques sont assez graves , pour que la folie ait quelque ressemblance avec le délire aigu , s'ils disparaissent, si îa santé physique revient sans une amélioration très-sensible dans la manifestation des désordres cérébraux , c'est un mauvais signe, qui fait craindre l'incurabilité. Plusieurs personnes de 25 k 3o ans, dans un état de maigreur extrême ^ offrant des symptômes de phthisie , furent guéries de ces accidens au moyen de l'application du cautère actuel sur les côtés du thorax. Elles ont repris de l'eoi-
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bonpoint , recouvré toutes leurs forces, etc. Mais îe délire est realé le même- et elles sont aujourd'hui évidenuDent iiK urabîes.
Les aliénés maniaques guérissent mieux que les autres. Les monomauiaques avec exaltation, présentent plus de chances de suects que les mélancoliques ou lypema!iia(|ues.
M. Pinel a fi.xé a six moi ie terme moyen de la guérison des aîiéaés. M. Esqiilroi pense qu'on peut le porter à un an. En tif t, il guérit a peii-pr-js autaat d'aucirées la seconde année que la pre^niière ; passe ce temps on doit peu espérer.
Sur 1223 femmes iriiéries :
6o4 ont recouvré la santé la première année.
5o3 la seconde.
S6 la troisième.
4i dans les sept années suivantes.
Le printemps , et ensuite l'automne, sont les saisons les plus favorables a la guérison. L'iiiver est la saison la plus défavorable.
Le nombre des guérisons obtenues, comparé au nombre des aliénés mis en traitement ^ "varie selon que dans les établissemens on admet telle ou telle espèce de malades ', selon la bonne foi des médecins qui en ont publié des relevés. L est des asiles où on ne reçoit
que les aliénés qui preseuteiit évidemment des cliaiRtS de bUicôs; d'autres , où les incurables comme ies cuvahses suât admis ; si l'on ne tient pas compte de ces circoustances ^ on tombera dans i'erreur. 11 faut avoner, en outre , que les méd.*.cius Oit Sv>uve:it p.utôt consulte leur amuur-propie ou i'inlérët de l'établissement qu'ils dirigent , que la \éritéj en mettant au jour le résultat de leur pratique.
A la Saipétrière , les médecins font tous les ans desreievésdeguérisonpourl'administratioa des hôpitaux 5 dans lesquels ils ne rendent compte, bien entendu , que des cas sur lesquels l'art peut quelque cliose. Les aliénées incurables , et qui forment a peu près le tiers du total y sont d'abord mises de coté-, et pour n'être pas taxés d'agir arbitraireme.}t dans celte séparation, ils sont cc>nveîRis de regarder comme incuriibles, les idiotes , les aliénées épileptiques, paralytiques , et celles agév. s de plus de Cliquante ans. Touîes les autres sont supposées susceptibles de guérison. L'expérience de plus de vingt années prouve qu'on guérit îa moitié de ceilesci. Aucun établissement public ue présente des résultats plus avantageux.