ATTITUDE DU CADAVRE
» courbés morts en travers des antennes, demeurèrent dans » la position qu'ils avaient avant l'accident. »
Cardanus rapporte que huit moissonneurs, qui prenaient leur repas sous un chêne, furent tués par la foudre; lorsqu'on s'approcha d'eux, l'un semblait manger, l'autre tenait son verre : ils étaient noirs et représentaient autant de statues.
Le 27 juillet 1691, à Everdon, dix moissonneurs se réfugièrent sous une haie à l'approche d'un orage. Quatre d'entre eux furent tués : l'un fut trouvé tenant encore entre ses doigts du tabac (smish), comme prêt à le prendre; un autre avait un petit chien mort sur ses genoux, une main sur la tête de l'animal; de l'autre main, il tenait un morceau de pain, comme prêt à le lui donner ; un troisième était assis, les yeux ouverts et la tête tournée du côté de l'orage. Deux de ces malheureux, ayant sans doute le dos appuyé contre la haie, étaient restés dans la même position pendant trois ou quatre heures, lorsque le révérend Butler les vit (Wallis. — J. Morton).
Lorsque nous voyons le même phénomène signalé par plusieurs auteurs de temps et de pays différents, malgré ce qu'il présente d'extraordinaire, il nous est impossible de le reléguer dans le domaine des fables. S'il est accepté comme réel dans un cas, il peut l'être dans tous; or, nous avons vu dans l'accident d'Everdon le pasteur Butler en être lui-même le témoin.
Nous signalerons plus tard, en faisant l'histoire des symptômes, des individus foudroyés, mais sans perdre la vie, affecter aussi des attitudes fixes et variées pendant un temps plus ou moins long.
Des phénomènes semblables ont été observés sur des animaux tués par l'étincelle de nos machines.
Ajoutons enfin qu'un phénomène analogue a été positivement constaté, quoique dans une circonstance différente, par un témoin qui nous inspire la plus entière confiance. M. Goffart, ingénieur et inspecteur des mines, nous a affirmé que plusieurs enfants et jeunes gens, surpris brusquement par l'asphyxie dans une mine, furent trouvés dans des attitudes
diverses parfaitemeril naturelles, et qu'ils avaient sans doute pendant la vie.
^ La possibilité du fait étant admise, il faut en rechercher l'explication. Il est fort à regretter que dans tous les cas, on ne se soit pas assuré de l'état des articulations, de leur mobilité ou de leur fixité. Nous reviendrons plus tard sur ce point intéressant. Nous dirons seulement ici que ces positions tixes, affectées par les corps des foudroyés, ne peuvent se concevoir qu'en admettant la production pour ainsi dire instantanée de la roideur cadavérique; autrement, le poids de la tête et du tronc auraient déterminé la chute. D'ailleurs, cette roideur cadavérique est spécialement mentionnée dans l'histoire du matelot qui fut trouvé mort assis roide mort sur l'avant du navire. Mais il aurait fallu tenir compte du temps écoulé depuis la fulguration pour éclairer la question.
1 II. — Expression de la face. — L'homme foudroyé passant presque instantanément et sans souffrance de la vie à'ia mort, ses traits ne paraissent point altérés, d'où l'idée que les foudroyés entrent subitement dans le royaume des bienheureux.» Hinc at quod olimfelicitatis cœlestis subito participes facti, putati sunt a fulmine percussi » (de Fischer).
Le plus souvent, les yeux sont fermés; quand ils sont ouverts, ainsi que la bouche, la face prend une expression singulière.
I m. — Coloration du cadavre. — La coloration du cadavre des foudroyés présente de nombreuses variétés. La face a quelquefois la pâleur cadavérique, mais parfois elle conserve sa couleur ordinaire. Flemmer, Lyon, Fischer, Razout en ont cité des exemples.
On a vu la face des foudroyés livide, d'un rouge riolacé, d'un violet bronzé; d'autres fois, elle est noire, jaune, ou parsemée de taches brunes ou bleues.
Quand la foudre frappe simultanément plusieurs individus, ils ne présentent pas toujours la même coloration de la face. Voigt rai)portc que deux hommes et une jeune fille furent frappés de mort par la foudre- dans une salle de bal : les deux
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hommes semblaient frappés d'apoplexie, tandis que la fille était paie comme dans la syncope.
La coloration de la face peut s'étendre à tout ou à pres-
(lue tout le corps.
Cardanus rapporte que plusieurs moissonneurs tués sous un chêne étaient tout h fait noirs. Cette coloration noire de tout le cadavre a été constatée par Brereton et James Adair sur deux hommes, et par divers autres observateurs.
I IV. — Erectio aut inflatio membri genitalis.—
Une circonstance utile à signaler, au point de vue médicolégal, est la tuméfaction de la verge; toutefois, nous ne la trouvons mentioimée que deux fois par MM. Michelot et Guyon.
Dans l'une de ces observations, l'abdomen et la verge étaient le siège d'un gonflement (inflatio) considérable; ce qui paraît indiquer, dans ce dernier organe, plutôt un état emphysémateux, qu'une érection proprement dite.
Dans l'autre observation, recueillie sur un adulte, 24 heures après l'accident, il est dit que l'on trouva de la rigidité musculaire et une érection incomplète du pénis.
VoUmar, faisant sans doute allusion à des cas plus nombreux que ceux que nous connaissons, dit : « Non nunquàm observata fuit abdominis et membri genitalis inflatio. »