PARATONNERRE ACTUEL A TIGE POINTUE
afin que la pression des gâches, dans lesquelles les extrémités sont serrées à vis, les joigne plus lacilement.
Suivant Ilare, s'il est besoin de flexibilité, les jointures doivent être faites avec soin, comme les ferrures des capotes de voiture, et rivées de manière à assurer un contact exact.
Le conducteur d'Unterberger se compose de barres de fer aplaties, larges de 1^2 à 13 lignes, épaisses de 3 lignes et longues de 8 pieds. Pour les réunir, on en soude deux, ensemble d'une part, et deux autres d'autre part; leurs extrémités sont réunies, avec l'interposition d'une lame de plomb, à l'aide de trois vis. Ce conducteur est assez répandu dans le Wurtemberg, dans les États autrichiens.
Les barres ont de nombreux avantages, mais aussi quelques inconvénients : notons en particulier la difficulté de leur installation, leur morcellement, la multiplicité de leurs raccords, et la nécessité où l'on est, pour leur faire contourner les angles et les corniches des bâtiments, de leur donner des incurvations brusques, à l'aide du feu ou à froid, d'où résultent souvent des fentes d'abord peu visibles, mais qui ne tardent pas à s'agrandir et à se creuser par la rouille. Quant à l'interposition de minces lames de plomb entre les différents segments du conducteur, c'est là une pratique vicieuse, car elles s'oxydent très-promptement sous l'action du courant presque continu du fluide électrique, et deviennent ainsi des corps mauvais conducteurs.
M. Pouillet, dans le supplément à l'Instruction, recommande de diminuer autant que possible les joints sur la longueur du conducteur afin d'augmenter sa conductibilité en le rendant aussi homogène que possible. Puis, il fait ressortir toute l'importance qu'il y a à souder à la soudure d'étain les joints qu'il est nécessaire de faire sur place, et de consolider la soudure par des boulons et des rivets pour assurer la parfaite continuité du métal et prévenir l'oxydation qui diminuerait considérablement sa conductibilité.
Conducteur en forme de chaîne. — Des chaînes en fer ou en cuivre ont été souvent employées; le plus ordinairement elles se composent de tringles réunies par des yeux et des crochets ou par des anneaux. Mais elles ont de très-graves inconvc-
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nients et nous poumons citer plusieurs cas où elles ont été fondues, rompues ou brisées en nombreux fragments; aussi sont-elles universellement proscrites.
« La forme de chaîne n'est jamais admissible, ditM. Pouillet; » elle doit être exclue très-sévèrement de tout emploi de cette » nature. En voici les raisons : les anneaux ne se touchent » qu'imparfaitement, à cause des altérations du métal et des » souillures diverses qui s'y attachent; et en admettant » môme que la surface des points de contact soit bien nette » et métallique, il arrive toujours qu'elles sont trop étroi- » tes, et qu'une faible décharge, resserrée sur ces points, » suffît pour y mettre le fer en fusion et en combustion. »
Le bateau anglais le Blazer, allant de Beyrouth à Alexandrie, eut sa chaîne brisée par la foudre (1).
Le vaisseau le Jupiter fut foudroyé le 14 juin 1854, dans la baie de Baltchick (mer Noire). La chaîne du paratonnerre avait été mise à l'eau avant l'orage. La foudre tomba sur le grand mât, descendit par tribord le long de la chaîne, et fit explosion au-dessus des porte-haubans. Cette chaîne, établie à 0"', 15 de la pomme par un anneau à charnière porté sur un petit bout de latte, descendait d'abord le long de la tlèche de cacatois et suivait ensuite un galhauban de perroquet au moyen d'anneaux en cuivre rouge; elle était écartée du bord par un arc-boutant en bois saillant de 2 40 en dehors des porte-haubans; enfin, l'extrémité inférieure, garnie d'un boulet de 2 kilogrammes, plongeait dans l'eau d'environ 2 mètres.
Le paratonnerre fut trouvé tordu; la chaîne, brûlée et brisée en mille morceaux, n'existait plus; les anneaux, le long du galhauban, ainsi que leurs amarrages n'avaient cependant nullement souffert. L'arc-boutant même n'avait subi aucune détérioration. Les nombreux débris de la chaîne que l'on put recueillir avaient une teinte violette foncée; ils étaient brûlants. Plusieurs hommes en'avait été couverts et trois d'entre eux en avaient reçu quelques blessures (2).
Conducteurs tubaires. — Lampadius(3), en 1808, a propose
(1) Comptes rendus, t. IX, p. 373 (1839).
(2) Comptes rendus, t. XXXIX, p. 153.
(3) Gilbert's Ann., t. XXIX, p. 60 (1808).
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des conducteurs en tubes, on cuivre ou en Ter, ou même en 1er fondu; les fragments, de 8 à lU pieds de long et de un pouce et demi de diamètre, sont disposés de manière à se visser et à s'emboiter herméliquement. La surface intérieure qui n'est pas exposée à l'air doit être polie autant que possible; l'extérieure est enduite d'un vernis. Quelques soupapes de sûreté disséminées sur la longueur du tube s'opposent à sa rupture, si la foudre suivait l'intérieur et dilatait subitement l'air.
M. Porro, otlicier supérieur du génie sarde, a signalé les avantages qu'il a obtenus d'un conducteur en tube de plomb(l). Le fort de Puin à Gènes, élevé de mètres au-dessus du niveau de la mer, est situé au nord de l'Éperon, sur la crête de séparation des eaux entre la Polievera et le Bisagno, et par conséquent très-souvent frappé de la foudre. Il était muni, avant 1822, d'un conducteur en cordes de cuivre ou de fer de 20 à 35 millimètres de diamètre qui, cbaque année, se trouvait fondu en quelque endroit. M. Porro lui substitua un tube en plomb de 3 centimètres de diamètre intérieur, et depuis cette époque l'appareil n'a plus offert de solution de continuité. Cependant, malgré ces résultats satisfaisants, l'Académie des sciences de Paris (id., p. 3u8) s'est prononcée contre l'emploi de ces tubes.
Suivant M. Snow Harris, un conducteur très-efficace est composé de tubes de cuivre de 1 à 2 pouces de diamètre et d'environ I/o de pouce d'épaisseur. Ces tubes, d'environ 10 pieds de longueur, sont vissés sur de courtes pièces intermédiaires. Celles-ci peuvent être des anneaux plus épais sur lesquels les tubes sont également vissés. Le tube général est fixé contre le mur au moyen d'anneaux. 11 présente en haut une tige de cuivre de 18 pouces de long et d'environ 3/4 de pouce de diamètre, vissée dans un tampon solide fixé dans le tube. L'extrémité inférieure a trois pointes divergentes au-dessous du sol; elles sont reliées, s'il est possible, avec quelque canal voisin.
Ces paratonnerres sont très- portatifs et faciles à établir; ils ont été appfiqués en 1834 à la tour de l'horloge, dans le
(1) Comptes rendus, t. XXX, p. 86 (1850).
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Royal Victualling- Yard, à Plymoutli, et plus récemment aux hautes cheminées de ce vaste établissement, ainsi qu'à quelques tours dans le pays de Galles et dans les Indes occidentales.
Lorsqu'il faut regarder à la dépense, on pourrait, suivant M. Harris, employer des tubes de fer forgé: ils ne doivent pas avoir moins de 2 pouces de diamètre et 3/10 de pouce d'épaisseur.
Les tubes métalliques n'ont encore été que trop rarement employés comme conducteurs pour que nous puissions en apprécier au juste la valeur. Disons seulement à leur avantage que, toutes choses égales d'ailleurs, les fils se brisent, se fondent plus rapidement et plus fréquemment sous l'action de la décharge électrique que les lames et celles-ci que les tubes (Porro). Et, s'il est vrai que la transmission de l'électricité se fasse par les surfaces, ces tubes auraient une puissance d'autant plus grande, qu'avec quelques précautions, leur surface intérieure ne s'altérerait que difficilement.
Conducteurs en plaques. — Ces conducteurs sont formés de plaques de cuivre, de plomb, de tôle zinguée, tantôt soudées l'une à l'autre, tantôt agrafées.
Nous avons déjà parlé de cette forme de conducteur en traitant du paratonnerre de Reimarus, du paratonnerre de Harris pour les navires, et des armatures métalliques naturelles des maisons et des édifices.
Enduit dont on couvre la tige et le conducteur. — Ordinairement on enduit la tige et le conducteur d'une couche de jmnture ; celle au noir de fumée employée en Amérique a le double avantage de préserver de la rouille et de transmettre facilement le fluide électrique. S'il s'agit d'une corde métallique, les torons sont goudronnés séparément, et la corde elle-même est ensuite goudronnée avec le plus grand soin. Le goudron ne recouvre d'ailleurs que la portion du conducteur qui est au-dessus du sol, pour le préserver de l'action de l'air et de l'humidité. Quant au pied de l'appareil qui plonge dans l'eau, dans le sol humide ou dans la braise de boulanger, il importe que sa surface métallique soit à nu autant que possible.