‹ De la foudre, de ses formes, et de ses effets (volume 2)Chapitre 21 sur 156 · ART. 6. — ACTION DE LA FOUDRE ^UR LES FEMMES ENCEINTES · texte numérisé non relu

ART. 6. — ACTION DE LA FOUDRE ^UR LES FEMMES ENCEINTES

Il est bien remarquable que des femmes enceintes, ayant été foudroyées, soient cependant arrivées au terme naturel de leur grossesse et soient accouchées d'un enfant bien portant. Ce phénomène a été cependant déjà constaté par plusieurs auteurs.

Alexander rapporte qu'une femme d'Altona, enceinte de -sept mois, fut blessée par la foudre, qui lui traça sur l'épaule gauche une fleur de Lichtenberg étoilée à neuf rayons ; sa -santé et celle du foetus ne souffrirent en aucune manière de cet accident.

Le fait suivant a été signalé par Usleber à son élève et parent Kœchler (1).

Une femme d'Altenbourg était enceinte et filait près d'une fenêtre, lorsque la foudre éclata et lui brûla le dos, la poitrine, le ventre et les membres inférieurs; malgré cette grave atteinte, non-seulement elle n'avorta pas, mais elle accoucha ■d terme d'un enfant bien portant.

L'observation qui suit est due au docteur Wallis. Parmi les personnes atteintes dans le foudroiement d'Ewerdon, se trouvait une femme enceinte, Mary Bird ; on crut (qu'elle avait cessé de vivre. Elle avait reçu près de cent Iblessures; plusieurs étaient larges comme la main; de nom-

(1) Dissert, de fulmine, p. 11.

breuses et épaisses escharess'en détachaient; les plus grosses, du volume d'une noix au moins. Cette femme fut saignée; elle ne put se lever qu'au bout de trois semaines, et resta malade plus de trois mois. Cependant, elle accoucha à terme d'un enfant vivant, qui ne présenta sur la surface du corps ni tache ni trace quelconque de l'action de la foudre.

C'est au docteur Gastillier que nous devons le fait suivant, exemple remarquable de la résistance de la mère et du fœtus, non-seulement à l'action de la décharge, mais aussi à l'influence d'un traitement souverainement énergique et perturbateur.

Le 20 fructidor an VI, près de Montargis, une femme, grosse de deux mois environ, fut blessée par la foudre et paralysée de tout le membre supérieur droit et de tout le membre inférieur gauche. (Voy. Hémiplégie croisée.) Entre autres moyens de traitement, on lui prescrivit trois grains de tartre stibié, qui produisirent de très-abondantes évacuations par haut et par bas; des prises de la poudre de Saint-Ange (4 par jour), qui occasionnèrent de fréquents éternuments; une seconde dose d'émétique, qui agit comme la première: une solution de sel de Seignette et d'un grain de tartre stibié dans une pinte d'eau, à prendre par verres toutes les demiheures, médicament qui donna lieu à de nombreuses évacuations et qui fut répété le surlendemain avec le même résultat; des frictions deux fois par jour, sur toute la longueur de la colonne vertébrale, avec un mélange d'huile et d'alcali volatil.

Tous ces moyens furent mis en usage dans l'espace de dix jours, du 20 au 30 fructidor, et cependant, le 6 vendémiaire, cette femme était parfaitement rétablie, et, au moment où l'observation fut rédigée, sa santé était parfaite.

Mais il n'en est pas toujours ainsi, et l accouchement prématuré ou l'avortenient a pu être fréquemment le résultat de l'action de la foudre, directe ou à distance, ou même de la frayeur occasionnée par les coups de tonnerre.

Bened. Gullmann rapporte qu'une femme de 34 ans, robuste et un peu plélhorique, arrivée au 8° mois de sa grossesse, fut vivement effrayée partm grand coup de tonnerre. Elle

ne remarqua le jour même qu'une diminution dans les mouvement du fœtus, elle continua à vaquer à ses affaires domestiques, mais le neuvième jour elle fut subitement prise d'une métrorrhagie foudroyante qui, menaçant d'être rapidement mortelle, exigea l'accouchement immédiat. L'enfant était mort et ses membres raides et convulsés : la mère se rétablit parfaitement. Il semble que la frayeur ait joué un grand rôle dans cette circonstance.

Pline raconte que la princesse Marcia fut frappée par la foudre pendant sa grossesse : le fœtus mourut, mais elle conserva la vie.

Parmi les personnes atteintes par la foudre, le 10juinl759,, sous le portail de l'église des Jacobins d'Aumale, il se trouvait, dit Marteau de Granvilliers, une femme enceinte de 5 mois et demi qui tomba sans connaissance. Sa jambe droite présentait une tache d'un pouce et demi de diamètre. Les premières douleurs calmées, la malade ne se rétablit pas, elle garda une fièvre lente avec douleurs vagues et ambulantes assez aiguës. Deux tumeurs se formèrent sur la tempe gauche. Depuis le jour de l'accident, elle garda le lit, elle sentait des frissons quand elle se levait, des étouffements, une chaleur extraordinaire, et des sueurs abondantes aux approches des orages. Les fonctions de l'estomac étaient troublées, la malade pouvait à peine supporter une tranche de pain dans du bouillon. Enfin, elle mourut au commencement de septembre, après une couche prématurée.

Sans donner lieu à l'avortement du fœtus, la foudre a pu ' exercer sur lui une influence qui se prolonge pendant une partie de la vie :

Une femme grosse fut effrayée par la chute de la foudre : elle donna naissance à une fille qui, jusqu'à l'âge adulte et probablement plus tard, était saisie d'une sorte de choléra avec vomissements et diarrhée toutes les fois qu'elle entendait le bruit du tonnerre (1).

Des faits analogues ont été observés chez les animaux.

Camerarius affirme que le bruit du tonnerre occasionne

(1) Voir Affections du tube digestif.

Sestier. ,,

Suivant Carmoy (1), la mort par la fulguration serait duc non pas à des décliirures de viscères, mais à la matière électrique agissant à la manière des gaz méphitiques qui détruisent plus ou moins promptement les fonctions vitales.

Nous pouvons encore citer plusieurs auteurs de diverses époques qui ont également admis l'action toxique de la foudre; mais nous cherchons en vain les faits positifs et bien constatés sur lesquels repose leur opinion; il nous faut arriver, d'après nos recherches du moins, vers le milieu du xviii^ siècle pour trouver dans les annales de la science le premier fait dont l'interprétation soit favorable à la doctrine de l'intoxication par la foudre. Nous en découvrons plus tard quelques autres, mais en très-petit nombre, et presque toujours les auteurs qui nous les ont fait connaître nous paraissent avoir méconnu leur portée.

Observation I. — Le 15 floréal de l'an IT, le docteur Gaultier deClaubry .étant à cheval près de Blois, fut assailli par un violent orage.

« Tout à coup, dit-il, une masse de feu d'un grand dia- )5 mètre se précipita sur moi, mon cheval est renversé ; par » un mouvement machinal, j'écarte les jambes et je reste » debout, mais la chaleur que je sentis surtout au visage et » aux mains me fît abandonner la bride. Les poils de ma » barbe, ceux que j'avais sur les mains furent brûlés en » partie et ne sont jamais revenus. Les poils et les crins du » cheval furent également brûlés, excepté sous la selle et la » sangle. J'eus beaucoup de peine à reconduire le cheval ï jusqu'à la ville ; il trébuchait à chaque pas et trois jours » après il mourut.

» Quant à moi, je n'avais que de la chaleur, je suais au » point que mes habits étaient traversés, mais je n'éprouvais » aucune douleur. Depuis quelque temps j avais un rhume )) et j'expectorais avec peine : du moment même l'expecto- » ration se fit avec facilité. J'avais à la bouche un léger goût » de gaz hépatique, j'en sentais l'odeur qui se faisait perce- » voir également par les personnes qui m'approchaient. Je

(1) Réflexiojis sur les effets des conmotioni éleclriques, relativement au corps humain {Diçt. dephys., t. XXIX, p. 201).

EMPOISONNEMENT PAR LA FOUDRE m

» dormis fort tranquillement la nuit ; je passai douze jours » dans le calme le plus parfait, ne pensant plus à mon acci- » dent, quoique le goût hépatique persistât toujours.

» Le douzième jour au soir, je fus attaqué subitement et » sans aucun signe précurseur de violentes convulsions » dans les bras : elles durèrent environ une heure. La tête » et la gorge devinrent douloureuses, la nuit fut extrême- » ment agitée. A 5 heures du matin, le mal de tête était des » plus violents et j'étais menacé de suffocation. Je me fis » saigner du pied sur le champ et une seconde fois à midi; » ne me sentant pas soulagé, je me fis saigner de nouveau » à 6 heures du soir. Cette troisième saignée diminua le mal » de tête et le mal de gorge; dès ce moment, j'avalai mieux » et ma respiration fut plus libre, mais le goiU et f odeur » hépatique devinrent insupportables; ce qui est à remarquer, » c'est que cette odeur augmentait à mesure que la moiteur » s'établissait : la nuit je dormis quatre heures, je fus ré- » veillé par un besoin; l'odeur hépatique que mes urines » exhalaient fut si forte, qu'on fut contraint de les jeter aus- » sitôt. Remis dans mon lit, il me sembla que mon serre-tête » me gênait; je le détachai et m'étant reposé sur l'oreiller, » je sentis que ma tête s'enflait. Je fus obligé d'ôter mon » bonnet, je le remplaçai par un mouchoir que je ne pus gar- » der longtemps : ma tête et mon visage grossissaient d'un » moment à l'autre.

» A l'enflure générale, se joignaient des tumeurs partielles, » tant sur la tête que sur la face. Sur ces tumeurs s'en éle- » vaient d'autres dont les plus petites acquirent le volume » d'une noix, et plusieurs celui du poing. Sur chacune de » ces tumeurs de second ordre, il y en avait encore d'autres, » plus petites, placées les unes à côté des autres : toutes » deux étaient dures, accompagnées de rougeur, de douleur » et d'une chaleur excessive.

» Ma tête, qui, dans l'état naturel, a 6 décimètres decircon- » férence avait alors près de 1 mètre 1/2 : j'avoue que dans D cet état je faisais horreur, même à mes enfants, dont le » plus jeune n'osait pas s'approcher de moi.

» A mesure que le volume de ma tête augmentait, et que

Suivant Garmoy (1), la mort par la fulguration serait duc non pas à des déchirures de viscères, mais à la matière électrique agissant à la manière des gaz méphitiques qui détruisent plus ou moins promptement les fonctions vitales.

Nous pouvons encore citer plusieurs auteurs de diverses époques qui ont également admis l'action toxique de la foudre; mais nous cherchons en vain les faits positifs et bien constatés sur lesquels repose leur opinion; il nous faut arriver, d'après nos recherches du moins, vers le milieu du xviii^ siècle pour trouver dans les annales de la science le premier fait dont l'interprétation soit favorable à la doctrine de l'intoxication par la foudre. Nous en découvrons plus tard quelques autres, mais en très-petit nombre, et presque toujours les auteurs qui nous les ont fait connaître nous paraissent avoir méconnu leur portée.

Observation 1. — Le 15 floréal de l'an II, le docteur Gaultier de Claubry , étant à cheval près de Blois, fut assailli par un violent orage.

« Tout à coup, dit-il, une masse de feu d'un grand dia- » mètre se précipita sur moi, mon cheval est renversé ; par » un mouvement machinal, j'écarte les jambes et je reste > debout, mais la chaleur que je sentis surtout au visage et » aux mains me fit abandonner la bride. Les poils de ma » barbe, ceux que j'avais sur les mains furent brûlés en » partie et ne sont jamais revenus. Les poils et les crins du » cheval furent également brûlés, excepté sous la selle et la » sangle. J'eus beaucoup de peine à reconduire le cheval » jusqu'à la ville ; il trébuchait à chaque pas et trois jours » après il mourut.

» Quant à moi, je n'avais que de la chaleur, je suais au » point que mes habits étaient traversés, mais je n'éprouvais j> aucune douleur. Depuis quelque temps j'avais un rhume » et j'expectorais avec peine : du moment même l'expecto- » ration se lit avec facilité. J'avais à la bouche un léger goût » de gaz hépatique, j'en sentais l'odeur qui se faisait perce- )> voir également par les persomies qui m'approchaient. Je

(1) Réflexions sur les effets des conmotionê électriques, relativement au corps humain {Vict, dç'phys., t. XXIX, p. 201).

EMPOISONNEMENT PAR LA FOUDRE m

» dormis fort tranquillement la nuit ; je passai douze jours » dans le calme le plus parfait, ne pensant plus à mon acci- » dent, quoique le goût hépatique persistât toujours.

» Le douzième jour au soir, je fus attaqué subitement et » sans aucun signe précurseur de violentes convulsions » dans les bras : elles durèrent environ une heure. La tête » et la gorge devinrent douloureuses, la nuit fut extrême- » ment agitée. A 5 heures du matin, le mal de tête était des » plus violents et j'étais menacé de suffocation. Je me fis » saigner du pied sur le champ et une seconde fois à midi ; » ne me sentant pas soulagé, je me fis saigner de nouveau » à 6 heures du soir. Cette troisième saignée diminua le mal » de tête et le mal de gorge; dès ce moment, j'avalai mieux B et ma respiration fut plus libre, mais le qoût et l'odeur » hépatique devinrent insupportables; ce qui est à remarquer, » c'est que cette odeur augmentait à mesure que la moiteur » s'établissait : la nuit je dormis quatre heures, je fus ré- » veillé par un besoin; l'odeur hépatique que mes urines » exhalaient fut si forte, qu'on fut contraint de les jeter aus- » sitôt. Remis dans mon lit, il me sembla que mon serre-tête » me gênait; je le détachai et m'étant reposé sur l'oreiller, » je sentis que ma tête s'enflait. Je fus obligé d'ôter mon » bonnet, je le remplaçai par un mouchoir que je ne pus gar- » der longtemps : ma tête et mon visage grossissaient d'un » moment à l'autre,

» A l'enflure générale, se joignaient des tumeurs partielles, » tant sur la tête que sur la face. Sur ces tumeurs s'en éle- » vaient d'autres dont les plus petites acquirent le volume » d'une noix, et plusieurs celui du poing. Sur chacune de » ces tumeurs de second ordre, il y en avait encore d'autres, » plus petites, placées les unes à côté des autres : toutes » deux étaient dures, accompagnées de rougeur, de douleur » et d'une chaleur excessive.

» Ma tête, qui, dans l'état naturel, a 6 décimètres decircon- » férence avait alors près de 1 mètre 1/2 : j'avoue que dans » cet état je faisais horreur, même à mes enfants, dont le » plus jeune n'osait pas s'approcher de moi,

» A mesure que le volume de ma tête augmentait, et que

» les tumeurs s'élevaient, le mal de tête et celui de la gorge » diminuaient, de sorte que je me trouvai sans douleur » quand ma tête fut parvenue au rnaximum de sa grosseur, » ce qui arriva dans la nuit du -5 au 6 ; je dormis huit heures ï sans interruption. Ma tête diminua par degré comme elle » avait grossi.

» Mes urines exhalaient une odeur hépatique insuppor- » table; quand elles étaient reposées, il se formait à leur » surface une couche huileuse d'un ou deux centimètres; mes B transpirations, qui furent abondantes, avaient la même » odeur et si forte qu'il était impossible de rester auprès de » moi, pendant quelques minutes sans éprouver des nausées.

» Le dixième jour, mon visage et ma tète commencèrent » à se dépouiller; l'épiderme s'en détachait par lambeaux; » en peu de jours, l'exfoliation fut complète.

» Mon traitement fut très-simple; il se borna aux trois » saignées dont j'ai parlé, à l'eau de veau légère pour bois- » son, à la diète la plus rigoureuse pendant huit jours et à ï quelques lavements. Le bon effet que j'avais observé de » l'alcaU, me détermina à l'employer pour moi-même : je » pris 15 gouttes d'ammoniaque ou alcali volatil dans un » verre d'eau de rivière de six en six heures; à chaque dose, » je ne tardais pas à éprouver un soulagement marqué. »

Gomment méconnaître ici une intoxication, qui, après une incubation de quelques jours, éclate subitement par les plus violents et les plus graves accidents. Les saignées restent insuCûsantes, mais la nature médicatrice protège le blessé : le poison est éliminé par les reins et par la peau ; les tumeurs formées si subitement à la surface du cor|)s ne restent sans doute pas étrangères à cette œuvre importante de translation du poison du dedans au dehors.

Observation IL — Le i2 germinal de l'an II, rapporte le docteur Gaultier de Glaubry, la femme Chabot, d'un village près de Blois, étant occupée à couler la lessive, fut frappée dv la foudre; le coup porta sur la clavicule gauche et descendit en ligne verticale, jusqu'à la malléole interne.

Dans tout ce trajet, il traça une plaie d'environ sept millimètres de largeur et de cinq millimètres de profondeur. Dans

EMPOlSONNKMliNT PAR LA FOUDRE 4M

le premier Instant, cette femme sentit une légère clialeur dans tout le trajet de la plaie ; bientôt après, a .'.ha eur au"menTa, la fumée s'éleva autour d'elle, la douleur et la crainte lui arrachèrent des cris. Une de ses camarades, pour la secourir, lui jeta promptement sur le corps deux seaux de lessive froide, obtenue avec des cendres de bois neuf et de

En examinant la malade, le docteur Gaultier de Claubry s'aperçut que tout ce qui avait été mouillé par la lessive était d'une couleur tirant sur le brun et peu sensible, et ce qui n'avait pas été mouillé était d'un rouge vif, accompagne de phlvctènes avec une chaleur très-vive et des douleurs cuisantes. Frappé de cette différence, il ouvrit les phlyctenes, couvrit toute la plaie avec des linges trempés dans la même lessive et les renouvela quatre fois |)ar jour. La malade se nlaio-nant de percevoir une saveur d'hydrogène sulfure. U lui prercrivit deux grammes de carbonate de potasse dans une pinte d'eau. Le lendemain, les garde-robes et les unnes avaient une forte odeur d'hydrogène sulfuré; les urines reposées présentaient à leur surface V épaisseur de cinq millimètres a peu près d'une couche huileuse dont les matières alvines étaient également

Le cinquième jour la plaie était sèche, le dixièmé les croûtes étaient tombées en grande partie. La malade guérit complètement; nous ferons remarquer le succès qu'on a recueilli de l'emploi du carbonate de potasse intus et

extra. ^ .1,0.

Observation III. — Le docteur Tîrillouët, frappe de la foudre

et blessé peu grièvement au dos et au membre inférieur gauche ne reprit connaissance que trois quarts d'heure après. Mis au lit dans une maison voisine, il éprouva un violent accès de fièvre qui se termina par une sueur abondante, laquelle remplit la chambre d'une odeur hépatique tellement forte que ceux qui y entrèrent en furent incommodés : le blessé se rétablit bientôt.

Ici, l'élimination du poison aurait été plus prompte que dans le cas précédent, car la sueur à odeur sulfureuse s'est montrée trois ou quatre heures après l'accident, et le rétablisse-

ment du blessé ayant bientôt suivi cette élimination rapide et complète de l'agent toxique.

Observation IV. —Le 31 juillet... pendant la nuit, la Ibudre tomba dans une rivière, à quelque distance de l'habitation de de la Prade. Dans deux maisons voisines du lieu où était tombée la foudre, on sentit une odeur sulfureuse très-forte. Dès le lendemain, les cinq habitants de cette maison furent pris d'une fièvre intermittente double tierce. L'autre maison renfermait six personnes, deux seulement éprouvèrent la même maladie ; deux de ces malades moururent après de longues souffrances. La convalescence des autres fut longue, ils ont assuré que leur transpiration avait été imprécjnée pendant quelques jours d'une odeur sulfureuse ; de la Prade n'a pas pu constater ce phénomène, n'ayant pas suivi les malades.

Les deux maisons dont il vient d'être question étaient entourées de marécages, et par conséquent placées dans des circonstances qui favorisent la production de la fièvre intermittente. Faut-il admettre que la foudre ait subitement augmenté ces émanations marécageuses ? faut-il admettre que la foudre ait produit des matières sulfureuses dans ces marécages ? Cette dernière opinion est peu probable quand on tient compte des autres observations.

Observation V. — Nous avons rapporté déjà cette observation. C'est l'accident arrivé le 10 juin 1759 à Aumale (1). Nous ferons remarquer ici qu'il y a eu, comme chez notre premier malade, des tumeurs dures, chaudes, douloureuses aux tempes, sans suppuration ; des sueurs abondantes, mais non sulfureuses.

Observation VI. —Le 20 juin 1776, l'abbé Robert Seconditi, fut blessé légèrement par la foudre dans le monastère de Sainte-Marie-des-Anges à Faenza. On trouva pour toute lésion externe, sur les épaules, quelques traces semblables à celles qu'aurait occasionnées un frottement rapide , une tache noire sur le pouce du pied droit, et une grande partie de la plante du pied gauche criblée comme une éponge.

Le blessé éprouvait de la pesanteur au bras et dans tout

(1) Voir Action de la foudre sur les femmes enceintes, p. 161.

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