OBSERVATION PREMIÈRE
(Personnelle)
P... Etienne, soldat au 6° régiment d’infanterie coloniale, âgé de 34 ans, entré à l’asile de Marseille le 9 octobre 1904.
Antécédents pathologiques. — 11 n'existe aucune hérédité vésanique dans la famille. La mère est décédée à l’âge de 66 ans de broncho-pneumonie ; son père a 73 ans; il est bien portant; rien chez les collatéraux ; deux frères et une sœur plus âgés que lui, jouissant d’une parfaite santé.
Comme antécédents personnels, nous relevons la rougeole pendant l’enfance. P... n’accuse aucune habitude alcoolique, n’est pas syphilitique, ne présente aucun stigmate d’hystérie ni de dégénérescence. Une enquête faite par la gendarmerie confirme ces renseignements.
P... est allé à l’école de 8 à 11 ans, et s’est occupé aux travaux de la campagne jusqu’à 21 ans. Il accomplit comme appelé
trois ans de service dans la métropole. Rengagé au 6° d’infan-
terie coloniale, il est envoyé äu Lonkin, où il reste jusqu’en décembre 1899. Pendant ce premier séjour dans la colonie, il a des accès de fièvre palustre à forme intermittente et irrégulière, mais qui ne motivent point l'admission à l'hôpital. Rentré en
France, il quitte le régiment, où sa conduite fut toujours bonne, et se retire auprès de ses parents ; il continue à avoir quelques accès espacés.
. En 1902, P..., dont les parents sont peu fortunés, rengage pour avoir une retraite un jour et est renvoyé au Tonkin, à Cachouan, où les exigences du service deviennent plus dures, il y a de fréquentes sorties.
Les accès de fièvre augmentent en nombre et en intensité, et P..., pendant un accès, abandonne son poste et erre pendant trente-six heures dans les environs. [1 est retrouvé, délirant complètement, et conduit à l’hôpital d’'Hanoï. Il fait là un sé- Jour de deux mois, suit un traitement à la quinine par voie hypodermique et est évacué en France, en septembre 1904, pour troubles cérébraux.
Pendant les quinze premiers jours que P... passe à l'hôpital
militaire de Marseille, le médecin traitant n’observe aucune con-
ception délirante ; le malade s’isole, est taciturne et accuse des
bourdonnements dans les oreilles.
Le 5 octobre, après un accès de fièvre, M. le médecin principal Mercier constate que P... a été pris de crampes dans Îles membres inférieurs avec délire hallucinatoire de la vue et de l’ouïe et désordre complet des facultés mentales ; il est impossible de fixer son attention. P... est envoyé le 9 octobre à l'asile Saint-Pierre ; son état physique est peu satisfaisant, il est amaigri, marche difficilement, présente de la parésie des membres inférieurs avec légère exagération des réflexes rotuliens. L’auscultation ne révèle rien de particulier ni au cœur ni aux poumons. Rien d’anormal au foie et à la rate.
Le malade répond assez bien à nos questions ; il a de l’amné-
STE (| DRE L sie des faits récents ; à des crises de rire non motivées succèdent des pleurs; il siffle, a des hallucinations de la vue, voit des choses qu'il est incapable de définir, paraît anxieux, Îles pupilles sont dilatées, son pouls bat 80 et la température est normale.
P... entre à l’infirmerie où il reçoit un régime fortifiant, et, comme prescription pharmaceutique, de l’arsenic sous forme de liqueur de Fowler. Les jours suivants, les différents troubles psychiques paraissent s’'amender, son état physique s'améliore, il marche facilement et peut alors nous fournir quelques renseignements sur ses antécédents.
25 novembre. — P... est pris subitement d’un accès de fièvre avec les trois stades caractéristiques ; sa température atteint 40 degrés; la langue est saburrale. À la suite de cet accès, son état mental, qui paraissait sensiblement amélioré, s'aggrave ; le malade semble étranger à tout ce qui se passe autour de lui ; il parle peu, ne répond qu'avec lenteur et difficulté, se cache dans les draps lorsque nous nous approchons de lui; de nouveau des crises de rire non motivé apparaissent et des hallucinations visuelles l’obsèdent. On lui administre de la quinine. La nuit est agitée et le lendemain, à la visite, P... est immobile avec mutisme presque absolu.
IT conserve assez longtemps les attitudes qu’on lui communique; la sensibilité paraît dimingée; le pouls est lent et la constipation absolue.
Cet état de stupeur mélancolique dure quelques jours, et, le 11 décembre, il paraissait fortement atténué, lorsqu'un nouvel accès de fièvre survient et fait éclore les mêmes conceptions délirantes avec cependant une dépression plus forte.
Le malade s’imagine être affecté d’une maladie grave; il a maigri rapidement, ses jambes ne peuvent plus le soutenir, ïl a perdu sa situation, etc.
Au début de cet accès et avant l’administration de la qui-