‹ De la foudre, de ses formes, et de ses effets (volume 2)Chapitre 6 sur 156 · Le 8 juillet 1810, l'Implacable, de 74 canons, fut frappé · texte numérisé non relu

Le 8 juillet 1810, l'Implacable, de 74 canons, fut frappé

(i) Électricilé almosph., lettre XIV.

par la foudre dans le détroit de la Manche (1). Un homme qui se trouvait près du grand màt fut renversé par la décharge électrique, la peau de toute la région du dos présentait l'aspect d'un arbre avec ses branches; il semblait, ajoutc-t-on, que ce phénomène avait été causé par la rupture des veines.

Si nous laissons, pour le moment, de côté ces dernières figures en forme de branches d'arbre, pour fixer notre attention sur les dessins décrits par Besile et si nous recherchons le mécanisme de leur formation, nous ne pouvons guère admettre l'opinion de Troostwyk et de Besile lui-même, qui croient que le cœur, instantanément surexcité par la décharge foudroyante, a poussé violemment le sang dans les vaisseaux. Ces' arborisations, en etîet, ne peuvent appartenir aux artères qui sont trop profondes et ont des parois trop épaisses pour laisser voir leur injection à la surface du corps; et l'on ne peut guère admettre que le sang poussé violemment par le cœur ait traversé le système capillaire, pour stagner ensuite dans les veines. D'ailleurs, s'il en était ainsi, rinjection ne serait pas bornée à une région du corps, mais affecterait toute sa surface. Pour expliquer le phénomène, il faut avoir recours à l'intervention d'une cause toute locale : il nous paraît naturel d'admettre que la décharge électrique frappant plus particulièrement une région du corps, en paralyse en quelque sorte les veines qui sont naturellement peu contractiles et que ces veines ne pouvant plus réagir sur le sang qu'elles contiennent, se laissent distendre par ce liquide. — Une circonstance qui semble favorable à cette explication, c'est que souvent les veines voisines d'une plaie produite par la foudre, restent saillantes et distendues par le sang ; que d'autres fois, les veines d'un membre paralysé par la décharge électrique, sont très-distinctement dilatées.

Quant au dessin vasculaire observé par Beccaria, cet auteur en explique la formation en admettent qu'un rayon foudroyant, a suivi spécialement le vaisseau cpii s'est trouvé injecté. I\Iais comment croire qu'au milieu de tissus mous et imbibés de liquides, le rayon électrique puisse s'attacher eu

(I) l^anlic, Mag., XII, îiil.

quelque sorte à un rameau vasculnire, comme à un fil conducteur et isolé dans son trajet.

Pour ce qui concerne les dessins qui représentaient des branches d'arbre sur les corps de Pitcairn et du matelot, nous ne pouvons savoir, faute d'une description sulïisante, s'ils étaient formés par des ramifications vasculaires comme dans les cas précédents, ou s'ils n'étaient pas plutôt des maculations arhorisées, imprimées sur la surface du corps par les subdivisions du courant électrique (1).

B. Figures ou fleurs de Lichtenberg . Le second genre de dessins réguliers tracés sur la surface du corps de l'homme foudroyé, constitue les figures de Lichtenberg, ainsi nommées, parce qu'elles offrent la plus grande ressemblance avec celles que cet auteur a si bien décrites et que l'on reproduit facilement à l'aide de l'électricité déposée sur l'électrophore, que l'on saupoudre ensuite convenablement.

Ce n'est plus ici la disposition vasculaire qui se présente, ce sont d'abord des lignes mères, rarement droites, plus souvent sinueuses, quelquefois très-prolongées, recourbées ou non en crochet à leur terminaison, de 2 à 3 millimètres de largeur et parfois divisées en deux ou trois autres lignes s'éloignant de leur direction primitive. De ces lignes mères partent de chaque côté, des stries dont les innombrables subdivisions, parfois d'une merveilleuse régularité, forment des étoiles, des pinceaux ou des bouquets; quelquefois cepen-. dant le dessin présente pn autre aspect : celui d'une tache arrondie ou ovalaire, delà circonférence de laquelle s'échappent des rayons en zigzag qui se terminent eux-mêmes en rayonnant.

Les figures de Lichtenberg n'occupent dans certains cas qu'un très-petit espace, le sein, l'épaule, le gras delà jambe, par exemple; d'autres fois au contraire, elles couvrent une grande partie de la surface du corps, toute la région postérieure du tronc, tout un côté de la poitrine et de l'abdomen ; ' parfois aussi, on en trouve plusieurs, séparées les unes des autres, sur diverses régions du corps.

(1) Voyez : Images éleetrograpliiques.

Il EFFETS DE LA FOUDRE SUR L'HOMME

Les lignes noires elles stries qui en partent sont généralement colorées en rouge clair ou en rouge foncé, et ne disparaissent pas sous la pression du doigt. Elles affectent la superficie du derme et semblent formées par du sang extravasé; elles sont quelquefois le siège d'une doule'ur vive et brûlante.

Leur durée est variable : tantôt elles s'effacent en quelques heures sous l'influence des saignées et des applications froides, et parfois ce sont les stries les plus fines et les plus subdivisées qui persistent le plus ; mais de légères frictions peuvent alors en faire reparaître les traces. Quelquefois, ces dessins persistent longtemps, puis deviennent blanchâtres, quoique toujours apparents ; enfin, après leur disparition, la peau reste, dans ces mêmes endroits, plus lisse et plus luisante que dans l'état normal.

Le docteur Boeckmann observa des figures, qu'il compare à celles de Lichtenberg, sur une dame tuée par la foudre à Dribourg en 1794.

Lentin (1), le docteur Alexander, Brandis et d'autres encore citent des faits analogues.

Voici d'autres observations d'un bien grand intérêt par la grande étendue des dessins :

d. Mayer rapporte que le 25 juin 1783, un orage éclata au-dessus de Francfort-sur-TOder (Prusse) et lança la foudre sur la caserne de grenadiers. Après s'être divisée sur et dans les bâtiments, elle atteignit quatre soldats assis et serres sur un banc à côté de la porte du corps de garde : tous les quatre furent renversés sans connaissance, plus ou moins paralysés, et la surface du corps de trois d'entre eux présenta le même phénomène à des degrés divers : c'est ce que l'on a désigné sous le nom de fleurs électriques.

a. Le grenadier G... eut ses cheveux en partie bridés: de la nuque où Ton voyait quelques bulles ou phlyctènes, partait un trait rouge foncé qui se prolongeait sur la colonne vertébrale, jusqu'à la première vertèbre lombaire ; en ce point, il se contournait en crochet presque fermé. De cette raie prin-

(1) Hiifeland's BihUolh. (1810).

cipale naissaient plusieurs raies secondaires plus faiblement dessinées : la plus marquée descendait vers le côté droit et se subdivisait pour se porter sur troiscudroils, savoir : au-dessus de l'épaule droite, sur la partie latérale du thorax et sur la hanche du môme côté; chacune de ces subdivisions se terminait elle-même en de nombreux petits rayons. On voyait en outre une raie très-fine qui partait du milieu du mollet droit et se dirigeait vers le cou-de-pied où elle se terminait. Enfin, sur le milieu du mollet gauche, existait une sorte d'étoile', munie de nombreux rayons ; toutes ces raies et leurs nombreuses ramifications paraissaient formées par du sangextravasé et coagulé dans la couche superficielle de la peau.

b. Le sous-officier G... présentait sur la région antérieure de la hanche et la partie voisine de la cuisse, à quatre pouces environ du pubis, un dessin ovalaire de la circonférence duquel partaient dans toutes les directions, des rayons qui se subdivisaient eux-mêmes en un grand nombre de rayonsplus petits. Sur la cuisse existait une autre strie, également formée d'irradiations.

c. Enfin le grenadier F... offrit, sur la hanche gauche, le genou et le pied correspondants, des stries étoilées, formées comme les premières par du sang extravasé.

Il importe de remarquer que chez les deux premiers, on trouva sur les bas de laine un dessin rayonné ou dentelé qui correspondait exactement à celui de la "jambe et du pied

Toutes ces stries et stellations, d'un rouge foncé, disparurent en trois ou quatre jours, pour être remplacées par des impressions de même forme, mais blanchâtres ; plus tard enfin, la peau resta, dans ces endroits, plus lisse et plus luisante que dans l'état normal.

Les moyens employés chez ces trois blessés consistèrent en une saignée, des frictions, et l'administration du tartre stibie.

2. L'observation suivante a été recueillie par le docteur Girault. Nous en avons trouvé le manuscrit dans les cartons (le 1 Acadeuiie impériale de médecine : nous n'avons fait qu'en rogulariser la rédaction. ^

Le 5 octobre 1847, la foudre tomba sur une maison du vil-

lage d'Asnières, près d'Onzain (Loir-et-Cher) et y blessa, entre autres personnes, le nommé Gui let âge de U ans au moment où il tenait la main sur la clef de la porte qu il se disposait à ouvrir. A l'instant, il fut renversé par terre sans perdre connaissance, et après avoir éprouve dans les deuv membres droits, etsurtout à l'aisselle et vls-a-^^s des cotes une douleur très-vive. Ayant aussitôt examine le cote douloureux, il Y vit ainsi que beaucoup de curieux s en assurèrent, des marques qui furent prises pour une fleur ou pour une branche d'arbre. Le docteur Girault se rendit auprès du ma ade, au bout de trois quarts d'heure au plus, et constata la lésion

'"immédiatement au-dessous des poils de l'aisselle droite, commençaient presque en se touchant deux branches qui se portaient en bas et un peu en avant ; chacune se divisait d a^ bord en deux, pour se subdiviser ensmte a l infim dans la largeur de six centimètres pour les deux et de huit centimètres pour la longueur. , ^ , ,^„na^\c Près de la partie interne de ces branches et a une distance d'un centimètre environ, partaient quatre autres branches qui se dirigeaient presque transversalement en dedans et un peu en bas en suivant les espaces intercostaux qui correspondaient aux 3«, 4«, 5° et 6« nerfs du même nom - elles étaient d'autant plus courtes et d'autant moins ramiliees qu'elles étaient plus hautes. Chacune commençait par un tronc unique qui filait jusqu'auprès du sternum ou il présentait quelques subdivisions, mais en très-petit nombre et qui ne dépassaient pas la ligne médiane ; cest la surtou que toutes les divisions d'un côté de la branche n avaient pas toujours leurs correspondantes de l autre cote.

Une cinquième branche, occupant le7« espace intercostal plus longue et plus ramifiée que les précédentes, commentait par un tronc unique sur la branche perpendiculaire, e se portait en avant et un peu en bas, jusque près de l appenc .ce xvphoïde; elle ne commençait à se diviser qu au moment ou elle sortait de dessous la branche perpendiculaire, elle avait une longueur de 14 centimètres. Ces ramifications occupaient une largeur de 5 centimètres et ses ramifications étaient inh-

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