‹ De la foudre, de ses formes, et de ses effets (volume 2)Chapitre 81 sur 156 · DE LA FOUDRE SUR LES HOMMES EN FILE · texte numérisé non relu

DE LA FOUDRE SUR LES HOMMES EN FILE

vitablement ceux d'aulrui. » — Mais les faits cités par Ârago ont-ils réellement la valeur qu'il leur attribue? Examinons :

Le 2 août 1783, dit Arago, la foudre tomba à Rambouillet sur une écurie contenant trente-deux chevaux rangés en une seule tile. Trente furent renversés sur le coup; un seul était roide mort : il occupait l'une des extrémités de la file. Un autie, très-grièvement blessé (il en mourut), se trouvait à l'extrémité opposée.

Or, je n'ai vu nullement, dans la relation que l'abbé Tessier donne de ce fait (1), que les deux chevaux tués occupassent les deux extrémités de la file. Et, les eussent-ils occupées, le fait n'aurait pas la portée qu'Arago lui donne, puisqu'il paraît que la foudre a suivi une bande de fer qui bordait la mangeoire dans toute sa longueur, et qui était destinée à la rendre plus solide et à empêcher les chevaux de tiquer. On conçoit dès lors que l'effet de l'étincelle ait été plus violent aux deux extrémités de cette bande de fer, et ail réagi plus fortement sur les chevaux qui y correspondaient.

Le 22 août 1808, la foudre tomba sur une maison du village de Knonau, en Suisse. Cinq enfants lisaient, assis sur un banc, dans une des pièces du rez-de-chaussée. Le premier et le dernier furent tués roides; les trois autres en furent quittes pour une violente commotion.

Mais une circonstance fort importante, qu'Arago n'a pas notée et que je trouve consignée dans la relation originale donnée par le physicien Breitinger (2), c'est que l'un des enfants qui fut tué était placé immédiatement au-dessous d'un baromètre arrêté par deux vis, et que l'autre victime, garçon de 16 ans, avait la tête appuyée sur une fenêtre dont les croisées étaient vitrées en plomb et fixées par de petites tringles de fer i La foudre, qui s'était introduite parla cheminée, s'est sans doute dirigée sur le baromètre et là s'est divisée en deux rayons dont l'un a frappé l'enfant placé audessous de cet instrument et qui lui offrait un assez bon conducteur pour atteindre le sol, tandis que l'autre s'est porté

(1) Mém. deVAcnd. des se, p. 361 (1785).

(2) Sage, De la nature et des propriétés de kuit espèces d'électricité, p. 17.

sur l'armature en fer et en plomb de la croisée et a rencontré sur son passage ou près de ce passage le jeune garçon qu'elle a tué. Peut-être aussi la foudre, en pénétrant dans la chambre, s'est-elle divisée immédiatement en deux rayons qui se sont dirigés chacun sur un des objets métalliques indiqués.

A Flavigny (Côte-d'Or), cinq chevaux étaient dans une écurie où la foudre pénétra. Les deux premiers et les deux derniers périrent. Le cinquième, celui du milieu, n'eut aucun mal.

Je regrette qu'Arago n'ait pas indiqué la source à laquelle il a puisé cette observation, et qu'il me soit dès lors impossible d'en étudier les détails, comme je l'ai fait pour les deux précédentes. Le cheval du milieu était aveugle, dit-on; peutêtre alors n'affectait-il pas la même position que ses voisins; peut-être était-il couché; la mangeoire était-elle ici bordée de fer? etc., etc.

« Un de mes amis, ajoute enfin Arago, m'apprend qu'on lui raconta, il y a quelques années, dans une ville de la Franche-Comté, et cela peu de jours après l'événement, que la foudre, étant tombée en plein champ sur une file de cinq chevaux, tua le premier et le dernier. Les trois autres ne semblaient pas même blessés. »

Ce fait, raconté par une personne à qui on l'avait raconté, dépourvu de tous détails qui puissent nous en laisser apprécier les diverses circonstances, n'a pour nous que fort peu de valeur.

Nous pouvons ajouter aux observations précédentes qu'en 1805, au mois d'août, la foudre tomba, au milieu de la nuit, dans une écurie de la commune de Saint-Jean-d'Aubrigoux (Haute-Loire), y tua une vache, ne fit aucun mal à la vache voisine, mais en atteignit une autre à l'extrémité opposée. — Ce fait, ainsi rapporté par de la Prade, n'offre absolument rien de concluant pour la question que nous étudions.

En résumé, il n'est nullement démontré pour nous que les effets de la foudre soient les plus intenses aux extrémités d'une file d'hommes ou d'animaux qui ne se touchent pas ei

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