‹ De la folieChapitre 40 sur 73 · Etat irritable. Susceptibilité nerveuse · texte numérisé non relu

Etat irritable. Susceptibilité nerveuse

Diagnostic. Je ne peux encore désigner ici, que les effets d'un mode d'affection cérébrale qui m'est inconnu dans sa nature, et encore les expressions dont je me sers à cet effet , ne sont peut-être pas justes ; mais au reste c*est plutôt le fond de la chose qu'il faut considérer , qu'une dénomination , espèce de définition concise , qu'il est souvent difficile de trouver.

Les malades n'oflrent pas de signes de congestion ni d'inilamiiiation du cerveau j ils sont en général maigres; la peau a perdu sa fraicheur, et est devenue terne 3 celle du visage est sèche, pâle, jaunâtre ou comme hâlée. Ils sont très-sensibles à Faction des cxcitans externes ,

du froid par exemple j l'application de vésicatoires , leur cause des douleurs très-vivesj les moindres impressions douloureuses, des incommodités légères sont vivement ressenties , et donnent facilement des idées tristes , de désespoir , de crainte de ne jamais guérir. Le canal alimentaire offre souvent des dérangemens f tels que défaut d'appétit, coliques, chaleurs d'estomac, constipation opiniâtre. Les malades ne savent quelle position prendre , dans quel lieu aller : tout leur cause de la peine ou des souffrances. L'insomnie est opiniâtre.

Ce genre d'affection est plus particulier aux lypemaniaques ou mélancoliques , aux individus attaqués du penchant à se détruire, du spleen des anglais.

Indications curotîçes. L'expérience a démontré que le meilleur mode de traitement, après avoir vainement essayé de l'usage des moyens que nous avons indiqués pour la période d'excitation en général , consiste à déterminer une vive irritation intestinale, et surtout sur les gros intestins , en même temps que par l'administration de caïmans y on tendra a prévenir les suites de l'action locale , et a diminuer, calmer, engourdir l'excès de sensibilité cérébrale. La première partie de cette méthode formait le traitement médical, à -peu-

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près exclusif des anciens , dans la mélancolie ^ ils envoyaient leurs malades prendre l'eliébore à Anticyre , Anticjram naviget , dit Horace. Mais les circonstances qui accompagnaient l'administration du remède , étaient bien plus efficaces que le remède lui-même-, le voyage, les distractions diverses , la confiance qii inspirait au malade le renom du lieu, tout cela était bien propre a assurer le succès de ce moyen unique. Moyens curatifs. Parmi les purgatifs , on cboisira les drastiques, tels que la résine de jalap, l'aloës, l'ellébore, la coloquinte; on les donnera sous la forme qui conviendra le mieux . au malade •, avec la résine de jalap , on peut faire une sorte d'émulsion qui n'est pas désagréable j l'huile de ricin, a la dose de une ou deux onces, tenue en suspension dans le double de liquide, est aussi prise assez facilement. On se sert à la Salpétrière avec assez d'avantage , du petit-lait purgatif de Weisse. On les continue tous les matins pendant dix, quinze, vingt jours ou plus , en cessant cependant de temps en temps plusieurs jours , s'ils produisaient trop de malaise. Ils causent des évacuations séreuses abondantes , qui affaiblissent bientôt toute l'économie , et diminuent l'action cérébrale. Les malades , vivement occupés de ce qui se passe dans leur abdomen , oublient les autres souffrances.

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Tous les soirs on fera prendre des caïmans j l'extrait de jusquiame me parait préférable aux préparations opiacées, il provoque moins de congestion cérébrale. L'eau de fleurs d'oranger , à la dose de plusieurs onces avec égale quantité d'eau , et sucrée , produit d'excellens effets ; pour tisane, on donnera, en même temps que le purgatif, une boisson laxative, et le reste de la journée, une infusion de tilleul, de feuille d'oranger, etc. Les bains tièdes seront plus rares. Je pense que les excitans externes augmentent l'état irritable, et qu'ils ne pourraient convenir que pour détourner, occuper l'attention du malade. Les effets de ce traitement sont plus ou moins prompts : dans les cas heureux , on voit survenir successivement du calme , la diminution , la cessation des maux de tête j le teint s'éclaircit, la peau reprend son élasticité, safraicheur, la figure son expression ordinaire. Le sommeil revient quelquefois difficilement.

Pour rendre plus faciles k saisir les signes de ce mode d'affection , et les effets des moyens que je viens d'indiquer , je citerai Pexemple

suivant: — Filiau, femme G âgéede S^ans,

entra a la Salpétirière au mois de septembre 1819, dans un état de mélancolie» avec penchant au suicide , suite de violens chagrins. Les trois premiers mois on mit en usage les mojrens in-

diqués pour la période d'excitation en général ; il en résulta peu de changemens. A cette époque , la malade était dans Pétat suivant : maigreur, traits tirés , teint foncé , douleurs de tête, coliques d'estomac, constipation opiniâtre -, trèssensible au froid , se plaignant toujours k la moindre douleur ou incommodité ; craintes continuelles de ne jamais guérir. Application d'un vésicatoire a la nuque : elle en ressentit des douleurs très-vives dans le col, la tête et les épaules, et s'en affecta tellement qu'on fût obligé de le supprimer alors. On lui fit prendre tous les matins, pendant quelques jours, de l'huile de ricin et ensuite du petit-lait purgatif de Weisse, et le soir une potion rendue calmante avec le sirop diacode, ou simplement de Peau de fleurs d'oranger à grande dose. Peu-a-peu, îes coliques disparurent, les maux de tête diminuèrent et cessèrent, l'appétit revint, les traits redevinrent naturels , le teint ce qu'il était auparavant , le sommeil fut recouvré mais difficilement, et dans l'espace de trente-cinq jours que dura cette médication , la santé se rétablit entièrement et parfaitement.

' " n." Tendance à rinciirahilité.

Je ne reviendrai pas sur les signes que j'ai donnés de l'incurabilité. Lorsque jusques-là

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on a rempli toutes les indications qui se sont présentées, avec ou sans succès, qu'il ne s'en présente plus de nouvelles, ou que tous les désordres s#nt à peu-près réduits au déiire, a l'insomnie, il n'existe plus de règles positives de traitement. Le médecin pourra employer empiriquement les moyens que j'ai indiqués dans diverses circonstances , et d'autres s'il le Tcut. Il devra toutefois avoir égard a l'état du malade, voir de quel mode d'affection il se rapproche le plus, et essayer en conséquence , il pourra être d'autant moins circonspect , qu'il y aura moins de chances de guérison. Je per*; mets bien alors d'user à volonté des douches , des bains froids ou de surprise , ou de tous autres moyens perturbateurs , empiriques , pourvu que la vie ne soit pas compromise. J'indique cette restriction , pour qu'on ne mette pas a. exécution tous ceux proposés par M. Fodéré ; il vaut encore mieux avoir quelques idées de moins, que la tête fêlée par une chute de trente ou quarante pieds , ou une attaque d'apoplexie à la suite de la pendaison ou de la. submersion.

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