‹ De la foudre, de ses formes, et de ses effets (volume 2)Chapitre 22 sur 156 · EMPOISONNEMENT PAR LA FOUDRE · texte numérisé non relu

EMPOISONNEMENT PAR LA FOUDRE

le côté droit ; la langue était convulsivement retirée vers le fond de la bouche ; il ne parlait qu'avec peine ; les gencives et les dents étaient couvertes d'un limon salé et très-amer, dont il essaya de se débarrasser avec du vinaigre.

« Je commençai, dit l'abbé Seconditi, l'usage des bains et » des pédiluves ; et un soir, pendant que j'avais les pieds » dans l'eau, il s'ouvrit une plaie sous le pied droit, de j laquelle il s'écoula une si grande quantité de sanie vis- » queuse, noirâtre, extrêmement fétide, qu'elle m'aurait fait » évanouir, si je n'eusse été prompt à ouvrir les fenêtres et » à la jeter dans le jardin ; la douleur et l'ardeur des épaules » se calma ; mais pour cela, je ne fus pas encore guéri ; au » contraire, en continuant à mettre mes pieds à l'eau, il » s'ouvrit une seconde plaie près de la prennère, mais plus » petite, et une troisième sous la plante de l'autre pied, qui » fournirent l'une et l'autre une matière semblable à celle de » la première, mais en moindre quantité et sans m'occasion- » ner de douleur; à cette époque, l'état convulsif de ma » langue diminua considérablement, ainsi que la pesanteur » de mon bras droit. »

Les plaies se cicatrisèrent en peu de jours, laissant à peine quelques vestiges ; toutefois, l'abbé Seconditi ne se sentait pas dans son état normal; sa vivacité n'était pas naturelle; ses idées se présentaient toujours en foule, sans qu'il eût la liberté de réfléchir; il se mettait en colère pour le plus léger sujet ; il aurait pu se livrer à un eKercice violent, sans jamais se lasser. A cet état, se joignirent des hémorrhagies très-abondantes par le nez, un crachement de sang et une diarrhée sanguinolente et très-fétide. Malgré les nouveaux accidents, sa vigueur s'accrut, ainsi que son appétit. Toujours inquiété par des songes et par des secousses continuelles mais légères, il ne pouvait prendre de repos que rarement, et seulement à l'air et dans la campagne : son sommeil était toujours de courte durée. Pendant quinze jours que le malade passa à la campagne, marchant au moins douze heures par jour, se fatiguant par des travaux rustiques à l'ardeur du soleil et obtenant par ce moyen des sueurs énormes, le malade n'obtint cependant aucune amélioration. Son imagination avait toujours la même

vivacité et ses forces ne diminuaient pas. Telle fut à peu près sa situation jusqu'au 21 juillet.

« Ce jour, ajoute l'abbé Seconditi, je me levai avec plus » d'inquiétude et d'altération que de coutume; j'allai me » promener lentement à travers les champs ; bientôt je fus » tourmenté par une colique violente qui se termina par une ^ évacuation vermineuse fétide à l'excès ; je continuai à mar- » cher, mon trouble s'augmenta et j'eus une sueur si abon- » dante, qu'elle était sensible par grosses gouttes sur les >) mains mêmes. Je me sentis brûler avec des liraillements » douloureux dans tout le corps; je crus, dans cet instant, » toucher au terme de ma vie ; l'esprit égaré, je m'avançais D pour me coucher dans quelque fossé, mais les douleurs que » j'éprouvais, croissant de plus en plus, et ne sachant où aller, » je m'enfonçai, presque désespéré dans une chènevière voi- » sine, et j'y rendis par haut et par bas une si grande quantité » de sang avec des vers enveloppés dans un mucilage si » fétide, qu'à peine j'eus la force de me relever et de me » traîner quatre pas plus loin, où j'eus une sueur froide el » une défaillance qui fut de peu de durée. Je pense que c'esl » de cet instant que ma santé a commencé à se rétablir ; car » je revins dîner avec un esprit tranquille, mon imagination » se régla, mes inquiétudes se calmèrent et depuis ce jour, » quoique j'aie été sujet à quelques diarrhées, elles ont été » naturelles et ne m'ont occasionné aucun accident parti- » culier. »

Nous ferons observer ici que l'intoxication admise, il y a eu deux grandes époques dans l'élimination du poison : la première, c'est l'écoulement de cette sanie fétide noirâtre par les pieds; la seconde, ce sont ces évacuations alvines excessivement fétides qui entraînent avec elles une masse énorme de glaires, de sang et d'entozoaires.

En résumé, les observations que nous avons citées nous conduisent à regarder comme démontrée l'action toxique que la fulguration M exercée dans certaines circonstances ; nous constatons sa rareté; peut-être que c'est faute d'avoir eu l'attention appelée sur ce sujet que nous possédons un si petit nombre d'observations.

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Nous ignorons complètement la nature du poison, et aucune anaîyse chimique sérieuse ne nous permet de dire que c'est un composé sulfuré. Nous ferons remarquer que cette action toxique a pu se produire à distance, c'est-à-dire assez loin du lieu directement frappe par la foudre (iv) ; nous avons signalé la saveur sulfhydrique, ou plutôt l'odeur sulfureuse, le temps plus ou moins long qu'a nécessité l'élimination du

poison. .

Quand l'élimination du poison a été nulle ou incomplète, les accidents qui en avaient manifesté la présence ont persisté, se sont aggravés. Alors des douleurs vagues et ambulantes, l'insomnie, la suffocation, l'inappétence, la débilite de l'estomac, des frissons alternant avec une chaleur extraordinaire, une sueur abondante aux approches des orages conduisent lentement le malade au tombeau.

Aucun fait ne nous montre que l'intoxication fulminique ait produit la mort instantanée, aussi y a-t-il lieu de considérer quel traitement il faudrait faire subir à un individu ainsi atteint par la foudre.

Des boissons sudoritiques, diurétiques, des purgatifs semblent devoir être le début du traitement.

Si l'urine, la sueur répandent l'odeur hépatique, on administrera une boisson abondante additionnée de chlorure de soude de manière à agir sur le poison lui-même, et cà exciter la transpiration. Des lotions, des lavements avec addition de chlorure de soude seraient administrés. Rappelons cependant que le docteur Gaultier de Glaubry, dont Tempoison-nement fulminique était sulfuré, se trouva bien de l'emploi de 15 gouttes d'ammoniaque dans un verre d'eau de six en six heures. Dans un autre cas, une pinte d'eau édulcorée avec le sirop de guimauve et additionnée de deux grammes de carbonate de potasse fut administrée à une femme qui le lendemain de la fulguration avait rendu des urines sentant fortement l'hydrogène sulfuré.

Quant aux moyens d'éliminer le poison, la saignée générale sera-t-elle toujours utile? On s'appli(|uera surtoutà provoquer la sueur par des boissons appropriées, par des bains de vapeur et à l'aide de quelques médicaments particuliers, tels

que la poudre de Dower. Les purgatifs et les diurétiques seront utiles.

Tout en remplissant cette seconde indication, on ne négligera pas de combattre directement les accidents qui pourraient se développer du côté de la tête, de la poitrine ou de l'abdomen.

Si des tumeurs inflammatoires se forment à la surface du corps, on se gardera bien de les traiter par des répercussifs, par le froid, etc., mais on les couvrira de cataplasmes émollients et maturalifs. Si la fluctuation apparaît, on pratiquera de bonne heure la ponction ou l'incision.

Et en général, toutes les fois qu'après le foudroiement un individu ne se rétablit pas promptement, et reste affecté de quelque souffrance interne, que les blessures ou les brûlures extérieures ne peuvent expliquer, il convient, croyons-nous, de ne pas perdre de vue la possibilité de l'intoxication fulminique et, sur le simple soupçon, d'agir en conséquence.

ART. 2. — DES EFFETS SALUTAIRES DE LA FOUDRE SUR LES MALADIES DE l'HOMME.

La foudre, soit par la frayeur qu'elle occasionne, soit par son action propre, exerce parfois une salutaire influence sur l'homme malade : cela est incontestable. Malheureusement les observations que possède la science sur cet intéressant sujet ne sont encore qu'en petit nombre, mais lorsque dans la suite des temps, elles se'seront multipliées et lorsque surtout, elles ne laisseront rien à désirer sous le double rapport de leur authenticité et de la rigueur avec laquelle elles auraient été recueillies, elles fourniront à l'histoire des effets de la foudre, un de ses chapitres les plus importants, riche peut-être en déductions thérapeutiques.

Parmi les maladies qui ont été améliorées ou guéries par la fulguration, nous trouvons en première ligne celles du système nerveux : ainsi les paralysies par diverses causes; ceviaines affectmis spasmoditjiies, la surdité^ h cécité, quelques affections du système musculaire ; le rhumatisme par exemple, plusieurs affections de l'appareil respiratoire et de l'appareil

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