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Délire

C'est bien moins en psycologiste , idéologiste ou moraliste que nous envisagerons les lésions de l'entendement chez les aliénés , que sous le rapport des caractères que ces lésions peuvent nous fournir pour reconnaître et distinguer la folie , et de la direction à imprimer au traitement moral. Des détails superflus, qui ne seraient que curieux , ne trouveront point leur place ici. On pourrait faire des volumes entiers sur l'expression, \di physionomie intellectuelle des fous ", mais ce serait sans aucun but d'utilité pour le traitement.

Les différentes altérations qui peuvent survenir dans l'exercice et la manifestation des facultés intellectuelles sont extrêmement nombreuses ; elles sont en raison du nombre de

ces facultés , des objets qui les mettent en jeu et tles déterminations qui en résultent, susceptibles de combinaisons a l'infini , c'est-a-dire presqu aussi variées que les individus euxmêmes. On est cependant parvenu k classer ces désordres si divers, en plusieurs genres et espèces. Deux genres sont caractérisés par une nullité d'action plus ou moins absolue de l'organe intellectuel, ce sont l'idiotie et la démence ; ces deux affections proviennent , la première d'un vice d'organisation primitif, la seconde , de l'usure, de l'affaiblissement du cerveau par les progrès de l'âge ou des maladies accidentelles f elles sont incurables. L'idiot et l'aliéné en démenée sont également incapables d'attention, de mémoire , de jugement, etc. ; nous les étudierons d'ailleurs en particulier * Les généralités que je vais donner sur le délire , ne sont applicables qu'aux trois genres qui seront plus tard désignés parles noms de manie, monomanie et stupidité.

Je ne clierclierai point k définir le délire de l'aliénation mentale •, il est extrêmement diOicile de le caractériser en peu de mots , il v«ut mieux le décrire.

Les personnes qui ne vivent point avec lés fous, s'en font ordinairement une étrange idéç^ 5 ils les croient des bêtes furieuses sans idées* saraâ

conscience des sensations qu'ils éprouvent , insensibles à tout ce qui les entoure , incapables de raisonner. Les médecins qui viennent visiter rétablissement de la Salpétrière , l'ont déjà k moitié parcouru, qu'ils demandent encore , s'ils n'y arriveront pas j ils ne peuvent prendre pour des aliénées, des malades qu'ils voient, pour la plupart, tranquilles, travailler, se promener seules , ou deux à deux , paraître raisonnables. C'est précisément parce qu'on a trop long-temps jugés de la sorte ces malheureux, qu'ils ont été abandonnés , maltraités si généralement pendant des siècles. Mais nous allons voir que chez eux l'intelligence n'est point ainsi oblitérée, qu'elle n'est le plus souvent que faussée , exaltée ou affaiblie y et non abolie.

Rarement les aliénés ont perdu la faculté de percevoir les objets \ mais il arrive souvent qu'ils se méprennent sur leurs véritables qualités ou attributs \ ils ne prendront point un homme pour une femme , ils ne se trompent guère aussi grossièrement. Mais ils reconnaîtront dans un inconnu , un parent, un ami ou un ennemi, ils transformeront la maison qu'ils habitent en palais ou en prison , etc. Ainsi on peut dire que chez eux les sens sont égarés , les sensations fausses. Encore en est-il beaucoup , dont ces fonctions s'exercent dans toute leur intégrité.

Je ne sais si on doit rapporter a un vice de la perception , les sensations qu'on nomme hallucinations. Les malades croient entendre des voix qui leur parlent , avec lesquelles ils conversent 3 ils s'imaginent voir des êtres qui les approchent^ s'entretiennent avec eux, leur commandent des actions •, des fantômes qui les effrayent , Dieu , la vierge ou quelque saint , qui viennent les inspirer. Quelques-uns sont continuellement poursuivis par ces êtres imaginaires , la nuit comme le jour, en repos comme en promenade ; ce sont de véritables rêves pendant la veille. Ce qu'il y a de remarc[uabledans ces erreurs de sensation, c'est qu'on . ne peut guère persuader le malade de leur fausseté j il échappe toujours par quelque subterfuge, aux preuves que vous lui donnez : ouvrez la porte d'un lieu d'où lui semblent partir des voix , où il croit des personnes cachées , et il vous dira qu'elles viennent d'en partir, qu'il les entend toujours.

Les penchans, les sentimens ouïes facultés affectives, présentent presque constamment des désordres 3 souvent même dès le début de la maladie , ils en deviennent les premiers indices, les aliénés sont indifférens pour les personnes qu'ils chérissaient le plus 3 la mère abandonne ou repousse ses çnfans, le mari s'éloigne de sa

go SYMPTOMES

femme, l'enfant de ses père et mère. L'amour, l'attacliement sont quelquefois remplacés par la jalousie, rindifTerence , la haine , sans motifs extérieurs . Ce sont d'autres fois les goûts qui changent j delà le dégoût du travail , des plaisirs, de la promenade, de la société , etc. Ces désordres sont si constans , si inhérens a l'état de délire , qu'on ne peut pas annoncer la guérison tant qu'ils persistent , malgré toutes les apparences d'une saine raison ; c'est au contraire d'un trèshon augure quand le malade paraît s'attendrir quand on lui parle des personnes qui lui étaient chères, et désire iieaucoup les revoir ', il en est de même du retour de l'amour du travail , du désir de s'occuper , etc.

Les passions peuvent devenir d'autant plus impérieuses chez les fous , qu'elles ne sont plus comprimées par les idées de convenance ou de bienséance j elles dominent alors les autres facultés et commandent les actions. Elles sont d'ailleurs quelquefois, la cause première des autres troubles intellectuels ; c'est ainsi que l'exaltation maladivie du penchant à l'union des sexes produit l'érotomanie , la nymphomanie ; que l'orgueil fait des roJ« , la vanité des reines , l'ambition des conquérants.

L3> affections proprement dites , la joie , la tristesse , la frayeur , etc. , donnent lieu à des^

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effets remarquables ; des aliénés sont toujours joyeux , chantent , dansent et rient constamment , rien ne peut troubler la sérénité de leur esprit; ils sont en petit nombre. D'autres, habituellement tristes , moroses , se croyent abandonnés de tout le monde, en butte à la calomnie, k la haine des personnes qui les approchent. Quelques-uns sont effrayés de tout ; ces frayeurs peuvent même être intérieures et non suscitées par les objets environnans. Il en est qui se livrent a des accès plus ou moins fréquens de désespoir, par des motifs erronnés ', ils pleurent, se lamentent ; l'accès passé , ils redeviennent calmes.

La plupart des aliénés maniaques et ceux en démence , sont incapables de comparer les objets et de porter un jugement sur leurs qualités respectives ; leurs idées sont incohérentes , diffuses et souvent sans aucuns rapports avec les sensations présentes. On aurait tort de croire que tous les insensés sont dans ce cas ; le plus grand çiombre , au contraire, tous les monomaniaques, peuvent non-seulement juger, mais raisonner, c'est-à-dire émettre , suivre un certain nombre d'idées concordantes sur le même sujet^ il arrive seulement que le principe , la base de leurs raisonnemens sont faux , supposés, imaginaires 3 admettez-les pour vrais, et les

cotiséquences qu'ils en tirent vous paraîtront très-justes. Ainsi , le fou-roi commande a ses sujets comme s'il était réellement revêtu des pouvoirs de sa charge ^ le bigot prie pour sa conversion ou la vôtre ; l'halluciné cause , se dispute avec les êtres , les voix qu'il croit voir ou entendre ; celui qui vous prend pour un ennemi, un persécuteur, vous apostrophe comme si c'était réel. Il y a plus , des monomaniaques parlent avec tant de calme, une conviction si intime , une assurafnce telle de Pobjet de leur délire , qu'il deviendrait très-facile de se méprendre sur leur état mental , si l'on ignorait que ce qu'ils disent est sans fondement ; ils écrivent des lettres si bien motivées a leurs parens ou aux autorités, qu'ils en imposeraient presque toujours, si elles parvenaient k leur destination. M. Pinel cite des exemples fort remarquables de ces folies raisonnantes ; le plus curieux est celui-ci : en 179^, des agens armés s'introduisent dans la section des fous de Bicétre \ un des reclus fixe leur attention par des propos pleins de sens et de raison , et par les plaintes les plus amères ; il défiait qu'on put lui reprocher la moindre acte d'extravagance; c'était, ajoutait- il, l'injustice la plus révoltante ; ces étrangers , convaincus de la vérité de toutes ces raisons , et tout-puissans alors , ordonnent de

délivrer cette victime de la tyrannie. Mais à peine fut-il en liberté , qu'il se saisit d'une arme, et aurait assommé ses libérateurs s'ils ne se fussent hâtés de le rendre à ses gardiens.

La mémoire des faits et des circonstances antérieurs à la folie , est ou paraît perdue , au point que les malades paraissent les avoir entièrement oubliés ; ou bien ces faits et ces circonstances sont dénaturés , rappelés sans cesse , et deviennent la cause ou le prétexte de tous les désordres de la pensée. La mémoire des choses qui se passent pendant toute la durée du délire se conserve intacte après la guérison. Tous les malades qui ont été de bonne foi , qui n'ont pas craint une fausse honte , m'ont assuré qu'ils se rappelaient de toutes leurs actions , des vrais motifs qui les avaient déterminées *, ils se souviennent souvent des plus petits détails de leur existence d'alors. Des femmes qui s'étaient livrées à des actes d'indécence et d'immoralité pendant leur délire, m'avouèrent et me donnèrent la preuve que rien de ce qu'elles avaient fait ne leur était échappé. Beaucoup sont moins franches, feignent de ne se souvenir de rien, pour éviter qu'on leur retrace des discours ou des actions qu'elles se reprochent déjà assez.

Des auteurs ont défini le délire , de la folie , des désordres intellectuels sans que le malade en ait conscience. Ceci est vrai pour le plu§

grand nombre des malades ; presque tous , en effet , se croyent très- bien portans et sont étonnés , indignés des mesures qu'on a prises k leur égard , du traitement qu'on veut leur faire subir ; comme les autres fonctions sont ordinairement en bon état, ils vous font voir qu'ils boivent et mangent bien , qu'ils ne souffrent de nulle part, se promènent , travaillent ; s'ils ne dorment pas et commettent des actes qu'ils reconnaissent pour repréliensibles y cela tient, disent-ils, à la situation où on les tient forcément : il n'y a pour eux d'insensés , que ceux qui les regardent comme tels. Une chose fort remarquable, c'est que beaucoup voyent très-bien que leuris commensaux n'ont plus leur raison -, et ils se moquent ainsi les uns des autres. Il en est cependant, en petit nombre il est vrai, qui savent très-bien apprécier leur état mental, qui vous disent : j'ai la tête malade, l'esprit dérangé , je ne peux plus penser , je sais que je déraisonne, que j'agis mal , mais je ne puis faire autrement; il me vient des idées déraisonnables , je fais tous mes efforts pour guérir, sans pouvoir y parvenir. Presque tous après la guërison , ou même pendant la convalescence , reconnaissent qu'ils ont été aliénés et sont trèsreconnaissans de tout ce qu'on a fait pour eux alors*, cette disposition de l'esprit est même un signe du retour à la raison 3 déliez-vous d ^uii

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malade , tant qu'il ne YOiidra pas convenir de son état antérieur.

La volonté , qui n'est autre cliose que la faculté de prendre une détermination d'après des motifs appréciés , doit offrir de grandes anomalies chez l'être soustrait à l'empire de la raison, Beaucoup d'aliénés agissent sans motifs apparensj d'autres, dominés par leurs idées , sont entraînés plus ou moins irrésistiblement à des actes repréliensibles , qui ne trouvent d'excuse que dans l'erreur qui leur voile la vérité j quelques-uns savent même qu'ils font mal , sans pouvoir s'en empéclier. 11 est cependant une remarque à faire sur ces actions, dont on ignore souvent la cause véritable tant que le délire dure \, c'est que presque toujours les malades les ont commises par des motifs quelconques. Ainsi un aliéné se détruit parce qu'il se croit indigne de vivre, ou damné à jamais j une mère tue ses enfans pour les envoyer tout droit en paradis. Pendant une nuit , une aliénée manqua d'assommer sa compagne : elle en donna pour raison après sa guérison, qu'elle l'avait prise pour un séducteur qui voulait abuser d'elle. Quelquefois il y a un tel abattement moral, que la volonté est nulle ; le malade n'a pas la force de se décider pour une chose plutôt que pour une autre.

g6 SYMPTOMES '

L*exercicedes facultés dont l'exaltation constitue l'imagination , offre plusieurs considérations importantes. M. Pinel, cite des exemples d'une extrême activité intellectuelle. Un horloger prétend avoir découvert le mouvement perpétuel j il veut réaliser cette idée, et pour y parvenir, confectionne des pièces de mécanique extrêmement ingénieuses. Des. aliénés, dans la discussion, la dispute ou la fureur, s'expriment souvent d'une manière qui leur était étrangère avant le développement du délire.

Le plus souvent , l'imagination est affaiblie ou même nulle j les malades ont oublié ou ne savent plus qu'imparfaitement, les connaissances qu'ils ont acquises dans les sciences ou les arts. M. Esquirol pense qu'on doit faire dériver tous les troubles intellectuels d'une lésion de l'attention. Sans doute que l'attention est toujours lésée dans le délire ; elle est nulle ou presque nulle chez le maniaque, trop fixe chez le monomaniaque -, mais ce n'est que l'effet et non la cause du désordre , de même que la perte d'appétit suit et ne précède pas les affections de l'estomac. L'attention, qui n'est autre chose que la propriété qu'a le cerveau d'exercer ses fonctions intellectuelles , doit donc toujours être dérangée en même temps que ces mêmes fonctions. Toute maladie cérébi'ale pré-

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sente le même phénomène ; un apoplectique n'est plus dans le cas de diriger son esprit sur les objets environnans.

Tels sont en général , les modes d'altération de Fintelligence , qui, séparément ou plus ordinairement comljinés deux à deux, trois a trois , constituent le délire.

L'intensité et l'étendue de ces désordres peuvent varier extrêmement. Combien de gens vivent dans la société avec quelques symptômes de folie ? C'est tantôt une légèreté qui a €[uelqu'analogie avec la démence , un abrutissement qui approche de la stupidité , des passions exaltées et dominantes qui ressemblent a la monomanie; l'esprit brouillon de certains hommes ressemble en quelque sorte k une manie légère. Combien le médecin légiste est quelquefois embarrassé pour prononcer dans des cas semblables, quand d'un côté, la liberté , l'honneur, la vie d'un citoyen , de l'autre , l'intérêt , la considération d'une famille , le repos de la société, lui imposent également le devoir de peser les motifs qui doivent décider son jugement. Il faut souvent une grande habitude pour distinguer le naturel , d'un état maladif^ sur-tout si celui-ci ne revient que périodiquement et passagèrement. Le délire, même intense, offre souvent des rémittences qu'une personne peu

exercée prendrait facilement pour de la raison parfaite , ou bien , comme nous venons de le •voir, le malade raisonne parfaitement bien, en partant d'un principe faux. Il vous raconte des peines , des persécutions qui n'ont jamais existé que dans sa tête; mais il le fait avec tant d'assurance , de chaleur , de sensibilité , qu'on s'y laisserait prendre assez facilement.

Le caractère du délire , la nature des nouvelles idées peuvent être : 1.° Dans le sens du caractère ordinaire de l'individu; ainsi un ambitieux qui devient fou , se croit dieu, roi , prophète, etc. ; 2.° dans un sens opposé; ainsi des femmes décentes , d'une conduite sans reproche , deviennent sans pudeur , provoquent par des gestes et des propos obscènes à l'union des sexes , un dévot devient impie , un libertin réservé, etc. , 3.° la cause qui a produit le délire en détermine souvent le caractère ; une femme «st trahie par son amant , abandonnée de son mari , et ne voit partout que des hommes parjures , des monstres .dignes des tourmens de l'enfer : un préfet est chassé de son département par l'ennemi , il en reçoit quelques reproches du chef de l'état , perd la tête et entend constamment ces mêmes reproches reproduits a ses oreilles ; 4.° enfin le délire peut être étranger au caractère ordinaire de l'inJi-

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vidu, et a la cause qui l'a provoqué. Les idées les plus incoliérentes , les plus extravagantes sont reproduites sans suite , sans motifs apparens ; quelquefois cependant elles prennent leur source dans les circonstances présentes , dénaturées par les sensations et le jugement.

Par ce simple exposé que nous venons de faire des désordres généraux de l'intelligence , on doit voir qu'ils peuvent se présenter avec des formes extrêmement variées 3 cependant en rapprochant les altérations qui se ressemblent par leur nature , ou l'apparence extérieure, on peut parvenir à former des divisions assez naturelles et en faire des genres. Mais il en est ici comme de tout ce qui se compose d'une suite de phénomènes qui ont toujours quelque liaison entr'eux , de telle sorte que les plus opposés se ressemblent toujours en quelque point ; on rencontrera . une foule d'espèces intermédiaires qui établiront un passage insensible d'un genre a un autre ; souvent même il se présentera des cas qu'il sera assez difficile de classer positivement ; enfin les transformations qui s'opèrent d'un genre en un autre prouvent que plusieurs de ces divisions n'ont point une base bien fixe. Quoique si peu solides, ces divisions ont cependant jusqu'ici servi a-peu-près exclusivement , k établir les genres et les espèces de l'aliénation

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mentale. Ils sont, comme on le voit, fondés sur la manifestation d'un seul symptôme, le délire; aussi est-ce ici que nous les placerons. Mais quand nous en serons au traitement , aux indications curatives , nous ferons des divisions basées sur l'état organique, sur l'ensemble des phénomènes , de quelque source qu'ils viennent-, nous verrons même alors, que nous ne devrons guère attacher d'importance a la nature des désordres intellectuels.

M. Pinel a établi quatre genres d'aliénation mentale 3 le premier , désigné sous le nom de manie y est caractérisé par un délire général, sur tous les objets. Le second, appelé délire mélancolique, consiste dans un petit nombre d'idées iixes , dominantes , sans lesquelles la raison paraît plus ou moins saine. Le troisième, ou la démence , comprend l'afFaiblissement sénile ou accidentel des facultés intellectuelles ; enfin il a appelé idiotisme, l'absence complète, Jialurelîe ou accidentelle, de l'entendement. M. Esquirol a adopté cette division a laquelle il a cependant iapporté quelques modifications utiles. Il a dé* signé sous le nom de monomanie, le délire mélancolique, parce qu'il n'est pas toujours accom*» pagné de propension k la tristesse. Il a séparé de l'idiotisme (qu'il a appelé idiotie, parce que la première expression est en même temps un

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terme de grammaire générale) , l'absence accidentelle delà pensée, qu'il a réunie à la démence, en la qualifiant alors d'aiguë. J'ai pensé que ces deux états étaient trop difFérens l'un de l'autre pour être réunis en seul genre, et qu'il était convenable d'en faire deux j la démence aiguë n'est point incurable , c'est un trouble intellectuel , qui guérit aussi bien que le délire maniaque. La démence véritable , au contraire , ne guérit jamais ; le cerveau est usé par l'âge ou les maladies, et devient incapable d'exercer ses fonctions. Ce cinquième genre, que je propose d'établir, on aurait pu l'appeler imbécillité acquise y si ce terme ne l'eût pas trop rapproché de l'idiotie 3 on pourrait peut-être le désigner sous le nom de stupidité. Ce mot exprime assez bien l'état du malade, et ne prête à aucune équivoque.

Nous allons donc nous occuper successivem.ent de la manie ^ de la monom^anie , de la stupidité, de la démence et de Y idiotie.

Les trois premiers genres , qui ne consistent qu'en des troubles, un exercice vicieux de l'entendement , forment une classe qui mérite de fixer particulièrement l'attention du médecin , puisque son art pexit y remédier. Ce sont ces désordres qu'on devrait appeler et que nous appellerons particulièrement yb//^?, et auxquels

s'applique a-peu-près entièrement tout ce que nous dirons de l'action des causes^ de l'invasion, de la niarclie et du traitement, à moins que l'idiotie et la démence ne soient désignées nominativement.

PREMIER grENRE.

Idiotie (i).

Défaut de développement des facultés intellectuelles j peu ou point d'idées , quelques sensations , quelques penclians.

Depuis le manque total d'intelligence , jusqu'à lui développement extraordinaire de cette fonction , il existe tant de degrés , qu'il serait peutêtre facile de former une échelle dont le dernier échelon serait occupé par l'idiot complet, et le premier par le plus vaste génie. 11 n'y a guère plus de différence entre l'être presque privé de la pensée et celui qui peut a peine gérer

(i) On ne devrait pas faire de l'idiotie, un genre de délire; un défaut originaire de développement n'est pas , à proprement parler, une maladie C'est tout comme si on plaçait à côté l'une de l'autre , comme semblables , l6 manque des règles par l'atrophie ou l'absence de l'utérus ^ et une suppression accidentelle de cet écoulement. Les idiots doivent être rangés parmi les monstres : c'en est de véritables sous le rapport intellectuel.

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quelques intérêts matériels , qu'entre ce dernier et cet autre, dont la tête fortement organisée , conçoit et résout les problêmes les plus difficiles. Si Condillac, au lieu de prendre pour e-^emple Fanimation d'une statue de marbre , eût considéré ainsi le développement de l'esprit humain , cette marche naturelle l'aurait conduit beaucoup mieux à la découverte de la vérité j c'est alors qu'il aurait été convaincu qu'avec des sens bien conformés , on peut ne prendre aucune connaissance des objets extérieurs, si le cerveau est vicieusement organisé. On peut ranger tous les idiots, dans les quatre divisions suivantes :

1.° 11 en est qui n'ont aucune existence mentale , qui ne satisferaient a aucuns de leurs besoins et mourraient infailliblement , si on n'avait soin d'eux. Il a existé à la Salpétrière une petite fille de onze ans, sourde ,. muette et aveugle, qu'on avait trouvée presque mourante , à côté de sa mère qui n'existait plus depuis plusieurs jours. Ces cas sont très-rares.

2.° D'autres ont quek£ues sensations, fuient le froid, font connaître qu'ils ont besoin de manger ; mais ils ne s'attachent à rien, n'iraient pas chercher des alimens si on ne les leur apportait j toutes les actions auxquelles ils se livrent sont irreiléchies et sans but.

îoé SYMPTOMES

3.° Dans un troisième degré , on peut placer ridiot qui sait apprécier quelques-unes de ses sensations , qui reconnaît les personnes et les objets dont il est entouré , est susceptible de s'attacher a celles qui lui l'ont du bien 3 il a des signes plus ou moins expressifs pour faire connaître ses besoins j ce sont ou des gestes , des cris, ou même quelques mots mai articulés. Une petite idiote de sept ans qui se trouve dans ce cas, a en outre une singulière facilité d'apprendre promptement, de retenir et de chanter des airs de chansons, qu'elle n'a quelquefois entendus qu'une seule fois.

4.'' Eufio on peut appeler imbécilles, ceux qui apprécient des sensations, ont de la mémoire, peuvent juger les actes simples de la vie , travailler à des ouvrages grossiers qui dera^andent peu de discernement j ils ont pour s'exprimer un langage composé des expressions les plus essentielles k l'exercice des besoins ordinaires.

Les idiots proprement dits , sont mal-propres , urinent et rendent les matières fécales par-tout où ils se trouvent j beaucoup sont trèssujets a la masturbation. Les imbécilles sont propres , savent apprécier la différence des sexes. 11 n'est pas rare de rencontrer de ces iilies, qui se font faire des enfctns.

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Les idiots et les imbécilles ont non seulement l'organe intellectuel mal conformé ( Voy. les ouvertures de corps) jmais toute leur économie participe ordinairement a cet état maladif. En général ils sont peu développés, petits^ ne vi- Tcnt guère au-delà de trente ou quarante ans, et meurent souvent plus tôt-, beaucoup sont ou rachitiques, ou scropliuleux, ou paralytiques , ou épileptiques, et réunissent quelquefois plusieurs de ces maladies. Ceci nous explique pourquoi le manque d'intelligence , peut se rencontrer avec une tête bien conformée ; en eiFet , l'organisation du cerveau ne doit pas être meilleure dans ces cas , que celle de tous les autres organes.

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