Du Conservatoire des arts et métiers de Lyon
254. — Cet établissement est moderne ; il a été créé par la loi du 19 vendémiaire an 3.
L'article ier de cette loi portait : « Il sera formé à Paris , sous le nom de Conservatoire des arts et métiers , et sous l'inspection de la commission executive d'agriculture et des arts, un dépôt de machines, modèles, outils, dessins, descriptions et livres , dans tous les genres d'arts et métiers. — L'original des instrumens et machines inventés et perfectionnés sera déposé au Conservatoire. »
On devait expliquer au Conservatoire la construction et l'emploi des outils et machines utiles aux arts et métiers. (Art. 2.)
Enfin , la commission d'agriculture et des arts devait transmettre partout , quand elle le jugerait utile à la république, tous les moyens de perfectionner les arts et métiers, par l'envoi de descriptions et dessins , et même par des modèles. (Art. 3.)
Le Conservatoire des arts et métiers était composé de trois démonstrateurs et d'un dessinateur, nommés par la Convention , sur la présentation de son comité d'agriculture et des arts. Il était attri-
bué à chacun une indemnité annuelle de 4,000 livres. (Art. 4, 5 et 6.)
La commission executive d'agriculture et des arts et celle d'instruction publique devaient faire rédiger au plus tôt et publier les découvertes consignées dans les rapports du bureau de consultation des arts , du Lycée des arts , dans les manuscrits de la ci-devant académie des sciences , dans les cartons de l'ancienne administration de commerce, et dans les divers ouvrages qui offriraient pour cet objet des matériaux utiles. (Art. 9.)
Voici donc quel était le but de cette institution :
i° Réunir des modèles des machines les plus nouvelles , pour épargner des tâtonnemens à ceux qui veulent agrandir le domaine de l'industrie , en leur offrant le moyen de connaître l'état de l'art qu'ils se proposent de perfectionner, et pour qu'ils ne soient pas exposés à perdre leur temps dans la recherche de procédés déjà connus ; i° mettre les manufacturiers en mesure de juger si les machines nouvelles sont préférables à celles dont ils font usage , et s'il convient de les introduire dans leurs ateliers; 3° enfin, populariser, par l'enseignement oral , l'emploi des machines et outils utiles aux arts et métiers.
Une loi du '21 prairial an 6 affecta au Conservatoire des arts et métiers une partie des bàtimens de l'ancienne abbaye Saint-Martin-des-Ghamps à Paris.
Les collections du Conservatoire se composèrent d'abord de quelques machines appartenant au gouvernement et de celles qu'avait laissées le célèbre mécanicien Vaucanson , ou qui se trouvaient dans le
cabinet de l'Académie des sciences. Elles s'accrurent ensuite des modèles réunis par la commission nommée, en 1793, pour rechercher les objets d'art dans les différens dépôts. Il y eut aussi quelques dons particuliers. Enfin le gouvernement fit des acquisitions.
Quant à l'enseignement du Conservatoire, il n'eut à son origine que peu d'étendue. Il fut créé en 1806 par M. de Ghampagny, ministre de l'intérieur. On y enseigna le dessin des machines et la géométrie descriptive.
255 . — Le gouvernement delà Restauration songea de bonne heure à tirer parti de cet établissement. Une ordonnance royale , du 16 avril 1817, en régla l'organisation.
Dans le principe, l'administration avait été remise à un conseil composé des démonstrateurs. Depuis, elle avait passé à un des fondateurs, M. Molard, qui avait le titre à3 administrateur . L'ordonnance de 181 7 donna le titre de directeur au chef de l'établissement. Le directeur dut être nommé par le roi. Un inspecteur général gratuit , aussi nommé par le roi , devait surveiller toutes les parties de l'administration. Enfin , un conseil d'amélioration et de perfectionnement devait proposer ses vues sur tout ce qui lui paraîtrait propre à étendre et à multiplier les avantages que le Conservatoire des arts et métiers est susceptible de procurer à l'industrie nationale, et sur les moyens d'assurer à toutes les parties de son service le degré de perfection auquel elles pourraient parvenir. Ce conseil était composé de l'inspecteur général, président ; du directeur et de six mem-
bres gratuits , choisis, par le ministre de l'intérieur, parmi les hommes les plus v,ersés dans la connaissance des sciences et des arts.
Le conseilfdevait s'assembler régulièrement une fois par mois, et plus souvent si le ministre le jugeait utile ou nécessaire.
M. le duc Decazes, dont tous les efforts tendirent à favoriser le mouvement industriel qui s'opérait en France lors du rétablissement de la paix , voulut instituer au Conservatoire des arts et métiers une haute école d'application des connaissances scientifiques au commerce et à l'industrie. Une ordonnance royale, du iS novembre 1819, fonda cette école et composa son enseignement de trois cours , savoir : un cours de mécanique et un cours de chimie appliquées aux arts, enfin un cours d'économie industrielle.
La petite école de géométrie descriptive et de dessin dut continuer d'être annexée au Conservatoire des arts et métiers.
Douze bourses , de 1,000 fr. chacune, devaient être créées au Conservatoire pour des jeunes gens peu fortunés , mais qui feraient preuve de grandes dispositions pour les arts industriels. Ces élèves devaient être nommés par le ministre de Tinté rieur, sur la proposition du conseil de perfectionnement, et après un examen des trois professeurs de l'école d'application. Chaque élève devait pouvoir, conserver pendant trois années la bourse qui lui aurait été accordée ; mais tous les ans il devait subir un nouvel examen, qui ferait juger s'il était digne ou non de la continuation de cette faveur.
Les professeurs de l'école d'application devaient être nommés par le roi ; ceux de la petite école et les employés devaient l'être par le ministre , sur la présentation du conseil de perfectionnement. La nomination des gens de service devait être faite par le conseil d'administration.
Les professeurs de l'école d'application devaient, autant que possible, être logés dans l'établissement.
Le conseil de perfectionnement de l'école devait arrêter tous les programmes d'enseignement ; fixer l'époque et la durée des cours ; se faire rendre compte des progrès des élèves , de l'administration intérieure et des dépenses ; discuter l'utilité des voyages qui pourraient être demandés aux professeurs, les projets d'amélioration et les accroissemens successifs du dépôt des machines et modèles ; faire les demandes pour le budget annuel , et adresser sur le tout son rapport au ministre, chargé de prendre les décisions convenables.
Ce conseil , qui devait se réunir au moins une fois tous les trois mois, était composé de dix-sept membres , savoir : l'inspecteur général du Conservatoire, l'administrateur du Conservatoire , les trois professeurs de l'école d'application , six membres de T Académie des sciences , six manufacturiers , négocians ou agriculteurs. Ces douze derniers membres devaient être renouvelés tous les trois ans, par tiers, les uns sur la présentation de l'Académie des sciences, les autres sur la présentation du conseil de perfectionnement.
Le conseil d'administration, composé de l'inspecteur général , de l'administrateur et des professeurs,
devait s'assembler tous les quinze jours. Il était chargé de régler l'exécution du budget de l'établissement , de décider tout ce qui est relatif à la police intérieure, et de provoquer l'attention du conseil de perfectionnement sur tout ce qu'il croirait utile au Conservatoire.
Il ne pouvait être fait de changement ni d'addition aux bâtimens du Conservatoire que sur la proposition du conseil d'administration, transmise par le conseil de perfectionnement au ministre de l'intérieur, et approuvée par lui.
L'architecte chargé de l'exécution des travaux autorisés par le ministre devait recevoir directement les ordres du conseil d'administration.
L'administrateur, substitué au directeur, était chargé de prendre toutes les mesures propres à assurer l'effet des ordres du ministre ou des arrêtés du conseil d'administration. Il devait faire les fonctions de trésorier de l'établissement et tenir la plume dans les deux conseils. Mais bientôt le titre de directeur fut rétabli , et il y eut un sous-directeur, qui dut remplir les fonctions de secrétaire du conseil.
En 1822 , le gouvernement acquit, pour le placer au Conservatoire , le cabinet de physique formé par Charles, de l'Académie des sciences, et qu'on regardait comme le plus beau et le plus complet de ceux qui existaient alors en Europe.
En 1823, l'inspection générale fut supprimée, lors de la disgrâce du vertueux duc de Larochefoucauld-Liancourt .
Une ordonnance royale , du 3i août 1828, reconstitua le conseil de perfectionnement du Conser-
vatoire royal des arts et métiers , sous le nom de conseil de perfectionnement du Conservatoire et des écoles royales d'arts et métiers. Les attributions de ce conseil furent ainsi étendues aux écoles d'arts et métiers.
Dans cette même année , l'enseignement du Conservatoire s'augmenta d'un cours de physique et de démonstration des machines.
En i83i, les places de directeur et de sousdirecteur du Conservatoire furent supprimées. Un des professeurs, à la nomination du roi, dut être chargé de l'administration de l'établissement, où il dut résider. Une augmentation de traitement lui fut accordée à titre d'indemnité.
Une ordonnance récente, à la date du i5 août i836, portée dans des vues sages et due aux lumières de M. Passy, alors ministre du commerce, a fondé , à titre d'essai , au Conservatoire un enseignement spécial pour l'agriculture, composé de trois cours , savoir : un cours de culture , un cours de mécanique et de construction agricole et un cours de chimie agricole.
256. — Le Conservatoire des arts et métiers est dans les attributions du ministre du commerce. En 1 828 , lors de la création d'un ministère du commerce et des manufactures , cet établissement avait été placé dans sa dépendance. (V. ordonnance du 20 janvier 1828.} Lors de la suppression de ce nouveau ministère , le Conservatoire rentra sous l'autorité du ministre de l'intérieur ; mais, depuis que le ministère du commerce a été rétabli, le Conservatoire est au nombre des institutions confiées à sa
haute direction et à sa responsabilité. (V. notamment les ordonnances royales du 6 avril i834, art. 2 ; des a mars et 19 septembre i836.)
257. — Les dépenses du Conservatoire sont évaluées , au budget dé 1 837 , à 85,ooo fr., savoir :
Pour le personnel y à 42,000 fr. : 1 professeur chargé de l'administration, 6,000 fr.; 3 professeurs de l'école d'application, à 5, 000 fr., i5,ooo fr. ; 3 professeurs de la petite école, à 2,000 fr.7 6,ooofr.;
1 conservateur des galeries, 2,000 fr.; 5 employés divers (préparateurs, surveillans), 5,900 fr.; enfin ,
2 concierges , 4 garçons de bureau et gardiens , 1 menuisier, etc. , 7, 1 00 fr. ;
Pour le matériel , à 43, 000 fr. , pour achat de modèles , entretien des galeries , frais de cours et dépenses administratives.
Dans la somme de 85, 000 fr. ne sont pas compris les traitemens des trois professeurs chargés du nouvel enseignement spécial à l'agriculture. Ces cours n'étant encore institués qu'à titre d'essai , le ministère n'a pas cru devoir faire figurer les traitemens dans le budget du Conservatoire. Les fonds nécessaires pour les solder sont pris sur le crédit ouvert pour encouragemens à l'agriculture.
258. — Le Conservatoire de Paris possède en ce moment les objets suivans :
i° Des galeries de modèles des machines et appareils les plus nouveaux. Ces galeries n'offrent guère aujourd'hui qu'un commencement de collection. Avant i833, un assez grand nombre de machines étaient rassemblées dans les salles d'exposition du Conservatoire ; mais presque toutes ces
machines étaient vieilles, et pouvaient tout au plus servir pour l'histoire des perfectionncmens des procédés industriels. En effet, le dernier classement remontait à l'année 1817, et l'on sait quels ont été depuis cette époque les progrès des arts chimiques et mécaniques. On a voulu remplacer tout ce qui ne pouvait être aujourd'hui d'une utilité réelle par des modèles nouveaux d'une parfaite construction. Les acquisitions qui ont été faites représentent, au cinquième de grandeur naturelle, les divers systèmes de machines à vapeur fixes et locomotives , les chemins de [er, les roues hydrauliques, les pompes et diverses machines à élever l'eau , les moulins à blé , la fabrication du papier, le travail du fer dans son ensemble et ses détails, les scieries modernes, les presses, les batteurs à blé , les charrues , les appareils de distillation, le travail du sucre, etc. Lorsque les crédits accordés à l'établissement auront suffisamment multiplié les acquisitions , l'administration se propose de créer une galerie spéciale pour les fdatures et tissages, une autre pour les appareils d'arts divers et une troisième pour les instrumens d'agriculture.
i° Gomme la construction des modèles est fort coûteuse , on a imaginé de faire exécuter une collection de dessins des machines et appareils les plus utiles et les plus remarquables. On formera ainsi un portefeuille industriel, qui annonce devoir être d'un très grand prix , si les dessins continuent d'être faits avec le même soin qui a été apporté jusqu'ici à leur confection. Indépendamment de ces dessins, le Conservatoire possède une série de grands tableaux coloriés, qui ont été exécutés pour les démonstra-
lions des cours publics , et particulièrement pour le cours de chimie appliquée aux arts. Ils représentent les fours et fourneaux de toute espèce , l'emploi de la vapeur comme force motrice ou comme moyen de chauffage , les calorifères , les séchoirs , les appareils de teinture , les raffineries , les brasseries , les savonneries , etc. Ces tableaux sont exposés dans les galeries des modèles.
3° Le cabinet de physique de Charles a été augmenté et amélioré considérablement. On peut regretter que ce cabinet ne soit pas ouvert, sinon au public , au moins aux industriels et aux étrangers qui visitent le Conservatoire.
4° La bibliothèque , formée de 2,000 volumes au moins , est ouverte au public deux fois la semaine. Elle se compose principalement des meilleurs ouvrages publiés sur les trois grandes branches de l'industrie, non seulement en France, mais chez les différentes nations dont la langue nous est familière.
Ainsi, le gouvernement , pour favoriser le développement des arts industriels par le concours de la théorie et de la pratique , offre dans le Conservatoire des arts et métiers , indépendamment d'un enseignement oral varié, des modèles ou des dessins des grandes machines, des tableaux d'appareils chimiques, une bibliothèque et une école de dessin. Pour compléter cet ensemble , l'administration a le dessein de créer une salle d'exposition, où les inventeurs pourraient déposer pendant quelque temps leurs appareils pour les faire connaître au public.
Nous ignorons, du reste, quel est le nombre et
quelle est la valeur, même approximative, des objets renfermés dans le Conservatoire.
259. — Sous le gouvernement consulaire il a été fondé à Lyon un conservatoire des arts et métiers , où l'on enseigne le dessin, la chimie et la mécanique. Nous n'avons pu nous procurer aucun renseignement sur ses collections.
article vu.
Matières premières ou fabriquées, destinées à de grands services publics.
SOMMAIRE
-60. — Répartition de ces matières entre les ministères.
260. — Dans le domaine de l'état, et parmi les objets qui forment sa richesse mobilière, il existe encore des matières premières ou fabriquées , qui ont une très grande importance , et qui , à ce titre , doivent être mentionnées dans cet ouvrage , et distinguées du mobilier des administrations, établissemens ou services publics ordinaires. Ces matières premières ou fabriquées sont principalement confiées aux soins des quatre départemens de la guerre, de l'intérieur, de la marine et des finances.
L'importance de cette portion de la fortune publique et la nécessité d'en assurer la conservation ont été, dès long-temps, senties par les pouvoirs publics ; mais, dans ces dernières années, elles ont été l'objet d'une attention spéciale. La chambre des députés avait d'abord voulu que la comptabilité des matières appartenant à l'état fût soumise , comme celle des deniers , au jugement de la cour des comptes ; mais la chambre des pairs ayant , par de graves considé-
rations (i), cru devoir repousser cette disposition , l'article 10 de la loi du i/± avril i833, portant règlement du budget de i83o, a statué « que les comptes des matières appartenant à l'état seront chaque année imprimés et soumis aux chambres , à l'appui des comptes généraux. »
Cette prescription de la loi a commencé de recevoir son exécution. C'est dans les publications officielles auxquelles elle a donné lieu que nous avons puisé la plupart de détails qui vont suivre.
N° 1. — Matières confiées au ministre de la guerre.
261. — Ce que comprend cette portion de la richesse mobilière de l'état.