‹ De la force du droit et du droit de la force ou De la restauration du droit divin dans l'ordre social et du droit national dans l'ordre politique E. de ValmyChapitre 15 sur 31 · ARISTOCRATIE, DÉMOCRATIE · texte numérisé non relu

ARISTOCRATIE, DÉMOCRATIE

L’aristocratie à Venise, en France et en Angleterre. — La démocratie à Athènes, à Rome et aux États-Unis. — Aristocratie de la liberté et de la couleur. — Démocratie moderne. — Opinion de l’abbé de Lamennais. •>— Souveraineté de la raison. Préface du communisme.

Les questions d’aristocratie et de démocratie ont été effleurées dans les chapitres précédents ; il conviendrait de les étudier plus particulièrement.

L’esprit révolutionnaire , qui a dénaturé et calomnié tant de choses, a prêté à l’aristocratie un but odieux qu’il serait injuste d’admettre. Les hommes sérieux ont toujours considéré l’aristocratie

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comme l’institution d’un corps politique ayant une mission d’intérêt public, et particulièrement adonné au service de l’État, c’est-à-dire, d’un corps étranger aux professions qui absorbent l’activité et l’in-

telligence dans un but d’intérêt privé, et voué, au contraire, aux occupations qui développent les sentiments d’abnégation et de patriotisme. Nous trou-

vons ce caractère politique, sous des formes diverses , dans le patriciat vénitien , dans l’ordre de

la noblesse en France, et dans l’institution de la

pairie anglaise.

On a pu apprécier, plus haut, les services rendus par les institutions aristocratiques et par la seule puissance de leur principe héréditaire, aux républiques de Rome, de Gênes et de Venise; mais c’est surtout le dévouement de ces grands corps politiques à tous les besoins de l’État, qu’il importe de rappeler. Le patriciat vénitien en particulier a offert , sous ce rapport, le modèle d’une

véritable aristocratie. Il ne s’est pas présenté un acte d’héroïsme guerrier, pas une œuvre de vertu chrétienne, pas un sacrifice de la vie ou de la for-

tune que l’aristocratie vénitienne n’ait revendiqué l’honneur d’accomplir. Son histoire est celle des

plus beaux temps de la république, des guerres les plus glorieuses, des entreprises commerciales

les plus hardies , des traités de paix les plus honorâbles, des négociations diplomatiques les plus habilement dirigées.

Si nous portons nos regards vers la France, nous y trouvons également un corps de familles dévouées héréditairement au service de l’État dans les deux seules professions publiques et politiques , la justice et les armes. Nous voyons l’aristocratie française garder le dépôt fidèle des lois civiles et politiques dans la magistrature, et s’immoler sur tous les champs de bataille à l’honneur et à l’indépendance de la patrie.

Toujours désintéressée, toujours disponible poulies grands services publics, l’aristocratie a résumé elle-même sa mission dans ce proverbe célèbre : « Noblesse oblige. » On a souvent reproché à l’aristocratie de n’avoir pas payé d’impôt ; mais on n’a

pas fait attention qu’elle était peu appointée dans

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le service militaire , et pas du tout dans le service ludiciaire ; Montesquieu a déjà remarqué que la noblesse servait l’État, en temps de paix, avec le revenu de son bien, et, en temps de guerre, avec le capital, de telle sorte qu’elle a supporté, pendant plusieurs siècles, tous les frais des guerres

nationales, et soldé la plus forte part du budget,

celle qui, depuis la révolution, a coûté plusieurs milliards au pays.

Le dernier acte de la noblesse française, dans la nuit célèbre du 4 août , a été un acte d’abnégation et de dévouement personnel accompli dans l’espoir de rétablir l’union dans la grande famille française. Si cet holocauste volontaire n’a pas porté d’heureux fruits, il faut s’en prendre à ceux qui ont eu l’ingratitude de dédaigner un gage de réconciliation après avoir eu l’imprévoyance de le demander.

L’ingratitude est si évidente, qu’il n’est pas be-

soin de la démontrer; quant à l’imprévoyance, il est difficile de ne pas reconnaître aujourd’hui que le sacrifice du 4 août ne pouvait être que ce qu’il a été, c’est-à-dire, le prélude de nouveaux et inu-

tiles sacrifices. Mais écartons ces souvenirs, que les traces récentes de nos discordes civiles ne permettent pas encore de juger avec une entière impartialité , et portons notre attention sur d’autres faits qui se passent en ce moment même sous nos yeux et à nos portes.

En Angleterre , où l’orgueil des philosophes du dix-huitième siècle n’a pas pénétré , et où il n’a pas fait des institutions aristocratiques une question de vanité blessée pour les uns et de vanité insolente pour les autres ; en Angleterre , l’aristocratie a conservé toute la puissance et toute la fécondité de son principe. Les vices mêmes qui ont entaché sa naissance, les spoliations et les proscriptions qui ont été l’origine de ses biens, n’ont pu ôter à l’institution politique ses avantages; régénérée par une disponibilité perpétuelle pour le service public et par l’émulation du patriotisme , l’aristocratie anglaise, malgré le petit nombre de ses

membres , a toujours donné à la patrie le plus riche

contingent en hommes d’Etat et on grands capi* taines. De même que les patriciens de Venise con-

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servaient héréditairement, sous des pouvoirs viagers , les traditions de l’intérêt et de la gloire de la république, de même l’aristocratie anglaise, malgré l’inconstance des majorités politiques , perpétue dans la marche du gouvernement les traditions des intérêts permanents de la monarchie.

Après avoir restitué à l’aristocratie son véritable caractère, il convient aussi de rendre à la démocratie sa signification réelle , de la distinguer de la démagogie , qui donne exclusivement à la populace la suprême autorité. Ce qui caractérise la démocratie moderne , c’est l’admission de tous les citovens à l’exercice de l’autorité politique, sans aucune distinction de naissance, d’éducation ou de services rendus. C’est cette démocratie que la constitution de 1793 avait essayé d’établir, et que la constitution de 1848 vient de proclamer une se- • conde fois souveraine.

Cette organisation de la démocratie, il faut bien le constater, est nouvelle : jamais l’histoire n’en avait donné l’exemple. Les républiques anciennes, que nous sommes habitués à prendre

pour des démocraties, étaient fondées sur des bases essentiellement différentes. Si tous les citoyens d’Athènes prenaient part à la direction des affaires publiques, cette prétendue démocratie était une aristocratie véritable, on pourrait rappeler l’aristocratie de la liberté ; car la république athénienne, sur quatre cent cinquante mille habitants, comptait à peine vingt mille citoyens : le reste était esclave , et n’avait pas même droit d’assister aux assemblées du Pnyx. La démocratie était dans la même situation à Lacédémone et dans les autres républiques grecques. Après tout, il importe peu de discuter cet état de choses, car le problème des temps modernes n’est pas de constituer la démocratie dans des bourgades.

A Rome, le pouvoir démocratique était, comme en Grèce, le privilège d’une classe de citoyens; et, malgré cet avantage, la démocratie est tombée sous la dictature des factions, aussitôt que les guerres puniques ont cessé d’occuper leur activité par la menace d’un danger sérieux. Dans la suite, Rome a fait de vaines tentatives pour revenir à la

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liberté démocratique; elle a pu vaincre ses tyrans, jamais la tyrannie.

Dans des temps plus rapprochés , l’Angleterre a voulu se donner des institutions démocratiques, et Montesquieu a raconté cette entreprise dans des termes qui semblent écrits pour notre époque : a Ce fut un assez beau spectacle , dans le siècle passé , dit l’auteur de Y Esprit des Lois , de voir les efforts impuissants des Anglais pour établir parmi eux la démocratie. Comme ceux qui avaient part aux affaires n’avaient point de vertu , que leur ambition était irritée par le succès de celui qui avait le plus osé (Cromwell), que l’esprit d’une faction n’était réprimé que par l’esprit d’une autre, le gouvernement changeait sans cesse; le peuple étonné cherchait la démocratie, et ne la trouvait nulle part. Enfin, après bien des mouvements, des chocs et des secousses, il fallut se reposer dans le gouvernement même que l’on avait proscrit. »

On cite un établissement démocratique plus heureux , et on nous montre avec orgueil la démocratie américaine, le jeu régulier de ses institutions

politiques et le progrès de sa civilisation. La république du Nouveau Monde estrelle une démocratie? sa civilisation estrelle un progrès? On peut en douter, et exposer ici, en peu de mots, les motifs sérieux de ce doute.

‘Il dépendait assurément du fondateur de la république américaine de constituer un pouvoir démocratique sans alliage , mais il ne l’a pas voulu . Les luttes de Washington contre l’esprit démocratique ont occupé une grande partie de sa vie politique ; il a toujours compris la nécessité de donner un contre-poids à cette force irrégulière, et c’est dans ce but qu’il a placé le sénat à côté de la cham bre des représentants. Telle a été sa persistance à soutenir ce système pondéré, que ses adversaires , et notamment Jefferson, ont osé l’accuser de vouloir rétablir la monarchie.

D’un autre côté * les circonstances ont permis qu’il s’établît aux États-Unis d’Amérique, en face de la démocratie, deux aristocraties nouvelles et

formidables , l’aristocratie de la liberté et l’aristocratie de la couleur. L’une, constituée par les lois,

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absolue et sévère comme l’aristocratie athénienne , et daignant à peine honorer l’esclave du nom d’homme. L’autre, établie par les mœurs d’une manière plus inviolable que si elle reposait sur la loi, et creusant, entre les races blanches et les races plus ou moins noires , un abîme infranchissable. Malheur a 1 homme de race européenne qui verrait un semblable dans celui qui garde la moindre trace du sang américain ! Les mariages mixtes sont frappés d’anathème ; un noir n’ose pas même prier à côté d’un blanc : l’aristocratie de la couleur a ses heures pour assister au service divin dans des temples où tous les hommes devraient être égaux.

Ceux qui proposent à l’admiration de l’Europe la démocratie américaine se gardent bien de nous laisser voir ces ombres du tableau ; ils ne nous parlent que des succès matériels de la civilisation , et , de ce côté, que d’illusions encore! Étrange progrès que celui qui consiste à dépouiller violemment les tribus sauvages des territoires qui leur appartiennent, et à mettre en coupe réglée des sociétés en-

Itères ? Ne serait-ce pas un mirage, produit par les vapeurs de l’Océan, qui nous fait voir un succès de la civilisation là où se montre évidemment un fait socialiste, une destruction de la propriété. Il est assurément très-louable de civiliser les sauvages, mais on ne peut admettre que le but justifie les moyens.

Pour trouver une démocratie sans alliage , une égalité politique absolue , il faut venir en France ; là est le foyer de la démocratie moderne ; là sont les constitutions qui ont voulu établir un état démocratique sans bornes, et déjà cette tentative a été

appréciée plus sévèrement par les écrivains con-

temporains que ne le fut celle des Anglais par Montesquieu. M. de Lamennais , dans l’ouvrage qui a fondé sa réputation , ne s’est même pas occupé de savoir si les législateurs de 93 avaient bien ou mal compris la France en voulant y établir des institu? tions démocratiques ; il va droit au principe même de la démocratie, et le condamne sans hésiter, ff Rien de stable, dit-il, dans les principes , dans « les institutions, dans les lois (de la démocratie)..*

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« Une force irrésistible pousse et agite les hommes; « ce qui se trouve sur la route, quel qu’il soit, est « foulé aux pieds : ils avancent, reviennent, avan- « cent encore, et tout l’ordre social devient pour « eux comme un chemin de passage...

« Il y a dans les esprits une certaine indocilité, « dans les cœurs un certain mépris haineux et dé- « fiant pour l’autorité , qui fait qu’on cède et qu’on « n’obéit pas...

« La médiocrité réussit mieux dans les démocra- « ties que le vrai talent , surtout lorsqu’il s’allie à « un noble caractère. La flatterie , la servilité , la « bassesse y un q fausse habileté souple et patiente,. « conduisent plus sûrement aux emplois que le gé- « nie et la vertu, chez les peuples qu’on appelle li- « bres. Le génie d’ailleurs, et même le talent, s’il « avait quelque chose d’élevé, rencontrerait trop «de difficultés, trouverait trop d’obstacles à ses « entreprises dans un état démocratique...

« Il ne restera pas un seul trône debout; quand « viendra le souffle des tempêtes dont parle l’es- « prit de Dieu, ils seront emportés comme la paille

« sèche et comme la poussière . La révolution an- « nonce ouvertement leur chute, et à cet égard elle « ne se trompe point; ses prévoyances sont justes.

« Mais en quoi elle se trompe stupidement , c’est « de penser qu’elle établira d’autres gouvernements « en place de ceux qu’elle aura renversés, et qu’a- « vec des doctrines toutes destructives elle créera w quelque chose de stable, un ordre social nouveau. « Son unique création sera C anarchie , et le fruit « de ses œuvres , des pleurs et du sang . »

M. de Lamennais a renié ses écrits; il adore aujourd’hui ce qu’il avait méprisé ; mais son opinion d’autrefois a été justifiée par les événements d’une façon assez éclatante pour mériter de faire autorité à côté de l’opinion de Montesquieu.

Afin de compléter le jugement des contemporains, sur la valeur des institutions démocratiques appliquées à un grand peuple , il faut encore citer les observations pleines de justesse qui se trou-, vent, relativement à ce point de vue de la question, dans le livre d’un illustre successeur de saint François de Sales : « La démocratie, écrivait der-

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« mûrement Mgr d'Annecy, ne peut convenir qu’à « des peuplades peu nombreuses. Là où tout le monde « doit pousser de la main le char de l’État, il faut être « à portée, sous peine de perdre ses droits de sou- « verain. Une république dont l’étendue dépasse- « rait un jour de marche, blesserait essentiellement « l’égalité, principe fondamental de toute dérno- « cratie. A mesure que la maison du citoyen s’é- « loigne de la place publique où se font les délice béralions, sa liberté diminue, et sa souveraineté « n’est plus qu’un mensonge dès l’instant où il est « trop loin pour en jouir. C’est ce qui a fait dire « avec raison que, chez les Romains, la liberté était « dans Rome et l’esclavage partout au dehors. » Après tant de témoignages et tant d’expériences, il serait insensé de ne pas oser dire, avec M. de Lamennais et Mgr d’Annecy, que les institutions démocratiques sont une chimère pour les grands peuples et un péril certain pour tous ; que l’esprit démocratique surtout est un esprit impétueux et désordonné qui foule aux pieds tout ce qui se trouve sur son passage; un esprit indocile , haineux et

défiant qui cède à l’autorité et ne lui obéit jamais; un esprit enfin qui détruit tout ce qui existe et ne peut y substituer que des pleurs et du sang.

Cet esprit, on peut l’affirmer, n’est pas l’esprit du peuple. Dans la démocratie que nous ont faite les législateurs modernes, ce n’est pas le peuple, dans le sens le plus large de ce mot, ni meme dans le sens plus restreint, qui exerce la domination; par une raison toute simple: c’est que le peuple n’y prétend pas; il se rend mieux justice, son bon sens ne le trompe jamais, il sait parfaitement qu’il n’est pas élevé pour traiter les affaires publiques et que son éducation ne lui a rien appris du service de l’État; il laisse volontiers à l’aristocratie ce dangereux privilège; il faut lui faire violence, en quelque sorte, pour le conduire partout où il y a un pouvoir politique à exercer. Mais il y a au sein du peuple laborieux , ami de l’ordre et de ses devoirs, du peuple qui a le sentiment de son insuffisance politique, il y a

une fraction de peuple ou, pour mieux dire, une

faction ennemie de l’ordre et du travail, une faction

no

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ambitieuse et avide de jouissances, qui prétend résoudre des questions qui ne sont pas à sa portée, et lire dans un livre dont elle ne connaît pas l’alphabet. C’est cette faction , recrutée dans tous les rangs de la société , qui soulève le peuple paisible et l’entraîne sur les places publiques , qui le trompe toujours pour le dominer, et qui le pousse à des excès qu’il regrette tôt ou tard, car il ne les avait pas prémédités.

Voilà l’état démocratique moderne. En théorie, c’est la souveraineté exercée par le peuple tout entier ; en réalité , c’est la souveraineté de la présomption et du vice.

C’est quelque chose de pire encore : c’est la préface du communisme politique, car c’est un partage si égal des droits politiques, que jamais le socialisme ne parcellera la terre en fractions semblables; jamais la triade ou le phalanstère n’établiront une égalité plus parfaite entre la paresse et l’activité, la stupidité et l’intelligence, le vice et la vertu.

• Il est malheureusement vrai que, depuis cin-

quante ans, les hommes politiques ont méconnu ces vérités et aplani les voies au torrent de la démocratie; à ceux qui poussaient le cri d’alarme, les uns se contentaient de répondre avec une résignation fataliste : La démocratie coule à pleins bords ; les autres, qui se croyaient plus prévoyants, cédaient, chaque jour, un pouce de terrain au torrent , dans l’espoir de régler son cours en élargissant son lit : inutiles concessions ! le torrent n’a pas cessé de déborder, et l’inondation est allée submergeant toutes les positions plus ou moins élevées. L’esprit démocratique , encouragé parles satisfactions données à son orgueil, veut aujourd’hui des satisfactions d’une autre sorte, et nous laisse apercevoir que le nivellement socialiste est sa dernière et inévitable prétention (1)., !

Faut-il espérer que la société sera enfin avertie

(I) On a vu, dans ces derniers temps, des orateurs de club déclarer que l’institution des recteurs d’académie et des chefs d’atelier étaient des institutions aristocratiques ; et c’est parce que celte déclaration est conséquente au point de vue démocratique , que nous combattons la dé-

mocratie. :

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par ces menaçantes perspectives ? Comprendra-t-elle que l’orgueil qui appelle le règne de la démocratie est toujours impuissant à la fonder? Osera-t-elle se mettre en travers du torrent et le forcer à rentrer dans son lit? Écoutera-t-elle les avis des hommes les plus éminents et les moins suspects, parmi lesquels nous nous félicitons de compter aujourd’hui M. Guizot et M. Thiers? Il est temps qu’elle y songe. Le torrent est encore contenu par la puissance des armées régulières, et les dernières positions de la société ne seront pas emportées tant que le soldat croira de son devoir de les défendre; mais depuis qu’on lui a permis d’abandonner les premières, en 1830 et en 1848, depuis qu’on n’a pas craint de l’en féliciter , on n’a plus le droit de compter aveuglément sur la discipline , et il faut bien que la société elle-même réprime son esprit démocratique sous peine de tomber dans lV//i-archie de M. Proudhon en passant par les sanglants présages de M. de Lamennais.

Ce serait folie de demander qu’on étouffe la démocratie où elle a pris racine, mais qu’à

l'exemple de Washington on s’applique à en modérer les excès.

Personne ne demande que les anciennes ins- <5 titutions aristocratiques soient rétablies là où l’aris-

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tocratie a été décimée; l’épreuve de 1814 n’a pas

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été assez heureuse pour encourager le législateur >

à la renouveler. Mais force est de reconnaître qu’il 'm* ' 1 1 J( « importe à la grandeur et à la prospérité d’un peuple \ t/<

de conserver son aristocratie, quand il est assez ' *

heureux pour en avoir une.

11 y a des services que tous les trésors du monde ne peuvent acheter ; l’aristocratie a créé pour ces services exceptionnels le budget des distinctions \ honorables, afin de dégrever la dette publique. Si cette liste civile de l’honneur est lourde à l’orgueil, elle est heureusement légère au trésor.

La démocratie, au contraire, veut que tous les services publics soient payés en écus. Les distinctions honorifiques sont, à ses yeux, de la fausse monnaie; c’est pourquoi elle demande toujours que la Légion d’honneur soit abolie, et que les représentants de la nation soient payés comme des

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