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ART. 5. — DE QUELQUES QUESTIONS EMPORTANTES

Pour compléter l'étude des nombreuses lésions extérieures occasionnées par la foudre que nous venons de passer en

Sestier. n — s

revue, il nous reste quelques questions à examiner. Nous devons cherclier s'il existe un rapport entre l'étendue de ces lésions et les suites plus ou moins graves de l'accident; si l'inspection de ces blessures fournit des notions certaines pour éclairer le pronostic, et si la mort subite des foudroyés n'a pas eu lieu dans des cas où il a été impossible de constater la plus petite lésion extérieure.

1 I. — Vastes et profondes blessures chez des foudroyés qui ont survécu à l'accident. — Il n'est pas rare de voir des tbudi-oyés atteints de très-graves lésions extérieures survivre à l'accident.

Nous avons déjà consigné plusieurs exemples de ce remarquable phénomène, dans la description que nous avons donnée des lésions extérieures sous forme de vésications ti'èsétendues (observations de Henry et d'Ebell); De raies ou de bandes (Tilésius et Iluxham) ; De longues et profondes incisions (Lentilius); De vastes et nombreuses eschares (Minonzio) ; De plaies produites comme par une balle (Sprengel) ; Et de nécrose du crâne (W. Pétrie).

Et bientôt nous signalerons d'autres exemples de lésions extérieures très-graves, suivies de guérisons, lorsque nous étudierons la gastro-entérite suite de brûlure (Volpieri) ; l'influence de la fulguration sur la grossesse (Uesleber); certains effets salutaires de la foudre sur l'homme (Kostaing) ; et l'action thérapeutique de l'iode sur les brûlures fulminiques.

A ces nombreux exemples nous en ajouterons quelques autres :

Le 7 juin 1777, dans les environs de Saint-Yrieix (Haute- Vienne), un meunier, sa femme, sa servante et un étranger étaient assis sur un banc à la porte du moulin, lorsque la foudre éclata et les atteignit. Le meunier fut le i)lus gravement blessé; le bras droit était marcpié dans toute sa circonférence, depuis la partie supérieure jusqu'au poignet, d'une leinle noire semblable à une eschare très-sèche; il était tendu, brûlani, avait |)erdu sa motililé et exhalait une odeur do

soufre suffocante. Une brûlure semblable s'étendait sur toute la partie antérieure droite de la poitrine et de l'abdomen jusqu'au pubis. La plus grande partie du scrotum, la marge de l'anus, la fesse droite et la partie postérieure de la cuisse, ainsi que le mollet gauche, étaient aussi violemment affectés. Entin sur chaque épaule on trouvait une lésion semblable à celle qu'y auraient laissée de larges ventouses. Une suppuration très-abondante s'établit vers le huitième jour, et la guérison fut parfaite 28 jours après l'accident (Gondinet).

Un jeune homme de 19 ans travaillait le 8 juin 1808 pendant un violent orage dans une blanchisserie près de Saint- Gall. Il levait les mains pour étendre une pièce d'étoffe, lorsque la foudre tomba sur l'index de la main droite et jeta le malheureux à terre et sans connaissance. La tête avait peu soutïert, seulement le feu en passant rapidement avait grillé les cheveux, les sourcils, les paupières et la barbe du côté droit, puis le courant électrique avait immédiatement frappé le pouce et l'index de la main droite, et parcouru ensuite en différentes directions la surface interne du bras, dont il avait en plusieurs endroits enlevé l'épiderme. Des paquets de fibres musculaires du deltoïde étaient mis à nu et grillés par leurs extrémités ; de là le courant électrique avait parcouru la portion droite du tronc et les extrémités inférieures. Au bout de quelques jours la moitié du corps ne forma quune seule plaie, plus profonde dans certains endroits, surtout sur la paroi abdominale et vers la région des hanches. Le quatrième jour après cet accident, la paralysie du côté droit avait disparu, et la guérison entière fut obtenue au bout de quatre semaines (1).

Ce rétablissement complet des foudroyés atteints de trèsgraves blessures, se remarque à tous les âges, chez des enfants et chez des vieillards. Ainsi, d'après Volger, chez un jeune garçon, la brûlure occupait tout le visage, s'était étendue sur la poitrine, sur la paume des mains, sur les genoux et les jambes ; elle était profonde sur plusieurs de ces régions, et cependant la guérison fut complète.

(1) Bibliolh. Itril., l. XLII, p. 283; — cl Bibliolh. médic, t. XXVIII, p. 99,

Une petite fille, âgée de 8 ans, eut l'épaule droite, le bras droit, une grande partie du dos et de l'abdomen, ainsi que toute la longueur du membre inférieur gauche, depuis l'aîne jusqu'au pied, sillonnés par la foudre ; le sillon avait 3 pouces de largeur et paraissait avoir été produit par un fer brûlant. Dans quelques places, on voyait de grosses phlyctènes, la plupart d'entre elles étaient rompues lorsqu'on retira les vêlements : la fièvre traumatique et la suppuration furent bénignes, et l'enfant se rétablit complètement (Kolreif).

Madame de Beaufort, arrivée à un âge déjà très-avancé, fut atteinte sur l'épaule droite ; le fluide électrique suivit le bras jusqu'au coude, se transporta sur la hanche, de là, sur une partie du bas-ventre, sur la cuisse, la jambe et le pied jusqu'aux orteils ; les brûlures étaient très-graves au bras et au gros orteil : la malade cependant se rétablit promptement (Hemmer).

) i I II. — Lésions extérieures très légères, chez , des individus tués par la foudre. — On ne trouve •parfois, à la surface du corps des personnes tuées par la 'foudre, que des lésions si superficielles et bornées à un si

petit espace, qu'elles ne peuvent être constatées que par un

examen attentif et méthodique. Citons d'abord les faits parvenus à notre connaissance,

nous en présenterons ensuite le résumé.

. En décembre 1698, en Yorkshire, un jeune homme fut • frappé de la foudre qui le dépouilla de tous ses vêtements ; i ses cheveux et sa barbe étaient roussis comme on l'eût fait avec une chandelle, on voyait un petit trou au-dessus de l'œil

■ gauche {\).

L'abbé Richard (2) a vu un soldat jeune et vigoureux.

■ atteint en pleine campagne par la foudre qui le tua sur le coup, sans qu'on aperçût d'autre vestige de son action, qu'un point noir presque imperceptible au-dessus de l'œil gauche.

Un jeune garçon fut tué raidc par le fluide électrique ; on

(1) Tlioresby. Phil. trans.

(2) Hist. (le l'nir, t. VIII,

ne remarqua que quelques petites plaies superficielles sur le front, elles ne paraissaient avoir atteint que l'épiderme ou tout au plus la couche super(îcielle du derme, les sourcils et les cheveux qui circonscrivent le front étaient brûlés ; on ne découvrit d'ailleurs aucune lésion sur la surface du corps ni aucune altération dans les vêtements, à l'exception du chapeau de paille qui était percé, sur le devant de la forme, d'un trou de trois pouces de diamètre (W. Coffin).

En juillet 1829, la foudre atteignit un homme occupé à pomper dans un champ inondé, il fut tué raide, ses habits étaient déchirés en atomes, et cependant le corps ne présentait aucune trace du fluide électrique, à l'exception d'une lérjère marque sur le front (Howard).

Une jeune dame fut frappée à mort dans une salle de bal; on vit à la tempe droite, une petite sugillation d'un demi-pouce environ de diamètre, ayant au milieu une petite ouverture qui ne paraissait pas avoir atteint l'os temporal, autant du moins qu'on put le constater dans la section des tissus ; une partie de sa chevelure était brûlée, et sa poitrine présentait des ligures de Lichtenberg (Boeckmann).

En 1763, dans la paroisse d'Hasfofen, un enfant de 5 ans fut tué par le tonnerre ; on ne remarqua que des cheveux brûlés sur la région gauche de la tête et quelques taches livides dispersées çà et là sur le dos (1).

Une religieuse de Saint-Étienne fut tuée par la foudre ; sa coiffe et le crâne étaient percés d'un trou d\me ligne de diamètre ; on ne découvrit aucune autre lésion extérieure (DelaPrade).

Le 28 juin 1758, à Nîmes, une femme était debout, la tête courbée, lorsqu'elle fut tuée par le tonnerre. Le docteur Razout, médecin de l'Hôtel-Dieu, constata pour toute lésion que les c heveux de la nuque étaient brûlés'dans l'espace de deux travers de doigts et que la peau correspondante était ridée (2). Le jeune homme que Duverney examina avec attention,' ne présenta d'autre lésion extérieure que deux légères contusions sur la partie postérieure de la tète. ■' '■ ■ I

, (I) Bergman. De arertendo fulmine, p. 149. j (2) Mém. de l'Acad. roy. des se., p. 53 (1761).

Dans les observations suivantes, une très-légère lésion a été également observée à la surlacé de la tête, mais de graves désoi-dres aiïectaient les tissus sous-jacenls et le cerveau lui-môme.

Le 24 mai 1778, une fille de 22 ans fut foudroyée près de Nantes; à l'examen du cadavre, toute la surface du corps paraissait saine, et Ton ne trouva à l'extérieur d'autre lésion qu'une petite plaie à la tête, mais sous le cuir chevelu existait un grand épancliement de sang noir et coagulé : les méninges et le cerveau étaient intacts (Ragneau).

Sur un homme frappé mortellement par l'étincelle, on ne trouva à l'extérieur qu'une petite plaie sur le sommet de la tête, les cheveux étaient brûlés au pourtour, mais le crâne était perforé et le cerveau très-gravement lésé (Devaux).

En 1768, une vigneronne fut tuée par le tonnerre près d'Orléans ; pour toute lésion extérieure, on ne remarqua qu'une plaie contuse superficielle, de la grandeur d'un hard tout au plus, sur la partie supérieure et latérale droite de la tête : il en était sorti un peu de sang ; pas un cheveu n'était brûlé et la coiffure ne portait aucune trace de la foudre, mais au-dessous du cuir chevelu et dans l'intérieur même du crâne, on trouva des épanchements de sang (Ballay).

Jusqu'ici, dans les observations qui précèdent, les trèslégères lésions extérieures ont eu pour siège quelque point de la tête ; dans les cas suivants, elles ont affecté le cou, le dos, la poitrine et les aisselles.

Un sonneur fut frappé par la /foudre à Besançon; le cadavre, inspecté dans toute son étendue, ne présenta ni plaie ni brûlure, le cou seulement était noirci et le col de la chemise était coupé (J. Gilberl).

Une dame, qui avait le dos tourné vers le foyer d'une cheminée, fut instantanément tuée par la décharge électrique; on ne trouva que quelques taches livides sur le cou et sur les épaules. Cet événement se passa aux environs de Londres, dans la maison de M. Hill (Beyer).

La foudre qui tomba sur la Mignonne y tua plusieurs hommes, dont l'un était, en ce moment, près de l'établi de

ET SUR LES ANliMAUX. LÉSIONS 71

rarmurier ; on ne vit sur lui qu'une tache noire au côté (1).

Un matelot frappe mortellement présentait seulement une tache noire au côté et une petite blessure laite comme par un fer à cautériser (lîridginan).

Le corps d'un autre matelot tué à bord de la Sijbilku ne présenta pour toute lésion extérieure qu'une petite tache noire sur le dos (1).

On ne trouva sur le corps d'un homme qu'une petite ligne noire sur le sternum ; les cheveux des tempes étaient crêpés (J.-i\I. Hoffmann).

Un autre ne présenta qu'une faible marque sur la poitrine (P. Clare).

Brassavola ne découvrit à la surface du corps d'une jeune fille que deux grandes taches noires situées sur le dos, et qui paraissaient avoir été occasionnées par la combustion de la poudre à canon.

Dans les deux observations suivantes, ce sont l'aisselle et l'aîne qui ont été atteintes.

M. John Leconte rapporte qu'une négresse de 40 ans, tuée au pied d'un arbre, ne présenta pour toute lésion extérieure qu'une tache de brûlure de l'étendae d'un dollar sur l'aisselle droite.

Et le docteur Régnier, ayant examiné toute la surface du corps d'une jeune fille de 18 à 20 ans, ne vit d'autre lésion que les poils de l'aisselle et de l'aine droite qui étaient roussis de la même manière qu'aurait pu le faire une bougie ; la peau avait conservé dans ces régions sa couleur naturelle : on voyait dans l'oreille du même côté quelques gouttes de sang.

Les animaux tués par la foudre ne présentent parfois non plus que de très-légères lésions extérieures.

Enfin dans les nombreuses expériences faites sur de petits animaux, l'étincelle électrique qui les a tués n'a laissé sur la peau de la tête que des lésions légères et de très- minime étendue.

Sur une musaraigne, Priestley trouva les poils en partie

(1) Amiral Hawker. Philos, mag. 3« série, t. XVI, p. 4dl.

(2) Naulic. Mag., t. XUl, p. 3L

EFFETS DE LA FOUDUE SUR L'IIOMxME

brûlés, en partie arrachés; Carmoy ne constata également sur la tête d'un chapon qu'un point enflé, meurtri et noirâtre, et sur la tête de pigeons et d'hirondelles qu'une très-petite ecchymose. Verrati ayant Lue des tourterelles, des chardoniVérets et des moineaux, par le même procédé, c'est-à-dire en frappant la tête d'une étincelle, ne put découvrir sur la peau qu'un trou excessivement rouge et d'une exiguïté telle qu'il aurait facilement échappé à l'œil nu.

Il est donc parfaitement démontré que la foudre tue quelquefois, en ne laissant à la surface du corps que de trèslégères traces de son action. Nous connaissons 26 cas de ce genre, nous les avons cités pour la plupart. La lésion a eu son siège à la tête 15 fois, c'est-à-dire dans les 3/5 des cas, savoir :

Au fiont 4 fois.

Sur les tempes ou les régions latérales 6 —

Sur la région postérieure 2 —

Au sommet 2 —

Dans le 15® cas, la lésion à la tête n'a pas été autrement indiquée.

Dans les 11 autres cas, la lésion a affecté :

Le cou . . .

L'aisselle .

La poitrine Le dos

11 est à remarquer que pas une seule fois la lésion n'a eu son siège sur l'abdomen et sur les membres. Dans un cas cependant, où les poils de l'aisselle droite avaient été brûlés, la même altération fut constatée au pubis du môme côté.

La nature et les apparences de la lésion ont varié.

A la tête, la lésion s'est présentée 4 fois sous la forme d'un trou fort exigu, d'une ligne de diamètre par exemple, ou d'un petit point noir presque imperceptible, ou bien encore sous la forme d'une petite sugillafion avec un pertuis au milieu, comme chez plusieurs animaux tués par rétincelle de la machine.

Trois fois, c'était une |)Iaie conlusc superficielle, fort peu étendue, de la grandeur d'un liard par exemple.

2 fois.

Deux fois une contusion n'occupait également qu'une petite surface.

Dans un cas, la peau était légèrement ridée à la nuque et les cheveux étaient brûlés dans la partie correspondante ; et même, chez un autre individu, on ne trouva pour toute lésion que des cheveux brûlés sur la région gauche de la tête.

Mais il importe de remarquer que parfois, tandis que la surface de la tête ne présentait que de légères lésions, le chapeau était largement altéré et des épanchements de sang existaient sous le cuir chevelu et dans l'intérieur même du crâne.

Au cou, au dos et à la poitrine, les légères traces de la foudre consistaient le plus ordinairement (8 fois sur 12) en une tache noire de peu d'étendue, en une petite ligne également noire, ou bien encore en des taches livides bornées à une petite surface.

Chez 2 personnes on ne trouva qu'une petite eschare.

Chez une autre, une tache de brûlure de l'étendue d'un dollar ;

Et même, dans un dernier cas, la lésion se bornait à l'ustion du poil de l'aîne et de l'aisselle. •

I m. — Absence de lésions extérieures sur des individus et sur des animaux tués par la foudre.

— Les hommes et les animaux tués par la foudre qui les a atteints directement, ne présentent pas toujours des lésions extérieures.

Avant de citer les faits de ce genre parvenus à notre connaissance, nous devons dire que sur les 16 individus dont il va être question, 11 ont bien certainement reçu l'action directe de la foudre ; plusieurs circonstances nous portent en outre à penser qu'il en est de même des 5 autres ; il ne s'agit donc point ici d'individus qui auraient succombé sous l'action de la foudre à distance, ou par choc en retour, mais bien de coups mortels et directs.

Les anciens avaient déjà remarqué l'absence des lésions extérieures chez quelques foudroyés; la foudre les ayant frappés de mort sans laisser « sur eux aulcime marque, ^iij de

coup, ny de blesse tire, ny de brnsleure, leur âme s'en estant fiiyc de peur hors de leur corps, comme l'oiseau qui s envole de sa cage (1). »

Scaliger s'exprime ainsi : Solo afflatu aliquot extinctos vidimus, in quibus nulla usquam ictus vestigia apparebant.

Le chevalier de Viliars affirme que plusieurs personnes tuées près de lui, par la foudre, n'avaient aucune marque apparente de brûlures ou de mutilations.

Fabrice de Hilden rapporte qu'un maître et son domestique cheminaient à cheval, l'un à côté de l'autre et enveloppés du même manteau, lorsque la foudre éclata et tua l'un des cavaliers et les deux chevaux : « In equis nulla externa deprehensa fuit lœsio, ut nec in famulo prœterquam in pilo in quo foramen satis magnum- repertum fuit. »

Le docteur Pauthot a vu un homme qui fut tué par le tonnerre sans qu'il parut sur son corps aucun vestige de brûlure ou de violence du coup qui lui avait donné la mort.

Le comte de Forbin ayant fait examiner le corps d'un matelot tué par la foudre, au pied d'un màt, dit qu'on ne trouva pas la moindre contusion sur la surface du corps.

Scheuchzer affirme qu'on ne put voir le moindre signe de blessure sur un jeune homme tué par le météore près de Zurich.

Ant. Louis ayant eu l'occasion d'examiner avec la plus grande attention le cadavre d'un soldat tué par la foudre à Metz, affirme également n'avoir trouvé à l'extérieur ni brûlure ni contusion.

L'abbé Richard rapporte qu'un laboureur ayant été tué par la foudre près d'Aigueperse, en Bourbonnais, on ne trouva sur son corps ni contusion, ni blessure, et on n'aurait pas pu découvrir la cause de sa mort si plusieurs personnes, qui étaient à quelque distance, n'avaient vu la foudre tomber sur lui.

Deux jeunes gens furent tués simultanément sous un hêtre; ils ne présentèrent aucune lésion (Palasson). La foudre pénétra dans une maison de campagne du Dau-

(l) Plularque. Sf/mposiaqfites, liv. iv, quesl. i. Trad. d'Amyol, Paris (1575).

phiné, y renversa plusieurs personnes et tua un jeune homme sans laisser sur lui de trace extérieure (De la Pracle).

Le 29 août 1791, près de Ginepreto, village situé sur l'une, des collines d'Oltrepo, un homme fut tué par la foudre. Le docteur Dagna s'assura que son corps et ses vêtements ne présentaient pas le moindre indice de lésion ou de roussissure, ou quoi que ce fiît des effets de la foudre.

Le fluide électrique qui tua un homme, ne produisit sur lui aucune lésion extérieure ou intérieure visible : le cerveau répandait une odeur sulfureuse (Tilloch) .

Un Lascar fut tué à bord d'un navire; aucune marque n'apparut sur son corps (Docteur Maccaulay).

Une femme et sa fille, âgée de 12 ans, furent atteintes sous un peuplier. La mère survécut , elle eut les cheveux brûlés et une contusion au visage; l'enfant fut frappée de mort et ne présentait aucune blessure (Iléricart de Thury).

Un chasseur à cheval du 7" fut tué par la foudre à Tarbes. Son cadavre examiné avec le plus grand soin ne présenta à l'extérieur aucune lésion. On ne trouva non plus aucune lésion notable dans les organes intérieurs (Guyon).

Une jeune négresse de 13 ans et une petite fille de 6 ans ne présentèrent pas la moindre trace extérieure de la foudre qui les avait tuées (John Leconte).

Une jeune fille succomba quelques heures après avoir été foudroyée ; on ne trouva sur elle aucune lésion (P. Clare).

L'absence de lésions extérieures a été également signalée chez des animaux tués par la foudre.

Fabrice de Ililden, Diemerbroeck font mention, le premier de 2 chevaux, et le second d'un cheval tués par la foudre, qui ne laissa sur eux aucune trace extérieure de son action.

Le 7 juillet 1778, près de Hambourg, la foudre tua 2 chevaux dans leur écurie; ils ne présentèrent extérieurement aucune trace de brûlure et cependant on trouva chez l'un et l'autre une rupture des oreillettes. Reimarus dit que ce fait lui a été rapporté par un observateur qui lui inspirait la plus grande confiance.

Le 12 mai 1781, d'Aussac, de Gautran et de Lavallongue

cheminaient à cheval sur une route près de Castres, lorsqu'ils furent atteints par la foudre. D'Aussac et les 3 chevaux furent tués ; de graves blessures furent constatées sur le premier, tandis qu'on ne vit aucune trace de lésion sur les animaux.

Quatre chevaux furent foudroyés, le 14 août 1793, non loin de Douvres; John Lyon dit qu'on n'aperçut aucun indice extérieur du coup qui les avait tués ; seulement quelques longs crins sur la poitrine de l'un d'eux étaient brûlés, et cependant le cœur était le siège de graves désordres.

Le 9 septembre 1843, à Fougères, la foudre tua plusieurs chevaux dans une écurie; ils ne présentèrent aucune lésion extérieure d'après le rapport de MM. Marcus et Claudon, vétérinaires, anciens élèves de l'école d'Âlfort (Blondeau). Le 24 septembre 1787, à Ogenne, 2 vaches et 1 génisse lurent frappées de mort dans une étable : aucune blessure extérieure ne paraissait sur leurs corps (Palasson).

M. Liais dit qu'on n'a trouvé sur une vache aucune lésion extérieure, aucune trace delà foudre qui l'avait tuée, et sur une autre vache, dont la tête touchait presque la tête de la précédente, on n'a trouvé pour toute lésion externe qu'une brûlure peu étendue du poil du cou.

J. Wasse rapporte qu'un berger et cinq moulons ayant été tués par la tbudre, quatre d'entre eux n'offrirent* aucune lésion extérieure, le cinquième présenta seul une blessure à la tête.

Le 13 mai 1803, près de Fehrbellin, 40 brebis furent tuées, on ne voyait sur elles aucune trace de brûlure ; le berger qui les surveillait, et qui avait également succombé, était au contraire atteint de nombreuses blessures.

Le 24 juin 182.., dans le Wurtemberg, un berger et 216 moutons furent tués en plein champ ; les habits du berger étaient déchires en petits morceaux... On ne trouva sur les animaux aucune trace de blessure.

Le docteur Masiicurat-Lagéinard, qui avait plusieurs fois observé dessillons de brûlure sur des animaux tués par la foudre, n'en remarqua aucune sur un cochon tué par le même agent.

R.T SUR LILS ANIMAUX. LKSIONS 77

L'abbé Ciiapsal, dans sa Irès-rcmarqiiable description des I effets de la foudre, parle d'un pourceau tué par un coup de 1 tonnerre, et chez lequel on ne découvrit aucun indice exté- 1 rieur ilu passage du météore.

De ces faits et de beaucoup d'autres que nous ne pouvons I enregistrer, il est facile de conclure que Ja mort sans lésion I externe est bien réelle. Il est bon de remarquer que la plupart I de ceux qui nous ont rapporté ces faits sont des médecins, et ( que leurs observations sont dignes de toute confiance.

§ IV. — De l'incinération du corps humain par la ! foudre. De la prétendue disparition des foudroyés. Du rôle de l'électricité et plus particu- : lièrement de la foudre dans la combustion hu- : maine dite spontanée. — La foudre a-t-elle parfois ré- < duit en cendres, en totalité ou en partie, le corps de l'homme (OU des animaux (1)? Plusieurs auteurs l'affirment. L'incinération aurait été partielle dans le cas suivant : Le 3 février 1824, à Waterford, la foudre descendit par une I cheminée et tua une fille âgée de 21 ans; ses vêtements, ses t cheveux et un bras furent brûlés et réduits en cendres (burnt t to ashes) ; le cou et la poitrine avaient la couleur du charbon I (Howard).

La combustion , sans doute jusqu'à Tincinération , aurait i atteint plus spécialement les viscères, au rapport de deux au- I leurs. «Ainsi, ditToaldo, toute la masse intérieure d'un bœuf 1 fut consumée, le corps lui-même de l'animal étant resté intact», et l'historiographe Le Laboureur dans sa traduction de I l'Histoire de Charles VI, rapporte que la foudre ayant pénétré par une lucarne dans l'appartement du Dauphin, depuis Charles VII, tua dans son antichambre, un jeune écuyer « dont il brûla et consuma tout le dedans du corps , et ne lui laissa rien d'entier que la peau qui demeura noire comme du charbon. »

(1) « L'homme qui a ainsi perdu la vie (par la foudre) ne peut être brûlé : • la religion veut qu'on l'enterre. « La foudre ne met le feu à aucun animal, . s'il n'est pas déjà murl. . iNullum animal, nisi exanimalum, fulmine accendilur. Pline, Hist. nat., liv. ii, cliap. lv.

Enfin le corps entier de l'homme aurait été réduit en cendres. « On a vu, dit Ant. Louis (1), le tonnerre écraser un arbre sans y laisser la moindre trace de combustion et réduire en cendres un berger qui était au-dessous. »

Au rapport de Richard (2), un homme aurait été presque réduit en poussière, au milieu de plusieurs autres qui étaient sous le môme arbre. Et , suivant le même auteur, le 27 juillet 1709, la foudre tomba dans la salle de spectacle de Feltri (Marche Trévisane), lorsque plus de 600 spectateurs y étaient réunis. Un grand nombre d'entre eux furent blessés ou tués; et six personnes furent entièrement réduites en cendres.

On a même avancé que des animaux frappés par la foudre avaient , au premier abord, paru intacts, mais qu'en les louchant, ils étaient tombés en poussière ! (Toaldo).

Et c'est à l'aide de cette incinération subite et de la dispersion des cendres dans l'atmosphère, que certains auteurs ont cherché à expliquer la disparition subite de l'homme foudroyé I

Ainsi W. Meurerus rapporte qu'un ministre frappé par la foudre sur la route qui conduit de Leipzig à Torgau, disparut subitement et qu'on n'en trouva plus de trace (3).

Fromondus, Schottus admettent que le corps de cet homme fut réduit en cendres et que l'explosion fulminante ou le vent d'orage les dissipa dans l'atmosphère. Ils attribuent la môme cause à la prétendue disparition de Romulus.

L'illustre fondateur de Rome passait la revue de son armée dans une plaine près du marais de Capra : tout à coup, dit Tite-Live (4), un orage accompagné de violents coups de tonnerre enveloppe le roi d'un nuage si épais qu'il le dérobe à tous les regards. Dès ce moment, Romulus avait quitté la terre.

Il est vrai, ajoute Tite-Live, que quelques-uns des assistants soupçonnèrent les sénateurs de l'avoir mis en pièces ; et le bruit en courut, quoique sourdement.

(1) Oliscri). sur l'éleclricité, p. 74.

(2) Hist. de l'air et des météores, t. Vill.

(3) Cjommenl. méléorol,, p. 140.

(4) Lib. I. I XVl.

Le lecteur a sans doute déjà fait justice des laits que nous wenons de citer et qui n'olïVent aucune garantie; Louis, 1 Howard, Toaldo, Richard, etc. , ne nous disent pas en avoir été :iles témoins. Quand on considère le pouvoir conducteur du corps de riiomme, on ne peut admettre qu'il subisse de la' ipart du fluide électrique de si prodigieux effets. De plus, nous ine connaissons pas un seul exemple avéré d'arbre ou de ïpartie d'arbre, réduit instantanément en cendres par la f foudre.

Quant à l'événement du ministre, cité par W. Meurerus, ttrop de causes peuvent faire disparaître un individu voyaîgeantsur la grande route, pour qu'il soit utile d'insister sur le rrôle qu'aurait pu jouer la décharge fulgurante.

Mais s'il n'est pas démontré que la foudre ait, par sa seule saction comburante, réduit en cendres le corps de l'homme, ece météore ne pourrait-il pas devenir la cause déterminante cde la combustion spontanée, chez des individus disposés à ce ggenre d'accidents? C'est ce qu'ont pensé plusieurs auteurs. Mprès avoir admis, contrairement à toutes les lois physiques eet chimiques, le fait de la combustion spontanée, ils ont chercché à l'expliquer en disant que l'étincelle électrique avait détterminé la combustion chez des individus qui se trouvaient ddans un état morbide particulier ; ou bien encore en admet- ^ t.tant que l'électricité, décomposant certaines parties du corps, lipouvait donner naissance à des éléments combustibles et calipables par conséquent de produire les phénomènes annoncés ,:(Strubel.)

Nous ne discuterons pas ici l'explication donnée par ces autteurs d'un phénomène que nous n'admettons pas, et sur le- •jquel nous partageons entièrement l'opinion de MM. Tardieu eet Rota (1).

I V. — Phénomènes observés chez l'homme et cchez les animaux, avant et pendant les orages. — {L'influence des temps orageux sur l'homme est fort complexe (kJans sa cause. La température, l'humidité, la pression de l'at-

(1) Ann. d'hygiène, t. XLIV et XLV (18^0).

mosphère jouent chacune son rôle, auquel s'ajoutent les influences électriques.

Nous n'avons pas l'intention de traiter ici cet intéressant et difficile sujet, nous nous bornerons à étudier plus particulièrement l'action de l'électricité atmosphérique.

1° Sur l'homme, qui n'a pas été précédemment foudroyé : 2° Sur celui qui a déjà subi les atteintes de ce redoutable

TïiétéorG.

Nous pourrions citer beaucoup d'individus qui à l'approche ou pendant les orages ressentent des douleurs vagues dans les cicatrices des plaies anciennes, aux moignons des membres amputés.

Nous n'en rapporterons qu'une observation, tirée du Dictionnaire des merveilles de la nature, tom. III, page 403.

Un bateUer sur le Rhône, près de Saint- Vallier (Dauphiné), reçut, dans une dispute, un coup de couteau dans le ventre ; les intestins et Tépiploon sortaient par la plaie ; il fut porté à l'hôpital de Saint-Vallier où il guérit. La plaie était cicatrisée, quand un jour survint un violent orage. Le malade se plaignit de sa blessure récente : les douleurs revenaient et se dissipaient avec les éclairs qui étaient très-vifs et très-fréquents. Le docteur Garnière ayant fait mettre la partie blessée à découvert pour examiner avec attention les changements qui pourraient y survenir, n'en aperçut aucun, quoique le malade poussât des cris et des gémissements, en portant instinctivement la main sur la cicatrice, toutes les fois qu'il éclairait ; les éclairs finissant, la douleur cessait; plus les éclairs se succédaient et étaient brillants, plus la douleur se répétait et était aigué : ce singulier phénomène se répéta pendant plus d'une heure; enfin Forage, la pluie et les éclairs ayant cessé , le batelier ne sentit plus de douleurs; trois jours après, il quitta l'hôpital, reprit la rame, et depuis cette époque il n'éprouva plus d m- . commodités de ce genre.

Ces douleurs ressemblent parfaitement à des douleurs névralgiques. Afin de voir quelle pouvait être l'intluence du moral sur leur production, le docteur Garnière aurait bien dû placer un bandeau sur les yeux du malade ; si les douleurs avaient continué à se produire, il eût été bien démontré

qu'elles étaient réellement produites par l'influence du fluide électrique.

Il est des individus qui pendant les orages éprouvent un malaise considérable : on en a vu éprouver des indigestions, des vomissements., des diarrhées, comme par une forte purgagation ; d'autres sont affectés de violente céphalalgie, de migraine, de vertige, d'éblouissement ; d'autres éprouvent une grande gêne dans la respiration, une oppression cardialgique, de violentes palpitations.

Dans tous ces accidents, il est très-difficile de démêler les phénomènes si variés et si graves que peut produire la peur.

2. Les personnes qui ont été foudroyées éprouvent souvent à l'approche ou pendant la durée des orages , des troubles d'ailleurs très-variés dans leur siège et leur nature. Il n'est pas rare par exemple que les régions qui ont été blessées par l'étincelle, soient alors affectées de démangeaisons, de douleurs plus ou moins vives, de secousses comme électriques, de mouvements convulsifs, ou d'engourdissement , ainsi :

On a vu à Aumale, dit le docteur Marteau de Grandvilliers, un homme qui, ayant été frappé par la foudre le long de l'épine dorsale, pendant qu'il se baissait, pronostiquait le tonnerre dès ' la veille; il éprouvait un malaise et une démangeaison douloureuse, le long de la trace que la foudre lui avait jadis imprimée sur le dos. Il cite un autre exemple, à peu près semblable sur une fille de 12 ans.

Un homme de 46 ans, blessé par Tétincelle et dont les membres inférieurs avaient été momentanément paralysés, sentit dans ses membres des secousses électriques pendant tout l'été, à l'approche de chaque orage (Diener).

Une jeune fille de 17 ans, fut frappée par la foudre au pied gauche; dans la suite, ce même pied devenait le siège de douleurs très-vives et de mouvements convulsifs quand le tonnerre se faisait entendre. (Cummenus).

Le docteur Brillouet a toujours éprouvé, depuis le foudroiement qui faillit lui àeweniv^nae&te, des violents maux de tête, des étourdissements et de l'engourdissement dans le côté gauche, qui avait été plus particulièrement blessé, toutes les fois que le ciel était orageux.

Sestier. n

Quelques anciens foudroyés éprouvent des étouffements, sont saisis de convulsions, tombent en syncope, dans les mêmes circonstances.

On a vu même quelquefois se reproduire au moment d'un orage des accidents qui ont caractérisé le foudroiement; ainsi Briick cite un enfant atteint d'urticaire, immédiatement après la fulguration, qui fut ensuite jusqu'à sa mort, qui survint dans l'âge adulte, affecté d'urticaire toutes les fois que survenait un orage.

Wallis rapporte qu'une femme foudroyée dans la catastrophe d'Everdon, éprouva pendant plusieurs années, à l'époque où elle avait été atteinte, des tintements d'oreille et plusieurs symptômes qui réclamaient une saignée, elle vit aussi plusieurs fois apparaître sur son corps une éruption semblable à celle des piqûres d'orties.

I VI. — L'homme frappé parla foudre voit-il l'éclair, entend-il le tonnerre? — « Jamais la foudre » n'atteint celui qui voit l'éclair et entend le coup avant d'ê- » tre frappé. Quand elle gronde à gauche , on la regarde • » comme d'heureux présage , parce que l'Orient est à la » gauche du monde.

» Il est certain qu'on voit l'éclair avant d'entendre le ton- » nerre, quoiqu'ils aient lieu en même temps; cela n'est pas » étonnant, puisque la lumière est plus rapide que le son. » {Lux sonitu velocior) {\) .

Cette importante question a été traitée par Arago dans sa remarquable notice. Avant cette époque, le doute pouvait être permis car rien ne paraissait plus rapide que la lumière, une vitesse bien constatée de 80,000 lieues par seconde paraissait assez étonnante pour que l'imagination ne cherchât pas à aller au-delà; on pouvait supposer que le foudroyé apercevait l'éclair avant de ressentir le choc de la foudre, mais les expériences laites sur la vitesse de l'électricité, ont constaté que cet agent se propageait encore plus vite que la lumière, il importait donc de rechercher si les foudroyés

(1) Pline. Hist. nat., ii, cliap. lv, édition Panckoucke.

apercevaient l'éclair qui accompagne le météore. Ce point, important pour la météorologie, touche aussi à la physiologie ; il est bien évident que beaucoup de personnes timides seraient arrachées aux cruelles préoccupations dont elles sont assaillies pendant les orages, si elles savaient qu'on n'a rien à craindre de la foudre quand on a vu l'éclair.

Il est bien démontré aujourd'hui , par un très-grand nombre d'observations que l'homme atteint de la foudre ordinaire, de manière à perdre à l'instant même connaissance , tombe sans avoir rien vu, rien entendu.

Arago cite sept observations de cas de foudre à l'appui de cette opinion ; notre collection nous en présente une douzaine que nous ne citerons pas, parce qu'elles sont toutes à peu près identiques.

Dans toutes ces observations, les foudroyés revenus à eux, s'accordent à dire qu'ils n'ont rien vu, rien entendu, et le plus souvent qu'ils n'ont rien senti; de sorte qu'ils ne savent absolument rien de ce qui s'est passé, et qu'ils ne comprennent pas pourquoi, par exemple, il se trouvent étendus sur le sol ou dans leur lit.

Ce phénomène s'expUque facilement si l'on fait attention que l'électricité se meut plus rapidement que la lumière et surtout que le son, en sorte que les appareils de la vision et de l'audition sont ordinairement paralysés avant que la Inmière ou les ondes sonores aient pu faire impression sur eux.

Au reste, le même phénomène a été plusieurs fois observé sur des savants, qui dans le cours de leurs expériences ont reçu par mégarde la décharge d'une forte batterie électrique, ainsi :

Wilkins tomba sur le sol « ignorans ipse quid secum factum esset » (Bergman).

Ingenhousz ne sentit rien, ne vit rien , n'entendit point l'explosion qui eut cependant sur lui une si puissante action. (Voyez : perte de la mémoire) .

Dans une de ses expériences, Franklin reçut accidentellement sur la tête, la décharge de deux grandes jarres ; à l'instant même il tomba; ayant bientôt repris ses sens, il s'étonna

de se trouver par terre, il ne put d'abord concevoir comment cela lui était arrivé. Ne sachant pas que la décharge des deux jarres s'était faite, il tenta de l'opérer mais en vain ; les assistants lui dirent alors qu'il les avait déjà déchargées, qu'il en avait lui-même reçu l'explosion et qu'il en avait été renversé. Franklin n'avait ni vu, ni entendu Vexplosion. 11 ne résulta de cet accident qu'une petite tumeur à l'endroit de la tête, où le coup avait porté, et qui se dissipa en peu de jours. Ce fait se trouve consigné dans une lettre de Franklin à Ingenhousz (1).

Dans une autre expérience, le même savant reçut la décharge de fortes jarres sur la main; il fut quelques minutes avant de reprendre ses esprits; il ne vit point le trait de feu, quoique son œil fût tout près du conducteur d'oii ce trait était parti; il n'entendit pas davantage le bruit du coup, bien que les assistants eussent aÊQrmé qu'il avait été considérable. Un autre fait est rapporté par Franklin (2).

Ainsi il y a souvent absence complète de sensation chez les individus foudroyés, mais il en est cependant qui quoique n'ayant rien vu ni rien entendu, assurent avoir éprouvé quelque sensation particulière , comme une secousse, une violente commotion, de vives douleurs dans tout le corps, ainsi :

Un homme cité parBorlasc n'avait rien vu, rien entendu, mais il avait éprouvé la sensation d'un choc, car en revenant à lui, il demanda qui l'avait frappé.

Un charretier blessé par la foudre et que nous avons examiné à l'Hôtel-Dieu, nous affirma n'avoir pas vu l'éclair, ni entendu lô bruit du tonnerre, mais avoir éprouve une violente secousse à Tintant môme où il avait perdu connaissance.

Il semble donc que dans certains cas les organes de la vision et de l'audition sont paralysés avant l'appareil qui préside à la sensibilité générale.

Si le foudroyé ne perd pas connaissance au moment môme où il est frappé, mais seulement quelques instants après, on

(1) Nouvelles expér. el observ. sur divers objels de phys., t. II, p. 353.

(2) Lettre au Docteur Linning, 18 mars 1755.

'conçoit facilement qu'il puisse voir l'éclair et éprouver diverses autres sensations, sans entendre le tonnerre dont le bruit n'arrive h lui que lorsqu'il est déjà hors d'état de l'entendre; c'est ce qui est arrivé dans le cas suivant :

M. Marie, alors sur un navire, était assis sur le bord d'une fable autour de laquelle plusieurs personnes jouaient la bouillotte, lorsqu'il fut atteint de la foudre; revenu à lui, il se rappela la vive lumière qui l'avait douloureusement ébloui, le pétillement et la sensation dé brûlure qu'il avait éprouvés à la face; le cliquetis des jetons renversés avait également frappé ses oreilles, mais il n'en avait pas été de même du bruit du tonnerre, dont il n'avait aucun souvenir, pas plus que de toute commotion violente (Bermond).

Si quelques foudroyés ont perdu immédiatement connaissance, et déclarent n'avoir pas vu l'éclair mais entendu le tonnerre, comme Rice et Marteau de Grandvilliers en ont chacun cité un exemple; c'est qu'évidemment le bruit du tonnerre dépendait d'une explosion précédente et non de celle qui les avait atteints.

Ces considérations se rapportent toutes à la foudre ordinaire'ou foudre en zigzag, et ne concernent aucunement la foudre en fusée ou la foudre en globe ; ces derniers météores ayant une marche beaucoup moins rapide, l'homme, avant d'en être frappé, peut les voir et même entendre le bruit de la décharge électrique qui les a produits.

L'histoire que nous avons faite de la foudre en globe nous dispense de nouveaux détails.

I VII. — Chute et transport des individus foudroyés. — En général, l'homme directement frappé par la foudre ou qui se trouve seulement dans la sphère d'activité de ce météore, tombe à l'endroit même oîi il a reçu la décharge foudroyante ; mais souvent aussi, avant de tomber, il éprouve un déplacenient plus ou moins considérable.

Franklin (1) avait remarqué qu'une personne frappée par l'étincelle des machines « s'abat, pour ainsi dire, pliée en

(1) Lettre au Docteur Linning, 18 mars 1755.

» double, les articulations perdant tout à la fois leur forcet » et leur raideur ; de sorte qu'elle coule dans l'instant sur » place, sans chanceler le moins du monde auparavant et » sans jamais tomber de son long. »

Nous trouvons ce même phénomène spécifié dans une relation du D'" Girault, où il est dit qu'un homme et une femme atteints et blessés par la foudre dans une chambre, « ne fu- » rent pas lancés, mais tombèrent tous deux doucement à » terre, en se pliant sur les jambes d'abord, puis en se ren- » versant en arrière. »

Cette manière de tomber en s'affaissant est sans doute trèsfréquente chez les foudroyés et explique la rareté des plaies et des fractures, ou d'autres lésions occasionnées par la chute elle-même.

Une remarque à faire, et sur laquelle nous aurons à revenir en nous occupant de la situation des cadavres des foudroyés, c'est qu'ils tombent en général instantanément et sans se débattre.

Il n'est pas rare de voir un grand nombre de personnes renversées par un même coup de foudre ; parmi les exemples nombreux que nous possédons, nous ne citerons qu.e les suivants :

En 1780, le tonnerre tomba sur une église, à 3 lieues de Gênes, un jour de fête, au moment oii l'assistance était nombreuse. Les dalles du pavé de l'église furent soulevées en plusieurs endroits ; personne ne fut tué, ni même dangereusement blessé , mais tous ceux qui étaient dans le portique furent renversés ; d'autres assistants n'éprouvèrent qu'une violente secousse ou de l'engourdissement dans les jambes et les pieds (De Saussure).

Le 19 septembre 1776, la décharge électrique ayant atteint la frégate la Modeste, presque tout l'équipage fut renversé, personne cependant ne fut tué ; 2 chevaux seulement succombèrent (Gayct) .

Bergman en cite un autre exemple arrivé à bord d'un navire aux Indes, en 1759.

Le 8 juin 1859, à 1 heure 10 minutes de l'après-midi, un violent orage éclatait sur Argenteuil, près de Paris, et le petit

clocher de l'église était foudroyé. Il y avait environ 200 personnes dans l'église en ce moment. Le second vicaire, ébloui et assourdi par la violence du coup de tonnerre, affirme avoir vu une boule ou une colonne de feu d'un assez grand diamètre descendre de la voûte du chœur, éclater après avoir touché le pavé, lancer des étincelles dans toute 1 église et laisser après elle une vapeur épaisse d'odeur sulfureuse. En même temps, un gros fragment de voûte ou de corniche, détaché par la masse foudroyante, était tombé a 1 entrée du chœur, sans blesser personne, et de là avait rebondi dans la nef Plusieurs des assistants ont vu en différents points de l'éghse des lueurs électriques. Le suisse, homme très-robuste, fut violemment abattu et relevé subitement comme par un ressort qui se détend après avoir été comprimé ; deux ou trois autres hommes ont éprouvé la même commotion. Une femme a eu son bonnet de paysanne brûlé sur une petite étendue circulaire , son châle percé de petits trous, ses bras momentanément paralysés, son dos légèrement contusionné; mais elle s'est complètement remise après une heure d'inquiétude extrême. La terreur s'était emparée des assistants (1).

Le 2 août 1862, la foudre tomba sur le paratonnerre du pavillon d'entrée de la caserne du Prince-Eugène, et les effets en furent vivement ressentis dans le corps- de-garde voisin du conducteur. Tous les soldats couchés se trouvèrent debout, tandis que ceux qui étaient debout furent renversés à terre (2).

La foudre, qui transmet au loin les corps inertes qu'elle rencontre , exerce aussi sur les hommes et sur les animaux des effets de translation.

Au moment où le navire la Félicité fut foudroyé près de Bone, le second vit passer devant lui le mousse emporté avec la rapidité de l'éclair de l'arrière à l'avant du navire, où il tomba.

Au mois d'août 1856, un ouvrier maçon qui travaillait au haut de la cheminée d'une houillère située sur la commune

(1) Cosmos de l'abbé Moigno, t. XIV, p. 672 (1859) . Voir foudre en globe.

(2) Monit. Univ., 4 août 1862.

de Pâturages (Nord), fut emporté par le courant électrique. La foudre avait pénétré par la partie inférieure de la cheminée ; elle rencontra le maçon dans l'intérieur de la cheminée, et le lança dans l'espace d'où il retomba sur le sol sans donner signe de vie. Un autre ouvrier qui travaillait à côté du premier, mais probablement à l'extérieur de la cheminée, n'a subi aucune atteinte de la foudre (1).

Le 8 juillet 1839, à 3 heures du matin, la foudre atteignit un chêne, près de Boisemont, aux environs de Triel (Seine-et-Oise), et frappa deux ouvriers carriers réfugiés sous cet arbre. Le plus jeune, Athanase Pion, âgé de 22 ans, fut tué sur place ; il portait des traces de brûlure depuis l'épaule droite jusqu'au pied du même côté. Ses vêtements de coton tombaient en charpie. Son père, frappé du même coup, portait aussi des traces de la foudre, du front et de l'épaule gauche au pied gauche, dont le soulier fut percé d'un trou. Au même instant, il fut soulevé et transporté à 23 mètres de distance dans une touffe de châtaigniers, d'où on le retira à demi-mort : ce malheureux ouvrier resta estropié.

Quelquefois les foudroyés sont soulevés perpendiculairement à une certaine hauteur et retombent ensuite à lu même place, les docteurs Raymont et Tallibart en citent plusieurs exemples.

A cette ascension, se joint quelquefois un mouvement giratoire, le docteur Bus était dans sa chambre à 3 pas d'un poêle qui fut frappé par la décharge électrique ; le docteur Bus fut soulevé et fit plusieurs tours sur lui-même.

Le docteur Girault en rapporte un autre exemple.

Un cas plus ordinaire est celui où des personnes sont soulevées, lancées ou transportées à des distances variables.

Fort. Liceti rapporte que la foudre étant tombée pendant le service sur une église à Carpentras, un enfant fut enlevé des bras de sa mère et projeté à trois pas de distance.

Un fait semblable a été relaté par le docteur Trencalye, un autre a été observé dans l'église Saint-Martin, à Dijon.

Un ouvrier, étendu à trois pas de sa place, fut étonné en

(1) Pairie, 18 août 1866.

revenant de son état léthargique de se trouver derrière l'établi d'un tour, sans pouvoir dire s'il était passé par-dessus ou par-dessous le banc (Chapsal).

Un employé d'un poste de télégraphie électrique aurait reçu une si violente commotion, qu'il aurait été enlevé de sa chaise et lancé avec force à travers un vasistas dans un jardin voisin. ^ ,

Trois hommes se trouvaient dans un cellier où pénétra la foudre : l'un fut poussé en avant et jeté par terre où il resta comme mort ; les deux autres furent lancés dans des directions opposées, l'un contre la muraille, l'autre contre une cloison en planches (Lathrop).

La distance à laquelle est transporté le foudroyé est quelquefois assez grande : cette circonstance est importante au point de vue médico-légal.

Un bûcheron, frappé par la foudre, fut lancé à une distance de 20 pieds (Coester).

Howard, Lathrop, Buissart, Hubert, Lozeran et Beyer, citent des cas analogues.

Le suivant, rapporté par Sage, est assez intéressant :

Le 23 juin 1773, près de Chantilly, le chirurgien Brillouet, fut surpris par un orage accompagné de grêle et de vents impétueux, il descendit de cheval et chercha un abri sous un arbre où s'était déjà réfugié un cultivateur ; afin d'opposer plus de résistance au vent, ils se serrèrent l'un contre l'autre en embrassant l'arbre. Mais la foudre en tombant sur eux les sépara : le cultivateur fut jeté à 6 pieds de l'arbre vers l'orient, et le cheval à l'occident dans un fossé qui était à la même distance. Brillouet fut enlevé et transporté à 25 pas dans la direction du fossé en décrivant une parabole : des bateliers l'aperçurent de loin dans l'air, comme une masse noire.

Sommaire. — Art. I — Douleurs et névralgies. — § I, Douleurs causés par la foudre. — § II. Névralgies. — § III. Troubles de rintelligcnce. — § IV. Démenée chronique. Changenieiit (l'humour. — Art. II. Convulsions. — Art. III. — Paralysie des foudroyés.

ART. l*^"". — DOULEURS ET NÉVRALGIES.

§ I. — Douleurs causées par la foudre. — Les

sensations douloureuses causées par le foudroiement varient dans leur nature et se présentent à des phases différentes de l'accident; tantôt elles apparaissent à l'instant de la fulguration, tantôt elles ne se montrent que plus tard.

Le plus ordinairement, comme nous l'avons dit, le foudroyé tombe privé de connaissance, sans avoir rien vu, rien entendu, ni rien senti ; mais il n'en est pas toujours ainsi et nous avons eu l'occasion de signaler des cas dans lesquels le foudroyé avait ressenti des sensations douloureuses.

A. Cette sensation a été parfois comparée à celle que produirait un feu ardent ou le contact de l'eau bouillante; King, Williams, Feltstrom en citent des exemples; cette sensation est parfois bornée à une région, aux pieds par exemple.

Lorsque le 19 juillet 1712, la foudre pénétra dans l'église d'Afwa, plusieurs personnes des deux sexes, assises sur les bancs ou placées près des piliers et des murs de l'église, éprouvèrent sans être blessées de fortes douleurs aux pieds qui durèrent 7 à 8 jours chez cinq d'entre elles, et 6 semaines chez une autre. Plusieurs sentirent une forte chaleur aux pieds. Quant au ministre, qui éprouva les mêmes douleurs pendant 4 semaines, elles ne purent pas être suCTisamment expliquées par les brûlures dont il fut atteint.

B. Quelquefois la sensation est celle de picotements ou de piqûres d'aiguille ou d'épingle. Elle fut éprouvée, dit Serno,

par plusieurs personnes qui se trouvaient dans une chambre

où nénétra la foudre.

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