‹ De la force du droit et du droit de la force ou De la restauration du droit divin dans l'ordre social et du droit national dans l'ordre politique E. de ValmyChapitre 13 sur 31 · DU POUVOIR ABSOLU · texte numérisé non relu

DU POUVOIR ABSOLU

été repoussée par des esprits sérieux ; c’est pourquoi, plus souvent encore, et surtout dans ces derniers temps, elle a apporté tant de déceptions à ses amis les plus sincères.

Cependant la crainte des périls qui l’environnent ne doit pas nous entraîner à abandonner sa cause ; le divorce avec la liberté a aussi ses périls : on n’enraye pas l’opinion publique comme on enraye le développement d’une législation; on donne aux agitateurs des prétextes spécieux pour soulever les passions, et on prépare des explosions qui ne laissent pas subsister un seul débris de l’édifice qu’on avait voulu conserver intact.

Mais comment choisir une voie sûre entre ces

deux écueils? Existe-t-il un moyen d’échapper aux erreurs d’un système mal calculé de progrès ou de

résistance ? Malheureusement, non; le juste-milieu

est une chimère, nous en connaissons une éclatante épreuve. Le salut n’est pas là; il est dans l’établissement d’une forme de gouvernement assez robuste pour résister aux développements prématurés de la liberté politique , et , pour le dire fran-

ET DE LA LIBERTÉ POLITIQUE. ' fM

chement. , il est dans la question de savoir s’il faut mettre la liberté politique sous la garde de la république ou sous celle de la monarchie.

La république, c’est-à-dire le principe électif, peut-il offrir à cet égard quelque sécurité? Non! car il est lui-même mis en péril par le développement excessif qu’il donne à la liberté. Ce résultat n’est plus une simple hypothèse : la révolution nous a donné des exemples assez multipliés pour

convaincre les plus incrédules.

Montesquieu a dit que la vertu était le principe du gouvernement républicain, et l’on a souvent répété ces paroles , mais on ne leur a pas donné leur véritable sens. Montesquieu pensait que la vertu était nécessaire à un tel gouvernement, parce que moins le pouvoir du peuple est limité par les lois , plus il est nécessaire qu’il soit limité par la seule force qui puisse suppléer à celle des lois, par la force de la vertu. Il termine d’ailleurs le livre qui traite de la république et de la monarchie par cette réflexion : « Tout ceci ne signifie « pas que, dans une certaine république, on soit

ï)l POUVOIR ABSOLU

« vertueux; mais quVw devrait. P être, sans quoi « le gouvernement sera imparfait (1). » Cette conclusion est pleine de vérité; sous la forme républicaine le développement des libertés est un danger qu’aucune institution ne peut contre-balancer , la vertu seule peut opérer ce miracle.

La monarchie, c’est-à-dire le principe héréditaire, a moins à redouter les méprises du législateur dans le développement de la liberté politique;

ses écarts et ses inconséquences seront toujours

réprimés par le principe auquel ii ne lui est pas permis de toucher; il arrivera peut-être que des jours d’orage viendront jeter le trouble dans l’État, mais l’édifice ébranlé un moment restera toujours debout sur sa base.

Voulez-vous le témoignage incontestable de cette vérité? ,

Ouvrez l’histoire, et vous verrez comment la république, en précipitant le triomphe complet de la liberté, a toujours été son tombeau. Il y avait

(I) Voyez Montesquieu. Esprit des lois, liv. III, chap. 11.

à peine dix ans que les Romains avaient al>oii la royauté, qu’ils étaient obligés de créer, sous le nom de dictateur, un roi plus absolu que ceux qu’ils avaient chassés; et, en moins de deux siècles, la maîtresse du monde a été plus de deux cents fois soumise à des dictateurs. A Venise, les inquisiteurs d’Etat devinrent en peu de temps la plus illimitée et la plus formidable des dictatures. La république de 1793 a presque toujours

été dominée par un despotisme tout-puissant :

les coups d’Etat se sont succédé sans interruption, sous la Convention et le Directoire; le pouvoir était toujours absolu sous des formes diverses de république; le 18 brumaire n’a été lui-même qu’un dernier effet de cette dictature permanente, et l’on n’a eu que les noms à changer pour arriver à l’empire. Enfin, la république de 1848 compte déjà plus de jours d’état de siège que de jours d’indépendance, tant il est vrai que la liberté porte toujours plus d’ombrages à un gouvernement républicain qu’elle ne peut en ^porter à un pouvoir monarchique.

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