‹ De la foudre, de ses formes, et de ses effets (volume 2)Chapitre 8 sur 156 · ANIMAUX. LÉSIONS · texte numérisé non relu

ANIMAUX. LÉSIONS

Cette théorie ne nous paraît pas satisfaisante : d'abord parce que les Heurs de Liehtcnberg n'affectent que rarement dans leurs troncs la direction des nerfs sous-jacents ; dans le cas même où ces directions sont à peu près les mêmes, il n'y a aucune ressemblance entre la forme stellée des terminaisons des fleurs de Lichtenberg et la disposition des dernières subdivisions des fdets nerveux. Comment donc admettre que l'étincelle électrique suive la direction des filets nerveux pendant une partie seulement de leur trajet, et affecte une tout autre distribution dans l'autre partie de ce même trajet?

C. Images électrographiques ou kéraunographiques (1). — Si nous admettons la réalité des faits que nous allons citer, si nous supposons qu'aucune illusion n'ait égaré les observateurs qui nous les ont fait connaître, qu'aucune exagération n'ait altéré leur récit, nous verrons d'une part divers objets, un fer à cheval, un chiffre, une fleur naturelle, une fleur peinte sur un vêtement, des pièces d'or contenues dans une ceinture reproduire leur image sur la surface du corps de l'homme foudroyé; nous verrons aussi l'image d'un homme foudroyé, tracée sur une muraille voisine. A ces observations nous en joindrons quelques autres relatives à des dessins de branches et de feuilles d'arbres tracés sur la peau de l'homme frappé de la foudre.

Les deux premières observations que nous allons citer, ont été consignées dans le 3® volume d'un recueil publié (2) à Gorfou par le professeur Orioli. M. d'Hombres-Firmas les a traduites et communiquées à l'Académie des Sciences en 4847.

1. Un jour de septembre 1825, la foudre tomba sur le brigantin II Buon-Servo, à l'ancre dans la baie d'Almiro, à l'entrée de la mer Adriatique. Un matelot rapiéçait une chemise, assis sur une caisse, au pied du mât de misaine, lorsque la foudre atteignit le mtàt et tua le matelot.

On ne put voir ni brûlure ni déchirure sur les habits ; mais après avoir déshabillé le cadavre, on remarqua sur son

(1) De x.ssoc'jvcî, foudre.

(2) Orioli, Pulmini celehri : Spigho et Paglie, Gorfou (1844).

dos une trace légère et noire, qui partait du cou et se terminait aux reins. Là était imprimé un fer à cheval parfaitement distinct et de la même grandeur que celui cloué sur le mât, suivant l'habitude des marins superstitieux- de rionie.

2. La foudre atteignit un brigantin dans la rade de Zante ; en ce moment cinq mariniers se trouvaient à la proue : trois veillaient, les deux autres dormaient. Un de ces derniers fut tué, on le trouva couché sur le dos et intact ; en le déshabillant on vit sous sa mamelle gauche un numéro 44 que tous ses camarades attestèrent ne pas exister auparavant, Les deux chiffres, grands, bien formés, séparés par un point, étaient identiques au même numéro en métal attaché à un des agrès du bâtiment, entre le mât et le marin dans le trajet suivi par la foudre (1).

3. Des fleurs, des feuilles de peupliers ont été ainsi imprimées (2).

4. On a vu pareillement l'image du feuillage, et même d'un arbre se former sur le tronc des individus foudroyés (3).

Dans ces cas, les corps représentés sur les individus foudroyés étaient à des distances variables : dans ceux que nous allons citer les corps auraient été presque au contact de l'homme lui-même (4)

1. Bernhold rapporte qu'en 1795, la foudre tombée dans la maison d'un pasteur, y blessa plusieurs personnes. La femme du pasteur fut la plus légèrement atteinte ; mais, chose singulière, on vit comme imprimée ou peinte sur le bras droit vers le coude une fleur rouge semblable aux fleurs rouges de la robe. L'auteur se demande si ces fleurs rouges ne renfermaient point du cinabre.

2. Le dimanche 4 septembre 1864, vers dix heures et demie du matin, trois hommes étaient occupés à cueillir des

(1) Comptes rendus, t. XXIV.

(2) Comptes rendus, l. XVI, et Orioli, t. XXIV.

(3) Le Roy, d'après Franklin. Journ. de plujs.. t. XXLK, et Boudin, Histoire phys. cl mvdic. de la foudre.

(4) On en trouvera d'autres exemples dans le Traite de Géographie et de Statistique médicales de M. Boudin. Paris, J.-B. Baillièrc (1837).

poires à deux cents nièlres du bourg de Nibelle (Loiret), lorsque la foudie tomba sur le poirier, le contourna du sommet à la base en forme de vis sans lin, enlevant l'écorce et du bois de l'épaisseur d'un centimètre, sur une largeur de près d'un décimètre. Puis, quittant l'arbre, le tonnerre tomba sur la tête d'un des ouvriers qui mangeait son pain et le tua, ainsi qu'un chien assis à ses côtés. Le corps était comme brûlé par derrière du haut en bas, et conservait une très-forte odeur de soufre.

Les deux autres ouvriers qui étaient sur le poirier furent jetés à terre et restèrent quelque temps sans connaissance. Lorsqu'ils revinrent à eux , ils ne pouvaient remuer les jambes. On les transporta à leur demeure, et on les trouva tous deux atteints par le fluide.

Chose merveilleuse, l'un d'eux avait des branches et des feuilles de poirier très-distinctement daguerréotypées sur la poitrine. A cela près, le terrible photographe avait été assez bénin, car dès le soir les foudroyés pouvaient se lever et commencer à marcher (1).

3. L'observation suivante a été communiquée à M. d'Hombres-Firmas par le professeur Orioli (2).

Le 9 octobre 1836, vers 4 heures 1/2, un orage épouvantable éclata au-dessus de Zante, l'une des îles Ioniennes, et le jeune Spiridioni Politi, alors étendu sur son lit, fut tué raide par la foudre. Le soir même, le docteur Dicopulo, accompagné du magistrat instructeur et de plusieurs autres personnes, fit l'examen du cadavre.

« Nous vîmes, dit-il, autour de ses reins, une bande de toile serrée et dans la doublure de cette ceinture nous trouvâmes quatorze pièces d'or enveloppées dans du papier en deux petits paquets ; l'un, du côté droit, contenait une pistole d'Espagne, trois guinées et deux demi-guinées ; celui qui était à son côté gauche renfermait une autre pistole d'Espagne, quatre guinées, une demi-guinée et un sequin de Venise. Ni ces pièces, ni le papier, ni la toile ne présentaient la moindre marque de brûlure... mais, chose bien remar-

(1) Docteur Lebigue, maire de Nibelle. Monil. univ. du 9 septembre 1864 (•2) Comptes rendus, t. XXII 1 (1846).

quable, le cadavre avait au milieu de l'épaule droite six cercles qui conservaient leur couleur de chair, et paraissaient d'autant mieux tranchés sur la peau noirâtre qui les entourait. Les cercles, à la suite l'un de l'autre, se touchant en un point, étaient de trois grandeurs différentes, correspondant exactement à celles des monnaies d'or que le jeune homme avait du côté droit de sa ceinture, ce que le juge instructeur et tous les témoins ont certifié, après que la comparaison en fut faite.

Dans toutes les observations qui précèdent, l'empreinte a été tracée sur le corps de l'homme ; il n'en est plus de même dans le cas suivant.

Le professeur lïenry (1) dit avoir appris de différentes sources, qu'une personne ayant été tuée au moment où elle était debout près d'un mur blanchi à la chaux, on vit sur ce mur l'image de la personne dessinée en couleur sombre.

Discussion. —Théorie. — Si nous acceptons comme ayant réellement eu lieu les faits relatifs au fer à cheval, au chiffre, aux Heurs, aux feuilles et aux branches d'arbre, cités par Oriûli, Bernhold, Franklin, etc., nous trouvons une singulière analogie entre ces images électrographiques et les dessins photographiques. De même que les derniers sont formés par la lumière tombant sur une surface convenablement préparée pour les fixer, de même les dessins électrographiques résulteraient des modifications que divers objets, placés sur le trajet des rayons électriques, leur feraientsubir; maissans qu'il nous soit possible de savoir au juste la nature de ces modifications. Le transport de molécules hétérogènes et pondérables par le courant électrique, jouerait sans doute ici un rôle important, rendu plus manifeste encore, sMl était démontré qu'une fleur peinte en rouge sur un vêtement se serait reproduite avec cette même couleur rouge sur la surface de la peau. L'image de l'homme tracée sur la muraille appartiendrait au même ordre de faits.

Quant aux figures circulaires représentant exactement les

(l) Ameiiç. Assoc, p. 4i (I8o0;.

ET SUR LES ANfMAUX. LÉSIONS 23

dimensions de plusieurs pièces de monnaie d'inégale grandeur, rappelons que le docteur Dicopulo, un magistrat instructeur et plusieurs autres personnes ont attesté le tait. Plusieurs savants ont, cherché à l'expliquer : au premier abord, dit M. d'Hombres-Firmas, une grande difficulté se présentait : comment en effet six pièces de monnaie réunies en paquet, ont-elles laissé sur la surface du corps six empreintes circulaires alignées et ne se touchant que par un point de leur circonférence? Alors on a supposé que le jeune Politi, pour ne pas être gêné par l'or qu'il portait dans sa ceinture, ou qu'il ne formât point une protubérance trop visible, avait arrangé les pièces en long, l'une à la suite de l'autre, et que dans sa chute, ou lorsqu'on le porta sur son lit, ou lorsqu'on le déshabilla, elles se réunirent en paquet dans leur enveloppe. Supposons donc ces pièces de monnaie ainsi disposées, comment expliquer les empreintes circulaires de la peau? D'après la distribution et la direction des blessures et des ecchymoses trouvées sur le jeune Politi, il paraît que la foudre l'atteignit à l'un des pieds et s'échappa par le haut du corps, en d'autres termes elle marcha des pieds à la tête; alors, d'après MM. les professeurs Vismara et Longo, les empreintes seraient dues au transport d'une matière subtile enlevée à l'or et déposée sur l'épaule du jeune homme. Mais remarquons que les empreintes circulaires avaient la couleur naturelle de la peau et n'étaient apparentes que par le contraste avec la couleur noire d'ailleurs très-fréquente chez les foudroyés.

Nepourrait-on pas alors supposer que les rayons électriques, rencontrant dans leur trajet des pièces d'or alignées, ont glissé à leur surface et repris ensuite leur course pour agir sur la peau qu'ils auraient noircie excepté aux endroits correspondant aux disques métalliques qui auraient ainsi joué le rôle d'écrans?

Mais que de réserves â faire, que d'objections à présenter, que d'interprétations différentes à donner ici et qui nous laissent dans le doute sur la véritable manière d'agir de la foudre dans tous les faits que nous venons de citer? Ainsi celte ligne noire qui suivait l'épine dorsale et se terminait sur les

lombes en forme de fera cheval, ne nous rappelle-t-elle pas une observation consignée plus haut où nous voyons également une ligne noire suivre la colonne vertébrale et se terminer sur la région des reins en crochet presque fermé?

Quelles étaient les dimensions, la couleur de ce chiffre 44 trouvé sous la mamelle du marinier ? Ses camarades ont affirmé qu'il n'existait pas avant l'événement, mais cette assertion nous sulGt-elle ? Ne serait-ce pas ici un simple tatouage à la poudre à canon si fréquemment observé sur les bras et la poitrine des matelots et des soldats? Le chiffre attaché aux agrès du navire avait sans doute une signification particulière qui a pu engager le matelot à se tatouer de la sorte.

La fleur rouge semblable à celle de l'étoffe et reproduite, dit-on, sur le bras d'une femme, ne serait-elle pas une de ces extravasations sanguines sous-épidermiques, de forme bizarre et parfois régulière, assez fréquemment observées sur les personnes frappées par la foudre?

Pour ce qui concerne les feuilles de peuplier en particulier, tracées sur le corps de plusieurs foudroyés, nous devons d'abord nous demander s'il existait un peuplier dans le voisinage, et d'ailleurs ne peut-on pas soupçonner qu'il ne s'agit ici que de ces maculations parfois observées chez les individus frappés dans leur chambre ou en rase campagne, ou à bord d'un navire, et qui auraient accidentellement prisla forme de feuilles de peuplier ou de tout autre arbre? Peut-être môme ne s'agit-il que de simples ramifications représentant les nervures longitudinales et latérales des feuilles. Ce fait rentrerait alors dans la catégorie des figures vasculaires dont nous avons parlé.

Enfin, quant à la dernière observation de M. Dicopulo, et où nous voyons des places rondes alignées, ayant la formeet lesdimensionsde pièces de monnaieet dans lesquelles la peau partout ailleurs noirâtre a conservé sa couleur naturelle, nous dirons que Bullmann a constaté sur un homme touché par la foudre laprcsenccde troistachesrondesd'unjaunesaleja plus grosse égale à une pièce de huit gros et placée sur la région du cœyr, et que le docteur Fillcau a trouvé sur un laboureur

atteint par la décharge électrique « quatre impressions de brûlures de la grandeur et de la figure chacune d'une pièce de douze sous, placées symétriquement et à une distance à peu près égale les unes des autres. »

Or, si le courant électrique a pu laisser des maculations, des brûlures mmmulaires et régulières sur la surface du corps de l'homme, le même courant a également pu laisser intactes des places nummulaires pour n'atteindre que leur voisinage.

Gomme on le voit, les observations que nous avons rapportées laissent à désirer, sous le rapport de l'authenticité, de l'exactitude et de l'interprétation dont elles ont été l'objet.

I YI. — Lésions punctiformes lenticulaires. —

La lésion punctiforme ou lenticulaire n'affecte parfois qu'une région très-circonscrite, le genou, le bras, le cuir chevelu par exemple ; mais plus souvent elle occupe une bien plus grande étendue.

Elle présente trois variétés principales d'après son aspect et sa ressemblance avec d'autres lésions.

A. Une première variété est celle où des taches lenticulaires disséminéeset rouges simulent assez bien la petite vérole à certaine phase de son développement. Ainsi :

Le 6 juin 1724, à Harmanschlag, le fluide pénétra à dix heures du soir dans une maison de paysans où se trouvaient réunis le père, la mère et quatre enfants. Trois de ces enfants tombés près de leurs parents furent brûlés aux cheveux, au visage et çà et là sur la surface du corps; leur aspect était comme s'ils avaient eu la petite vérole (Reimarus).

B. Une seconde variété semble produite par des grains de poudre à canon : elle consiste en une inflnité de points noirs, plus ou moins rapprochés mais parfaitement distincts les uns des autres, ou bien en de petites taches livides du diamètre d'un pois. Ces taches lenticulaires nous paraissent formées par un simple enduit fuligineux, par des ecchymoses ou bien par des brûlures superficielles. Les vêtements correspondants sont souvent criblés de trous nombreux. Voici quelques faits de ce genre.

Un homme de 47 ans fut foudroyé sous un arbre; tout le

côté gauche du corps depuis l'épaule jusqu'au pied était atteint d'une brûlure aux deux premiers degrés; l'épiderme de l'épaule et du dos était enlevé, et le derme dénudé avait une couleur noirâtre; partout ailleurs on observait de petites taches noires semblables à celles que produit la poudre à canon. La région interne de la jambe droite, jusqu'au creux poplilé, était dans le même état, et le poil de toutes ces parties était grillé (Gabard).

Riilher, Gondinet, Schrot et Hagel citent des observations analogues.

C. Une troisième variété de la lésion lenticulaire peut être comparée à celle que produiraient des grains de plomb à la surface et dans l'épaisseur de la peau.

Parfois les trous sont en petit nombre, mais le plus ordinairement les trous sont très-nombreux, en sorte qu'une charge entière de plomb de fusil semble avoir atteint de loin les blessés : sur l'un d'eux, on en trouva plus de deux cents.

Ces trous sont variables dans leur diamètre, comme s ils résultaient de l'atteinte de grains de plomb de divers calibres.

Sous le rapport de sa profondeur, cette lésion présente de notables différences ; parfois, dans les cas très-rares, la peau n'est pas même entamée, et l'on ne trouve que de nombreuses impressions semblables à celles que produiraient des grains de plomb qui viendraient s'amortir sur la peau sans la traverser. Dépareilles impressions ont été constatées chez un petit garçon par le docteur Ebell ; elles étaient très-nombreuses et placées entre plusieurs lignes rouges et larges qui descendaient du cou sur la poitrine, l'abdomen et le membre inférieur gauche; on en retrouvait aussi sur le bras gauche.

Mais le plus souvent, le tissu de la peau est réellement atteint k une profondeur variable. Chez une femme, la lésion pénétrait à un demi-pouce, comme on put s'en assurer au moyen d'une sonde.

Les bords de ces trous sont noirs, secs, et évidemment brûlés; une rougeur érythémaleusc les entoure et s'étend à une distance variable. Parfois elle prend rapidement une teinte noire accompagnée de tuméfaction, double phénomène

qui peut faire craindre la gangrène. Après une suppuration plus ou moins abondante, on voit se détacher de ces plaies de petites masses noires, sèches et dures comme du cuir ; la cicatrisation marche alors rapidement ; quelquefois cependant elle est fort lenle. Ainsi, une femme, par suite de ce genre de lésion, ne put se lever qu'au bout de trois semaines, et resta malade pendant près de trois mois.

Les vêtements qui correspondent à ces lésions sont criblés de petits trous; on en trouva un très-grand nombre chez le sujet, qui présentait jusqu'à 200 points de brûlure : ils sont parfois noirs et sentent la poudre à canon.

La présence de ces trous sur les vêtements indique que le courant électrique s'est déjà divisé en un très-grand nombre de rayons partiels avant d'arriver aux vêtements eux-mêmes. Il parait cependant que cette division du courant se fait quelquefois entre le vêtement et la peau; car chez un sujet, on trouva une ouverture unique au vêtement qui couvrait l'épaule gauche, tandis que la fesse présentait un grand nombre de points de brûlure. Voici quelques exemples à l'appui de ce qui précède. Un homme, dont parle Guazzi, avait le coude droit appuyé sur l'anfractuosilé d'un arbre sous lequel il s'était réfugié, quand il fut atteint par la foudre; le bras et le coude droit offrirent une infinité de petits trous, infiniti forellini.

Le professeur Gerdy a vu à la Morgue un homme tué par la foudre et dont le cuir chevelu présentait de nombreuses plaies très-petites et semblables à celles que pourrait produire du plomb de chasse de gros calibre.

Dans les observations suivantes, la lésion occupait une bien plus grande étendue, ainsi :

Chez une jeune personne de 19 ans foudroyée sous un sapin, on voyait sur tout le côté gauche du corps de nombreuses blessures qui semblaient avoir été faites avec du petit plomb et dont le bord était noir et brûlé (Krèbs).

Le 15 juillet 1787, un laboureur était assis sous un arbre lorsqu'il fut blessé par la foudre ; l'étincelle fit une ouverture presque imperceptible aux vêtements, au niveau de l'omoplate gauche et brûla le tiers supérieur et latéral gauche du

dos, en sorte que l'épidermc resta attaché à la chemise. Glissant ensuite le long du côté gauche du corps, elle n'y laissa qu'une légère impression ; mais parvenue à la fesse gauche, elle y pratiqua, ainsi qu'à la chemise, environ 200 points de brûlure peu profonds, assez semblables à l'elfet qu'aurait produit un coup de fusil tiré à petit plomb et de loin. En outre la fesse droite avait reçu quatre impressions de brûlures plus profondes, de la grandeur et de la forme d'une pièce de 12 sous, et placées symétriquement à une distance à peu près égale les unes des autres. Le fluide électrique n'avait plus laissé que de légères impressions sur la cuisse et le jarret gauches, avait enlevé l'épiderme sur le mollet et rougi le talon avant de s'échapper, en déchirant la partie postérieure du soulier. Toutes ces brûlures furent pansées avec le cérat de Saturne auquel on ajouta le jaune et le blanc d'œuf ; applications qui calmèrent à l'instant les douleurs : le malade se rétablit parfaitement (Filleau).

L'observation suivante offre encore de l'intérêt.

Dans la catastrophe d'Éverdon, décrite par Wallis, les blessés et les tués olîrirent plusieurs variétés de lésions : par exemple, sur l'un d'eux, on trouva un petit trou de la grosseur d'une plume d'oie au creux de l'estomac et plusieurs autres aux jambes.

Une femme avait sur le genou 4 petits trous que l'on aurait pu croire faits par des grains de plomb; ils suppurèrent et il en sortit des eschares. Une autre femme avait sur le corps plus de cent blessures de diverses formes et dont un grand nombre, après une suppuration prolongée, livrèrent passage a des eschares noires et sèches comme du cuir, de grosseur variable, atteignant parfois celle d'une noix et semblables aux eschares produites par les caustiques. Celte personne ne fut guérie qu'au bout de trois mois.

Dans la relation que John Morton (1) donne du même événement, il est dit que sur les épaules et le tronc de plusieurs blessés on voyait beaucoup de petits trous dont quelques-uns avaient un demi-pouce environ de profondeur ; ils étaient

(1) Tlic mlural hislory of Norlhamptomhire, p. 345.

ronds, comme ceux produits par des grains de plomb, et tellement serrés à certaines places, qu'on eût dit qu'une charge de plomb de fusil les avaient atteints. Les tissus qui circonscrivaient ces trous étaient durs, secs et brûlés ; une rougeur inflammatoire s'étendait à une certaine distance et fit bientôt place à une couleur noire accompagnée de gonflement. La gangrène parut imminente ; ces brûlures furent plus difficiles à guérir que des brûlures ordinaires; cependant tous les blessés furent sauvés.

I VIL — Lésions sous forme de raies. — La lésion que nous allons décrire est la plus fréquente de toutes celles que produit la foudre sur le corps de l'homme.

Situation. Le plus ordinairement, elle affecte les régions antérieure et latérale du corps; moins souvent sa région postérieure, mais assez souvent elle contourne le tronc et les membres; parfois même elle affecte sur les deux membres une symétrie presque parfaite.

En 1772, à Weltin, près de Halle, la décharge foudroyante atteignit un homme qui se tenait debout sous la voûte d'une porte d'écurie. Du cou partait une ligne noirâtre qui se prolongeait sur la poitrine et l'abdomen; ici elle se divisait en deux branches : l'une parcourait la cuisse et la jambe gauches jusqu'à la cheville; l'autre affectait absolument la même direction sur le membre droit (Reimarus).

Nombre, il est très-variable; souvent on ne trouve qu'une ou deux raies partant d'un même point et s'étendant plus ou moins loin. Ainsi : le 19 juillet 1752, la foudre étant tombée sur l'église de la paroisse d'Alfwa, atteignit entre autres personnes le prédicateur qui fut grièvement blessé. Ses cheveux, sa perruque furent en grande partie brûlés, et la peau du membre supérieur droit fut aussi détruite dans une grande étendue; du creux de l'aisselle partaient trois lignes rouges, larges de 2 doigts. L'une se contournait sur l'omoplate droite, l'autre sur le bras jusqu'au coude, la troisième enfin s'étendait sur l'épaule, le tronc, la cuisse et la jambe jusqu'au gros orteil. Ces raies, qui d'ailleurs n'étaient pas douloureuses, se dissipèrent quelque temps après, sans que l'épiderme s'en-

lovât. Sur toute leur élenduc, les poils étaient en partie brûlés, en partie roulés ensemble sous forme de peloton (Feltstrom).

Parfois, 3, 4 ou S raies sont placées régulièrement et parallèlement les unes aux autres. Pliayre a trouvé chez un vieillard la région abdominale gauche marquée de 4 sillons superficiels de couleur de suie, qui marchaient en lignes parallèles et longitudinales depuis le bord de la neuvième côte jusqu'au pubis; elles ne pénétraient pas au delà de l'cpiderme.

D'autres fois, les raies sont disséminées sans ordre sur le tronc et les membres ; chez une femme citée par Renovanz, de nombreuses lignes rouges recouvraient presque toute la surface du corps.

Largeur. Le plus ordinairement, les raies sont étroites, n'ayant que 2, 5 ou G lignes de largeur; parfois elles atteignent plusieurs pouces; elles avaient 3 pouces chez une jeune fille ; et chez un adulte une bande, affectant presque toute la largeur du corps, présentait la largeur de la main.

La raie conserve une largeur uniforme dans tout son trajet, ou bien elle va en s'amincissant vers sa terminaison; quelquefois, au contraire, étroite en commençant, elle s'élargit considérablement, pour diminuer ensuite vers son extrémité. Ainsi : sur le cadavre d'un homme, on trouva une bande brune, dure comme du cuir qui commençait à la clavicule gauche où elle n'avait que la largeur de la main ; elle s'étendait en s'élargissant beaucoup sur la poitrine et l'abdomen, puis se rétrécissait sur la face interne de la cuisse et de la jambe, pour se perdre sur le dos du pied. Sur cette bande brune, de largeur très-inégale, on voyait un très-grand nombre de dépressions blanches, ovales ou arrondies, de la grandeur d'un pois (IIolï).

Une disposition qui n'est pas rare, est celle où la raie offre sur son trajet un ou plusieurs points où elle s'étale et s épanouit brusquement, pour former une tache bleuâtre ou noire, ou une plaque d'un rouge brun, irrégulière et de forme variable. Tantôt la raie se perd et se termine dans celte tache, tantôt elle en sort du côté opposé pour continuer son trajet

primitif; quelquefois même il en sort deux qui prennent deux directions différentes.

Ces expansions se remarquent plus particulièrement sur la poitrine et l'abdomen, et surtout au niveau des grandes articulations ; mais alors seulement du côté de la flexion, à l'aisselle, à l'aine, au pli du bras, au jarret ; la présence des poils et d'une certaine humidité joue sans doute ici un rôle. Il esta remarquer que parfois la raie qui est noirâtre ou d'un rouge obscur, prend, en s'étalant, une teinte beaucoup moins foncée, pour reprendre bientôt sa couleur brune, quand elle revient à sa dimension première.

La longueur de la raie varie beaucoup ; on la voit s'étendre de la tête au pied. En voici deux exemples :

Le 8 août 1719, le gardien d'une des tours de Ziirich était assis près d'une fenêtre, quand il fut frappé par la foudre. Une ligne noire, légèrement brûlée, partait de l'oreille gauche, descendait en serpentant sur la face antérieure du cou, de la poitrine et du ventre, puis sur toute la longueur du membre inférieur gauche, pour se terminer au petit orteil (Scheuchzer.)

Un laboureur fut tué raide par la foudre ; à la partie antérieure gauche du crâne, dit le docteur Schaffer, les téguments étaient d'une couleur bleuâtre, tuméfiés dans l'étendue de la paume de la main ; les cheveux étaient intacts. De cette tumeur partaient deux bandes ou raies d'un rouge foncé : la bande gauche descendait au-devant de l'oreille, passait sur la face antérieure du cou, et arrivée entre l'aisselle et le sein gauches se portait en bas jusqu'à l'aine, où elle formait une plaie irrégulière, grande comme la paume de la main ; puis, reprenant sa forme première, celle d'une raie étroite d'un rouge foncé, elle se dirigeait sur le grand trochanter, et suivait la région externe de la cuisse et de la jambe, jusqu'au dos du pied, où elle disparaissait en y laissant plusieurs taches d'un bleu livide.

La raie droite partait également de la tumeur pariétale, descendait le long du cou, se dirigeait sur le dos, et croisant l'épine de l'omoplate, gagnait l'aine droite où elle formait une plaie analogue à celle de l'aine gauche ; puis reprenant

â2 EFFETS DE LA FOUDRE SUR L'HOMME

également sa forme première, elle gagnait la partie externe de la cuisse et de la jambe droite pour se terminer au dos du pied. Les cheveux et les poils de la lace et du tronc jusqu'aux régions inguinales étaient inlacts, tandis que ceux des membres inférieurs étaient brûlés. Sous ces lésions, d'ailleurs superficielles, on trouvait en plusieurs endroits du sang extravasé dans le tissu cellulaire profond. Ajoutons que la tumeur de la tête était formée par du sang extravasé, et que 4 onces de ce liquide étaient épanchées dans l'intérieur même du crâne. (Voyez Lésions internes.)

Quelquefois, la raie ne s'étend qu'à la moitié ou aux trois quarts de la longueur du corps; de la tête au genou ; de la nuque à la cuisse ; du nombril ou de la hanche au pied ; parfois même elle ne dépasse pas le tronc dont elle occupe la longueur en totahté ou en partie : ainsi elle s'étend sur le dos et les lombes, ou bien de l'omoplate à la première vertèbre lombaire ; parfois de la clavicule, elle contourne le sein et se perd sur le tianc. Enfin, dans certains cas, elle est fort peu étendue, bornée, par exemple, à une partie de la largeur du sternum.

Direction. Les bandes ou raies sont le plus souvent longitudinales ou suivant l'axe du corps ; on en a vu cependant qui étaient obliques et jetées comme en écliarpe sur le tronc. David Hausmann cite un individu chez qui la foudre, après avoir atteint l'aisselle droite, passa transversalement sur la poitrine, atteignit le côté gauche et suivit la cuisse et la jambe correspondantes jusqu'à la plante du pied où elle perça la semelle de la chaussure.

Fort rarement la raie est transversale, c'est plus spécialement à la base du cou qu'elle affecte cette direction qu'explique peut-être la sueur qui humecte souvent cette partie.

Chez un homme mort foudroyé, nous avons vu les cheveux de la nuque en partie brûlés, et une raie ou bande d'un pouce et demi de largeur à bords irréguliers, et qui, à l'instar d'un collier, faisait exactement le tour du cou à sa base, et cela sans aucune ramification ; la surface en était déprimée, sèche et d'un rouge brun.

Quelquefois la raie se contourne en spirale autour du tronc et des membres.

Un gardien de phare, en Angleterre (1), ayant été frappé par la foudre pendant son sommeil, on trouva une raie contournée en spirale, qui, du cou, parcourait le tronc et se terminait à la cuisse.

Dans un autre cas, cité par Rice, la bande parcourait en spirale toute la longueur d'un des membres inférieurs.

Une petite fille âgée de 8 ans, citée par Kohlreif, fut atteinte sur l'épaule droite : de ce point partait une raie qui se prolongeait en se contournant sur le dos, le ventre et sur tout le membre inférieur gauche jusqu'à la plante du pied. Elle ressemblait à celle qu'aurait produite un fer brûlant de 3 pouces de largeur, qui aurait passé rapidement sur la peau; sur quelques points de son étendue, on voyait de grosses phlyctènes dont la plupart étaient rompues quand on retira les vêtements.

Considérées en elles-mêmes, les raies sont parfois rectilignes dans toute leur longueur ; assez souvent elles décrivent des zigzags plus ou moins nombreux : par exemple, sur le cocher dont parle Brydone, on trouva une ligne en zigzag d'environ 1 pouce 1/4 de largeur étendue du menton au bas de la cuisse droite, et paraissant avoir suivi la ligne des boutons du gilet. La peau sur ce trajet était brûlée, blanche et comme ratatinée.

Parfois les raies sont serpentantes : ainsi un individu, cité par Guazzi, présentait une strie rouge serpentante : « Una striscia rossa e serpeggiante » , de la largeur d'un doigt, qui commençait à l'angle inférieur de l'omoplate et s'étendait jusqu'aux lombes.

La bande est parfois continue dans toute sa longueur, mais elle offre aussi quelquefois une ou plusieurs interruptions dont le mécanisme n'est pas le même ; par exemple, on trouve 2 ou 3 tronçons sur une seule direction longitudinale, et qui semblent dus aux ricochets de l'étincelle. Ainsi, un homme que nous avons examiné à l'Hôtel-Dieu,

(1) Nantie. Mag., t, III.

Sestier.

Il — 3

en 1833, nous présenta une raie d'un pouce de largeur, qui partait de la clavicule droite, se prolongeait sur la poitrine et se terminait sur le rebord des fausses côtes ; plus bas, et dans la môme direction, on voyait une autre raie qui commençait un peu au-dessous de l'aine, suivait la face antérieure de la cuisse, pour finir à quelques lignes au-dessus de la rotule ; sur cette bande, la peau était sèche, d'un rouge vif; le derme était à nu ; un liseré érythémateux de 5 ou 6 lignes de largeur bordait la raie de chaque côté ; une croûte mince ne tarda pas à tomber par fragments.

Quelquefois plusieurs sillons semblent n'avoir entre eux aucune connexion ; mais si l'on donne au blessé la position qu'il avait au moment de l'accident, on reconnaît en réaUtéun seul sillon s'étendant sur une grande partie delà longueur du corps.

Hitchcock nous fournit un exemple de cette distribution.

Parfois cependant deux ou un plus grand nombre de raies sont disséminées et semblent dues à des étincelles multiples et distipctes.

Deux petites filles qui s'étaient réfugiées sous un arbre furent frappées par la foudre : elles furent examinées par le docteur Ehlberg. L'aînée, âgée de 11 ans, présenta 3 raies ecchymotiques : la première, longue de o pouces, large d'un demi-pouce, descendait de la hanche sur la région externe de la cuisse gauche, elle était d'un rouge clair, tournant un peu vers le bleu; une seconde raie, de 2 pouces de longueur, occupait la face postérieure du bras gauche, et une troisième allait de la malléole interne du pied droit jusqu'au gros orteil, où le cuir de la chaussure était tout déchiré.

L'autre fille, âgée de 7 ans, offrait une strie de même apparence, qui se dirigeait obliquement de la face externe de la cuisse gauche à la face interne du genou. Les deux blessées étaient guéries le deuxième jour.

Quant à sa division, une raie est parfois simple dans tout son trajet, mais d'autres fois elle se partage en deux branches, qui peuvent se diviser encore ; mais là s'arrête en général la division, du moins dans la forme de lésion que nous étudions actuellement.

Il est important de remar(|uer que les divisions des raies

se font, en général, sous un angle plus ou moins aigu, ouvert du côté des pieds du foudroyé, et comme les divisions arrivent souvent isolées à leur terminaison, on est tout naturellement conduit à attribuer la lésion dans son ensemble, non pas à plusieurs étincelles qui partant simultanément du sol, se seraient ensuite réunies en une seule, mais bien à une foudre descendante, et cette variété de foudre sera considérée comme très-fréquente, puisque dans les cas nombreux oii les raies se sont subdivisées et sont ensuite restées isolées , constamment l'angle qu elles ont formé a été ouvert par en bas ; nous ne connaissons encore aucune exception à cette disposition.

Parfois les raies se réunissent entre elles et suivent alors deuxjnoiies principaux de propagation : tantôt, et c'est peutêtre le cas le plus fréquent , deux ou trois raies aboutissent à une tache irrégulière, à une plaque oij elles se perdent ou dont elles émergent pour reprendre leur cours ; tantôt deux raies se réunissent simplement et sans expansion pour se continuer en une seule, parfois alors plus large et plus foncée. On voit même des raies se joindre et se séparer à plusieurs reprises. Ces singuliers phénomènes électriques sont nettement indiqués dans les observations suivantes :

1. Chez un individu dont parle le docteur Riither, on voyait, sur la face antérieure du bras gauche, des stries noires qui, arrivées au pli du bras, y formaient une grande tache de la môme couleur ; l'épiderme était intact.

2. Un soldat, examiné par le docteur Sprengel, présenta les lésions suivantes. Les cheveux de la région antérieure et gauche étaient briàlés, ainsi que les poils de la face. A l'épaule gauche commençait une bande ecchymotique d'un rouge brun foncé qui se portait vers l'aisselle où elle se divisait en deux branches; l'une descendait le long du bras et de l'avant-bras, l'autre se prolongeait le long du côté gauche de la poitrine, et, s'élargissant de plus en plus tout en devenant moins foncée , traversait en diagonale l'abdomen pour se porter au pubis et à l'aine droite. En ce point, elle se subdivisait en deux raies, moins larges mais plus foncées, dont l'une suivait le trajet du nerf crural, et l'autre, en se contournant, celui du nerf ischiatique, pour se réunir de nouveau en

une seule raie très-foncée, vers le creux poplité, et disparaître un peu au-dessous.

Parmi les variétés les plus singulières de la lésion que nous étudions, nous devons signaler la suivante, observée par Tilésius et caractérisée par les contours et par les jonctions d'une ou de plusieurs raies ; d'où la dénomination àevermiformeque nous croyons devoir lui donner.

Les deux frères Tècle, âgé l'un de 33 et l'autre de 29 ans, étaient assis sur un char, l'un à côté de l'autre, lorsqu'ils furent frappés par la foudre. L'étincelle atteignit d'abord la tête de l'aîné, déchira en plusieurs morceaux le bonnet de velours, effleura la tempe, passa derrière l'oreille gauche, descendit sur le cou, passa obliquement sur la nuque, remonta vers l'oreille droite, descendit sur l'épaule droite, passa en travers, à quelque distance du menton, atteignit le sein droit ; puis, retournant sur le dos, descendit la colonne vertébrale jusqu'au sacrum.

Quant au frère cadet, la foudre l'atteignit sur la région costale droite, en un point correspondant à des pièces de métal qui se trouvaient dans la poche de la veste ; la peau y fut excoriée dans un espace grand comme la main ; puis l'étincelle descendit enzigzag sur la région gauche dupubis et parcourut la face interne de la cuisse, le jarret et le gras de la jambe.

La trace marquée sur le corps des deux frères avait, en général, deux pouces de largeur, elle était plus large et plus profonde aux lieux d'intersection. L'épiderme avait été roulé en plis serrés sur les deux côtés de la raie ; rien n'indiquait dans cette lésion l'action du feu, elle semblait avoir été produite par une balle qui aurait effleuré la surface du corps. La cicatrice présenta, en plusieurs endroits, l'apparence d'un pas (le vis. Mais une circonstance à noter, et qui caractérise la lésion que nous venons de décrire, c'est le nombre de contours de la raie, de ses retours sur elle-même, de ses intersections et des espèces d'ilots qu'elle formait.

Le docteur Pleischl dit qu'un homme atteint par la Ibudre, à Prague, le 28 mai 1820, présenta les mêmes lésions que le jeune Tècle, mais il ne les décrit pas.

Une femme fut tuée à Trentliam, dans la Grande-Bretagne :

le fluide la frappa à la tête et laissa son empreinte jusqu'aux pieds (1).

De nombreuses circonstances influent, comme on le pense bien, sur la situation, la direction, l'interruption et la terminaison des raies.

Citons quelques faits : 1. Dans le grave accident si savamment décrit par le docteur Garipuy, M. de Contran était à cheval et se tenait fort courbé sur l'encolure de l'animal, lorsqu'il fut atteint par la foudre; son manteau de laine et son habit furent percés entre les deux épaules d'un trou semblable à celui d'une balle de fusil. Le dos et les lombes présentèrent une traînée étroite de brûlure.

2. Les pièces du vêtement exercent souvent ici une remarquable influence. Dans un cas cité par Ebell, les raies multiples qui avaient parcouru les cuisses et les genoux, cessaient brusquement au niveau des jarretières endrap bleu, pour recommencer au-dessous.

3. M. Serno rapporte que son père, atteint par la foudre, présenta une ligné noire qui s'étendait du côté gauche de la tête, sur toute la longueur du tronc et de la cuisse jusqu'au genou ; or, à cette hauteur commençait le bas qui était en soie.

II n'est pas rare surtout de voir des objets métalliques déterminer la situation et la direction des raies.

1. Sur un homme que l'abbé Richard a examiné, l'étincelle courut le long du dos, puis se partagea en deux portions qui se prolongèrent le long des cuisses , jusqu'au niveau des boucles des jarretières qu'elles noircirent, elle long des jambes jusqu'aux talons, au milieu desquels elles firent un trou aux bas et aux chaussures.

2 Un soldat de la garnison de Mannheim fut atteint par la toudre sous un arbre, au moment où il levait la tête pour en exammer les branches et le feuillage. Or, plusieurs objets métalliques imprimèrent une direction particulière au fluide électrique : l'étincelle électrique atteignit d'abord et altéra une agrafe métallique du collet et affecta gravement la portion correspondante du cou ; de là, elle se divisa en deux rayons et

(i) Cosmos, t. XLX, p. 226 (1861).

38 EFFETS DE LA FOUDllE SUR L'HOMME

suivit les deux memlires supérieurs presque dans toute leur longueur, jusqu'au niveau de l'avant-bras, c'est-à-dire jusqu'au niveau des boutons métalliques des manches, traçant, dans toute cette étendue, une raie rouge de G lignes de largeur. Les poils des mains étaient brûlés, la main droite présentait une plaie d'un pouce de diamètre. Enlîn, une raie rouge très-mince occupait la face antérieure de la cuisse gauchejusqu'au genou, et correspondait à l'endroit où se trouvait le sabre : la foudre avait respecté les habits et tous les autres métaux que le soldat portait avec lui (Ilemmer).

Coloration. Les raies sont souvent noires ou couleur de suie; souvent d'un rouge vif clair , foncé ou obscur, brun, bleuâtre et parfois cuivré: rarement elles sont jaunes. Dans un cas cité parM. deOuatrefages, tandis que plusieurs raies étaient noires ou rouges, une seule située sur le bras était argen tée. Deux négresses présentèrent, après le foudroiement, plusieursbandes longitudinales où la peau était en partie couverte de phlyctènes et en partie décolorée.

Nature et profondeur delà lésion. En général, la lésion sous forme de raies est superficielle; les poils seuls sont roussis, pelotonnés ou brûlés, la peau elle-même reste intacte. Louis et Bullmann ont cité des cas de ce genre. La bande peut être formée par un enduit métallique ou autre ou par une légère ecchymose qui disparaît bientôt sans même que l'épiderne s'exfolie.

D'autres fois l'épiderme est râpé ou enlevé comme par une large égratignure ; la bande peut être érythémateuse, ou formée par une série de phlyctènes isolées ou confîuentes.

Souvent aussi la lésion est plus profonde et atteint, sous forme d'eschare, une partie de l'épaisseur du derme ou le derme tout entier; alors le sillon est rouge vif ou brun, quelquefois blanchâtre. Le tissu en est dur , ratatiné comme du cuir, et souvent la bande est formée par une série d'cschares séparées par des points où la peau n'est que superficiellement affectée.

Il importe enfin de faire remarquer que parfois on trouve, précisément au-dessus de la raie, quelque superficielle qu'elle soit, et lui correspondant assez exactement, le tissu cellulaire

ET SUR LliS ANIMAUX. LÉSIONS " 30

sous-cutané infiltré de sang; cette infiltration est sans doute f)ruS fréquente que les cas jusqu'ici observés ne semblent l'indiquer. Le docteur Schaffer en a cité un exemple fort remarquable rencontré sur l'homme; nous en citerons bientôt un autre observé sur un animal.

Origine et terminaison. Jusqu'ici nous avons étudié la raie dans son trajet; nous avons maintenant à l'examiner à son point de départ et à sa terminaison ; nous n'insisterons d'ailleurs que sur ce qu'elle nous offre de plus intéressant sous ce double rapport.

Nous savons, par exemple, que l'étincelle qui part du conducteurisolé de la machine, après avoir parcouru un trajet plus ou moins long, se divise parfois subitement en pinceau et en aigrette : or, ce phénomène s'est parfois dessiné sur le corps de l'homme. En voici un exemple :

Au rapport de Parkinson, deux individus furent frappés du même coup de foudre : on trouva sur l'un d'eux une raie rouge d'environ deux pouces de largeur, qui descendait le long du côté droit, de cette raie paTtaienl plusieurs rameaux qui se terminaient en rayonnant.

Une raie semblable, seulement moirts étendue, mais avec les mêmes ramifications , existait sur le bras droit et à la partie antérieure de chaque cuisse et de chaque jambe. Une circonstance à noter, c'est que les ramifications dont il vient d'être question et qui étaient, immédiatement après l'accident, d'un cramoisi foncé sur un fond pourpre foncé, devinrent, après quelques frictions, d'un lilas pâle sur un fond blanc. L'autre blessé présenta la même lésion.

Une seconde circonstance sur laquelle nous devons fixer notre attention, c'est qu'assez fréquemment h nature ûe la. lésion n'est pas la même sur le trajet de la raie, à son point de départ ou de terminaison ; par exemple, tandis que dans son trajet la raie n'offre qu'une simple combustion de poils ou une eschare légère et superficielle, elle revêt à ses deux extrémités les caractères d'une forte contusion , d'une plaie par incision ou par arrachement, en sorte que parfois la foudre en tombant sur la surface du corps de l'homme ou en la quittant, agit comme un corps contondant, comme \},n instrument

tranchant ou dilacérant ; tandis que, sur la longueur de son trajet, elle agit comme un corps comburant.

Une troisième circonstance nous reste à signaler.

On sait que c'est à son entrée dans un corps inerte plus ou moins conducteur, et à la sortie de ce même corps, que la foudre exerce ses plus grandes violences ; or, cette loi se trouve parfaitement confirmée par l'examen des points de départ et de terminaison de la lésion que nous étudions.

Très-souvent, en effet, nous trouvons à V origine de la raie une large ecchymose, une eschare profonde, une ou plusieurs incisions, quelquefois même l'ablation ou la résection de quelque partie ; ou bien encore une extravasation de sang dans le tissu sous-cutané, une fracture du crâne, un épanchement intra-crânien.

La terminaison de cette même raie présente souvent aussi de graves altérations; tandis que dans l'intervalle de ces points, dans le trajet proprement dit, les lésions sont légères et superficielles.

Citons-en quelques exemples :

Chez un ouvrier, observé par l'abbé Pinel, l'étincelle glissa légèrement depuis l'épaule jusqu'au pied droit ; mais avant de quitter le corps, elle pratiqua à la région malléolaire de profondes déchirures par lesquelles sortait un sang noir et épais.

Rice et Brémond ont cité chacun un cas analogue.

John Huxham cite un homme atteint par la foudre et chez qui l'on trouva une brûlure de tout le membre supérieur droit; profonde d'un pouce à l'épaule et à la partie supérieure du bras, elle diminuait de profondeur vers le coude et n'avait plus détruit que l'épiderme à l'avant-bras et à la main. On trouva de plus une brûlure sur l'abdomen et sur les membres inférieurs; or, une circonstance à noter, c'est que la brûlure du membre inférieur droit était d'autant plus profonde qu'on l'examinait plus près du pied; elle avait d'abord atteint les poils, puis plus bas l'épiderme, plus bas enfin, vers la malléole et le cou-de-pied, elle pénétrait profondément.

L'étincelle avait sans doute suivi d'abord le membre supérieur droit, s'était jetée ensuite sur l'abdomen, s'était divisé^ sur les membres inférieurs, pénétrant d'autant plus profondé-

ment qu'elle s'approchait davantage de son point de sortie.

Au reste, les caractères que nous venons d'assigner aux point de départ et de terminaison delà raie ne sont pas constants. Il faut se rappeler, entre autres circonstances, que les vêtements qui forment avec le corps de l'homme un seul système plus ou moins conducteur, présentent aussi des dégâts qui, par leur étendue et par leur gravité, remplacent souvent, comme nous le verrons plus tard, les signes qu'aurait pu présenter le corps lui-même.

I VIII. — Lésions qui semblent produites par flagellation , égratignure et incision. — La foudre n'agit pas toujours en brûlant : souvent elle produit des plaies qui se rapprochent beaucoup de celles que l'on produit en flagellant, en égratignant la surface du corps, ou bien encore en coupant ou déchirant les tissus. Ce n'est pas là un des points les moins curieux de l'histoire des effets de la foudre sur l'homme de la voir quelquefois sur le même individu, agir suivant des modes si différents.

Les détails dans lesquels nous allons entrer, nous seront surtout utiles quand nous examinerons plus particulièrement la partie médico-légale du foudroiement.

Flagellation. La foudre occasionne parfois de petites blessures superficielles semblables à celles que produiraient des coups de verge ; ainsi : un jeune homme n'éprouva que quelque engourdissement dans les pieds qui étaient rouges et semblaient avoir été frappés de verges (Serno).

Le docteur Brillouet, atteint par la foudre , dit qu'elle paraissait lui aYoir flagellé ]e dos, la cuisse, la jambe et le pied du côté gauche ; il ajoute que les marques du dos ont rougi plus d'une année entière lorsqu'il tonnait.

On remarque, dit Osv^ald, sur le dos d'une jeune fille, de nombreuses stries d'un rouge bleuâtre semblables à celles que produiraient des coups de verge.

Orlando Brigdman rapporte qu'un homme atteint par l'étincelle avait la cuisse et une partie de la poitrine lacérées comme s'il avait été fouetté avec des flls de fer.

Howard parle d'un enfant dont la poitrine et le dos offraient

des lignes branchues et rouges, comme prodiiUes par des coups de gaule.

Enfin l'abbé Chapsal parle d'un homme qui, frappé par la foudre, garda pendant plusieurs jours autour de chaque jambe une contusion semblable à la trace d'un coap de fouet.

Écorchures, égratignures. Des égratignures et des ccorchiires sont un des nombreux effets de Tétincelle fulgurante.

Chez un homme dont parle le docteur Maslieurat-Lagémard, on voyait sur le dos du nez deux rainures où l'épiderme était enlevé. « Deux ongles fortement appliqués et promenés sur le nez produiraient l'effet qui existait.

Le docteur Fougeroux de Blavcau, en parlant d'un soldat tué dans sa guérite, dit « qu'il semblait avoir été labouré, de la tête aux pieds, par quelque chose qui lui avait fait des égratignures et déchiré ses habits sans aucune marque de brûlure. »

L'épiderme et la couche la plus superficielle du derme sont parfois enlevés, comme par un frottement subit et violent.

Un voyageur cité par Thoresby eut les cheveux brûlés et la face écorchée en plusieurs endroits.

Une des femmes blessées à Everdon avait deux écorchures à la plante des pieds, sans que ses bas et ses souliers eussent été endommagés (Wallis).

Lorsque la foudre tomba sur la maison de la rue Plumet, un habitant était debout dans sa chambre et se disposait à boire de l'eau d'un pot; la foudre brisa son pot en mille pièces, et lui fit à la hanche droite une écorchure large de deux doigts (Rigaud).

Incisions. Parfois la foudre incise les lissus comme le ferait un instrument tranchant. Ces incisions sont tantôt courtes et peu profondes ; ainsi, chez un jeune homme qui survécut au foudroiement, on trouva sur la l'égion gauche du sommet de la tête plusieurs coupures superficielles affectant diverses directions et qui donnèrent issue à une quantité de sang peu considérable.

Sur un jeune garçon, le docleur Ebell trouva sur le côté droit de la tète, dans un cercle de 4 pouces, les cheveux comme rasés; cette place était entourée de cheveux roussis;

ET SUll LES ANIMAUX. LÉSIONS

derrière l'oreille, on voyait deux coupures faKes comme avec un couteau et longues d'un pouce. , ^ , . , ,

Fn 1787 la foudre tomba sur une maison du DaupUme et Y atteiffnit'plusieurs personnes ; une demoiselle, qui eut la cuisse légèrement brûlée, oirrit au pied une blessure semblable à celle qu'aurait pu faire un instrument tranchant ; cette blessure fut bientôt guérie (de la Prade). ..^p ^

Adair et Brereton parlent d'un orteil qm aurait ete tendu

jusqu'à l'os. , , 1

Les incisions sont quelquefois remarquables par leur longueur et par leur profondeur et peuvent ainsi devenir le siège de graves hémorrhagies.

Le jeune Tècle, cité par Tilésius, eut les bras et les mains sillonnés jusqu'à l'os ; cette plaie présentait les caractères de la section et de la déchirure.

•Six ouvriers se réfugièrent sous un saule où ils turent toudrovés- quelques-uns eurent le dos sillonné et déchiqueté depuis les épaules jusqu'aux cuisses, par des plaies qu'on aurait jugées en toute autre circonstance, avoir été faites par un instrument tranchant, et qui étaient si profondes qu'on y aurait couché le doigt : tous cependant se rétablirent (R. Lentilius).

I IX. — Altération des cheveux et des poils. —

Un des effets les plus fréquents de la foudre sur l'homme et les animaux est d'altérer de diverses manières leur système pileux.

Chez l'homme, les cheveux sont ou seulement roussis ou complètement brûlés, parfois ils sont arrachés ou coupés net comme avec des ciseaux. Ils étaient ainsi coupés dans l'étendue d'une pièce de 3 francs chez un homme cité par Scheuch^zer; et un laboureur noté par Davies présentait sur le côté droit de la tête 3 ou 4 plaques ou tonsures où les cheveux avaient été enlevés comme avec un rasoir, sans que la peau présentât du reste la moindre lésion. Assez souvent les cheveux roussis ou à demi brûlés, sont tellement entortillés, qu'il devient fort difficile de les remettre en ordre. Les cheveux ne sont le plus ordinairement brûlés que sur des endroits peu étendus ; la place dénudée est irréguUèrement circon-

44 EFFETS DE LA FOUDRE SUU L'ilOMME

scrite ou bien sous forme de couronne ou de raie. On a vu sur un jeune homme les cheveux brûlés depuis le sommet de la tète jusqu'à la nuque, juste dans la direction de la suture sagittale : ce trajet avait un pouce de largeur,

La peau dans les endroits dénudés est intacte et montre seulement le pointillé correspondant aux cheveux, ou bien, comme cela arrive souvent, elle est érythémateuse et tuméfiée.

On a vu des cheveux roussis, arrachés ou coupés, adhérer à quelque fragment d'un chapeau dilacéré, à l'écorce d'un arbre voisin, ou collés au plafond.

Les poils de la face, les sourcils, les cils et la barbe, sont très-souvent aussi roussis ou brûlés. Les cheveux et la barbe parfaitement noirs d'un employé du télégraphe électrique devinrent subitement blancs à la suite d'un coup de foudre , mais ce changement de couleur peut s'expliquer sans faire intervenir l'action directe du fluide électrique.

Quant aux poils du tronc et des membres, ils sont trèssouvent aussi roussis ou brûlés ; dans le premier cas, on les voit quelquefois roulés ensemble et formant de 'petites pelottes adhérentes à la peau (Feltstrom).

On a vu quelquefois la partie dénudée affecter la forme d'une ligne longitudinale ou en zigzag; ainsi, chez un jeune homme cité par Louis, la foudre ayant atteint d'abord la poitrine, suivit sur une ligne le tronc, la cuisse et la jambe d'un côté et sortit par le talon : cet homme était fort velu et la trace de la foudre n'était marquée que par la brûlure des poils.

La brûlure des poils s'étend quelquefois à toute une moitié du corps : Bullmann en cite un exemple.

Schottus parled'un prêtre qui eut les poils de toutes les parties du corps couvertes de vêtements complètement brûlés : les vêtements eux-mêmes restèrent intacts. Védelius, Kochler et Orioli rapportent des faits analogues.

Assez souvent la lésion des poils, au lieu d'être aussi étendue, reste bornée à un petit espace, à l'aisselle et surtout au pubis. Ce dernier phénomène trouve en grande partie son explication dans l'humidité naturelle ou accidentelle de cette région, chez la femme spécialement.

Nous pourrions citer plusieurs exemples de cette lésion chez l'homme, mais ils sont beaucoup plus nombreux et plus tranchés chez la femme.

En voici quelques-uns : « Accidit aptid Monspelienses ut fuimen cadens in domum vicarii geîieralis de Grassi, pudendum puellœ ancillœ pilos ahraserit, îit Bartassius in muliere sibi familiori olim factum fuisse » (1).

Toaido , Richard ont cité des faits analogues et d'Hombres-Firmas en a recueilli plusieurs autres.

Plusieurs personnes étaient réunies au mas Lacoste dans les environs de Nîmes, lorsque la foudre y pénétra. Une demoiselle de 26 ans fut renversée et perdit connaissance; revenue à elle, elle pouvait à peine se soutenir et marcher, elle éprouvait de vives douleurs au milieu du corps. Lorsque seule avec ses amies, celles-ci purent l'examiner, elles virent « non sine miratione pudendum perustum, ruberrimum, labia tumefacta, pilos déficientes usque ad bulbum, punctosque nigros pro pilis, inde cutim rugosissimam ; ejus référant arnicœ,primùm barbatissimam et hoc facto semper imberbem esse » (2).

Nous avons dit que les cheveux pouvaient être enlevés et transportés à distance, pareille chose a lieu pour les poils de la surface du corps.

Un individu ayant été atteint par la foudre, non loin d'Aix, tout son corps, depuis la poitrinejusqu'aux pieds, fut sillonné et en grande partie épilé ; et, chose fort singulière, les poils roussis et racornis, arrachés sur différentes régions, furent roulés en petites pelotes et incrustés pour ainsi dire dans le gras de la jambe d'où il fallut les extraire.

Les cheveux et les poils ainsi brûlés, repoussent ordinairement; mais il n'en est pas toujours ainsi, comme nous venons d'en voir un exemple. Nous ajouterons que G. Gaultier de Claubry ayant eu les poils de sa barbe et ceux de ses mains brûlés en partie, ils ne revinrent plus. Un lieutenant devaisseau fut de la sorte épilé complètement et pour toujours.

La foudre tomba un soir dans le salon du château de Saint- Ghristol, près d'Alais; elle ne blessa personne, mais tous les

(1) Borelli, Hist. et observ. médico-physique, cent, ii, oJjserv. 38.

(2) Comptes rendus, t. IX.

assistants ressentirent la commotion électrique : une des clames eut les poils du pubis entièrement brûlés (d'Hombres- Firmas).

Le capitaine de frégate Rihouet fut totalement épilé par la foudre; les ongles de ses mains s'exfolièrent (1).

C'est ainsi que Bartassius a raconté un fait dont il avait été témoin (2) :

Vidi equidem, vidi his oculis pueriliùus olim, Nec res fallit, anum, cœli cui lubricus ignis Abstulit attonsam strictim sine vulnerepubem.

Chez les animaux les poils peuvent être arrachés, roussis, brûlés, mais on a observé aussi un autre phénomène dont nous allons parler. La foudre frappa un jeune bœuf, âgé de 4 ans, roux avec des taches blanches. La matière fulminique brûla' enleva tous les poils des taches blanches situées sur le dos et sur les flancs et respecta les poils roux.

Tooth, Lambert et plusieurs autres vétérinaires ont vu des faits semblables.

Un jeune homme près duquel la foudre tomba dans la ville de Santiago, sans lui faire aucune blessure, perdit ses cheveux et le poil qui couvrait diverses parties de son corps, si bien qu'au bout de quelques jours, on aurait dit qu'on l'avait complètement épilé (3).

On trouve une observation analogue de M. Green (4).

I X. Lésions de l'épiderme. — L'épiderme des foudroyés présente des lésions très-variées; nous ne citerons que celles qui lui sont spéciales, le derme n'étant pas ou étant peu attaqué.

Zacchias (5) raconte que son oncle frappé par la foudre, après être resté trois jours sans sentiment ni mouvement, et plusieurs semaines dans une espèce d'hébétement, revint

(1) Arago. Œuvres, t. IV, p. 377.

(2) InOrioli, Ftilniiui celehri, Spiglie et. Paglie. Corfou (iSil), t. I, p. Sj; et Boudin, TraiU de Géographie et deSlaUMique médicales, t. 1, p. î)07.

(3) Arago. Notice, Œxiv. pos//i.

(4) Phil. Trans., t. H.

(3) Quwsliones medico -légales, Lugduni (i/OI).

ET SUR LES ANlMADX. LÉSIONS

enfin à la santé ; mais alors l'épiderme de tout son corps se sépara, puis se renouvela, comme on l'observe chez les serpents au commencement du printemps.

Au mois de juillet 1756, dit le docteur Henry, un charretier ivre se coucha sous un arbre et y fut foudroyé. L'étincelle l'atteignit entre les deux omoplates, perça ses vêtements, se glissa à droite et à gauche, le long du dos, des lombes, des cuisses, des jambes et sortit sous les talons. Elle brûla tous les poils qui étaient sur son passage, et, chose singulière, grilla l'épiderme depuis les omoplates jusqu'aux talons, en le réduisant en petits rouleaux d'égale grosseur et séparés de quatre doigts en quatre doigts les uns des autres. Cette vaste surface ainsi dénudée devint le siège de vives douleurs et d'une abondante sérosité : toutefois le malade guérit complètement. s»

En 'J685, dans le bourg de Wulffdorf, un paysan fut percé par la foudre au niveau du sein gauche, dépouillé complètement de son épidémie de la tête aux pieds, écorché littéralement, sans qu'on pût retrouver trace de son épiderme : ce paysan guérit. Ce fait fut communiqué à L. Hannemann par le chirurgien Stoltenberg, homme aussi recommandable, ditil, par son âge que par son habileté.

Les mêmes lésions chez les animaux. — Les lésions extérieures se montrent chez les quadrupèdes sous des formes très-diverses. Quelquefois la décharge foudroyante agit en nappe sur une large surface du corps de l'animal. Deux chevaux, dont parle Brydone, avaient le poil roussi sur la plus grande partie du corps, et plus particulièrement aux jambes et sous le ventre : il est bon de rappeler qu'ils venaient de passer un gué assez profond.

D'autres fois le poil est brûlé par points isolés, comme le docteur Guyon l'a observé sur un cheval.

Mais le plus ordinairement on trouve un ou plusieurs sillons, de divers aspects. La peau est rarement intacte sous les points altérés, elle se trouve plus ou moins brûlée ; on rencontre parfois dans le tissu cellulaire sous-cutané des extrarasations de sang qui correspondent aux sillons de la peau.

Deux chevaux observés par le docteur Petit ayant été tués

par le même coup de foudre, présentaient chacun un sillon où les poils étaient brûlés, et qui de la tête se portait sur le cou et de là obliquement sur l'épaule et le flanc gauches.

Au rapport de Tobias, 27 bêtes à cornes furent frappées mortellement par la foudre. Sur tous les cadavres, et notamment sur 21, on trouva au côté gauche des stries très-manifestes dues à la combustion du poil; elles s'étendaient en zigzag vers le creux du jarret, les tétines, les lombes et le trumeau ; elles avaient de 2 à 4 lignes de largeur et passaient sur des fossettes de la grandeur d'une pièce de 5 francs formées par la combustion. Tantôt elles suivaient la même direction, tantôt elles divergeaient. Les endroits privés de poils, au ventre et à la poitrine, étaient d'une couleur rouge bleuâtre; sous la peau, on trouva de fortes extravasations de sang aux endroits correspondant aux sillons mentionnés.

Le professeur Mayer a rapporté des faits analogues à propos d'une chienne foudroyée, et le docteur Yon Hôrdt a observé un cheval dans les conditions précédemment décrites.

ART. 2. — BRULURES.

Les brûlures sont un des effets les plus ordinaires de la foudre sur le corps de l'homme; elles présentent de nombreuses variétés dans leur degré, leur profondeur, leur étendue et dans leurs autres caractères. Nous allons étudier d'une manière spéciale Vénjthème, les phlyctènes et les eschares.

I L — Érythème. — Nous ne parlons ici que de Vérijthème primitif qui survient à l'instant ou presque à l'instant du choc électrique.

Assez souvent la rougeur de la peau, avec douleur et un certain degré de tuméfaction, est disséminée sous forme de plaques ; d'autres fois elle est bornée à une région peu étendue, à un pied par exemple ; à la face surtout qui paraît alors atteinte d'un érysipèle spontané ou avoir été frappée d'un couj) de soleil, comme Sprengel l'a signalé chez deux hommes et Gaslillier chez une jeune fille.

ET SUR LES ANIiMAUX. LÉSIONS

Mais parfois aussi l'érythème occupe une très-grande étendue : nous l'avons vu sur toute la moitié gauche de la poitrine et du ventre ; il offrait une teinte violette purpurine trèssingulière et qui le distinguait de l'érythème ordinaire.

11 n'est pas rare, enfin, de voir l'érythème affecter la forme d'une ou de plusieurs bandes longitudinales.

I II. — Vésication, Phlyctènes. — Les phlyctènes, si souvent produites par la foudre, sont parfois peu nombreuses et n'occupent qu'une petite étendue du tégument. Ainsi :

Chez un jeune garçon, Hemmer trouva deux larges phlyctènes à la plante du pied droit.

Ladurantie remarqua au bras d'un homme une rougeur avec de petites vésicules simulant un érysipèle ordinaire.

Mais la vésication occupe parfois une beaucoup plus grande étendue ; par exemple : chez un laboureur, une partie de l'épiderme du dos resta attachée à la chemise (Filleau).

Chez un homme cité par Khonius, la vaste brûlure qui affectait la région inférieure du tronc, se recouvrit de trèsnombreuses phlyctènes qui donnèrent issue à une sérosité jaune et mordicante.

D'après Davies, un enfantent la fesse et la poitrine couvertes d'ampoules semblables à des vessies.

Enfin la vésication se serait étendue à presque tout le corps dans le cas suivant : un faucheur fut tué par la foudre; sa chemise et ses cheveux étaient en feu, dirent ses camarades, une grande partie de son corps, de la tête aux pieds, était comme une cloche de brûlure, « loie eine Brand-Blase. » La combustion de la chemise a sans doute joué ici quelque rôle, mais elle n'a pas pu occasionner les phlyctènes des extrémités inférieures.

Les phlyctènes produites par la foudre sont ordinairement formées par un liquide séreux et jaunâtre; parfois sanguinolent et même noirâtre, comme nous le verrons en parlant des lésions semblables à celles que produit la poudre à canon.

En général, elles se forment presque immédiatement après le coup ou même à l'instant du foudroiement.

Sestjkr. ' Il — 4

Mais cet effet n'est pas toujours aussi instantané et ne se montre qu'un certain temps après ia fulguration. Brodie rapporte (1) qu'un jeune garçon ayant été atteint parla foudre, il se forma, peu de temps après l'accident, de larges phlyctènes au pubis et aux cuisses , tout à fait semblables à celles que produirait, l'eau bouillante, et qui firent place à des ulcérations.

I in. Eschares. La lésion que nous allons décrire

est l'une des plus fréquentes de toutes celles que produit la foudre; elle présente plusieurs variétés ; l'une d'elles sera décrite à part, à cause de sa grande analogie avec les eschares occasionnées par la poudre à canon.

Commençons par l'examen des eschares les plus ordinaires.

Dans certains cas, l'eschareest solitaire et de peu d'étendue : c'est ce qui arriva chez un soldat cité par Schulter, et qui présentait au cou une très-petite eschare ronde, grise, pénétrant dans le tissu cellulaire sous-cutané et correspondant à un bouton métallique fixé au col de la chemise.

II n'en est malheureusement pas toujours ainsi, et nous verrons plus bas l'eschare solitaire occuper une grande étendue, toute une région du corps.

Souvent les eschares sont nombreuses et disséminées sur diverses parties du corps ; cela fut remarqué chez le curé si gravement blessé dans le foudroiement de l'église de Chàteauneuf-les-Moutiers. Il présentait en effet une eschare de plusieurs travers de doigt à l'épaule droite ; une autre s'étendait du milieu postérieur du bras du même côté à la partie moyenne et extérieure de l'avant-bras; une troisième eschare profonde partait de la partie moyenne et postérieure du bras gauche et arrivait à la partie moyenne de l'avantbras du même côté; une quatrième, plus superficielle et moins étendue, se voyait au côté externe de la cuisse gauche; une cinquième, enfin, occupait la lèvre supérieure et arrivait au nez. La cicatrisation de ces nombreuses blessures demanda deux mois.

(1) Leet. on fialhology and Surgmj (1846).

ET SUR LES ANIMAUX. LÉSIONS Cl

Les eschares multiples, disséminées le plus souvent sans aucun ordre à la surface du corps, sont quelquefois cependant placées toutes dans une même direction, simulant une bande plus ou moins régulière.

Cette lésion présente souvent un certain degré de mollesse. C'est ce qui a été remarqué par Tilloch qui l'a trouvée noire et molle, semblable à celle que produit l'alcali caustique. Mais le plus ordinairement les eschares sont dures et sèches, comme l'attestent les observations suivantes qui nous font en même temps connaître plusieurs autres caractères propres à ce genre de lésion.

Une des personnes blessées à Everdon présentait sur une épaule une eschare d'environ 4 pouces de longueur, ovalaire, rouge et aussi dure que la corne.

Dans un autre cas, cité par Huxham, le chirurgien qui voulut hâter réhmination d'une eschare assez étendue en l'incisant, ne put la traverser avec le bistouri, pas plus que s'il elle avait été formée de cuir tanné : cette circonstance rendit la séparation des parties mortifiées très-lentes et l'odeur intolérable.

Chez une femme, la peau de la cuisse gauche était dure, ridée ou foncée, semblable à celle d'un cochon de lait rôti, semblable encore à du cuir humide qui aurait été desséché près d'une fournaise (Gœrilz).

Sur un homme tué par la décharge foudroyante, la peau du côté gauche était en partie transformée en un cuir dur et grillé, « in durum corium igne torrefactwn ; » elle était rouge au cou et pourpre en d'autres endroits.

Chez un jeune garçon, cité par Thoresby, la peau était complètement brûlée, noire, recroquevillée comme un parchemin ou une plume que l'on jette dans le feu.

La couleur de l'eschare est parfois d'un rouge cuivré ou d'un rouge pourpre : leplus souvent elle est noirâtre ou noire.

L'eschare est ordinairement superficielle et bornée à une partie de la profondeur du derme ; il est fort rare qu'elle pénètre au delà du tissu cellulaire sous-cutané inclusivement : notre collection ne nous en offre du moins qu'un très-petit nombre d'exemples.

Le navire la Félicité fut foudroyé près de Bone, le 16 décembre 1856; six hommes subirent les atteintes de la foudre. Un des hommes foudroyés avait une brûlure au deuxième degré au milieu de la cuisse; un autre portait au côté gauche une eschare semblable à celle qu'aurait produite l'application d'un fer chauffé à blanc. Un troisième eut la chemise lacérée en lambeaux. Le quatrième fut frappé dans la bouche; toute la muqueuse de la bouche et de la langue se détacha ; les dents étaient noircies , charbonnées et fortement ébranlées. Les autres avaient diverses parties du corps tuméfiées et noircies. Personne ne périt (1).

Chez une jeune fille blanchisseuse qui fut frappée au membre supérieur droit, on trouva à l'épaule une eschare assez profonde pour que des faisceaux du muscle deltoïde eussent été mis à nu et grillés à leur surface.

Le 24 janvier 1665, M. Brooks, de Hampshire, fut tué par la foudre. Entre autres lésions, on aurait trouvé les mains brûlées jusqu'aux os dans des gants restés entiers. Ce curieux détail est tiré de l'enquête du coroner (Thomas Neale).

La variété suivante est fort remarquable par sa grande analogie avec la brûlure par la poudre à canon ; ici les eschares sont plus ou moins noires et carbonisées, tantôt rares et disséminées, tantôt très-nombreuses et même contluentes, ordinairement planes, quelquefois ondulées, en général dures comme la corne et sonores comme du parchemin. Elles offrent dans leur pourtour et dans une étendue variable une rougeur érythémaleuse et souvent des phlyctènes noirâtres, remplies d'un liquide de même couleur. Ces brûlures varient du premier au quatrième degré de la classification de Dupuy- Iren ; tantôt, en elfet, elles comprennent l'épiderme et le corps muqueux, tantôt et le plus ordinairement toute l'épaisseur du derme, mais sans pénétrer plus avant, s'arrètant ainsi brusquement au tissu cellulaire sous-cutané, que Ton retrouve parfaitement intact à la chute de l'eschare. Cette délimitation si brusque et si nette n'est pas un des caractères Jes moins curieux de cette lésion; il semble que le pannicule

(1) Cosmos, t. X, p. 32Î) et 398 (1857). De nombreux di-lails sur col (■véncraenl in Gnzelte des hôpitaux, p. 155 (1857), et Ami des sciences, t. 111, p. 222.

cellulo-graisseux sous-jacent à la peau joue le rôle d'isolateur.

Cette brûlure est le siège de douleurs très-variables dans leur acuité, tantôt très-vives, tantôt très-modérées ; vers le neuvième jour, les eschares les plus superficielles sont en partie tombées; vers le dixième jour, l'élimination des eschares profondes est très-avancée ; elle est généralement accomplie vers le dix-huitième, la suppuration est d'ailleurs de bonne nature et la guérison a lieu au bout de deux mois ou de deux mois et demi.

La lésion que nous décrivons est d'étendue variable ; on a vu ces eschares disséminées occuper toute la partie latérale droite du corps de la tête au pied ; d'autres fois, la région externe de tout le membre inférieur; parfois les eschares forment, par leur disposition, une bande plus ou moins longue ; ainsi, chez un blessé, elle occupait à la cuisse le trajet du muscle couturier et chez un autre sujet, elles s'étendaient sur tout le trajet fémoral et tibial de la saphène interne.

Cette variété de brûlure par la foudre offre, comme on le voit, la plus grande analogie avec les brûlures par la poudre à canon, à cette différence près, qu'on n'observe pas le pointillé noir bleu caractéristique qu'on rencontre souvent dans cette dernière et qui est dû à l'impression, sur la peau, des grains de poudre échappés à la combustion.

Le docteur Paolo Minonzio, ancien médecin de la marine autrichienne, a cité plusieurs cas de ce genre, tous observés à bord des navires, trois dans la nuit du 21 au 22 février 1838, à bord de la frégate autrichienne la Méclée, alors entre les îles de Piscopi et de Coos; deux à bord de la Bellone, alors dans le canal de Rhodes, dans la nuit du 10 au 11 décembre 1840 (Annales de médecine, 1852). Sur ces cinq blessés un seul a succombé.

Citons quelques exemples de cette forme de brûlure.

Sur le jeune homme tué à bord de la Bellone, la peau des régions externe et postérieure du membre inférieur droit, à partir du bassin jusqu'à mi-jambe, présentait dans toute son étendue une eschare plus ou moins noire, ondulée et comme carbonisée. La peau, dépouillée d'épiderme et de corps

muqueux, était, en plusieurs endroits, perforée dans loule son épaisseur; cette grande eschare était dure comme de la corne et sonore comme du parchemin. « Presentava unn durezza cornea, somnte corne una pergamina. » C'était surtout au voisinage des perforations que la couleur noire était marquée ; il est à remarquer que cette eschare n'occupait que l'épaisseur de la peau, môme dans les portions qui étaient le plus brûlées. La ligne de démarcation y était parfaitement nette; sa face interne reposait sur du tissu cellulaire intact et qui cependant lui était tellement adhérent, qu'il fallut, pour l'enlever, le racler avec le bistouri.

Un autre marin présentait les traces de la foudre le long de toute la partie latérale de son corps. De la tête aux pieds on voyait des taches érythémateuses d'un rouge vif, au front, au cou et à la poitrine. Sur le flanc, quelques eschares, de couleur de brique, dures et sonores, entourées d'autres eschares molles et noirâtres. Plus bas, depuis la fesse jusqu'à la malléole, toute la face externe du membre était comme brûlée par la poudre à canon ; en effet, elle était érythémateuse et entièrement couverte de taches ou d'eschares molles, noirâtres, de forme et de largeur variées, ainsi que de petites phlyctènes remplies d'un liquide également noirâtre. Les brûlures étaient le siège de douleurs vives, acres et brûlantes qui s'adoucirent beaucoup vers le sixième jour. Les eschares sèches et sonores du flanc, qui avaient fait soupçonner une désorganisation profonde et très-grave, ne laissèrent cependant à découvert que le pannicule adipeux sous-cutané et le blessé fut entièrement guéri vers la fin du deuxième mois.

Chez un troisième marin, on trouva luie bande d'eschares larges de deux à trois pouces, prenant naissance au-dessous de l'hypochondrc gauche et s'étcndant en bas vers l'aine etle long de la cuisse jusqu'au genou, dans la direction précise du muscle couturier. Les eschares étaient molles pour la plupart, quelques-unes dures et sonores, de couleur nt)iràtre plus ou moins foncée; de forme, de profondeur et de largeur variées ; tantôt isolées, tantôt contluontes et remplies dans leurs interstices d'un nombre considérabicde phlyctènes pleines de sérosité noire. Sur les bords de cette longue série

d'eschares, la peau était érythémateuse et d'un rouge viC ; comme dans les cas précédents, les eschai-cs les plus profondes n'avaient pas dépassé l'épaisseur du derme (4).

Vers le milieu du mois de décembre 1852, cuiq marins furent frappés simultanément par la foudre, en mer : sur chacun d'eux, on constata des brûlures avec destruction de lepiderme et eschares noires : mais aucune de ces brûlures ne s'étendait au-dessous du derme, comme si la couche cellulo-graisseuse était pour l'électricité un isolant parfait. Les brûlures ressemblaient parfaitement à celles produites par la déflagration de la poudre à canon, sans grains distincts, et sans pointillé noirâtre : elles se sont comportées dans leur marche et dans leur guérison comme des brûlures de cause vulgaire. Trois de ces marins étaient frappés d'une profonde terreur, un quatrième resta plongé dans une stupeur profonde, le cinquième mourut (2).

ART. 3. — LÉSIOiNS GRAVES.

1 1. — Ablations — Résections. — La foudre produit parfois des résections et des arrachements.

La lésion peut atteindre la peau, le tissu cellulaire et même une partie de la couche musculaire sous-jacente dans une étendue variable; comme le démontrent les observations suivantes :

Chez un vieillard tué par la foudre, un morceau de peau de deux pouces de long sur un pouce de large fut complètement enlevé de la région antérieure de la cuisse gauche, sans la moindre lésion de la couche musculaire sous-jacente, et sans qu'une goutte de sang sortît de la plaie, comme la chemise qui la couvrait en fournit la preuve (Crome).

M. Rice cite M. Barney à qui la foudre enleva un lambeau de peau depuis la cheville jusqu'à la base du gros orteil.

(1) Un exemple à peu près semblable est rapporté dans les Annales de médecine el de chirurgie de Bruges.

(2) Gazette médicale. — Cosmos, l. Il, p. 264,

Chez un individu noté par Hooper, la plus grande partie de la peau de la région antérieure de la jambe, de la cuisse et du scrotum fut arrachée.

Dans l'intéressante observation du docteur Morand, les muscles de la fesse et de la région voisine de la cuisse furent emportés en grande partie ; malgré l'énorme déperdition de substance qui était de six livres environ, on ne trouva dans le lieu ou était arrivé l'accident, ni une seule goutte de sang, ni le plus petit morceau de chair (1).

Quatre chevaux atteints par un coup de foudre, probablement ascendante, furent tués sur le coup : on les trouva tous renversés du même côté, les intestins hors du corps. Ce fait se serait passé le 20 août 1769, près de Rumigny, en Picardie (Richard).

Ces faits donnent un certain degré de probabilité à celui qui a été consigné par Pierre de l'Estoile. Cet historiographe rapporte qu'un soldat des gardes à la porte Saint-Jacques fut atteint par la foudre : « le dit tonnère lui brusla et emporta le ventre et le coucha mort sur place. »

Nous pouvons citer plusieurs exemples de résection de diverses parties saillantes, pavillon de l'oreille, organes sexuels chez l'homme, etc.

D'après Phayre, chez un homme très-àgé, l'oreille gauche déchirée en plusieurs endroits ne conservait plus que de légères adhérences.

Un berger fut foudroyé le 13 mai 1803, près de Fehrbellin; on trouva son oreille gauche à quelques pas du cadavre, sur un mouton étendu mort.

La femme qui ensevelit les quatre malheureux tués par la foudre à Everdon, au moment où ils étaient assis sous une haie, dit que leurs fesses étaient horriblement déchirées, que leurs organes sexuels étaient arraches et déchirés en morceaux comme si de petites barres de fer rougi y eussent été enfoncées en plusieurs places (Wallis).

Six personnes étaient sous un noyer; le tonnerre en tua trois et blessa grièvement les trois autres, « comme vous pour^

(1) Voir Foudre ascendante, t. p. 177 el Hist. de l'Acad. des se, p. 38(17315).

riez dire, ajoute le comte de Bussy, de rendre un homme digno d'entrer dans le sérail »

Enfin on a vu, dit Louis, un homme à qui la foudre enleva la langue et la mâchoire inférieure. C'est sans doute le même cas qui a été rapporté par quelques auteurs et qui aurait été observé à Cusy, en Savoie.

Les lésions déjà si graves que nous venons de consigner seraient encore de beaucoup dépassées si nous ajoutons foi aux observations rapportées par plusieurs auteurs. Nous ne mentionnons qu'avec une certaine hésitation les faits qui suivent, parce qu'ils ne nous présentent pas un caractère d'irréprochable authenticité. Cependant nous ne pouvons les rejeter entièrement, car personne ne peut encore assigner aucune Hmite à l'action destructive de la foudre, et comme il est parfaitement constaté que ce terrible agent a coupé en deux des arbres, des poutres et des mâts, nous ne voyons pas qu'il lui soit impossible de produire des effets analogues sur l'homme et sur les animaux.

Ces réserves faites, voici deux des faits dont nous parlons.

Wallis et de la Prade citent deux observations dans lesquelles une épaule aurait été entièrement détachée du tronc.

Le l^"" août 1803, l'Africaine, de 36 canons, fut frappée de la foudre à Gravesant-Steeple ; des mâts et des vergues en furent atteints. Un des matelots qui carguaient la voile de perroquet, fut coupé en deux par la décharge : « One seaman îvas eut in tico by discharge » (i).

D'après Sauvan, la foudre aurait emporté la moitié d'un chat à Avignon, et dans un autre cas la foudre aurait emporté la moitié d'une fille! ! (2)

Julius Obsequens (3) rapporte un fait plus incroyable encore.

I IL — Lésions semblables à celles que produisent les balles — La foudre occasionne quelquefois

(1) Naulic. Mag., t. XIII, p. 27.

(2) Toaldo. Observ. météor,

(3) Prodiges, XCVII.

à la surface du corps des blessures qui ont une grande analogie avec une plaie produite par une balle.

Les trois observations suivantes nous en offrent les principaux caractères et doivent attirer l'attention du médecin légiste.

Un enfant de 9 ans, cité par l'abbé Chapsal, s'amusait entre deux fenêtres et tenait le pied sur les barreaux d'une cage de fer placée sous une table, lorsqu'il fut tué par la foudre; il portait des souliers ferrés et c'est par le contact des clous de la chaussure avec un des barreaux de la cage de fer que l'explosion eut lieu. Le barreau présentait une empreinte noire et des traces légères de fusion ; au point de contact avec le soulier, quelques clous avaient été fondus, et la foudre, en suivant un de ces clous, s'était livré un passage au travers de la chaussure, par un trou de la dimension d'un tuyau de plume : le soulier fut mis en pièce. On trouva sous le pied droit, à la base du gros orteil, entre la première phalange et le métatarse, une plaie noire légèrement sanguinolente, offrant une cavité dans les chairs comme la blessure faite par une balle.

Sprengel décrit ainsi la blessure que lui présenta un soldat frappé par la foudre : la jambe droite était tuméliée, comme aedémateuse, avec quelques taches brunes et Hvides: sous le talon droit se trouvait une plaie d'un demi-pouce de profondeur, dont les bords lacérés en forme d'étoile étaient renversés en dehors comme da is f ouverture de sortie des plaies par armes à feu.

Enfui, chez un laboureur observé par Davies, outre une brûlure étendue et fort grave du tronc et des membres inférieurs, on voyait au centre du talon gauche un trou semblable à celui que ferait une halle à sa sortie : il se cicatrisa assez promptement.

1 IIL — Luxations. — Les luxations sont extrêmement rares chez les foudroyés; tout ce que nous connaissons à cet égard se réduit aux faits suivants :

Au milieu des désordres observés chez une femme par Morand, nous remarquons une luxation de la hanche gauche.

ET SUR LES ANIMAUX. LÉSIONS o9

avec dilacéralion • et ablation des muscles qui la recouvraient (1). • .PI

Sur un berger cité par Wasse et mutile par la foudre, on trouva, entre autres lésions, une limUion da gmiou droit.

Et un homme, au rapport de Bergman, aurait éprouve • « quamdam femoris Inxationem. »

I IV. —Fractures. — La foudre occasionne parfois des i fractures chez l'homme et chez les animaux : elles ont été , observées au crâne, a la face, au tronc et aux membres. Il pairaitrait même que les os d'une grande partie du corps .-avaient été réduits en esquilles; une circonstance a noter, (C'est que dans plusieurs cas de fracture, la peau et les parties 1 molles correspondantes sont restées intactes, phénomène (qu'explique le pouvoir conducteur différent de tous ces I tissus.

Parmi les observations ciue nous allons présenter, il en est I qui nous inspirent la plus grande confiance et établissent positivement le fait de fracture des os par la foudre. Nous n'en dirons pas autant de plusieurs autres dont l'authenticité n'est rien moins que démentie et dont le texte même nous laisse dans le doute sur la nature de la lésion.

A. — Fractures du crâne. — Ebell et Meyer ont dé- 1 crit une double fracture du crâne chez un jeune garçon, et Schuller a trouvé une lésion semblable chez un homme de 30 ans; nous rapporterons en détail ces intéressantes observations lorsque nous étudierons l'état des cadavres des foudroyés.

M. Pouillet a vu un homme tue par la foudre et dont « toute In partie osseuse de la tête était brisée, comme elle aurait pu l'être par cent coups de massue. »

Le Rév. Wasse, recteur d'Aynho, écrivait à Mead que le 3 juillet 1725, près de Mixburg, un berger âgé de soixante ans fut tué dans un champ pierreux. Cinq moutons gisaient morts autour de lui : la partie supérieure de la tHe était horriblement fracturée et le genou droit était luxé; l'oreille droite

(1) Hhl. de VAcaà. des sciences, p. 38 (17oo).

était coupée et enfoncée dnns le crâne; du sang coulait d( cette région et se répandait sur le sol.

Chez d'Aussac, observé par le docteur Garipuy, le crâne était mutilé à trois travers de doigt au-dessus et un peu en avant de l'oreille gauche; du sang sortit de cette plaie quand on releva le cadavre.

L'un des passagers dont parle Bridgmann eut la tête fracassée (sic) ; la couronne de son chapeau avait été coupée net et emportée.

B. — Fractures des os et des cartilages de la face. — Dans le courant de l'été de 1824, un berger, âgé de 70 ans, fut tué sur une route près de Dusseldorf ; au premier coup il sauta en l'air à hauteur d'homme et tomba renversé sur le sol. A l'examen judiciaire, l'oreille était blessée, la mâchoire inférieure fracturée, et les os du crâne étaient sans doute fracturés, car, en les pressant avec la main, on entendait un certain bruit.

Chez un homme cité par Hooper, le cartilage de l'oreille droite et la cloison du nez étaient brisés.

Deux dents étaient réduites en menues parties chez un homme observé par Desvaux et dont nous parlerons plus tard.

C. — Fractures du tronc. — Une fracture du sacrum et du pubis faisait partie de l'effroyable désordre observé par Morand sur une femme atteinte par la foudre.

D. — Fractures des membres. — Le docteur Ouvrard a constaté sur le cadavre d'une personne foudroyée une fracture de l'humérus gauche et une grave blessure du coude droit dont l'épicondyle et Tépitrochlée avaient été détachés du corps de l'os.

Diemerbroeck rapporte qu'en 1628, un homme ayant été tué par la foudre dans les champs, la plupart des os étaient brises en petits fragments, la peau et les muscles étant restés intacts, « pluraque ossa minuiim confracta erant ; ente cum carne plane illœsa. »

Suivant Toaldo, tous les os d'un malheureux, foudroyé en 1783, furent brisés en mille fragments, les chairs étant restées intactes, « Alicujus hominis fracta fuerunt et comminuta ossa omnia, intactis carnibus.n

Faisons remarquer que Diemerbroeck et Toaldo ne disent pas avoir été eux-mêmes témoins de ces deux accidents.

E. — Fractures observées chez les animaux.

— Le docteur Holroyd rapporte qu'en 1833, un cheval eut i épaule brisée par la foudre; devenu inutile, on le tua peu après. On trouva les muscles qui couvraient l'omoplate tout a fait désorganisés, très-mous et d'une couleur foncée.

Suivant l'assertion de Gossali, un chien foudroyé eut les os l'fracturés.

Les faits suivants seraient analogues à ceux qui, dit-on, sauraient été plusieurs fois observés chez l'homme; ils seraient ( d'autant plus remarquables que des fractures comminutives ( d'un grand nombre d'os auraient simultanément existé chez [ plusieurs animaux frappés par le même coup de foudre.

En 1838, un violent orage ayant éclaté sur les environs de ^Nimègue, plusieurs bœufs, au rapport de Diemerbroeck, furent tués dans les prairies et eurent les os brisés, « boves 'oliquot ossibus confractis, occisi sunt. »

En mai 1718, dans la Marche de Priegnitz, dit Hanovvius, huit brebis furent tuées par la foudre ; on ne put s'en s servir comme aliment, parce que tous les os avaient été brissés comme dans un mortier et que les fragments s'en étaient i'répandus dans les chairs. « Omnia eanm ossa, veluti mortario '.minulim contusa et per omnem carnem ita dispersa ut edi non i possent. »

Le mécanisme de ces diverses fractures est sans doute varriable; il nous paraît que parfois, la décharge électrique, (tombant sur une région circonscrite du corps, en fracture, een brise les os, comme le ferait un coup de bâton ou un ccoup de massue.

Quant aux fractures comminutives, qui au dire de quelques sauteurs auraient atteint presque tous les os d'un homme ou (d'un animal, les parties molles étant restées intactes ou du

moins sans lésions apparentes autres que celles qui seraieiu résultées de la présence même des esquilles, on a cherché à les expliquer en adnietlant que le système osseux relativement mauvais conducteur, doit éprouver des désordres bien plus graves que les parties molles correspondantes ; car celles-ci livrent un passage plus facile au courant électrique.

Quoi qu'il en soit, dans la recherche des causes des fractures chez les foudroyés, on devra toujours s'attacher à distinguer avec soin les fractures qui dépendent bien certainement du choc ou du passage de l'étincelle fulgurante, de celles qui peuvent résulter de la chute violente du corps, ou de l'action de quelque corps solide, tel que pierre, bois ou métal, brusquement détaché ou lancé par l'explosion électrique.

I V. — Perforation des os. — Lorsque nous étudierons les lésions cadavériques, nous signalerons un cas de perforation du crâne et de la voûte palatine, avec graves désordres de la substance cérébrale intermédiaire. Nous ajouterons que chez un homme atteint au front par la foudre, on voyait dans cette région, dit Kiessing, un trou par lequel sortait la substance cérébrale.

I VI. — Ramollissement des os. — La foudre at-elle le pouvoir de ramollir les os ?

C'est là une croyance populaire ; mais aucun des faits parvenus à notre connaissance ne prouve qu'elle soit réellement fondée. Il est vrai que le procureur Simiani de Troyes ayant été foudroyé, on vit, dit Richard (1), que tous ses os avaient été comme fondus sans que les chairs eussent été endommagées.

Le docteur Mitié, dans ses Mémoires sur la nature et Ir propriétés de l'électricité, cite l'observation d'une femme qui fut frappée par la foudre en 1773; lorsqu'on voulut enlever son cadavre, on trouva que ses membres n offraient plus qu'une masse molle.

Mais ne s'agirait-il pas, dans ces deux cas, de fractur»

(l) Ilisl. de l'air, t. V!I1. p. 220.

multiples? ou bien eucore n'nurait-on pas été fi'appé de la mollesse et de la flaccidité du cadavre, phénomène qui n'est pas rare après la fulguration, et que l'on aurait, bien à tort, attribué au ramollissement osseux?

I YII. Nécrose du crâne. — L'observation que

nous allons rapporter, dans les détails seulement qui concernent notre sujet, est extraite d'une lettre de W. Pétrie (1).

Le 13 juillet 1798, vers minuit, la foudre tomba sous la forme globulaire sur l'avant du navire Good-Hope, alors dans la mer des Indes, et atteignit le matelot Steelman, âgé de 23 ans, en ce moment occupé à la manœuvre d'une voile sur le mât d'avant. Lorsqu'on le recueillit, il était plongé dans une insensibilité complète et paraissait sans vie. Vers la tin de la nuit, il reprit connaissance et se plaignit alors de vives douleurs à la face interne des cuisses et à quelques doigts de chaque main, régions qui étaient le siège de brûlures superficielles. Le 16, il accusa de l'insensibilité dans une région très-circonscrite du pariétal droit, et l'on reconnut que le cuir chevelu y était déprimé et tout à fait insensible dans l'étendue d'un dollar (application de compresses imbibées de teinture de myrrhe). Le 17, cette partie prit une teinte brune; le 18, elle était noire, molle et gangrénée; le 19, la gangrène paraissant s'étendre, on pratiqua quelques scarifications à son pourtour. Deux jours après, les tissus mortifiés tombèrent et laissèrent à découvert une partie du crâne dépouillé de péricrâne, de la largeur d'un dollar et comprenant une petite partie du pariétal et du frontal, avec la suture intermédiaire. La plaie suppura abondamment et ses bords se couvrii;ent^de bourgeons de bonne nature.

L'os nécrosé acquit peu à peu une teinte plus foncée; il était entièrement noir le 7 août; le 14, le séquestre de la grandeur d'un dollar était tout à fait détaché : on s'assura qu'il ne comprenait que la table externe. Ici s'arrête fobservation de W. Pétrie, mais le docteur Scarman nous apprend que le 21 le séquestre fut enlevé et que le blessé se rétablit complètement (voir Gangrène).

(l) Gilbert's .47inaien, t. VI, p. 120; et Hooper d'aprùs Scarman in London médical Review, t. Il, p. 82.

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