OBSERVATION [IV
(Personnelle) - P... Emile, 25 ans, soldat au 4° régiment d'infanterie coloniale.
Est amené à l'asile Saint-Pierre le 26 décembre 1904. Antécédents héréditaires nuls. | :
Antécédents pathologiques personnels: rhumatisme articu-
laire aigu ; aucun signe d’alcoolisme, pas de syphilis.
Il résulte des renseignements donnés par l’hôpital militaire d'Oran, que la maladie est consécutive à trois attaques de paludisme, qu’elle paraît accidentelle ; elle date des premiers jours de septembre, était alors caractérisée par un certain degré de torpeur cérébrale : le malade était indifférent pour tout ce qui l’entourait, conservant un mutisme complet. Il existait encore chez lui des signes de délire de persécution, crainte d’empoisonnement, refus des aliments qu'il n'accepte qu'après qu'on y à goûté.
À son arrivée à l’asile Saint-Pierre, P... est toujours muet, il a la physionomie d’un mélancolique, est immobile, hésite à s'approcher de nous, préfère se tenir à l'écart, fait des gestes qui paraissent exprimer l'angoisse, répond par signes quelquefois à nos questions. Sa santé est bonne, on ne découvre rien à l’auscultation du cœur et des poumons.
8 janvier. — P... est toujours affaissé, nous donne une lettre dans laquelle il nous dit qu’on veut l’empoisonner, le faire mourir, et qu'il en a fini avec la vie.
11 janvier. — P... qui tousse depuis la veille, est envoyé à l’infirmerie, il présente des signes de bronchite aiguë avec température. Pendant l’évolution de cette affection, P... commence à articuler quelques mots, et son aphasie disparaît bientôt complètement.
20 janvier. — P... a un léger accès de fièvre qui dure quelques heures, il redevient taciturne, reste isolé, refuse de prendre les prescriptions ordonnées doutant de leur origine.
5 février. — L’état mental de P... s'améliore, ce malade travaille dans le quartier, et en raison de ses aptitudes artistiques, il est amené dans la salle de théâtre de l’asile où il prend bientôt part aux répétitions.
Cette amélioration continue et le 23 mars son certificat de sortie est signé. Des mesures administratives font retarder son dé-
part, et nous devons à cette coïncidence d’assister au commen-
cement d'avril, à un accès de fièvre avec les trois stades caractéristiques. Le lendemain P... est dans un état de dépression profonde, il est triste, parle peu, et a de nouveau la physionomie du mélancolique. Cet état se prolonge pendant huit jours, et l’amélioration se produisant graduellement, il'est renvoyé dans ses foyers le 20 mai.
Nous nous trouvons ici en présence d’un état mélancolique, occasionné sans aucun doute par l'infection paludéenne, comme l'indique M. le médecin-major Roy, dans le certificat d’origine qui est des plus affirmatifs : « La maladie est apparue après le troisième accès de fièvre palustre…
Les centres nerveux ont été impressionnés par l'infection
paludéenne d'une manière durable... »