‹ De la foudre, de ses formes, et de ses effets (volume 2)Chapitre 11 sur 156 · C. La sensation de commotion est un des effets les plus · texte numérisé non relu

C. La sensation de commotion est un des effets les plus

ordinaires de la fulguration.

Tantôt cette commotion, qu'il faut distmguer de celle d'un choc, comme celui d'un coup de bâton, est tout a fait locale, et n'affecte que quelque région du corps les pieds, les genoux, les poignets, les coudes, en un mot les grandes articulations, tout à fait semblable en cela à celle que prodmt l'étincelle des machines. . . - , +

D'autres fois, au contraire, la commotion est générale, et souvent assez forte pour renverser l'homme qm se trouve a une assez grande distance du trajet de la décharge.

Lorsque la foudre tomba rue Plumet, un individu qm était debout éprouva sans être blessé une commotion si violente qu'il urina involontairement et demeura ensuite plus d une demi-heure privé de sentiment (Rigaud). ^

Le lieutenant de vaisseau Papilleau était de quart, a veiller à la sûreté du navire, et à 6 pieds du conducteur du paratonnerre, lorsque la foudre éclata et suivit ce conducteur : en ce moment, il éprouva une commotion si forte qn'il faillit être renversé du banc de quart. ^

Une jeune fille, citée par Krapf, tournait le dos à une fenêtre par laquelle entra un globe de feu qui descendit sur son dos sans brûler ses vêtements, mais en lui imprimant une forte secousse dans tout le corps et qu'elle ressentit plusieurs jours.

Cette commotion de tout le corps atteint souvent plusieurs individus réunis.

Le 14 septembre 1853, la foudre étant tombée sur le bureau central des mines de la Grand'Combe, tous les employés ressentirent une très-violente commotion ; personne ne fut blessé.

Une circonstance curieuse à noter, c'est que la commotion, parfois analogue à celle qui détermine un tremblement de terre, semble suivre une direction déterminée, ainsi au rapport de Reuchenius, lorsque le 21 août 1768, la foudre tomba sur l'église d'Alem, 3 personnes furent légèrement blessées.

et la plupart des assistants furent secoués Irès-vivennent comme par un coup dirige du nord au sud, en sorte que plusieurs tombèrent de leurs sièges.

D. L'une des sensations le plus fréquemment signalées dans nos observations est celle de choc ou dépression sur certaines régions du corps.

Plusieurs foudroyés accusent la sensation d'un violent coup sur la tête ou celle d'une énorme pression, qui s'exerçant de haut en bas tend à fléchir brusquement la tête, sur la poitrine, ainsi :

Gastillier cite un homme qui dit avoir senti à la tempe droite une douleur analogue à celle d'un coup de bâton.

Huit personnes étaient réunies dans une chambre où la foudre pénétra, deux furent blessées ; les six autres ne le furent pas, mais éprouvèrent une violente pression sur la tête. (Serno).

Bladh, Lathrop , Howard, Brerelon ont cité des faits de ce genre.

D'autres fois, ce n'est plus à la tête que le choc se fait sentir, mais au dos, dans la poitrine, au bas-ventre ou aux membres.

De la Prade parle d'une femme qui fut frappée à la poitrine comme d'un coup de massue; la foudre venait de la brûler sur une grande étendue.

Plusieurs individus réunis dans une chambre à Stockholm, la virent pleine de feu et sentirent comme un coup qui leur traversait la poitrine et le dos. Cette sensation disparut promptement et tous se trouvèrent bientôt dans leur état normal. (Wilke).

M. Decker, qui était sur un char au moment de l'accident, en fut précipité par un violent choc qu'il reçut dans le basventre: la peau de cette région présenta ensuite une vivo rougeur sans aucune solution de continuité. (Tilésius).

Plusieurs cavaliers couraient dans une plaine, à la suite les uns des autres, lorsqu'ils furent atteints par la décharge électrique; chacun d'eux éprouva une violente commotion qui se porta sur la région du thorax et de l'abdomen. Le duc de Bourbon, qui ouvrait la marche, fut enveloppé par la lumière

électrique et se sentit frappé comme d'un coup violent sur la poitrine; il éprouva en même temps sur la face un effet pareil au bruissement de la matière électrique ; il ne commença à respirer librement qu'au bout de trois heures. (Yal-

niont-Bomare). " , • i ♦ q

Quand aux foudroyés qui ont accusé un choc violent dans les bras et surtout dans les jambes et les pieds, leur nombre est trop considérable pour que nous jugions utile d'en citer des exemples ; disons seulement que les membres qui ont reçu le choc ont été à l'instant môme paralysés.

E. La fulguration occasionne parfois des sensations tout à fait insolites°et fort singulières par leur nature et par leur variété; en voici quelques exemples :

Une femme qui se trouvait dans une cuisine où la foudre pénétra, fut renversée sans connaissance, lorsque peu de temps après elle reprit ses sens, elle dit qu'il lui avait paru qu'elle était enveloppée d'une forte chaleur et jetée par terre par une grande quantité de pierres. (Feltstrdm et Tilus).

Le 10 juin 1835, M. Roaldès était assis près d'une table, tenant à la main une longue-vue garnie en cuivre , lorsqu'il fut frappé par la foudre. Sans avoir rien vu, rien entendu distinctement; il se croit percé d'avant en arrière à la hauteur du gangUon semi-lunaire, par l'explosion d'un fusil qui ayant fait balle aurait largement ouvert le ventre; immobile sur sa chaise, le bras droit étendu sur la table et la tête renversée en arrière, il s'écrie : « je me meurs 1 un confesseur I il n'est plus temps.... allongez-moi sur le plancher, que j'expire plus tranquillement ! .... j'ai le ventre ouvert !.... — Non , lui diton, la foudre vient devons frapper. » J'ai le ventre ouvert, répétait-il toujours, l'esprit préoccupé de l'idée d'un coup de feu ; ce ne fut que sur l'assurance réitérée qu'il n'était pas blessé, qu'il ramena les yeux vers l'abdomen , le vit avec la plus grande surprise sans lésions apparentes, et connut la nature de l'agent qui venait de le frapper, et qui avait sillonné plusieurs régions du corps, (de Quatrefages).

L'observation suivante, rapportée par l'abbé Chapsal, est intéressante, surtout sous le rapport médico-légal ; il s'agit d'un ouvrier frappé par un rayon de foudre distinct de la fou-

dreen globe qui pénétra dans une autre partie de la maison.

« Au moment, dit-il, où je tenais la main à l'espagnolette » de la fenêtre pour la fermer, j'ai vu dans l'atelier, du côté » de la porte, un globe de feu semblable à la lune quand »■ elle est rouge, et j'ai entendu une détonation. Au même » instant, je me suis senti frappé d'un coup violent au bras » et à la poitrine, et à peine ai-je conçu l'idée d'un coup de » feu tiré sur moi, que j'ai été privé de tout sentiment. Toutes » ces choses se sont passées instantanément et pour 9 ainsi dire à la fois, et la pensée du tonnerre ne s'est point » présentée à mon esprit. » Cet ouvrier revenu à lui , mais tout troublé, s'étant réfugié dans une maison voisine , était persuadé qu'on lui avait tiré un coup de fusil , mais on lui apprit qu'il avait été foudroyé. Or , l'idée d'un coup de feu, fut commune aux autres personnes qui se trouvaient dans la maison , au point que le père d'un enfant tué par cette même explosion, crut un moment voir l'assassin de son fils !

I II. — Névralgies. — Les douleurs que détermine la fulguration affectent quelquefois le trajet de certains nerfs du tronc et des membres, et prennent les caractères des rfo»leurs névralgiques. En voici quelques exemples :

Un individu grièvement blessé par la foudre, dit le D"" Gabard, accusa, entre autres symptômes, un sentiment douloureux dans le testicule et le cordon spennatique du côté gauche, qui seul avait été brûlé par le courant électrique.

Un de nos confrères, dit M. le D"" Moutard-Martin, était à une heure du matin, assis devant sa fenêtre, contemplant un orage, sa droite tournée vers la fenêtre. Tout à coup brille un éclair, presque immédiatement suivi d'une explosion des plus violentes, d'un timbre clair et éclatant, et notre confrère perçut sur le bras gauche qui était à découvert la sensation d'un soutïïe léger et chaud ; il éprouva aussi une secousse électrique dans tout le côté gauclie du corps, mais surtout dans le trajet du nerf cubital, et un certain degré de suffocation. Le membre se^ trouva complètement engourdi; la douleur qu'il ressentit fut assez vive pour l'empêcher de dormir pendant plusieurs heures. Le lendemain, la douleur, loin d'avoir

diminué, avait pris un peu plus d'intensité ; elle s'étendait depuis l'extrémité du petit doigt, jusqu'à la partie postérieure interne du coude; elle était peu intense à la partie interne du bras, mais devenait très-vive à la partie externe de la poitrine, probablement sur le trajet de quelque filet nerveux, car elle occupait un espace linéaire dirigé de haut en bas et ne s'étendait pas en largeur. Depuis lors la douleur diminua ; mais le sixième jour après l'accident, l'avant-bras éprouvait encore de la gêne dans les mouvements.

Sur une femme cilée par Cremer, les violentes douleurs qui ont tourmenté la malade ont eu leur siège précisément dans les régions qui ne présentaient aucune lésion extérieure.

Un cultivateur, atteint par la foudre, resta quelques minutes dans un état de mort apparente. On l'exposa au grand air à une pluie battante. A peine la respiration s'était-elle rétablie, qu'il se plaignit de douleurs atroces dans les bras, les mains, et à la partie antérieure de la poitrine .

Cinq heures après l'accident, les douleurs persistaient. En ce moment arriva le D'' Tzschirner, qui trouva le malade assis sur son lit, les yeux brillants, le corps glacé, surtout aux extrémités, le pouls radial à peine perceptible, le pouls carotidien régulier et très-lent. Au niveau, des apophyses épineuses des quatre dernières vertèbres cervicales, on voyait une tache de couleur .rouge foncé, d'où partaient plusieurs stries rouges, dirigées le long de l'épine dorsale jusqu'à la cuisse droite, et le long du bras droit jusqu'au coude. En touchant ces régions et les stries, on ne développait pas de douleurs. Dans le but d'activer la circulation et de calmer la douleur, on frictionna le corps avec de l'eau-de-vie et on donna au malade 2 grammes de poudre de Dower; un quart d'heure après, les douleurs étaient plu§ tolérables et le pouls s'était plus sensiblement relevé; une deuxième dose de poudre de Dow^er, administrée 8 heures plus tard, produisit encore plus de soulagement ; plusieurs doses d'opium furent données dans les 24 heures suivantes, et alors les douleurs disparurent complètement, et la chaleur redevint naturelle ; 4 jours après l'accident, le malade corn-

mença à marcher, et 12 jours après, il reprit ses occupations habituelles.

En remarquant, d'une part, que les facultés intellectuelles et les mouvements étaient intacts, et, d'autre part, que des douleurs intolérables affectaient le trajet des nerfs du plexus brachial, dans les deux bras et à la partie antérieure de la poitrine, nous sommes disposés à croire que l'action de la foudre s'est plus spécialement fait sentir sur les racines postérieures de la moelle épinière, à l'origine du plexus brachial.

On peut sans doute rapprocher de l'observation précédente celle de M. Poggiale. Le savant professeur du Val-de-Grâce cite un clairon qui, sans avoir été blessé, éprouva une violente commotion à la colonne vertébrale ; pendant près d'un mois, les membres inférieurs et l'abdomen furent douloureux ; le premier jour, les douleurs des jambes étaient insupportables.

Assez souvent on voit des douleurs remarquables par leur violence et par leur persistance envahir les membres qui d'abord étaient engourdis; elles sont quelquefois accompagnées de l'impossibilité des mouvements.

Williams cite en particulier un jeune homme qui, lorsqu'il commença à remuer ses jambes précédemment engourdies, y éprouva de si vives douleurs qu'elles lui semblaient fracturées.

M. Borlasc mentionne un fermier qui, en revenant à lui, demanda qui l'avait frappé et éprouva bientôt dans les bras, dont il ne pouvait encore se servir, de très-vives douleurs (jui lui paraissaient avoir leur siège dans les os.

I lU. — Troubles de l'intelligence. — Il est presque constant que les individus frappés par la foudre éprouvent des troubles plus ou moins profonds, plus ou moins durables dans leurs facultés intellectuelles, tels sont : l'c'tour- (lissement, la stupeur, la perte de connaissance, le délire..., etc.

Mais CCS perturbations ne sont pas constantes. Scheuchzer cite une femme que la foudre atteignit dans sa cuisine ; et, bien qu'enveloppée de feu et brûlée superliciellenient, celte femme resta debout avec toute sa connaissance.

Un homme , observe par le D-" Gabard, fut très-grièvement blessé par la foudre; il se sentit fortement saisi; il devint immobile, ses yeux devinrent fixes, et il s'aperçut que son gilet brûlait ; mais il ne perdit pas connaissance, et son intelligence resta intacte pendant les diverses périodes de l'accident.

Un matelot, à bord de la semaque le Londres, était occupé à la manœuvre sur le mât de hune, quand la foudre le blessa; et, bien qu'il sentît ses jambes raides et hors d'état de lui rendre service, il eut la présence d'esprit de se tenir aux cordages avec une main et d'éteindre avec l'autre la flamme qui consumait son pantalon (1).

Les foudroyés sont parfois seulement étourdis par la décharge électrique ; cet état ne dure ordinairement que quelques secondes ou quelques minutes. Ainsi:

Un jeune homme, cité par M. Biot, fut atteint par l'étincelle qui, sans le blesser, fondit cependant plusieurs objets métalliques qu'il portait sur lui; il n'éprouva au moment du choc qu'un étourdissement, un éblouissement qui ne dura que 7 ou 8 secondes, grâce peut-être à l'eau qui tombait sur sa tête.

L'étourdissement ne se produit pas toujours instantanément et ne se manifeste que lorsque le foudroyé, d'abord privé de connaissance, revient enfin à lui. Ce phénomène peut alors persister pendant plusieurs heures et même pendant plusieurs jours.

La stupeur, ou l'hébétude, est un des phénomènes le plus souvent observés. Tantôt le foudroyé, sans perdre entièrement connaissance sur le coup, reste immobile et hébété; d'autres fois, il est d'abord plongé dans un état de mort apparente, perd connaissance, et c'est en sortant de cet état qu'il présente la stupeur et l'hébétement dont nous parlons.

La durée de cette stupeur est d'ailleurs très-variable ; elle n'est souvent que de quelques minutes, mais elle peut se prolonger une ou plusieurs heures, et même plusieurs jours.

Lorsque le foudroyé a perdu connaissance, le pouls et le

(1) NauHc. Mag., t, I, p. 439.

Sestier.

98 EFPETSiDE LA FOUDRE SUR LE SYSTÈME NERVEUX

mouvement respiratoire sont alïaiblis, mais persistent encore.

Voici le relevé du temps pendant lequel a duré la perte de connaissance dans 35 de nos observations :

5 minutes 1

Quelques minutes 2

iO minutes 1

Une heure 1

Une heure et demie 2

2 lieures 1

Quelques heures 4

14 heures 1

4 jours 1

Cette dernière observation très-extraordinaire est ainsi rapportée par Benivenius : un homme et son fils restèrent jusqu'au septième jour, muets et privés de sentiment; alors on les saigna, on employa des laxatifs, des frictions réitérées et plus tard des aliments très-légers; ils revinrent à eux et recouvrèrent la santé.

[ai perte de la mémoire a été signalée chez plusieurs foudroyés; elle a été également observée chez un célèbre expérimentateur qui reçut la décharge d'une forte batterie électrique. « Je fus frappé au front, dit Ingenhousz (I), et sur le » point de tomber, mais étant dans ce moment appuyé contre » une table ma chute iiit arrêtée et mes forces, que je recou- « vrai aussitôt après, firent que je me redressai; je » n'avais ni vu, ni ouï, ni senti l'explosion ; » elle avait élé cependant, au dire des assistants, aussi forte que celle d'un pistolet.

Ingenhousz se retira immédiatement chez lui, éprouvant un léger étourdissement. « Ayant pris la plume pour écrire

(1) Ingenhousz. Nouv,cxpvr. et ohscrr. deiihysiquc, t. 1, p. 358, Paris (1785). Ingenhousz rapporte deux accidents du même genre arrivés à Franklin, p. 355. Voir ce volume, p. 83 et 84.

EFFETS DE LA FOUDRE SUIl LE SYSTÈME NERVEUX 99

ï la relation de cet accident, je fus extrêmement étonné de » ne savoir pas en faire plus d'usage qu'un sauvage qui n'au- » rait jamais ouï dire que l'art d'écrire existât. »

Après un sommeil assez tranquille, il s'empresse en s'éveillant de s'assurer s'il avait recouvré l'art d'écrire. Sa joie fut complète en voyant qu'il écrivait comme auparavant ; il lui sembla même que ses facultés intellectuelles et son jugement s'étaient infiniment améliorés.

Une petite tumeu t'^ui s'était développée à l'endroit frappé par la décharge se Qissipa en quelques jours.

Au moment même de l'action directe ou indirecte de la foudre sur l'homme, on le voit parfois se livrer subitement à divers actes instinctifs destinés plus ou moins manifestement à fuir le danger, à chercher un abri ; puis il tombe en syncope ou dans un état comme apoplectique.

Un ouvrier blessé pcr l'étincelle dans son atelier, en sort brusquement, se sauve dans une maison voisine où il s'évanouit ; revenu à lui, il ne conserve aucun souvenir de ce qui lui est arrivé (l'abbé Chapsal).

Une jeune femme blessée au bras sort frénétiquement de sa chambre et parcourt la maison en jetant des cris (Marc Stella).

Une servante se trouve dans sa cuisine, au rez-de-chaussée, lorsque la foudre y pénètre ; dans son effroi, elle saute par la fenêtre et ne peut se rappeler ensuite comment elle se trouve hors de sa maison (Feltstrôm).

La foudre tombe sur deux arbres voisins de l'endroit où se trouve une jeune domestique: on voit celle-ci, pendant 20 minutes, monter et descendre les marches d'un escalier sans avoir connaissance de ses allées et venues, puis elle s'affaisse et tombe dans un état apoplectique avec perte de connaissance, de la parole et du mouvement : une saignée, des smapismes et des lavements la rétabhrent promptement (Ludwig).

Délire. — Dans le trouble de leur esprit, les foudroyés se livrent souvent à des actes bizarres, constituant un véritable délire.

Quatre hommes s'étaient réfugiés sous un appentis; aumo-

ment où la foudre tombe à 25 ou 30 pieds, on voit l'un d'eux se baisser comme pour ramasser quelque chose avec ses deux mains, se redresser, élever ses bras, puis se baisser de nouveau et répéter cette manœuvre à plusieurs reprises. Ensuite, s' adressant aux personnes présentes : « La foudre, leur dit-il, est si épaisse sur la terre qu'on en peut remplir une corbeille à blé » (Linsley).

Schottus cite un exemple plus surprenant encore : un de ses élèves, terrifié par la foudre qui venait de tuer deux enfants près de lui, s'élança dans un temple voisin, le parcourut comme un fou et, tenant sa tête à deux mains, demandait d'une voix lamentable sa têle qu'il croyait perdue !

Le délire des foudroyés est quelquefois furieux.

Un homme fut atteint par la foudre lorsqu'il était ivre, un moment après, quelques personnes le voyant sans connaissance, se roulant comme un furieux sur le chemin, le portèrent à la maison la plus voisine, où le docteur Henry le trouva dans un délire si violent qu'il fallut cinq hommes pour le maintenir ; après une saignée abondante, le délire se calma, la saignée fut réitérée le lendemain, et la raison revint au bout de 36 heures.

Lorsque le docteur Brillouët eut repris en partie ses sens, il éprouva un tel accès de fureur qu'il frappait la terre avec son couteau de chasse, dont il voulait percer les bateliers du bac qui étaient venus le secourir.

Ce délire furieux nous rappelle celui dont les noyés ou les opérés de la trachéotomie sont parfois saisis en sortant de l'état d'asphyxie qui menaçait leur vie.

Ce délire furieux s'empare quelquefois des animaux frappés par la foudre, ainsi :

Le 4 septembre 1849, un orage éclata sur Bruxelles et sur ses environs. A Boendale, un boucher accompagné d'un chien dogue se réfugia sous un hêtre qui bordait la route : la foudre tombe sur le hêtre et atteint le chien qui, furieux, se rue sur son maître, le mord à la cuisse et ne lâche prise que lorsque celui-ci, entraînant l'animal avec lui dans la maison la plus voisine, lui coupe la queue. Le chien mourut dans la nuit (Morren).

Le délire des foudroyés prend souvent une autre forme et pourrait alors recevoir le nom de délire de terreur, d'épouvante; il se traduit de diverses manières.

Une femme qui venait d'être blessée par la foudre dans sa chambre, jetait des cris aigus. Bientôt et après une saignée, elle parut stupéfaite, hébétée et en même temps sous l'influence de la terreur. Elle s'imaginait, à chaque personne qui entrait, entendre le tonnerre et voir la foudre tomber de nouveau sur elle. Le surlendemain elle était presque revenue à elle (Yalmont-Bomare).

Une chose assez singuUère et qui n'est peut-être qu'un effet du hasard, c'est que le plus grand nombre de nos observations qui signalent le délire de terreur, se rapportent à des soldats ou à des marins, forts, courageux et habitués à braver le danger.

Un soldat d'infanterie, à bord de la Bellone, fut relevé blessé et à demi-mort; porté à l'infirmerie, il resta plus d'une heure dans un état d'agitation extrême et de terreur (Minonzio).

Cette même agitation, cette épouvante extraordinaire saisirent également plusieurs marins blessés à bord de la frégate autrichienne la Médée, lorsqu'ils sortirent de la stupeur où la décharge électrique les avait plongés.

Un marin grièvement blessé par la foudre resta plus d'un quart d'heure dans un état de mort apparente. A peine rappelé à la vie, par les moyens ordinaires, il jeta des regards effarés autour de lui, puis tout à coup il voulut s'échapper de son lit, on l'y retint de force ; alors commencèrent des plaintes, des gémissements, des pleurs, accompagnés d'un tremblement de tout le corps. Dans ses invocations fréquentes et ferventes il appelait la sainte Vierge à son secours. Son anxiété, sa terreur étaient extrêmes, comme s'il avait encore sous les yeux le tableau du péril auquel il venait d'échapper, ou qu'il eût redouté d'en être atteint une seconde fois. De ce délire, qui dura plus d'une heure, le blessé passa à un état de légère somnolence, interrompue par des soupirs et par des lamentations (Minonzio).

Pétrie cite un matelot atteint d'une agitation extraordinaire.

En général, ces troubles intellectuels, ce délire, durent quelques moments, quelques heures seulement, il n'est pas rare cependant de les voir se prolonger pendant un ou plusieurs jours.

Duhamel cite trois personnes, et Beyer une autre, qui perdirent l'esprit pendant plusieurs jours, à la suite d'un coup de foudre.

Un des marins cités par Minonzio, au moment oii il sortit de son état de mort apparente, fut saisi du même délire d'épouvante observé chez ses camarades. Ce délire dura une demi-heure, pour faire place à des gémissements, entrecoupés de cris déchirants qu'expliquaient suffisamment de nombreuses plaies. Pendant les cinq premiers jours, le malade, privé de sommeil, était excessivement agité, parfois atteint de mouvements convulsifs ou de contractions tétaniques ; du délire alternait avec de la stupeur; la peau était sèche et brûlante. De nombreux moyens furent mis en usage ; ainsi des potions calmantes, l'émulsion nitrée, quatre saignées et une potion stibiée. Enfin, le sixième jour seulement, la fièvre tomba en grande partie, et pour la première fois depuis le foudroiement le malade reprit ses sens et reconnut les personnes qui l'entouraient.

Les deux observations suivantes, dans lesquelles nous voyons le délire constituer le phénomène dominant, sont du plus haut intérêt et prouvent combien est grave dans certains cas, l'atteinte portée par la foudre aux centres nerveux.

te 4 juin 1838, h Heerliberg, une femme de 46 ans fut frappée par la foudre. On crut d'abord qu'elle était morte ; le docteur Diener, qui arriva une heure après l'accident, la trouva dans son lit et dans la plus grande anxiété ; elle délirait, ne faisait qu'appeler ses enfants, changeait à chaque instant de position, sans doute à cause des douleurs atroces que lui faisaient éprouver les brûlures de la peau. Le pouls était Lrès-IVéquent, on apercevait même de loin les pulsations carotidiennes. Quoique cette femme fût d'une constitution faible et que l'époque de la menstruation ne fût passée que dej)uis quelques jours, on lui pratiqua une saignée de

dix onces ; le sang présenta une couleur noire, beaucoup de fibrine et peu de sérum ; des compresses froides furent entretenues sur la tète, la nuit fut agitée, sans sommeil; la malade délirait et éprouvait fréquemment comme des secousses électriques.

Chez ce sujet, le délire persista pendant deux jours, puis se calma pour reparaître le 10" jour. Le 11°, il se changea en manie qui persista plusieurs jours ; le 21" jour, la malade déraisonnait encore, les troubles intellectuels ne cessèrent que plus tard et la mémoire resta faible ; plus de quatre semaines après l'accident, elle se plaignait encore de la faiblesse de sa mémoire, de lassitude et d'inappétence. Notons l'aggravation survenue dans l'état de la malade sous l'influence d'une émotion pénible ou de la frayeur, et l'embarras gastrique que nous aurons encore plus d'une fois à; signaler chez les foudroyés.

Le mercredi 26 juillet 1839, dans la paroisse de Tervin, à cinq milles d'Hertford, William Ancient, laboureur, fut foudroyé sous un arbre : il resta pendant quelque temps privé de mouvement et de sensibilité. Le 28, le malade fut transporté à l'infirmerie générale d'Hertford et soumis à l'examen du docteur Davies.

La foudre avait atteint la tête, le tronc et les membres ; on voyait sur le cuir chevelu trois ou quatre tonsures, où les cheveux avaient été enlevés comme avec un rasoir ; la face, le cou, les épaules, les membres inférieurs présentaient de légères écorchures. Une brûlure profonde, large de 8 pouces s'étendait de la première vertèbre dorsale jusqu'au coccyx. D'autres brûlures profondes affectaient la région antérieure du tronc, du sternum au pubis, et le côté interne d'une cuisse; enfin, le talon gauche était percé comme par une balle.. Pansement avec la teinture d'iode ; le malade délirait, ses paroles étaient incohérentes : 5 grains de calomel.

Le 29, le délire persiste ; le malade parle constamment ; ses yeux hagards, hébétés, semblent ne point distinguer les objets; la face est un peu injectée, chaude, tandis que les extrémités sont froides. Le pouls est à 80 seulement,- mais tremblotant : on a beaucoup de peine à faire tirer la langue au ma-

iade ; elle est brune et sèche ; des matières alvines noires et l'urine sont rendues involontairement. — On prescrit de nouveau au malade 2 grains de calomel toutes les 4 heures et 4 drachme de vin antimonial. — Même pansement avec la teinture d'iode.

Le soir, les extrémités étaient encore plus froides et les forces plus déprimées; on remplace le vin antimonial par 10 grains de sesquicarbonate d'ammoniaque dans 2 onces de mixture camphrée à prendre toutes les deux heures; on donne aussi de l'eau vineuse.

Le 30, à la visite du matin, on apprend que le malade a passé une nuit agitée et loquace ; que vers cinq heures du matin cependant il y a eu du calme et un peu de sommeil. Il y a évidemment de l'amélioration dans l'état du malade ; la langue est humide, presque sans enduit , le malade la tire quand on le lui demande ; quoique délirant encore sur certains points , il répond cependant aux questions qu'on lui adresse ; les selles s'échappent moins involontairement ; le pouls donne 60 pulsations assez fortes mais tremblotantes. Le calomel commençant à agir sur les gencives, on en cesse l'usage ; on permet un potage à l'arrow-root.

Le 1*"" juillet, tous les symptômes généraux se sont amendés, mais n'ont pas complètement disparu. On reprend le calomel , 2 grains le matin et autant le soir. Le 2 juillet , nouvelle amélioration ; cependant le délire n'a pas complètement disparu; le malade semble malheureux d'aller sous lui. La langue est nette et humide : infusion de Colombo, augmentation des aliments. Une ulcération s'étant développée au sacrum, exige le transport du malade sur un lit hydrostatique. Cette ulcération guérit en peu de temps.

Le jour suivant, les facultés intellectuelles font du progrès, mais le 23 juillet, le malade ne se rappelle pas encore le nom de son maître , ni celui de sa paroisse ; il oublie le lieu où il est, bien qu'à chaque instant on lui répète que c'est TinUrmerie d'Hertford.

I IV. — Démence chronique, changement d'humeur. — La fulguration exerce parfois sur l'homme une in-

! fluence plus durable sur ses facultés intellectuelles et afïec- ! tives.

1. Zacchias rapporte que son oncle, resté trois jours roide, ssans mouvement ni sentiment, fut comme hébété (velut stollidus) pendant plusieurs semaines : plus tard, il recouvra Itoutes ses facultés.

2. Schottus cite un de ses disciples, qui, foudroyé, resta fen démence pendant quelques années, puis recouvra la rraison.

3. Un bouvier, dont parle Scàliger, perdit pour toujours la l'faculté de raisonner juste, et d'exprimer ses idées avec préccision.

4. Le docteur Brillouët devint et resta triste après sonfouidroiement. L'abbé Richard (1) cite un exemple remarquable ide cet affaiblissement considérable de l'intelligence et de la i mémoire chez un foudroyé.

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