II
craindre leur rupture. En même temps, et toujours pendant la station, les membres inférieurs éprouvaient un engourdissement qui bientôt mettait le malade dans l'impossibilité de les détacher du sol. Ces deux phénomènes ne se manifestaient jamais à la suite d'une marche même forcée ou dans la position horizontale, et le moindre mouvement des orteils sufQsait pour les faire cesser en rétablissant la circulation : ils disparurent tout à fait.
On observe encore un autre phénomène qui se lie sans doute à cette dilatation des veines : c'est la tuméfaction, l'enflure des membres après le foudroiement.
Un homme foudroyé, en revenant à lui, observa que ses jambes étaient le siège d'une vive douleur et d'une enflure considérable. (Goldschmidt.)
Wallis parle de deux individus, et Howard d'un autre chez lesquels la foudre donna lieu à une enflure des jambes.
Cette enflure semble un phénomène de congestion passive par atonie des vaisseaux et des tissus, plutôt qu'une congestion inflammatoire; aussi conviendrait-il de la traiter parles toniques et les excitants.
Des he'morrhagies par diverses voies sont fréquentes chez les foudroyés, mais jamais, que nous sachions, elles n'ont compromis l'existence. Aucune des observations que nous connaissons notait mention de l'état du sang.
Nous avons noté déjà Vhémorrhagie des voies respiratoires, nous signalerons bientôt Vhémorrhagie gastrique, intestinale et celle des voies urinaires. Quant à celle qui a lieu par les oreilles, le nez, la bouche sans que nous puissions savoir précisément d'où vient le sang rendu par ces dernières voies, elle est assez fréquente.
L'étincelle des machines et le courant galvanique peuvent aussi produire des hémorrhagies par les muqueuses. Aldini détermina une hémorrhagie par les fosses nasales en faisant passer un courant électrique dans les fosses nasales d'une jument atteinte de morve.
Troostwyk a donné lieu à un crachement de sang répété chez un scorbutique atteint de paralysie et qu'il avait soumis au traitement par l'étincelle.
Le fait suivant est plus intéressant encore, parce qu'il s'est produit chez deux personnes en santé.
La première fois que Winkler (1) reçut la décharge de la bouteille de Leyde, il éprouva de grandes convulsions dans tout le corps; « elle lui mit le sang dans une agitation si . violente qu'il craignit d'être attaqué d'une fièvre chaude... ,) il se sentit aussi la tête pesante, comme s'il y eût eu une » pierre dessus... Cette expérience lui causa deux fois, dit-il, .. un saignement au nez, auquel il n'était pas sujet ; sa femme, » après une pareille commotion, saigna également au nez. »
Nous examinerons plus tard si les plaies faites par la foudre saignent ou ne saignent pas. Disons seulement qu'on a vu les cautères que portait un individu frappé de la foudre, devenir le siège d'une hémorrhagie d'ailleurs peu abondante ; le fluide électrique ne paraissait pas cependant les avoir atteints (de Quatrefages.)
Nous attirerons plus tard aussi l'attention sur un cas singulier d'hémorrhagie spontanée survenue réguhèrement tous les huit jours, pendant plusieurs semaines de suite, à l'heure oij la fulguration avait eu lieu et avait occasionné une blessure, siège de cette hémorrhagie.
Mais revenons aux phénomènes relatifs à la circulation, qui surviennent immédiatement ou peu de temps après la fulguration, et examinons en particulier le pouls, la chaleur et la sueur.
Au moment de l'accident, les foudroyés présentent en général un état de collapsus et de refroidissement qui peut durer plusieurs heures ; alors, le pouls est tantôt petit, presque imperceptible; tantôt mou et facilement dépressible ; quelquefois, avec ces caractères, il est fréquent, mais le plus souvent d'une remarquable lenteur. Parfois aussi il est petit, intermittent et comme convulsif ; chez deux sujets cités par Tzschirner et Parkinson, à peine sentait-on le pouls radial, et cependant il était très-appréciable, lent, régulier et même ■ normal aux carotides.
En même temps la température du corps est au-dessous de
(1) Priestley, Hist. de l'éleclricilé, traduc, p. 1S4.
la moyenne, froide, et même glacée, surtout aux extrémités, et la sueur, quand elle existe, est froide et visqueuse.
A cet état de dépression succède, au bout d'un temps variable, souvent de quelques heures, une réaction plus ou moins vive et prolongée, alors le pouls est fréquent, dur et plein ; la chaleur s'élève graduellement et devient brûlante et une sueur copieuse inonde parfois le malade. Une circonstance fort curieuse à noter ici est l'odeur sulfureuse que cette sueur répand chez quelques sujets. (Voir Intoxication par la foudre.)
Cependant la fièvre se calme bientôt et fait place au sommeil, à moins qu'elle ne soit entretenue et aggravée ou reproduite par les brûlures et les blessures de la surface du corps ou par l'apparition de quelques phlegmasies intenses.