‹ De la foudre, de ses formes, et de ses effets (volume 2)Chapitre 106 sur 156 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Sommaire. — Ail. 1. — Action des paratonnerres sur la foudre. — § 1. Les paratoiinenrs attirent-ils la foudre? — § IL De la splière d'activité des iiaratonnerres. — § IIL Écoulement de la foudre par le paratonnerre. — § IV. Division de la décharge. — 5 V. Des p.aratonnerres multipliés sur une région la garantissent-ils des coups de foudre et des orages? — § VI. Sulidarité d'action des diverses parties du paratonnerre. — Art. II. — Action de là foudre sur les paralonnerres. — Lésions des paratonnerres. A. Lésions de la pointe. B. Lésions de la tige. C. Lésions du conducteur. — Art. Ml. -Efficacité des paratonnerres démontrée par des faits. — § I. Édilices préservés parte que la foudre a suivi leurs paratonnerres. — § 11. Bâtiments foudroyés avant l'établissement des paratonnerres, qui ne sont plus atteints depuis qu'ils sont armés de paratonnerres. — § III. Innuence de la foudre sur deux bâtiments voisins dont l'un est armé d'un paratonnerre. — § IV. Clochers. — § V. Magasins h poudre. — § VI. Maisons, èditia-s non armés et endommagés par la foudre. — § VIL Navires. — § VIII. Statistique des coups de foudre qui ont frappé les paratonnerres des édilices et des navires. — Art. iV. — Phénomènes divers. — § L Phénomènes divers observés k la pointe des paratonnerres, sifflement, détonations, feu Saint-Elme. — §11. Phénomènes observes en temps d'orage sur des conducteurs interrompus. — § III. Phénomènes observés en temps d'orage sur des conducteurs continus. — § IV. Nuées perdant leurs caractères orageux au-dessus des pointes de paratonnerres. — § V. Phénomènes lumineux observés sur les conducteurs des paratonnerres frappés par la foudre. — § VL Expériences destinées k démontrer l'avantage des tiges pointues sur les tiges obtuses ou terminées en boule. — Art. V. — Protection des édifices par leurs armatures naturelles. — § L Edilices protégés par des masses métalliques en communii'ation avec le sol. — § IL Edifices entièrement protégés par leurs armatures accideulelles. — §111. Conducteurs accidentels extérieurs. Couvertures métalliques. - § IV. Ferrures de la façade. Symétrie dans la distribution des rayons de la foudre. — § V. Gouttières et tuyaux de descente. — Art. VI. — Prétendus inconvénients et dangers des paratonnerres. — § 1. Les paratonnerres attirent-ils la foudre sur les édilices ou sur les navires qui en sont munis?— § II. Edilices foudroyés quoique munis de paratonnerres. Paratonnerres vicieux. — § III. Paratonnerres non assez multipliés sur un bâtiment. — § IV. Bifurcation de la foudre.

I l. — Les paratonnerres attirent-ils la foudre?

— Les paratonnerres à pointe attirent la foudre, mais à trèsiaible distance. Nous avons vu maintes fois la foudre se porter même à travers les murailles sur les corps métalliques, nous devons bien pressentir que la foudre se jettera de préférence sur l'extrémité pointue d'un appareil aussi important qu'un paratonnerre qui lui oITre un facile écoulement jusqu'au sol.

La pointe des paratonnerres a fréquemment, malgré sa petitesse, montré des effets directs de la foudre, il faut donc admettre une action élective spéciale des pointes sur la foudre, car, sans cela, la foudre aurait préféré une masse plus considérable qu'une pointe.

On a vu l'éclair s'inllécliir, se courber, et atteindre le sommet d'un paratonnerre.

Le 10 juillet 1843, la foudre frappa presque coup sur coup le paratonnerre de la tour de Strasbourg, M. le professeur Frink, averti par la première détonation, porta aussitôt les yeux sur le sommet de la tour et vit le second éclair arriver horizontalement, se recourber et atteindre la pointe du conducteur.

Certes, nous n'attribuons pas ici la direction horizontale de la foudre à l'attraction qu'aurait exercée de fort loin la tige du paratonnerre, car les lignes en zigzag de la foudre sont souvent horizontales et d'une grande étendue; mais il nous paraît démontré que l'incurvation si brusque signalée par M. Finck a été réellement produite par l'action attractive de la pointe de l'appareil.

Mais cette attraction s'opère-t-elle aussi à distance considérable?

Pour répondre à -cette question importante, passons rapidement en revue un grand nombre de cas où la foudre est tombée à des distances variables du paratonnerre. Nous diviserons ces cas en deux groupes suivant qu'ils ont été observés sur terre ou sur mer, en commençant par les distances les plus considérables de celles que nous jugeons utiles de consigner.

Le 13 mai 1827, près de Landshut, un homme fut tué par la foudre sur une route bordée d'arbres de hauteur moyenne, à 600 pas d'un paratonnerre. Lliabit qu'il portait offrait deux rangées de boutons d'argent (Schulter).

Les quatre tours du château de Presbourg étaient surmontées chacune d'un paratonnerre dont les pointes étaient à 148 pieds au-dessus du sol. Et cependant, le 24 août 1786, la foudre alla tomber sur la cheminée d'une maison donnant sur la cour du château et plus basse que les tours de 132 pieds

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et dont elle n'était éloignée que de 90 toises (17S mètres environ) (Felbiger).

Le 16 août 1804, l'étincelle atteignit le bâtiment de l'université de Breslau, à 400 pieds (130 mètres environ) du paratonnerre élevé sur la tour de l'observatoire (Jungnitz).

En mai 1841, la décharge atteignit, à Plymouth, une des hautes cheminées de Victualling-Yard, à environ 01 mètres (100 yards) de la tour de l'horloge armée d'un paratonnerre. — La cheminée en question est une colonne ronde de granit de 120 pieds environ de hauteur, sans métal dans sa construction et sans points autrement saillants ; tandis que la tour de l'horloge a son dôme couvert de cuivre, surmonté d'une o-irouette de métal et de quatre barres de fer qui indiquent Tes points cardinaux ; elle est en outre munie d'un conducteur puissant qui s'étend du dôme au sol. Et cependant la foudre a frappé, non pas le paratonnerre de la tour, mais la cheminée du VictuaUing-Yard (Harris).

« La tour de l'église de Saint-Michel, Cornhill, à Londres, » est surmontée d'un excellent paratonnerre; cela n'empêcha » pas la foudre de tomber sur la couverture en plomb qui » revêt le sommet du clocher de Saint-Pierre, quoique celui- » ci soit considérablement plus bas et que sa distance à la » tour de Saint-Michel ne surpasse pas 6l mètres. Il manque )) ici remarque M. Arago, la hauteur verticale de la pointe » du' paratonnerre du clocher de Saint-Michel, au-dessus de » la couverture en plomb du clocher de Saint-Pierre. Si cette » hauteur n'est pas de 31 mètres, comme on doit le suppo- » ser l'événement n'infirmera point la règle d'après la- » quelle le rayon d'action devrait se mesurer sur le double ,) des hauteurs relatives. » . , , r

Le 24 août 1783, le météore atteignit un balcon en fer situé à l'ano-le occidental du château de Dresde, à lOG aunes r59mètres)''du paratonnerre élevé sur la tour de ce château. Il s'échappa d'un nuage assez éloigné du château et se dirigea ^nr lui oresque horizontalement.

Un tilleul, près de Gorlitz, fut frappé à 170 pieds environ (54 mètres) d'un paratonnerre dont la tige le dépassait de 5 pieds (1 mètre, U) (Schachmann).

ACTION DES PARATONNEHUES 453

Le 14 septembre 1822, un orage épouvantable éclata sur Navarreux; la foudre endommagea deux maisons sans paratonnerre, à 130 pas (41 mètres environ) d'un magasin à poudre armé d'un paratonnerre qui ne l'ut pas atteint (Palassou).

La foudre tomba à Zurich sur la cheminée d'une maison située à 100 pas (32 mètres environ) de deux paratonnerres bien établis (Breitinger).

L'angle de la maison d'Heckingham, frappé par le météore, était éloigné de 70 pieds (22 mètres, 07) du paratonnerre le plus voisin. Mais il paraît que la foudre se divisa dans l'atmosphère en trois branches, dont l'une atteignit le paratonnerre.

En 1837, à Chowringhec (Indes Orientales), une maison sans paratonnerre fut endommagée par la foudre en un point éloigné de 66 pieds (22 mètres environ) du paratonnerre d'une autre maison. On vit la foudre se bifurquer (O'Shanghnessy).

Le 13 juillet 1807, la décharge atteignit simultanément le paratonnerre de l'hôtel de la Monnaie et une cheminée à 60 pieds (19 mètres environ) du paratonnerre. Il y a donc eu encore bifurcation.

La maison de Richard Hatîenden, à Tenterden (Kent), avait 50 pieds de large et 40 de haut. Sur les extrémités les plus étroites vers les angles, s'élevaient les tuyaux de quatre cheminées. Une tige de paratonnerre était fixée à l'une de ces cheminées qu'elle ne dépassait que de 5 pieds environ (1 mètre, 52). Le 17 juin 1774, une nuée orageuse arriva du côté de l'extrémité non armée de la maison et un coup de foudre démolit l'une des deux cheminées qui la surmontaient à 50 pieds de distance (16 mètres environ).

Ainsi. la cheminée en question se trouvait à une distance dix fois plus grande que la hauteur de la tige du paratonnerre au-dessus du niveau des cheminées; ajoutons que ce paratonnerre était mal construit. En effet, son conducteur consistait en une barre de fer courbée pour aller joindre un tuyau de conduite en plomb. Le tuyau servait de conducteur jusqu'à quatre pieds au-dessus du sol. A cet endroit, on lui avait adapté extérieurement une autre barre de fer qui en-

trait obliquement dans la terre; mais cette barre était rouillée, et, ce qui est plus grave, elle n'était pas exactement en contact avec le tuyau, aussi fut-il troué par l'explosion. Cet événement n'infirme donc nullement la règle assez généralement adoptée aujourd'hui.

Le docteur Wintrop, de New-Cambridge, rapporte qu'un arbre fut frappé et sillonné dans toute sa longueur, quoiqu'il ne se trouvât éloigné horizontalement que de IG mètres du paratonnerre établi sur le clocher d'une église. Si le clocher dépassait le sommet de l'arbre de 8 mètres au plus, comme il paraît naturel de le croire, le fait cité par le docteur Wintrop serait directement contraire à l'idée que le rayon d'action d'un paratonnerre doit être mesuré par le double de la hauteur verticale absolue de la pointe de la tige au-dessus

de chaque objet.

La foudre est tombée le dimanche 16 juui 1861, à Brionne (Eure), sur une filature protégée par cinq paratonnerres; elle mit le feu dans les greniers et au troisième étage, près d'une croisée tabatière, et dans un métier à filer, long de 28 mètres. Le feu a pris sur une longueur de 20 mètres. 11 était aussi au 2« étage dans un pignon de commande. Grâce à une prompte orffanrsation des secours, le feu fut bientôt éteint.

La longueur totale des bâtiments est de 65 mètres; la foudre est tombée sur le haut du toit, à 12 mètres du paratonnerre le plus voisin. Les tiges des paratonnerres avaient cinq mètres de hauteur; à la suite d'un exameri minutieux, on n'a pu constater aucune trace d'interruption depuis la pointe iusqu'au sol, où le conducteur pénètre dans un terrain touours humide dans une profondeur d'un mètre. L auteur de cette observation, qui est le propriétaire de cette usine, se demande à quelle cause il doit attribuer l'inefficaciie de ses paratonnerres; à défaut de renseignements plus complets, et en supposant que toutes les autres conditions fussent remphes nous ferons remarquer que la foudre a frappe a une distance du paratonnerre le plus voisin, plus du double égale à deux fois la hauteur de la tige (1).

(l) Durel, Comptes rendus, i. LUI, p. 23 (1861).

ACTION DKS PARATONNERRES

Dans les observations suivantes, on n'a pas indiqué d'une manière précise la distance du point IVappé au paratonnerre; on a dit seulement que cette distance était peu ou très-peu considérable. Ainsi :

I.e magasin à poudre de Bayonne fut atteint à l'un des angles, très-près du paratonnerre; mais cet appareil était vicieux et il paraît que la foudre se bifurqua.

Le palais du prince Esterhazy, en Hongrie, est situé dans une vaste plaine. Pour le protéger, l'astronome Ilell avait placé sur des poteaux trois paratonnerres, savoir : au nord, à l'est et à l'ouest, éloignés d'environ 1,000 pas du palais. Du côté sud, contre cet édifice, est une tour couverte en bardeaux, surmontée d'une boule en fer-blanc, et contenant un grand réservoir en cuivre. Or, pendant un orage, la foudre atteignit la boule en fer-blanc, descendit le long des bardeaux, se jeta sur le réservoir en cuivre, et par ses tuyaux de métal gagna le sol sans causer aucun dégât (Reimarus).

Le 11 juillet 1843, la foudre tomba à Strasbourg sur l'Ecole de pharmacie, très-voisine des bâtiments de l'académie, plus élevés que l'école, mais qui ne sont armés que d'un très-petit paratonnerre (Fargeaud).

Le 30 mai 1769, le météore frappa, à Stockholm, l'auberge de l'Étoile, dont le toit était muni de plaques métalliques en séries, mais mal jointes ; il suivit en partie ce conducteur et ne causa que peu de dégâts. Mais une circonstance à noter, c'est que cette auberge, entourée d'autres maisons munies comme elle de conducteurs à plaques, était au pied d'une hauteur et très-près du clocher de l'église allemande, clocher fort élevé et muni d'un paratonnerre pointu. Le clocher était si près, ajoute-t-on, que si un paratonnerre pointu pouvait protéger quelque espace autour de lui, il l'aurait fait dans ce cas. La seule circonstance apparente qui distinguât l'auberge de l'Étoile des maisons voisines , c'est qu'elle était plus neuve, et bâtie depuis 5 à 6 ans seulement (J.-C. Wilke).

Examinons maintenant les observations recueillies sur des navires.

L'Mtna, navire anglais, reçut plusieurs fortes décharges en janvier 1830, à Gorfou. Elles descendirent presque toutes

le long de la chaîne conductrice attachée au grand mât. Un coup de foudre cependant frappa le navire à environ 12 pieds au-dessus du gaillard d'avant, tout près du mât de misaine, sans doute à environ 17 mètres du grand mât.

La frégate anglaise CEndymion fut frappée en mars 1842, à Calcutta ; son conducteur était une chaîne attachée au grand mât. La foudre, au lieu de l'atteindre, se jeta à 50 pieds de là (16 mètres environ) sur le mât de misaine qu'elle fracassa dans plusieurs de ses parties.

En mai 1835, le brick le Racer fut foudroyé. Le météore se bifurqua, atteignit le paratonnerre du grand mât et le mât de petit perroquet éloigné d'environ 40 pieds (13 mètres).

Dans les observations qui suivent, la dislance du pouit frappé au paratonnerre, sans avoir été précisée, a été cependant peu considérable. ■ , j X A

En iuin 1815, le Norcje et un navire marchand, tous deux sans paratonnerre, à l'ancre au Port-Royal, furent très-gravement endommagés près d'autres navires, du même port, armés de paratonnerres et qui ne furent pas atteints par le météore

Parfois un navire, dont un des mâts était muni de paratonnerre, a été frappé parla foudre, non pas sur le mât arme, mais sur celui qui était sans paratonnerre.

Sio-nalons ici le Kent et la Persévérance (1).

Le Milflord fut très-gravement endommagé, en janvier 1814 à Plymouth. Il n'avait pas de paratonnerre. Auprès de lui se trouvaient plusieurs autres navires tous armés de paratonnerres, et aucun d'eux ne fut atteint.

En janvier 1830, le Madagascar et le Mosqmto, non munis de paratonnerres, furent endommagés près des paratonnerres élevés sur VMna ; cela se passait près de Cortou.

En novembre 1837, le Pélican de 16, sans paratonnerre, fut endommagé par la foudre sur la côte d'Afrique. Le «terwitch, à l'ancre à une courte distance, arme de paralonnerre, ne fut pas atteint.

En mars 1838, dans le port de Malte, le Ceylan, sans para-

Ci) Nantie Mag., VIII, p. 13 and 287, el Harris, Thund, p. 17

tonnerre, eut son mât de misaine fracassé par la foudre. Près de lui se trouvaient le Talavora, le Bellerophon et la machine à niàter, tous trois armés de conducteurs; ils ne furent pas atteints. Ce fait est d'autant plus remarquable, que le Ceylan, comme navire prison (Ikcciving-Ship), n'avait qu'un court màtereau sur son mât de misaine, tandis que les deux autres bâtiments complètement armés avaient des mâts qui s'élevaient à plus de 150 pieds.

Le 25 mars 1840, le Poioerful et l'Asia, chacun de 84, étaient à l'ancre à peu de distance l'un de l'autre dans la baie deVousla (Méditerranée). L'Asî« avait'ses trois mâts munis de paratonnerres tixes pointus ; le Powerful en était complètement dépourvu ; pendant un violent orage, la foudre tomba sur le Powerful seul et fracassa quelques-uns de ses hauts mâts.

Plusieurs fois enfin la foudre est tombée à la mer près ou très-près de navires armés de paratonnerres. Ainsi :

Le 21 mai 1831, pendant un très-violent orage, le vaisseau le Caledonia était à la voile dans la baie de Plymouth. De la ville, on voyait la foudre se précipiter sur la mer à de médiocres distances du vaisseau.

L'orage qui assailUt le Southampton, de 50, le 30 juin 1842, sur la côte de l'Amérique du Sud, fut d'une violence extrême et dura fort longtemps. La nuit était noire comme de la poix; le roulement du tonnerre était incessant et les éclairs si brillants qu'ils aveuglaient les gens de l'équipage. Au milieu de ce déchaînement des éléments, la foudre tomba dans la mer si près du navire qu'elle parut avoir atteint le main-chains (chaînes de haubans du grand mât) ; et cependant ce- navire était armé de paratonnerres sur tous ses mâts.

Même phénomène eut lieu pour le Sapphire, également armé de conducteurs pointus. Les décharges foudroyantes se succédaient si rapidement autour de lui, que le capitaine Welleslay hésitait à faire exécuter certaines manœuvres, malgré leur urgence.

Des faits précédents, il résulte que le paratonnerre à pointes, tout en attirant la foudre, n'agit qu'à faible dis-

tance, puisque nous avons pu signaler de nombreuses observations où la foudre a frappé des édidces et des navires à une très-faible distance de paratonnerres bien construits.

M. Harris ne partage point cette idée, et en se fondant sur de rares exceptions, il a dit : « L'action d'un conducteur » pointu est purement passive : il est plutôt le patient que » l'agent, et on ne peut pas plus dire que de semblables » conducteurs invitent une décharge foudroyante que l'on ne » peut dire qu'un cours d'eau attire l'eau qui tombe au mo- » ment d'une forte pluie. »

I II. — De la sphère d'activité des paratonnerres. — Quel est le cercle de protection des paratonnerres à tiges pointues?

A quel point faut-il multiplier ces paratonnerres?

Nous avons cherché à démontrer précédemment que les paratonnerres pointus ont sur la foudre une sphère d'action peu étendue, et nous distinguons ici avec soin la foudre de l'électricité diffuse des nuages orageux, car la sphère d'action des tiges pointues sur cette électricité diffuse et non encore concentrée en masse foudroyante paraît être fort étendue. Nous demandons maintenant s'il est possible de fixer d'une manière précise les limites de cette protection. Nous répondons que cela est malheureusement impossible dans l'état actuel de l.i science. Il faudrait, en effet, pour résoudre cette importante question pratique, analyser et comparer de nombreuses observations, dans lesquelles on aurait noté avec exactitude les principales circonstances suivantes: d'une part, la hauteur de la tige du paratonnerre, la nature et la masse des métaux qui constituent les diverses parties de l'appareil ; la forme, la continuité exacte du conducteur, l'installation de son pied. D'une autre part, la distance horizontale précise de la lige du paratonnerre au point qui a été foudroyé, l'élévation de ce point, sa forme, la présence ou l'absence en cet endroit de masses métalliques, l'isolement de ces masses ou leur communication avec le sol. Il faudrait enfin savoir si la foudre était en zigzag ou en globe ; si elle s'est ou non divisée dans l'atmosphère en plusieups bran-

ches, etc. En l'absence dépareilles observations, on ne peut répondre avec précision à la question posée.

En 1778, Le Roy, de l'Académie des sciences, admit que l'action préservatrice s'étendait horizontalement et dans tous les sens à plus de trois fois, la hauteur de la tige du paratonnerre. . ^

Mais le célèbre physicien Charles restreignit cette limite de manière qu'un paratonnerre ne protégeait autour de lui qu'un espace circulaire d'un rayon égal au double de la hauteur de sa tige. Et, en effet, quelques observations ont appris que les parties des édifices qui se sont trouvées à une distance égale à trois ou quatre fois sa hauteur au-dessus de leur niveau, ont été foudroyées. L'opinion de Charles a été adoptée, en 1823, par la section de physique de l'Académie des sciences, et dès lors par tous les auteurs de physique et de météorologie.

Si, pour le moment et jusqu'à plus ample expérimentation, nous admettons avec Gay-Lussac, Arago, MM. Pouillet, Becquerel, etc., que l'amplitude de l'action préservatrice des paratonnerres implantés sur les parties culminantes des édifices est égale au double de la hauteur des tiges au-dessus de leur point d'attache, cette sphère d'action ne serait-elle pas beaucoup plus étendue pour le sol qui entoure le bâtiment, et, par exemple, la tige du paratonnerre élevé sur le sommet d'un clocher ne protégera-t-elle pas un espace circulaire dont le rayon sera égal à la somme des hauteurs du clocher et de la tige ou peut-être double de cette somme? Nous sommes disposé à l'admettre d'après ce principe, que plus une tige s'élève dans l'air, plus son efficacité est grande. C'est là cependant une importante question à éclairer par l'observation directe.

Les remarques que nous avons faites indiquent suffisamment que la sphère de protection d'un paratonnerre varie suivant plusieurs circonstances, en dehors du paratonnerre lui-même, et, par exemple, n'est-il pas très-probable que cette sphère de protection est moindre lorsque le toit est couvert en partie ou en totalité par un métal? cette armature faisant en quelque sorte concurrence à la tige du para-

lonnerre, devra, pour mieux agir, être plus longue, plus épaisse et liée à un conducteur plus puissant.

D'une autre part, M. Pono conclut des observations qu'il a faites à Turin et à Gênes, de 1818 à 1822, conjointement avec d'autres oITiciers du génie sarde, que l'action d'une |)ointe sur un corps électrisé s'étend autour d'elle à des distances qui varient selon la direction de la source électri- ({ue par rapport à l'axe de la pointe. D'après les résultats acquis, la règle qui consiste à faire placer les tiges à une distance l'une de l'autre qui soit égale à 4 fois leur longueur ne pourrait pas être considérée comme générale (1).

Sans connaître précisément le cercle de protection des paratonnerres à tiges pointues, on est d'accord sur ce point qu'on ne peut garantir un grand bâtiment qu'à l'aide de plusieurs paratonnerres, et que plus les tiges seront élevées dans l'air, moins elles devront être multipliées; aussi, loin de fixer à 3 mètres leur hauteur, à l'exemple de plusieurs auteurs anglais, tels que Gavendish, Priestley, Nairne, etc., les constructeurs français vont-ils jusqu'à 10 mètres et iraient au delà si des tiges plus longues pouvaient être établies solidement. Des tiges de la longueur de 10 mètres seront donc placées à 40 mètres les unes des autres. Gelles de 7 mètres comporteraient une distance de 28 mètres.

I III. — Ecoulement de la foudre par le paratonnerre. — Le paratonnerre à tige pointue, non-seulement reçoit la foudre, mais aussi la conduit au réservoir commun, si son conducteur est continu et suffisamment puissant.

Il empêche que la foudre se divise, lance des étincelles sur les corps métalliques et sur les différentes pièces de construction des édifices et des navires, pourvu que ces corps métalliques soient isolés. Non-seulement il n'y aura pas d'étincelles latérales, mais la foudre ne quittera jamais son conducteur pour se jeter sur des corps métalliques voisins, et maintes fois, malgré la fracture du conducteur, "elle n'en a pas moins continué sa route jusque dans le sol.

(1) Pour plus amples renseignements, consultez : ComjHcs rendus, t. XXX, p. 48o, et l'inslilul, t. XVllI, p. 149.

ACTION DKS PARATONN ICKIlIiS * 4til

Lorsque la foudre touiba sur lo paralonnerre do Saiiile- Anne-d'Auray , le conducleur lut brisé à l'ciidioiL où il formait un angle droit, et cependant la foudre, au lieu de se jeter en partie ou même en totalité sur l'énorme masse des cloches placées près de là, continua sa route sur le conducteur. Il faut tenir compte ici de l'isolement de l'énorme masse des cloches.

La foudre, qui suivit le conducteur en chaîne du vaisseau anglais le Dublin, le déjoignit et le fendit en plusieurs endroits, sans endommager par des étincelles latérales le cordage auquel la chaîne était attachée, ni les masses métalliques voisines de son passage.

M. Harris fait remarquer que toutes les fois que de fortes explosions ont été transmises par les conducteurs fixés aux mâts, aucune décharge latérale n'a frappé les anneaux du mât, les armatures des chouquets, les caisses à eau, et les nombreuses pièces métalliques des chaînes et des câbles.

I IV. — Division de la décharge. — Mais si le paratonnerre préserve des étincelles latérales, il ne faut pas confondre celles-ci avec les divisions de la foudre, dont nous allons parler.

Si les corps métalliques qui avoisinent le conducteur communiquent avec le sol, il pourra se faire que la foudre se divise, et suive en partie le conducteur et en partie les corps métalliques voisins, même exclusivement ceux-ci, si la résistance qu'ils offrent pour l'écoulement dans le sol est moindre que celle du conducteur du paratonnerre.

Cette division de la foudre a occasionné des dégâts sur t Hôtel des Invalides et sur la frégate française la Jimon.

S'il est au moins inutile de mettre en communication avec le conducteur du paratonnerre les corps métalliques voisins et isolés, il est au contraire d'une grande importance de le faire communiquer avec les corps métalliques en connexion avec le sol, pour éviter toute explosion entre le conducteur luimême et les circuits additionnels.

I V. — Des paratonnerres multipliés sur une région la garantissent-ils des coups de foudre et des orages ? — Les ijaralonucrres poinlus suulireiit-ils l'électricité des nuages et préviennent-ils ainsi les coups de foudre?

De Luc, Brandes, M. Saigey, etc., paraissent fort peu disposés à admettre cette action préventive des paratonnerres. La haute opinion qu'on avait d'abord conçue à cet égard s'est beaucoup affaiblie dans ces dernières années.

Mais le plus grand nombre des auteurs répondent par l'aflirmative; nous trouvons ici Franklin, Ingenhousz, Yolta, Watson, lord Mahon, Ghappe, Barbier de Tinan, et de nos jours Arago, Gay-Lussac, Pouillet, Becquerel, Harris, etc.

« Une fois qu'il est bien constaté que la foudre est une explosion électrique, on ne peut douter, dit Biot, que l'électricité d'un nuage orageux ne puisse, comme celle de nos machines, être considérablement affaiblie par l'action des pointes. »

Les paratonnerres, dit Arago ont la propriété, « de dépouil- » 1er peu à peu les nuées orageuses de la matière fulminante » dont elles sont chargées, de la conduire silencieusement » par l'intermédiaire du conducteur dans les entrailles de » la terre. » Supposons que la matière fulminante accumulée dans les nuages ne soit pas susceptible d'une régénération subite et il en résultera que les paratonnerres doivent diminuer l'intensité des orages, le nombre et la gravité des coups foudroyants.

Pour notre part, nous admettons que les paratonnerres a tige pointue soutirent une partie de l'électricité des nuées orageuses, que cette quantité est parfois considérable, et que ces appareils préviennent maintes fois les coups de foudre. Les faits sur lesquels nous établissons ces assertions forment plusieurs groupes.

Nous signalerons d'abord certains phénomènes observes sur la pointe des paratonnerres, sur leurs conducteurs interrompus ou continus, et qui démontrent l'énergie de ces appareils pour soutiier l'électricité des nuages. En outre, on aurait vu, dit-on, des nuages et des nuées perdre leurs

ACTION DES FARATUiNNKUUKS

caractères orageux en passant au-dessus des pointes des paratonnerres.

De plus, des expériences fiiiles sur l'électricilé atmosphérique et sur l'électricité de nos machines témoignent toutes de la puissance des pointes métalliques. Ces observations et ces expériences nous servent à interpréter ce fait déjà fréquemment constaté, savoir, que des édiiices munis à leur sommet de corps aigus méLalliques communiquant avec le réservoir commun ou armés de paratonnerres à tiges protectrices n'ont pas été, nous ne disons pas frappés de la foudre, mais même visités par ce redoutable météore.

Cherchons à démontrer nos assertions :

« Il suffit de connaître le pouvoir des pointes et les » expériences de Charles et de I^omas avec un cerf-volant » sous un nuage orageux, pour rester convaincu que les » paratonnerres en pointe, s'ils étaient plus multipliés et y> placés sur des lieux élevés, diminueraient réellement la » matière électrique des nuages et la fréquence de la chute » de la foudre sur la surface de la terre. Il est même permis » de croire que si des paratonnerres placés sur des tours très- » élevées, comme celle de Strasbourg, qui a 142 mètres de » hauteur, étaient très-multipliés sur la surface entière de la » France, ils ne prévinssent aussi la formation de la grêle, » qui, d'après les observations de Volta, paraît être un » véritable phénomène électrique. » (Instruction 1823.)

a En armant tous les principaux bâtiments de tous les » lieux habités et tous les points élevés du sol dans chaque » contrée, on arriverait, dit M. Richardot, à cet important » résultat, que toutes les villes, tous les villages, toutes les » campagnes se garantiraient réciproquement des dangers » de la foudre et peut-être, en partie, des ravages de la » grêle. D

Cette opinion est partagée par un grand nombre de physiciens et nous sommes fort disposé à l'admettre, quoique les faits pratiques qui peuvent la corroborer soient encore peu nombreux.

Une très-grande partie des habitants d'une commune près de Munich, ayant garni leurs maisons de paratonnerres,

remarquèrent l'influence heureuse que cette précaution exerça sur la fréquence et l'intensité des orages. Cette commune fut beaucoup moins ravagée par la grêle. Cette observation, au dire d'Ampère, aurait été envoyée il y a un assez grand nombre d'années à l'Académie des sciences.

Vers l'année 4813, après un coup de foudre qui atteignit le clocher d'une église de Brunswick, on s'empressa d'élbvcr des paratonnerres sur toutes les églises, sur tous les bâtiments publics de cette ville, ainsi que sur un grand nombre de maisons particulières. Or, depuis cette époque jusqu'en 1827, à l'exception d'un orage de grêle en 1822, presque aucune nuée orageuse n'apparut sur cette ville m sur ses environs les plus rapprochés, tandis qu'à la distance d'une lieue, de fréquents orages causèrent de grands ravages (1).

s VI — Solidarité d'action des diverses parties du paratonnerre. - Les actions des diverses parties qui composent un paratonnerre, pointe, tige, conducteur et pieds du conducteur et substances qui joignent exactement ces parties entre elles, sont solidaires. C'est là une vente qu li ne faut pas perdre de vue. Si le pied du paratonnerre est bien établi s'il communique facilement, largement avec le réservoir commun, le conducteur proprement dit livre facilement passage à la matière fulminique, qui a moms de tendance alors à se jeter sur les circuits additionnels. A ors aussi, a pointe de l'appareil soutire plus énergiquement 1 électricité

'TrcVnSla communication de l'appareil avec le résen'oir commun est incomplète ou nulle, le conducteur se brisera et permettra des diversions de l étincelle.

(1) Wiegmann, Kaslner's Arch., t.X,p. 496 (1827).

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