VU] AVANT-PROPOS
déré les troubles d'une fonction sans l'organe qui en est le siège , les désordres des facultés intellectuelles sans le cerveau qui est indispensable à leur manifestation ; en sorte que de cette manière ce sont les symptômes qui constituent la maladie , au lieu du trouble organique qui leur donne naissance. Il en est de même de l'action des causes et des moyens moraux , qu'on n'a point regardés comme agissant sur le cerveau, à la manière des différens stimulus avec lesquels les autres organes sont en rapport. Ainsi j'ai pour but , en donnant une nouvelle histoire de la Folie , non point de la faire plus fidèle que celles qui existent, mais de chercher à fixer le siège , à remonter à la source des désordres produits, comme on le fait pour toutes les autres maladies; de faire enfin, à cette affection , l'application constante des lois de la pathologie et de la thérapeutique générales.
Dans une introduction , je donne
AV AIN T-PP. OPOS. ix
quelques considérations physiologiques et pathologiques sur le système nerveux , ainsi qu'un léger aperçu sur le siège et la nature des maladies. Viennent ensuite six chapitres où je traite successivement : i.^ dit siège et des symptômes de la folie ; 2.^ de ses causes ; 3.^ de sa marche et de ses terminaisons ; 4.^ des différences qui la distinguent du délire aigu; 5.° des moyens de traite ment qui lui conviennent ; 6.^ du résultat des oui^ertures de corps.
Deux de ces chapitres ont déjà vu le jour : celui des causes a fait le sujet de ma Dissertation inaugurale , et celui des ouvertures de corps , le sujet d'un mémoire qui a remporté le prix proposé par M- Esquirol, en 1819.
Etant à même ^ depuis plusieurs années , d'observer l'aliénation mentale dans un vaste Etablissement^ vivant^ poiu" ainsi dire , continuellement au milieu de douze cents malades , j'ai pu être témoin un grand nombre de fois de
X AVAT?T-PROPOS.
tous les faits que j'avance ; et je ne croîs émettre d'opinions que sulîisamnient motivées sur l'observation. Je dois ajouter, que M. Esquirol a bien voulu me permettre de consulter la collection des observations qu'il recueille depuis plus de vingt ans.
CONSIDERATIONS GENERALES, PHYSIOLOGIQUES ET PATHOLOGIQUES, SURLESYSTEME NERVEUX.
Uans les sciences physiques et chimiques, il existe une manière de procéder sans laquelle on ne pourrait jamais parvenir a la connaissance des objets et de toutes leurs variétés, dont elles se composent, La marche qu'on suit, consiste a considérer d'abord les corps dans un état simple, primitif, avant de s'occuper des transformations, des changemens qu'ils peuvent éprouver dans des combinaisons plus ou moins multipliées, quelquefois presqu'infînies. On a ainsi des points fixes de départ auxquels on peut remonter pour se rendre compte de tous les phénomènes qui en dérivent. Qui pourrait reconnaître du plomb dans le minium, si on ne savait que ce métal exposé à Pair, à une certaine température, prend cette forme ? Comment croire que l'eau se compose d'oxjgène et d'hydrogène, si l'étude séparée de ces deux corps ne vient le prouver ? A quels signes reconnaitrait-on que l'air n'est pas respirable,
2 ÎNTRODUCTÏOîC.
retient des corps étrangers , si on ignorait qu*il contient , quand il est pur , environ 7g parties d'azote et 1 1 d'oxygène ? Cette méthode naturelle, analytique, a permis de classer sans confusion , des milliers d'objets différens.
La médecine est aussi une science positive , d'observation : elle est fondée sur la connaissance de l'homme -, elle a pour but la conservation de la santé , la guerison des maladies 3 son étude doit donc être celle des autres sciences naturelles.
La santë , l'état sain , naturel ou ordinaire , résultent de l'exercice libre , facile, régulier et harmonique des fonctions qui constituent l'organisme. On appelle maladies, les atteintes portées a cet exercice : ce sont des changemens à l'ordre naturel , des exceptions au cours régulier de la vie. L'étude de l'homme sain doit toujours précéder l'étude de l'homme malade. Comment, eu effet, apprécier les changemens physiques ou d'action survenus dans les organes, si on ne connaît d'abord , leurs qualités physiques , les fonctions dont ils sont chargés , et la manière dont ils les exécutent ? Et vouloir agir autrement , s'occuper en premier lieu des altérations d'organisation , des modifications , des complications d'action, ne serait-ce pas faire la même faute que le chimiste qui prétji drait
analyser une pierre précieuse sans s'être rendu familier avec les élémens qui la composent ?
Nous devons être étonnés des progi^s que la médecine a pu faire dans les temps anciens , où un respect superstitieux pour les morts forçait l'observateur a rechercher les causes et le mécanisme de la vie dans les animaux seulement j dans ceux plus modernes où Descartes était persécuté , Galilée privé de sa liberté et Vesale mis à mort , pour avoir exposé des vérités aujourd'hui non contestées. Les faits recueillis par Hippocrate , sont cependant encore de nos jours des modèles de perfection descriptive. Les causes premières des phénomènes y sont seules oubliées, ou exposées d'après des opinions plus ou moins erronées.
D'après ces principes, l'objet de nos recherches étant une maladie du cerveau , portion du système nerveux , laquelle consiste spécialement en des désordres des facultés intellectuelles , je dois , pour faciliter l'étude des phénomènes qui la caractérisent , donner une idée du système nerveux en général, du cerveau en particulier , et des facultés intellectuelles , dans l'état sain.
Ces organes ;, les plus importans de l'économie , qui constituent Vame matérielle du corps , pour lesquels tous, les autres semblent
faits, sont loin cependant d'être connus d'une manière satisfaisante, tant dans leur texture, que dans la nature et le mode d'exercice de leurs fonctions. Des difficultés sans nombre , nées du sujet lui - même ou de la direction donnée aux recherches , en ont constamment entravé l'étude. J'en vais exposer les principales.
1.° On a trop donné d'importance à la considération-des formes du système nerveux , on a trop séparé l'anatomie de la physiologie, après avoir établi des divisions arbitraires , basées sur quelques différences physiques , on a cru pouvoir déterminer l'action de chacune de ces divisions j ensorte , qu'ici on a suivi une marche toute opposée a la seule qui puisse faire remonter à la cause véritable des phénomènes de la vie. Au lieu de rechercher la cause par l'observation des effets , l'usage des organes par l'action qu'ils exercent, on a cherché à expliquer l'action nerveuse , d'après la conformation, la distribution des nerfs. Il existe aussi eji anatomie, un mode descriptif, qui n'a pas peu contribué a induire en erreur sur l'usage de certaines parties Quand on décrit un organe, ou un système qui offre des divisions , on a coutume d'en considérer la portion principale comme le centre d'où émane tout Iç i^este >
c'est ainsi qu'on dit que le cœur donne nais^ sance k toutes les artères , par l'aorte ; que tel vaisseau nait de tel autre ; que tous les nerfs procèdent du cerveau. Cette méthode descriptive, vicieuse , qui n'avance en rien les con^ naissances anatomiques, a fait un tort incroyable à la physiologie. Delà est venu qu'on a regardé le système nerveux comme un tout y composé d'un centre (le cerveau) , source de toute influence nerveuse , où prennent naissance des conducteurs (les nerfs) chargés de la distribuer dans toutes les parties. Mais d'abord , nos organes ne procèdent nullement les uns des autres ; leurs élémens existaient dans le germe de la femelle j ils sont formés du même jet. Seulement ils communiquent plus ou moins directement entre eux , pour l'exercice des fonctions et assurer l'harm-onie , l'unité vitales. Ainsi l'œsophage communique avec le pharynx et l'estomac, pour recevoir les alimens du premier et les transmettre au second. Le cerveau communique- avec les sens , pour recevoir les impressions, et avec la moelle épinière pour commander les mouvemens volontaires. Et en outre , si on eût comparé les animaux à l'homme , on aurait vu que les différens appareils nerveux sont en rapport avec les besoins de rorganisation des espèces, avec leurs fa-
cultes , et non avec le cerveau -, que cliez ceux qui ont une grande énergie musculaire, la moelle épinière est très-forte, que dans les serpens , par exemple , un renflement de cet organe , égale la grosseur de l'encéphale ; que dans les espèces où un des sens a une énergie trèsgrande-, le nerf qui en est la source , présente UJi volume très-considérable , tels sont l'olfactif du chien, l'oculaire de l'aigle.
3.° On a commencé à étudier les fonctions nerveuses , chez les êtres les plus parfaits. En m.écanique , avant de vouloir se rendre compte des mouvemens d'une machine compliquée, on prend connaissance du mode d'action de la machine la plus simple, du levier. Si les physiologistes , au lieu de s'adresser de suite k une organisation complète dans toutes les parties , eussent considéré la vie simple des êtres inférieurs , et parcouru la chaîne des animaux jusqu'à rbomme, ils auraient vu la progression suivie par le système nerveux jusqu'à sa plus grande perfection j en comparant le développement des différens appareils qui le compo- 6ent , avec l'action des autres organes , ils seraient parvenus bien plus vite à la connaissance de ces fonctions. C'est ainsi qu'en ne rencontrant que des traces du grand sympathique chez les étre^ qui n'ont que la vie intérieure et q.o reproduc-
tion , ils auraient avec raison attribué à ce nerf, la faculté d'entretenir l'action des organes qui la composent. En trouvant le développement de la moelle épinière et des nerfs qui en partent, en harmonie avec les forces musculaires ; le volume du cerveau, avec les facultés intellectuelles •, les nerfs des sens , avec l'étendue des sensations, n'eussent-ils pas été conduits tout naturellement à la connaissance des fonctions de chaque appareil du système nerveux ?
4.® La cause première de l'action de nos organes nous est inconnue ; on ne sait ni pourquoi , ni comment le cœur se meut, l'estomac digère -, il ne nous est donc permis que d'observer les phénomènes qui accompagnent , caractérisent cette action , d'établir les conditions sans lesquelles elle ne pourrait avoir lieu. C'est ainsi que nous voyons dans la digestion stomacale, l'estomac recevoir une certaine quantité d'alimens, se contracter légèrement sur eux, les imprégner de liqueurs fournies par ses follicules et ses vaisseaux perspiratoires , les réduire enfin en une pâte homogène , appelée chyme , et les chasser alors dans le duodénum par des contractions ondulatoires ; que dans les sécrétions en général, nous voyons du san^ arriver dans l'intérieur d'organes qu'on appelle glandes, converti en partie en des liquidas
îiouyeaux , différens selon les usages auxquels ils sont destinés. Toujours nous ne pouvons qu'observer sans expliquer les phénomènes de la vie , si nous ne voulons pas risquer de nous égarer dans des liypolhèses toujours vaines, et souvent dangereuses pour la science.
Le sj^stcine nerveux est bien loin de nous inonlrer la manière dont il exerce ses fonctions^ aussi a découvert que le cœur ou Testomac ; d'abord il est profondément situé au milieu des autres organes, mis a couvert par des remparts osseux presqu'impénétrables , et ensuite nouseuiement il ne se passe dans les nerfs aucuns m.ouvemens qu'on puisse apercevoir , mais encore les matériaux et les résultats de leur action, nous sont physiquement inconnus. On voit combien les physiologistes ont dû être embarrassés , sujets à l'erreur dans l'étude des fonctions nerveuses, sur- tout quand ils ont voulu en expliquer le mécanisme.
5.° Certains phénomènes nerveux ont paru si extraordinaires, si différens de tous ceux des autres organes , si incompréhensibles et dans leur nature et dans leur formation , si nobles pour être le résultat d'une action matérielle , qu'on a cru devoir les attribuer a un principe indépendant de l'organisation. Ce n'est point ici le lieu d'examiner cette question d'une ma-
ïîière particulière , je ne veux que dire un mot du principe général. Si on voulait classer les fonctions d'après le mystère qui règne dans leur mécanisme , il ne serait pas difficile d'établir une gradation presqu'insensible , depuis la production mécanique de l'ouverture des coquilles de Phuître , jusqu'à l'intelligence de l'homme. Entre ces deux extrêmes nous rangerions la digestion du polype , et mêaie avant , le mode de nutrition des éponges , des boues de mer; nous verrions les organes digestifs du ver, consister en un simple canal qui s'étend de la bouche k l'anus , bien différens do ceux très- compliqués des mammifères ! N'estce pas le poumon vésiculaire des batraciens , de la grenouille entr'autres, qui nous a le plus éclairé sur la texture et les fonctions du poumon de l'homme ? Quelle différence entre la filtration de l'urine et la formation du chyle , entre la digestion dans le polype et dans l'espèce humaine î II y a certainement moins d'analogie , quant au mécanisme , entre une fonction des derniers animaux et la même chez les animaux supérieurs , qu'entre celle-ci et la production de l'intelligence. L'infiltration nutritive des éponges ressemble-t elle à la nutrition chez l'homme ? Si l'on peut établir une telle différence d'organisation en descendant.
ÏO ïîi T ÏIO DUCT lO'N.
pourquoi ne voudrait-on pas en reconnaître dans le sens contraire ? D'ailleurs , si la production de tous les phénomènes des corps vivans ^ ne tenait point à des causes fixes et immuables, pouvait dépendre de circonstances fortuites, si le caractère et rintclîigence de l'homme n'avaient pour base l'organisation, la nature serait un véritable chaos sans lois générales ; les sciences, les lois , la morale seraient aussi variables , que les causes extérieures qui leur donneraient naissance. Mais il n'en est point ainsi : chaque membre de l'immensité des êtres qui habitent ce globe, a conservé la place qui lui a été départie , parce que son organisation n'a point changé • l'oiseau n'a cessé de voler , le serpent de ramper , l'homme de marcher sur ses deux pieds ; les facultés morales et intellectuelles des animaux supérieurs , n'ont jamais varié y l'espèce humaine nous offre aujourd'hui les mêmes vices et les mêmes vertus, les mêmes idées morales et scientifiques qu'autrefois.
6.* Enfin , une cause qui n'a pas peu contribué à embrouiller l'étude des fonctions nerveuses , c'est que les physiologistes en ont abandonné une partie aux théologiens et aux métaphysiciens , qui , étrangers a la connais»sanc;" des lois générales qui régissent l'économie vivante , ont aeraisonné sur les causes vérit^i^
î ÎN T R O D U C T I O N. 11
Lies de l'intelligence liufnaine. Eh î que diraiton de quelqu'un qui voudrait connaître et vous apprendre ce que c'est que le sulfate de fer , sans notions sur la cliimie en général , et sur les sels en particulier -, qui prétendrait vous faire l'histoire d'une plante ou d'un animal , jsans savoir les caractères qui déterminent les classes , les genres ou les espèces , auxquels ces êtres appartiennent ? Aussi qu'est-il arrivé de cette étrange mutation d'attribution ? que les métaphysiciens et les théologiens , au lieu d'observer et de prendre la nature pour guide , se sont d'abord formé des idées sur ce que devait être l'homme moral et intellectuel , sans beaucoup s'occuper de savoir si elles étaient compatibles avec son organisation qu'ils ne connaissaient point ; et comme ils n'ont pu expliquer la production de ces phénomènes, ils se sont adressés à des causes étrangères, aussi inconnues que leurs principes étaient faux. C'est donc au médecin seul , qu'il appartient de connaître toutes et chacune des fonctions de l'homme , sans aucune exception, si on veut avoir des idées saines sur leurs causes et leurs efï'ets.
Aujourd'hui , on possède beaucoup de connaissances positives sur les fonctions du systèaie nerveux, et on est sur la voie la plus
ia INTRODUCTION,
sûre pour les étendre. On doit , je pense , attribuer ces améliorations dans la science physiologique , plus particulièrement aux travaux de Bicliat et du docteur Gall.
Bichat a le premier bien distingué les deux ordres de fonctions , dont l'ensemble constitue l'homme vivant. Il a vu que les unes se font Sans le concours de la volonté , le plus souvent sans conscience , existent dans tous les êtres animés, et sont destinées à Tentretien, à la conservation intérieure de l'individu -, et que les autres , sous l'empire de la volonté , exécutées avec conscience , appartenant exclusivement aux animaux , ont pour objet de les mettre en rapport avec les corps extérieurs. Bichat a appelé l'ensemble des premières, vie organique ; on peut encore la désigner par les expressions dévie intérieure, végétative, automatique. Il a nommé Fensenible des secondes , vie animale, extérieure ou de relation. Ces considérations le conduisirent à ne plus considérer les organes nerveux , comrae un tout a action unique. 11 les partagea en deux portions , l'une , qu'il appela système des ganglions , destiné à l'entretien de la vie intérieure, et l'autre , qui a pour fonction de présider à l'exercice de la vie animale. L'étude des animaux confirme pleinement ces observations , puisqu'après ceux chez les-
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quels il n'y a pas de nerfs visibles , et a un dégré plus élevé, où l'on ne rencontre encore que la vie intérieure , il n'existe que l'appareil plus ou moins imparfait des ganglions; et qu'enfin le système nerveux de la vie extérieure, se développe de plus en plus à mesure qu'on s'élève vers l'homme ^ en raison du nombre et de rimportance des relations que les animaux doivent avoir avec les objets qui les entourent.
M. Gall, dont on apprécie trop peu la doctrine , parce qu'on veut la juger sans la connaître ; doctrine qu'on cherche à livrer au ridicule, en la réduisant à une espèce de cranioscopie , M. Gall , dis-je , a fait des recherches très-profondes , très-instructives sur l'orgar^isation du système nerveux et sur ses fonctions. Je n'entrerai dans aucun détail pour les faire connaître , puisque beaucoup des idées que j'émets sur ce sujet , m'ont été fournies par la méditation de ses leçons ou de ses ouvrages.
C'est donc bien moins d'après ses dispositions physiques que d'après ses fonctions , qu'on doit former des divisions dans l'ensemble du système nerveux ; c'est toujours ainsi que î'anatomie devrait suivre la physiologie. Nous voyons dans l'homme : i.** les nerfs de la vie nutritive ; ils consistent en une infinité de Çiets qui partent d'un grand nombre de corps
grisâtres ( gaiiglions ) , ou s*y rendent , situés tout le long de la colonne vei'tébrale depuis le col jvisqu*au bassin. Ces filets forment des rë»seauxou plexus , qui entourent les artères et pénètrent dans tous nos organes avec elles, dans le cerveau lui-même , autour de la cérébrale antérieure. Ils reçoivent des branches de communication des nerfs rachidiens , de la sixième et cinquième paires cérébrales. Leurs usages sont très-peu connus : de ce qu'ils se répandent partout , on en infère qu'ils doivent être un des élémens essentiels à l'action organique. Du reste, comme on n'a jamais pu faire d'observations directes , on ignore entièrement quelle est la nature et le mode d'exercice de leurs fonctions. Des auteurs, et Rell entr'autres, ont voulu placer dans ces nerfs , le siège des affections et des passions. S'ils eussent étudié les animaux qui possèdent les uns sans les autres , l'erreur n'eût pas été de longue durée •, en traitant d'ailleurs des fonctions cérébrales , nous aurons des preuves positives , directes du contraire. 2.° Les nerfs de la vie de relation : ceuxci , se divisent en trois appareils qui ont des fonctions distinctes quoique étroitement unies , et dans une certaine dépendance les unes des autres. Le premier est destiné a recevoir les impressions des objets extérieurs , ce sont les nerfs
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des sens *, le second est le siège des facultés morales et intellectuelles, c'est le cerveau-, enfin, le troisième sert aux mouvemens volontaires , ce sont les nerfs de là moelle épinière. 5." On doit admettre une troisième série de nerfs ', ce sont ceux qui mettent en communication le cerveau avec certaines fonctions qui tiennent le milieu entre la vie extérieure et la vie intérieure : dans ce cas se trouvent la digestion , la respiration et la génération. Ces fonctions sont soumises en quelques points a la volonté , et en d'autres en sont indépendantes. Elles sont animées par les nerfs des ganglions , en mêmetemps que par les nerfs de la vie extérieure. Le pneumo-gastrique se distribue au poumon et a l'estomac , et le Konteux fournit de nombreuses branches aux organes génitaux.
Ces appareils nerveux , outre les fonctions particulières qui leur sont attribuées , servent tous à percevoir et à transmettre au cerveau, certains phénomènes qui se passent en nous. Tant que les organes de la vie intérieure exercent régulièrement leur action, nous n'en avons point conscience ; mais aussitôt qu'ils éprouvent des dérangemens marqués, nous en sommes ordinairement avertis par un phénomène qu'on appelle douleur. Les nerfs des ganglions deviennent, dans ce cas, tout aussi sensibles que
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les nerfs de la vie de relation. C'est sans doute de cette propriété générale des nerfs , que sont partis les magnétiseurs , pour supposer que ces organes peuvent exercer les fonctions les uns des autres , et qu'ainsi on peut , dans l'état de somnambulisme , lire açec les mains ou la région épigastrique , voir sans regarder , etc. Tant que ces messieurs feront leurs expériences dans l'ombre, avec des compères ou des commères , tant qu'ils n'opéreront point leurs miracles au milieu de l'Académie des Sciences ou de la Faculté de médecine , iis nous permettront de ne pas même prendre la peine de réfuter leurs rêveries ou leurs impostures (i).
Ces appareils nerveux , doués de facultés si différentes, doivent tous communiquer entr'eux, mais sur-tout avec le cerveau, pour les exercer^ dès qu'un nerf est séparé de cet organe par la section ou la compression , ses fonctions cessent. Le cerveau est donc non-seulement chargé
(i) Je dois dire franchement que depuis que ce passage est écrit , j'ai été témoin de plusieurs phénomènes mao^nétiques. J'ai endormi , fait parier et boire des aliénées convalescentes, sans qu'elles se rappelassent de rien en s'éveillant; seulement elles ne disaient rien de bien extraordinaire ; elles n'ont jamais vu l'intérieur de leur corps , ni les maladies des assistans; encore moins OGt-elles pu lire avec les doigts ou l'épigastre.
de l'intelligence , mais encore il exerce un empire immense sur toute la vie ; son influence est nécessaire a l'action de tous nos organes, li'appareil des ganglions , indépendant chez les animaux inférieurs , ne l'est plus chez ceux, qui sont pourvus de cet organe. Combien il se* rait utile pour la physiologie et la pathologie , de déterminer quelles sont les conditions de cette dépendance , jusqu'à quel point elle peut cesser chez l'homme , sans que la vie intérieure en souffre I Je crois que nous arriverions par là , à connaître la source d'une foule de phénomènes , de maladies , jusqu'ici inappréciables dans leur nature ou leur siège.
Fonctions du Cerveau.
Ce qui a beaucoup retardé la connaissance des fonctions cérébrales, c'est leur multiplicité et leur importance : tous les auteurs ont reconnu que cet organe était la source de tout inllux nerveux dans les classes supérieures d'animaux, ou du moins que son intégrité était nécessaire, pour que les nerfs qui communiquent tous plus ou moins directement avec lui , exerçassent convenablement leur action. On doit soutenir aujourd'hui qu'il est une condition indispensable à la manifestation de l'intelligeace»
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Si deux organes eussent été chargés séparément de l'exercice de ces deux ordres de fonctions , rien n'aurait été plus facile que de déterminer l'action de chacun en particulier j mais au contraire , l'encéphale, qu'il soit simple ou composé , en est l'agent unique : et comme on a cru satisfaire à son importance dans l'économie en lui attribuant l'influence nerveuse , on lui a facilement refusé toute participation k rexercice des facultés intellectuelles, qu'on a d'ailleurs regardées comme trop nobles , d'un ordre trop relevé pour devoir dépendre de Porganisation. Cette partie seulement de ses attributions va nous occuper un instant, les auteurs étant assez d'accord sur la première.
L'ensemble des facultés qui constituent Tintelligence , apanage presqu'exclusif de l'homme, et que les animaux ne possèdent qu'imparfaitement et selon leurs besoins, quelle qu'en soit la cause primitive , est essentiellement liée k l'organisation -, nous sommes loin d'avancer qu'elle est produite par le cerveau, comme la bile par le foie ; les connaissances positives sur cet objet, ne nous permettent de considérer cet organe , que comme une condition indispensable k sa manifestation, quel qu'en soit le mode d'action; Cette opinion qui n'est pas nouvelle , est professée par les physiologistes les plus recomman-
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daWes de l'époque actuelle : Le cerveau (1) dit M. le professeur Cliaussier, est l'organe de l'intelligence* M. le professeur Rlcherand pense îioii'Seulement que le cerveau est l'organe de l'intelligence , mais que l'énergie de celle-ci dépend du volume et de la bonne organisation de ce viscère. ( Elcn:ens de Physiologie p 6,^^ édition. ) M. Vagendie (2) après avoir déposé en faveur d'ua être immatériel, s'exprima ainsi : cependant pour nous faire une idée juste des facultés intellectuelles, nous devons les considérer comme si elles étaient produites parl^ cerveau •, enfin , la doctrine entière de M. Gali çst basée sur cette manière de voir. Je ne m'amuserai donc point à la défendre des reproches de matérialisme qu'elle peut encourir ^ ces auteurs ont dû s'en charger ; je me hâte d'exposer plusieurs des preuves qu'on a apportées, soit pour l'appuyer, soit pour la combattre.
1.° Dans les différentes classes ou espèces d'animaux , le volume du cerveau n'est en rapport ni avec la masse du corps , ni avec le volume des nerfs qui communiquent avec lui , ni avec le plus ou moins de perfection des sens*
(1) Traité de l' Encéphale^
(2) Traité de Physiologie^,
Ainsi, le bœuf qui pèse sept ou huit fois plus que riiomme , a cet organe beaucoup moins volumineux j dans le serpent , Tun des renflemens nombreux de la moelle épinière a , au moins autant de volume que le cerveau lui-m.éme j le nerf olfactif du chien est presqu'aussi considérable que tous les nerfs des sens réunis chez l'homme, et son cerveau est beaucoup plus petit. Le développement de cet organe , et notamment de ses parties supérieures et antérieures , est relatif au degré d'intelligence. L'espèce humaine , seule , a cette partie de la tête qu'on nomme le front , elle seule aussi , est douée d'intelligence a un degré éminent. Presque tous les autres animaux , à l'exception de quelques singes , ont le crâne de niveau , supérieurement , avec la racine du nez.
2.° Chez l'homme , le volume du cerveau , et çn particulier du front, est presque toujours relatif au degré de l'intelligence; presque tous les hommes à grands moyens , les vastes génies ont une grosse tête , très-bombée antérieurement ; les idiots , au contraire , l'ont quelquefois si petite , si déprimée a la partie antérieure , qu'elle ressemble, plus oumoins, à celle du singe. Il est bien certain cependant que le volume de l'organe ne suffit pas au développement de ses fonctions , et qu'on doit tenir compte de l'énergie
TÎtalCjUne partie, quoique relativement petite, pourra souvent, par son activité et l'habitude de l'exercice, surpasser en énergie , celle dont les facultés restent dans un engourdissement continuel ; ceci nous explique pourquoi quelques individus sont imbécilles avec un cerveau bien développé , et d'autres ont beaucoup d'intelligence avec cet organe d'un volume très - ordinaire.
5.° Lesfacultés intellectuelles se manifestent, augmentent, diminuent ou s'altèrent, suivant que le cerveau se développe , se fortifie , s'affaiblit ou s'altère. Cet organe n'est encore qu'imparfaitement conformé à une époque de la vie, où d'autres, plus utiles alors que lui, le sont beaucoup mieux 3 tels sont le coeur, le foie : sa substance est molle, diffluente et homogène jusqu'au septième mois de la conception. Ce n'est guère que quatre mois après la naissance , et quand l'enfant commence a entrer en relation avec les objets extérieurs , que le front commence à se développer -, quand l'homme physique est dans toute sa vigueur, depuis 2S ans jusqu'à 5o, l'entendement est aussi dans toute sa force-, et quand avec la vieillesse survient l'affaiblissement physique, rarement il conserve long-temps l'énergie des âges précédens. Toute affection cérébrale subite , comme plaie , contusion , commotion^
compression , épaiichement de sang, trouble ou suspend l'exercice des facultés inl.eliectue'ies :, et si 1;^ cause n'agit pas trop long -temps, ou de niâ-» lîière à désorganiser, avec sacessatiua, elles reparaissent. On connaît les etfets des li-,' "urs alcoholiques et des narcotiques tant sur l'encé* pliale que sur ses fonctions.
Ce peu de preuves directes établît d'une manière si positive les droits de l'encépliale dans la manifestation de la pensée , que nous nous contenterons d'en reclierciier de nouvelles, dans la réfutation de ceiUs que les autevirs ont apportées dans le sens contraire,
1.° Buffon avait prétendu, que puisqvie l'ou« rang-outaiig avait le même cerveau que l'homme, et non la même intelligence > on devait en recliercher la cause ailleurs qu<^ dans cet organe 31 l'observation de ce célèbre naturaliste est fausse^ le cerveau de ce singe 9 est très-loin de celui de l'homme. Son crâne offre à peine 1^ développe-» ment du crâne d'un idiot complet , ou d'un en-r faut en bas-âge. C'est cependant l'auimal dont la tête approche le plus par sa forme , de celle de l'espèce humaine -, aussi possède-t-il des quar lités morales , étrangères avix autres espèces de singes. Cette objection de Buffon , ne fait dong que confirmer la doctrine que nous soutenons, 2.'^- On a dit : il peut exister des lésions graves
du cerveau, des pertes considérables de sa substance, sans altération notable de l'intelligence. Cette objection pourrait paraître spécieuse , si on ne pouvait également l'appliquer a d'autres^ organes , dont l'action n'est pas contestée, et qui aideront ainsi k la résoudre : toutes les fonctions exercées par des organes pairs peuvent subsister, pourvu que l'an des deux reste sain ; la force nouvelle que celui-ci acquiert , peut sou-svent même remplacer lout-a-fait l'action perdue y un poumon détruit par la suppuration , un testicule enlevé, un oeil de moins, ne font pas perdre les facultés de respirer , d'engendrer et de voir -, le cerveau est composé de deux moitiés semblables , elles doivent être chargées des mêmes fonctions , et pouvoir ainsi se suppléer dans le cas de destruction ou de maladie d'un seul côté. Remarquons , en outre , que les exemples ne sont pas raï*es d'altérations considérables survenues lentement , ignorées pendant la vie , et dont l'ouverture cadavérique seule est venue révéler l'existence. Voici , à cette occasion, un fait que j'ai entendu citer à la clinique d'iui médecin de l'Hôtel-Dieu : Une demoiselle jeune , fraîche et paraissant jouir d'une santé brillante , meurt subitement en sortant d'un bal où elle avait dansé et chante toute la nuit ^ à rouverture du. corps on trouva
ses poumons tellement détruits , qu'au premier abord on douta qu^il en eût jamais existé. Ce qui arrive ici pour les poumons , peut se présenter pour d'autres organes j je ne crois cependant pas que le cerveau ait jamais offert d'altérations aussi considérables sans lésion de ses fonctions. L'hydrocéphale que des auteurs, Duverney entr'autres , ont considérée comme une destruction de la substance cérébrale , a sur-tout été invoquée comme preuve que le cerveau n'est pas essentiel à la production de l'intelligence. Mais depuis les recherches de M. Gall sur cette maladie, on est convaincu qu'elle consiste dans une hydropisie des ventricules ; que les circonvolutions sont déployées et applaties pour former les parois de la poche séreuse ; qu'il n'y a qu'un changement de forme et une distension des fibres nerveuses, opérée si lentement, qu'il n'est pas étonnant que les propriétés de l'organe n'en soient pas abolies 5 les individus hydrocéphales sont , d'ailleurs , presque tous imbécilles et ne vivent pas long-r temps (1).
(1) J'ai fait insérer dans le Nouveau Journal de Méde^^ cine, cahier de mars 1820, une observation qui con-> firme , outre ce que j'avance ici, d'autres vérités sur lesi fonctions nerveuses. Je tirai, au moyen d'une ponotÎQfl 5 çaviron deux litres de liquide de l'intérieur du
5." Pour prouver que la volonté était indépendante du cerveau , on a cité l'exemple d'enfans acéphales qui ont tetté et crié j Legallois
crâne, pour pouvoir terminer raccouchement. L'enfant, du sexe féminin , vint mort, mais on reconnaissait facilement qu'il ne faisait que cesser de vivre. Il était bien conformé et à terme ; la mère d'ailleurs l'avait toujours senti remuer : le crâne seul se trouvait développé extraordinairement. Le cerveau présentait une vaste cavité, lisse et polie, sans aucune déchirure ni érosion , formée par la réunion des trois ventricules antérieurs. Les couches optiques , les corps striés n'étaient qu'applatis et écartés antérieurement. Les parois supérieure et postérieure de cette cavité , étaient formées par une membrane molle , très-mince , qui résultait évidemment, au milieu et antérieurement, de la distension du corps calleux, sur les côtés et postérieurement, du déplissement des circonvolutions. Cette dernière disposition était frappante , car on voyait cette membrane trèsliiince vers le centre , devenir plus épaisse en s'en éloignant , présenter alors des traces de circonvolutions , et enfin se continuer sans aucune espèce de séparation avec les parties cérébrales latérales et antérieures , qui n'avaient que peu souffert dans leur organisation. L'aqueduc de Sylvius , le quatrième ventricule , le cervelet, le mésocéphale , les nerfs dits cérébraux 3 le cordon rachidien , étaient parfaitement sains.
Cette observation prouve , 1.° que dans l'hydrocéphale îe cerveau au lieu d'être détruit, comme le pensait Duverney et autres, présente seulement un déplissement de
26 I N T R O D ÎJ C T I O N.
assure que des oiseaux décapités ont continué a voler. Les véritaÎDles acéphales meurent peu de temps après la naissance j mais il arrive souvent qu'il existe encore une espèce de bulbe formé par la protubérance annulaire et la moelle alongée , d'où naissent presque tous les nerfs cérébraux j dès-lors il n'est pas étoïinGBt que Tenfant vive quelque temps, et exécute quelques mouvemens réguliers ; quant aux pliénomènes observés par Legailois et d'autres auteurs, les uns me semblent peu probables, et les a. ères de simples mouvemens automatiques, sem^biables à ceux, qu'on peut exciter au moyen de la pile volïaïque , sur des animaux nouvellement tués.
Je pense avoir établi assez positivement que le cerveau est l'organe des facultés intellectuelles, ou du moins qu'il est une condition indispensable à leur manifestation , quelle qu'en puisse être la source primitive. L'état actuel des connaissances ne nous permet pas d'en déterminer le mode d'action -, nous ne pouvons
ses circonvolutions, une compression lente et graduelle de sa substance , ce qui rend raison de l'action qu'il peut encore exercer dans cet état , à l'exemple de tous les organes altérés insensiblement; 2.° qu'il ne donne point naissance aux autres appareils nerveux , puisque ceuxci sont parfaitement sains, quand il est très-endomimagé.
qii*élablir des faits , sans en chercher PexpHcation.
L^intelligence doit être considérée comme une fonction , qui se compose de l'exercice de facultés plus ou moins nombreuses , selon les besoins des divers genres d'animaux , dont quelques-unes, qui tiennent de plus pi'ès à l'existence individuelle, se rencontrent dans toutes les espèces, tandis que d'autres , d'un ordre plus relevé, n'existent que chez ceux qui, vivant en société , ont besoin d'étendre plus loin leurs relations avec les corps environnans. Tous , depuis le polype jusqu'à l'homme, peuvent apprécier plus ou moins bien, un certain nombre de qualités des corps j le chien qui ne recom-^ mence plus une action pour laquelle il a été puni , qui caresse le maître dont il a à se louer, possède nécessairement le pouvoir de retenir et de rappeler des faits passés ; l'animal qui tend un piège , se met en embuscade pour saisir sa proie , fait sentinelle de crainte de surprise , a dû juger d'une multitude de circonstances y re-^ latives , qui prouvent qu'il est pourvu de la faculté de rapprocher des objets et d'en déduire des conséquences. Les animaux sont donc doués d'intelligence , mais beaucoup moins variée et moins étendue que celle de l'homme. Cet être privilégié 3 possède réunies 3 non-seulement le«
facultés qui ne se rencontrent qu'isolées et souvent médiocrement développées sur chacun d*eux, mais encore de particulières k son espèce, dont l'ensemble lui constitue un apanage qui rélève tant, au-dessus de tout ce qui l'environne. Presque touS les idéologues qui se sont occupés de l'analyse de l'entendement humain , se sont tenus à des divisions générales , dans lesquelles ils ont compris des qualités morales qui se ressemblent sous certains rapports , mais aussi qui diffèrent sous beaucoup d'autres essentiels \ ainsi , dans le même genre, ils ont rangé la mémoire des lieux , des mots et des faits ; c'est , il est vrai , toujours représenter le passé dans le présent ; mais chacun de ces modes peut exister indépendamment des autres : tel individu rapportera avec les plus petits détails les lieux qu'il a parcourus une seule fois, qui pourra à peine retenir quelques vers j tel autre aura la mémoire exclusivement dirigée vers l'étude des faits d'observation ; il est des animaux dont certaines actions ne peuvent être expliquées , qu'en leur supposant la mémoire des lieux prodigieusement développée ; tels sont les voyages de certains oiseaux , et en particulier des hirondelles. Il nous serait facile de démontrer que le jugement n'est point une faculté unique, fondamentale -y que ce n'est qu'un mode d'exercice
commun a presque toutes les facultés primitives ; ainsi , qu'on fasse de la peinture , de la musique , de la poésie , ou des calculs , il y a toujours rapprochement d'idées, jugement, mais sur des objets tout-à-fait difFérens.
M. le docteur Gall , dans sa physiologie da cerveau, s'est sur-tout occupé de rechercher les qualités morales primitives de l'homme , de les distinguer d'avec les résultats de l'action combinée de plusieurs d'entr'elles, ou de leur mode d'exercice. Nous n'examinerons point s'il en admet trop ou trop peu, si quelques unes ne sont que des formes différentes que revêt une seule y un pareil examen est beaucoup trop audessus de nos forces , pour être entrepris ainsi en passant.
L'intelligence résulte du concours indispensable de l'action des objets extérieurs , perçus parles sens, et de dispositions intellectuelles primitives, propres aies apprécier et à réagir sur eux : toutes les fois que ces deux conditions existent séparément , la pensée est nulle. L'idiot a souvent les sens bien développés ', les objets extérieurs se présentent, mais ne font aucune impression sur une organisation vicieusement conformée : l'être , privé plus ou moins complètement des sens, ne vit guère qu'à
5b - INTRODUCTION.
la manière des végétaux. Ce sont ces disposî**' lions inteilectuelles fondamentales dont M. Gall a cherché par l'analyse^appliquée tant à l'homme qu'aux animaux , a fixer le nombre et les attributions. Parmi celles qu'il regarde comme primitives , les unes sont relatives à la conservation de l'individu ou de l'espèce : telles, Tamour de soi , l'amour de la progéniture, etc. -, et ont reçu le nom particulier de penchans* D'autres sont plus particulièrement destinées a l'homme social ou religieux , qui seul , parmi les autres êtres, en est doué j telles les facultés de calculer, de peindre, de faire de la musique, de s'élever jusqu'à la connaissance d'un Dieu. Il en est qui servent à rappeler les choses passées, dans le présent ; c'est la mémoire. Enfin quelques-unes constituent essentiellement le principe de l'association des idées , de la comparaison des objets entr'eux , du jugement proprement dit.
Que ces divisions soient bien ou mal fondées, il n'en est pas moins certain, malgré l'opinion de Condillac qui prétend que tout nous vient des sens , et d'Helvétius qui attribue à l'éducation le pouvoir de changer même le caractère naturel , que nous naissons avec des dispositions plus ou moins prononcées a être ce que nous sommes , quoique l'espèce humaine soit divisée par les régions qu'elle habite , le langage qu'elle
INTRODUCTION. 5l
parle, elle est à- peu-près par-tout la même; en tout lieu, le crime est crime, et la vertu est vertu. L'éducation peut développer des facultés , corriger des défauts , mais ne fera jamais un poëte d'un matliéiaaticien 3 l'homme parvient quel- (|uefois à charger le cours d'un lleuve, mais ne peut le faire remonter vers sa source.
De la percepdon des objets et de leur élaboration par l'organe intellectuel , résultent des effets, des déterminations, que les psycologistes ont en générai regardés comme les élémens de l'entendement, tandis que ce n'est réellement que l'expression d'actions antérieures. Ce sont les formes que revêt la pensée en se manifestant au dehors. Il nous importe de les examiner, car le délire ne se reconnait qu'aux altérations dont elles sont susceptibles. On peut les réunir dans les cinq ordres exprimés par les noms de penchans et passions , pensée ou jugement , volonté, mémoire et imagination, aifections.
L'exercice modéré de ce que nous avons appelé penchans, donne lieu a ces sentimens divers dont le but est toujours la conservation et le bien-être de l'individu ou de l'espèce. Tels sont les résultats de l'amour-propre ou de soi , de l'amour de ses semblables ou de ses enfans, du besoin de l'union des sexes , etc. Les passions ne sont autre chose que l'exaltation , je
Sa INTRODUCTION,
dirais presque le délire de ces mêmes penchans* Je pense qu'on devrait restreindre ainsi la signification de ce mot , et ne point Pétendre à ce que nous appellerons affections , lesquelles dépendent de circonstances fortuites ; dans ce cas se trouvent la joie , le chagrin , la tristesse , la crainte , la peur, etc. Les véritables passions ont leur source en nous, naissent souvent spontanément 3 ce sont les penchans poussés à l'extrême, presque tout-a-fait indépendans de la raison. Ainsi l'amour est le besoin de l'union des sexes , devenu exclusif pour être satisfait. La colère est toujours un mouvement violent de l'amour de soi, etc.
Pensée , raisonnement , jugement , signifient formation , combinaison d'idées , c'est-àdire faculté de rapprocher , comparer les objets et d'en tirer des conséquences ; c'est pour ainsi dire l'intelligence en action.
La mémoire , nous l'avons déjà dit , a pour objet de retenir les choses présentes, et de pouvoir les rappeler après un laps de temps plus ou moins long.
La volonté est cette force , qu'a l'être intelligent, de prendre des déterminations d'après des motifs plus ou moins bien appréciés par les autres facultés intellectuelles.
Je ne puis mieux comparer ce qu'on appelle
imagination , qu'à ce que nous nommons passion. L'imagination , en efFet , n'est autre chose que l'exercice actif d'une des facultés que l'homme possède exe lu sîtc rnei^t; par exemple, de la poésie, de la peinture, de la musique; cette comparaison est si vraie , qu'on dit presqu'indifféremment^ avoir une imagination poétique , musicale, etc. , et avoir la passion de la poésie, de la musique, du beau , etc.
Il est une condition indispensable a l'exercice des facultés intellectuelles, que presque tous les auteurs ont classée parmi elles , et qu'on doit, je pense , regarder comme une propriété de l'organe qui les produit , c'est l'attention : prêter attention, c'est diriger , mettre en action , éveiller le cerveau , le rendre apte à remplir ses fonctions -, c'est l'érection des organes génitaux, l'appétit des organes de la digestion.
Maladies du Système nerveux.
Comment donc les médecîils pouvaient-ils espérer de sortir du chaos des maladies nerveuses, sans s'occuper auparavant de connaître ^ de rechercher les fonctions des organes qui devaient eii être le siège ? Pour quelle raison attribuer des phénomènes morbifîques au dé-
Se I N T R O B U C T I 0 N;
rangement d'un organe dont on ne connaît point l'action? Cependant, nous verrons bientôt qu'une maladie ne se reconnaît, s'il n'existe une altération visible de texture , qu'aux troubles des fonctions-, qu'ainsi de la toux, un crachement de sang , de la difficulté a respirer , annoncent que le poumon est affecté ; que la perte d'appétit, du dégoût, des vomissemens , indiquent un dérangement de l'estomac. Mais on s'est trop souvent écarté de cette marche analytique j pour ne point se donner la peine de remonter a la source de certains phéno^-; mènes, on les a appelés nerveux. Est-on embarrassé sur la nature de quelque affectioa y elle est nerveuse j avez-vous une colique violente sans cause apparente , elle est nerveuse. Savez-vous ce que c'est que l'hystérie ? c'esC une maladie des nerfs de l'utérus ; et q^'esï-' ce qui vous le prouve? C'est apparemment que l'homme en est affecté comme la femme.... Cette manière si commode et si vicieuse d'expliquer la cause de phénomènes inconnus , n'a pas seulement porté préjudice à la science , mais elle a eu une inilueBce pernicieuse sur le traitement d'une foule de maladies , qu'oa a? cherché a guérir par les mêmes moyens , avec de prétendus spiécifiques , parce qu'on; kiur ai supposé le mèm^ caractère. En mà^hém&r om
s'est trop souvent payé de mots pour éviter des difficultés , ou ne point avouer son ignorance ; il est temps qu'une observation sévère remplace les systèmes hypothétiques , souvent nuisibles et toujours inutiles aux progrès des sciences.
Appliquons donc les principes de la pathologie générale a l'étude des maladies nerveuses*, voyons à quels caractères on peut reconnaître ces affections. Je ne veux au reste que donner quelques idées sur ce sujet , me promettant de les étendre dans un mémoire particulier.
On ne doit admettre, comme maladies nerveuses , que celles qui se manifestent dans une portion libre du système nerveux , de même <ju'on donne le nom de maladies du système sanguin , h celles seulement qui ont pour siège le cœur , les veines ou les artères. Hors de là , je ne vois que des lésions d'organes , qui peu- Tent se présenter sous différentes formes. Ainsi donc , toutes les fois que nous verrons le cerveau ou les nerfs physiquement altérés ou dérangés dans leurs fonctions bien ca^iniies , nous n'hésiterons point a prononcer sur la nature des phénomènes qui en résultent. Nous ne douterons point que ce ne soient ces organes qui soient affectés , le premier , dans le délire ©u trouble des facultés intellectuelles , et les
36 iNTRODUCTIOiNr.
seconds dans les lésions des fonctions qui leur sont départies; par exemple, le nerf oculaire dans l'amaurosis, le cordon rachidien ou les îierfs qui s'y rapportent, dans la paralysie musculaire ou les convailsions. Sans doute que ces dernières maladies pourront dépendre primitivement d'une affection du cerveau , mais pour cela leur siège ne peut varier, quelqu'en soit la cause éloignée. Certaines affections du eystéme nerveux , pourront être reconnues à l'apparition de pliénomènes qui naîtront évidemment dans ces organes •, ainsi la céphalalgie , les névralgies caractérisées par une douleur Yive qui se manifeste le long de leur trajet , ne laissent aucuns doutes sur leur nature.
Tant qu'on a affaire à des fonctions matériellement démontrées dans leurs causes, il n*est pas difficile d'en déterminer les altérations ; mais nous arrivons a des fonctions nerveuses plus cachées ou inconnues, et dont, par conséquent, il n'est pas aisé d'étudier les dérangemens. Nous avons dit que le cerveau n'était pas seulement le siège des facultés morales et intellectuelles , mais encore qu'il était chargé d'exercer une influence immense sur le reste de l'économie. Autant il nous sera facile d'apprécier les moindres changemens qui surviendront dans la première ^e ces fonctions ; dont l'essence est de se mani-
INTRODUCTION. 5n
fester au dehors, autant nbus aurons de peine à connaître les altérations de la seconde , qui est cachée , intérieure j altérations qui doivent cependant être d'une grande importance à la santé du reste de l'économie.
On sait d'une manière positive que la vie cesse au même instant que le cerveau perd toute communication avec le reste du corps. On connaît les effets, si prompts de certaines passions, émotions de l'âme , sur des organes ou sur l'ensqmble de l'organisme. On sait que les plaies de tête avec commotion cérébrale , troublent promptement les fonctions digestives. Voilà des symptômes très-graves , d'une îésioiJi évidente de l'influence encéphalique sur les organes. Ne peut - il pas arriver que des effets analogues reconnaissent la même cause , quoiqu'elle soit moins manifeste? et n'est-ce point dans le cerveau qu'on doit chercher la cause prochaine de la fièvre ataxique , de la syncope qui ne dépend point de pertes sanguines , de certaines morts subites qui surviennent sans lésion organique apparente. Outre ces phénomènes qui laissent peu de doutes sur leur nature, combien ne doit-il point en exister qui partent de la même source , sans qu*on les y rattache , parce qu'ils sont moins frappans ? Que de lésions on cherche dans des ori^anes thoraciottes
oS INTRODUCTION..
OU abdominaux , et qui peuvent n'être que sympathiques d'affections cérébrales! Je suis persuadé que certains états de faiblesse générale , de consomption lente sans cause locale , de débilité de fonctions sans lésion organique apparente, tiennent souvent à l'affaiblissement de l'iniluence cérébrale. C'est une chose étonnante , de voir qu'on ait tenu si peu compte de l'influence des fonctions du cerveau sur les autres -, on a même renversé les idées les plus naturelles a cet égard , car au lieu d'accuser les premières d'altérations qui pouvaient survenir dans l'exercice des secondes , on a toujours fait ce qu'on a pu pour trouver le contraire, c'est a-dire que dans le doute même , on a attribué les affections cérébraloé à la lésion d'organes éloignés, tandis qu'il étjit bien plus conforme aux saines idées physiologiques de juger d'une manière opposée, en attendant confirmation.
Une chose aussi importante que curieuse à fixer , ce serait l'influence de l'état du cerveau sur le caractère des maladies des autres organes. On sait combien est nécessaire le calme de l'esprit au rétablissement de la santé, combien sont funestes les émotions de l'âme, quand l'organisme n'est plus capable de résister et de réagir contre leurs effets 3 que de symptômes aggravés ; de convalescences troublées , de re-
INTRODUCTION. ag
chutes causées par l'annonce imprévue de nou- Tçlles fâcheuses ! Une plaie en voie de guérisoii se dessèclie, du délire et quelquefois la mort en peuvent être la suite. Nous aurons occasion , en traitant des maladies accidentelles des aliénés , (le faire remarquer qu'elles ont un caractère général d'asthénie, de langueur, d'insensibilité.
Nous venons de passer en revue les maladies de trois appareils nerveux ; nous n'^aurions que peu de choses à dire sur celles du quatrième, des iiprfs sympathiques ;'■ car on ne pourrait les reconnaître qu'a un désordre de fonctions, et les. fonctions de ces nerfs sont inconnues, et nous voulons nous abstenir d'émettre aucune opinion qui ne soit fondée sur des faits.
Après avoir traité la question du siège des maladies nerveuses d'une manière directe , je vais chercher à l'envisager dans un sens opposé.
Doit-on reconnaîtra dans les organes , autres qu'un appareil nerveux , des maladies nerveuses idiopathiques, e'est-a-dire , qui ne soient pas des effets de celles que nous venons d'indijqver; ou en d'autres termes , peut- on admettre des maladies sj^éciales des nerfs , une fois qu'ils sont combinés avec les autres élémens de nos organes? En physiologie, car c'est toujours ainsi qu'on doit procéder dans l'étude de l'homme , ©n ne fait point ^ dans la production des £oac-
4o INTRODUCTION.
tioiis , la part qu'y prennent les divers élémens qui entrent dans la composition des organes qui en sont chargés -, et si vous demandiez au pli3'^siologiste , si ce sont les vaisseaux sanguins ou iympkatiques , les nerfs ou les follicules , le péritoine ou les fibres musculaires qui ont converti les alimens successivement en chyme , en chyle et en fécès, il vous répondrait tout simplement que ces effets appartiennent au canal digestif-, si ce sont les vaisseaux ou les nerfs qui convertissent le sang en bile , en nrine ou en sperme, il vous dirait que ce sont le foie , les reins ou le testicule. Si la pathologie n'était pas si loin de son aînée , si elle ne conservait pas dans plusieurs points l'empreinte de vieilleries qu'on respecte , parce qu'elles ont les siècles en leur faveur , si sur-tout on n'eût pas placé le système nerveux hors des lois qui régissent l'économie , depuis long-temps la difiirulîe que nous cherchons à vaincre , se trouverait résolue. Car , puisque c^'est au trouble d'une fonction qu'on reconnaît une maladie , s'il n'y a altération visible de texture, et qu'on ne peut dire quelle part prend à l'exercice de cette fonction, chaque élément de l'organe qui en est chargé , il est évident que c'est à l'or- £:;ane et non aux élémens qui le composent, que nous attribuerons le dérangement de son action.,
INTRODUCTION. Hn
Et une chose notoire , qui prouve combien souvent Phomme se contredit sans s'en apercevoir, c*est que ces principes ne sont nullement contestés , sont admis pour la plupart des maladies. Ainsi , on dit inflammation , cancer de l'estomac , néphrite, pneumonie, hépatite, etc. j on appelle catharre , l'inflammation desmuqueuses , composées de vaisseaux , de nerfs j etc. y ce n^est que pour quelques-unes , qu'on a réservé le privilège d'être appelées nerveuses 3 examinons-les.
Les pathologistes ont rangé dans cette classe, le rebut des autres classes. Tout ce qui les a embarrassé , tout ce qu'ils n'ont pu ranger dans les phlegmasies, les cancers, les tubercules, les hydropisies , etc. , a été appelé maladies nerveuses; mieux il eût valu dire maladies inconnues. Ce ne sont point, comme on le voit, les fonctions des nerfs qu'on a consultées pour agir ainsi-, car , celles que nous leur avons reconnues ne sont atteintes ici que comme dans toutes les autres maladies ; mais on a trouvé fort commode de se tirer d'embarras à si bon compte. Voyons un peu quels sont les caractères de ces aifections soi-disant nerveuses. On ne voit pas de changement de texture : mais d'abord connaissez-vous assez bien les organes pour prononcer en toute assurance, pouvez-vous le vérifier souvent , et
en outre n'y a-t-il donc que les nerfs qui puissent être affeetés de cette manière ? On ne peut trouver de cause matérielle des phénomènes qu'elles présentent : qui vous prouve , qu'une colique que vous appelez nerveuse, n'est pas produite par la morsure de vers , la présence de matières acres , une fausse position intesîiïiale, que des douleurs de poitrine ne tiennent pas a une irritation tuberculeuse^ à quel qu'embarras sanguin, etc. H y a beaucoup de douleur : mais ce symptôme est un élément de toutes les maladies , même de celles que vous n'avez jamais songé k appeler nerveuses. Elles irie consistent souvent qu'en des phénomènes passagers : mais un stimulus, en passant dans nos organes, ne peut-il pas en être cause ? Pincez la peau, vous éprouvez une douleur qui cesse avec la compression. Toutes ces raisons , d'ailleurs , fussent-elles bonnes, qu'elles ne prouveraient rien , si non qu'il existe des états maladifs des organes , dont nous ignorons la nature et qu'à force de recherches nous parviendrons sans doute à déterminer. M. le docteur Rostan ne vient-il pas de démontrer par un grand nombre d'observations , qvie l'asthme des vieillards est constamment produit par une lésion du cœur ou des gros vaisseaux ? Pourquoi n'en serait-il pas de même pour une foule d'autres affections.,
INTRODUCT ION. 45
Yoilà, je pense , les vrais principes qui peuvent conduire a un« étude naieux entendue , à la connaissance plus positive des maladies diverses du système nerveux; déterminer la nature d'une fonction avant d'en rechercKer lesdérangemens, ne rien avancer au hasard , avouer plutôt soii ignorance, que de risquer de se perdre dans des explications liypotliétiques,telles sont les règles qui doivent constamment guider le patliologiste*
Quelques personnes , qui pourraient attribuer la plupart des idées que je viens d'émettre a uri esprit d'innovation, désireront peut-être apprendre comment elles m'ont été gug^erées ;il suffirait sans doute ée leur demander si elles ne sont pas conformes a la vérité ; mais une explication, à cet égard, ne peut que jeter quelque lumière sur le suj-et.
La Salpétrière renferme en grand nombre de femmes atteintes de maladies nerveuses ; des divisions entières sont destinées à des alié* nées, des épileptiques, des liy.stériques, des paralytiques, etc. ", on est donc a même d'en observer autant qu'on îe veut. Une de ces maladies , surtout, me fit promptement dauteruu siège que lui ont assigné la plupart des auteurs ; c'est l'hystérie. Les phénomènes qui la caractérisent, notamment au troisième degré, dépendent certainement d'une lésion nerveuse} ce soat^ pen«
44 INTRODUCTiOTf.
daiit les accès qui peuvent durer depuis une , jusqu'à six et même douze heures , la perte plus ou moins totale de Pusage des sens internes et externes , de manière cependant a ce que les malades peuvent assez souvent rappeler ce qu'on a dit ou fait auprès d'elles ; des mouvejnens convulsifs dans tout le corps , alternant avec des momens de calme j des mouvemens ppasmodiques des muscles de la partie antérieure du col , d'où résulte souvent un sentiment de strangulation , assez fort pour gêner Leaucoup la respiration ; la boule hystérique ne se présente pas toujours pendant les accès convulsifs , la malade pousse ordinairement un cri lugubre qui s'entend de fort loin (i) ; les jeunes filles appellent souvent en pleurant , en se plaignant , leur maman. Lorsque l'accès général est passé, il reste, s'il a été long, une fatigue générale excessive , de la pâleur, souvent une céphalalgie violente j il survient de l'insomnie, etc. Après avoir observé un grand nombre de fois ces phénomènes , je me suis demandé comment on avait pu en placer le siège dans l'utéras , pour
(i) Ces plaintes, qui surviennent constamment pendant l'accès, différencient essentiellement rh3fstérie de l'épilepsie. En outre , dans cette dernière maladie , la perte de connaissance est complète ; Taccès çst en général beaucoup moins long, etc., etc.
quelle part les fonctions de cet organe y entraient ? Quelles sont d'abord ces fonctions ? C'est de présider à l'écoulement menstruel, de» recevoir et garder le produit de la conception ,. le mettre au jour lorsqu'il est à terme j elles ne sont nullement lésées dans l'hystérie , ou du moins , si les règles viennent à se supprimer, ce n'est qu'à la longue , et par suite du délabrement général des organes. Se passe-t-il quelques phénomènes, qu'au point d'où ils partent on pourrait croire produits par l'utérus f Pas un seul ', il n'y a ni douleur , ni gonflement, ni aucune sensation qui puisse le faire supposer. Mais un préjugé qui n'a pas peu contribué à répandre cette erreur , c'est d'abord , d'avoir placé le siège des désirs vénériens dans l'utérus , et de plus , supposé que les femmes hystériques étaient très-portées aux plaisirs de l'amour, dont la privation devenait, pour ainsi dire , la seule cause de leur maladie. Ici on a confondu l'hystérie avec la nymphomanie, variété d'un genre de folie ; les désirs vénériens ne sont pas plus grands dans la pre-^ mièredeces maladies, que dans toute autre cir-, constance de la vie des femmes , et on se trom-, perait fortement si l'on croyait que chercher à les appaiser serait un moyen sûr de guérison. r S'il était ici question de dire ce que je pense
46 INTHODTieTÎO î^.
sur le siège de Tliystérie , je cherclierais à âé-^ moiîtret" qu'il doit être primitivement dans le cerveau ; beaucoup de ces malades sont trèssusceptibles de caractère ; d'autres ont éprouvé des revers de fortune , des contrariétés d*amour ; quelques-unes voyent avec peine qu'elles vont rester vieilles filles. Enfin les symptômes que j'aiindiqués viendraient fortifier mon opinion. On ne serEûl: plus étonné dès-lors , de rencontrer cette maladie , da^ns tous les âges et dans l'un et l'autre sexe.
Après cjfU^'^il me fut démontré que l'utérus^ n'était pour riew dâns^ l'affection hystérique , je clïercfeaï a étudia les névroses des autres organes, et e'est alors qu'il me parut, ou qu'on lie devait les considérer que comme des effets d'une affection cérébrale, tels que tout ce que' pettveiit produire les passions ou les émotions' T*i%es^ de l'Orne , les envies de vomir , ou les voniissemenâ q^ii précèdent* ou aceompagnenf là syn^&pe y ou bien comme des maladies parti- (itilières dans lesquelles les fonctions des nerfs' n'étaient pas plus affeetéesf que dans la pliipart des autres états maladifs. Ceci n'empêche pas ,tcratefois, d^admettre qu'un drgâïie malade rieP puisse sympathiquement troubler l'action ner-^ veuse; nous voyons tous les jours du délire Suî*^^ ■V^hif d^ns îes phlegmas-ies aiguës très^vi^es y
introduction; 47
hiais dans ce cas , il faut se garder de prendre la cause pour le siège de la maladie (i).
Une remarque qui me semble digne d'être faite , est relative aux effets de certaines classes de médicamens administrés dans les maladies nerveuses. L'opium et les narcotiques , sont en général eflicaces , pour combattre les douleurs qui ont leur siège dans les nerfs. L'étlier et les anti-spasmodiques conviennent sur- tout pour 'Calm<er quelques douleurs prétendues nerveuses des autres organes. On donne l'opium dans lé tétanos^, les convulsions, les névralgies, l'in-
(1) L'hypochondrie n^est, dans le principe, comme Thyslérie , qu'une affection cérébrale. Cette foulé de phénomènes disparates qui la caractérisent pourraient-ils être rapprochés sous le même nom, s'ils n'avaient ùiïe source commune? Voyez d'ailleursquelles en sont les causes : e© sont toujours des affections morales vives ou, Rentes, des; chagrins prolongés ou des travaux d'esprit trop soutenus , chez des sujets faibiement constitués. Il en résulte d'abord , des effets^ passagers , qui, à force de se renouveler, delà-» brent l'organisme 5 usent les tissus, te cerveau donne presque toujours des signes locaux d'aîtératiori ; ïêsfactti-' tés intellectuelles Sont ou affaiblies ou troublées, et il êJÊ ïésuïte un délire particulier. Combien on rendrait ser-? vice à ces naalheureux , si , au lieu de tourmenter leue abdomen par des drogues de toute espèce , on les traitait comme des aliénés , si on s'occupait enfin de la vraie eâuse du mal ?
45 Introduction;
somnie j Pétber ne produit aucun effet dans cestnaladies. Il convient au contraire ,de l'employer quelquefois, contre les palpitations idiopathiques sans pléthore , dans certains étouffemens et plusieurs affections de Pestomac et des intestins.