‹ De la foudre, de ses formes, et de ses effets (volume 2)Chapitre 93 sur 156 · HT. 3. — DE QUELQUES VÊTEMENTS EN PARTICULIER · texte numérisé non relu

HT. 3. — DE QUELQUES VÊTEMENTS EN PARTICULIER

1 1. — Souliers. — A. Assez souvent les souliers, d'ailleurs intacts, sont enlevés et lancés à une distance plus ou moins grande. Nous avons vu déjà qu'il avaient été lancés une fois à l'extrémité d'une chambre, une autre fois à l'extrémité d'une église où l'accident avait eu lieu. En voici quelques autres exemples :

La foudre ayant pénétré dans la chambre d'une horloge d'église et y ayant atteint l'horloger, on trouva l'un des souliers dans la chambre même et l'autre au bas d'un escalier, à l'endroit où gisait le corps (Heramer).

On a vu les deux souliers, quoique bien bouclés, être chassés des pieds, sans que ceux-ci eussent aucun mal (Borlasc). (Voir précédemment art 2, | IV.) •

D'autres fois, les boucles sont brisées, ou bien les souliers arrachés sont plus ou moins altérés. Ainsi :

Un des souliers enlevés était fendu et on ne put retrouver l'autre (Thoresby).

(1) Patrie, 21 août 1855.

■m EFFETS DE LA FOUDRE SUR LES VÊTEMENTS

Les lambeaux de souliers réduits en mille morceaux furent projetés à 10 pas de là (Schuller. Henry).

Un soulier déchiqueté fut lancé à 30 pas du corps (Diemerbroeck). Plutaniue rapporte qu'un soldat eut les courroies de ses souliers brûlées par la foudre, sans qu'il en ressentît aucun mal (l).

B. Semelles. — a. La semelle est souvent perforée; nous connaissons treize cas de ce genre. ~ Le trou est presque loujours unique; Ebell parle, il est vrai, d'un soulier percé en trois endroits, mais sans spécifier le siège exact de ces perforations; il ajoute que le dessous de la semelle offrait une tache brûlée comme avec de la poudre. — La perforation ne porte aussi que sur un seul des deux souliers. Du moins nous ne connaissons pas d'exemple de deux souliers troués par Vétincelle, quoique souvent elle ait suivi les deux membres inférieurs. — Le trou ainsi pratiqué dans la semelle est ordinairement rond et petit. Dans les observations que nous avons sous les yeux, il ressemblait, dans un cas, à un trou fait par un fort clou; dans un autre, il avait la grosseur d'un tuyau de plume; d'un pois, dans un troisième; deux fois il paraissait dû au passage d'une petite balle. — Le plus ordinairement le trou est perpendiculaire, quelquefois oblique. — Très-souvent il est net, sans bavure; parfois, au contraire, les bords en sont irréguliers. Dans une observation, un trou perpendiculaire traversait le talon et les bords en étaient mordillés, comme brûlés avec un fer chaud. Il est ordinairement produit tout entier par l'étincelle ; parfois cependant l'étincelle, en suivant un clou, ne fait qu'agrandir et achever un trou déjà commencé, comme cela a eu lieu dans un cas cité par l'abbé Ghapsal; ici la perforation avait la grosseur d'un tuyau de plume. — Le trou affecte presque constamment la semelle elle-même, très-rarement le talon. — Il répond quelquefois à une plaie du pied, à un trou du bas ou de la chaussette. Dans un cas rapporté par Ilemmcr, un trou rond et grand comme un poids correspondait à un trou d un pouce de diamètre pratiqué dans le plancher. — Remarquons

(1) Symposiaques, liv. IV, quesl. 2.

DR QUELQUES VÊTEMENTS l'A RTIGULIERS 3.')»

enlin que le soulier dont la semelle est trouée présente parfois d'autres espèces de lésions; ainsi l'empeigne peut être en même temps arrachée en partie ou mise en pièces.

Souvent la semelle est, non [ilus perforée, mais déchirée, enlevée partiellement ou en totalité. Ainsi :

Un homme portait des brodequins lacés munis aux talons de forts clous enfer. Le brodequin gauche eut la, moitié de sa semelle emportée et complètement détachée. Le brodequin droit eut sa semelle complètement enlevée à l'exception d'une petite lanière d'un pouce de large au plus qui tenait encore au talon (Davies).

La semelle d'une pantoufle en cuir rouge fut presque entièrement arrachée de l'empeigne (Guden).

Chez un berger, les semelles étaient excessivement déchirées; mais l'empeigne était entière et les souliers étaient encore aux pieds. [Voigf s Magazine).

Enfin les semelles des deux souhers d'un individu furent enlevées comme par le couteau le mieux aiguisé : « Soleœ calceorum solvebantur ac si cultro acutissimo in factum, insontibiis pedibus. » ( Ditharding. ) Il est permis de supposer que cette section a porté sur la couture.

C. Empeignes. — Souvent la semelle restant intacte, l'empeigne est déchirée ou coupée dans une étendue variable, en sorte qu'elle est ou simplement entr'ouverte ou séparée en deux parties. Nous avons recueilli 17 exemples de cette variété de lésions : contentons-nous de citer les suivants :

Un soulier était déchiré au côté externe dans une longueur de trois pouces environ. — Un autre était fendu de chaque côté. — Un troisième était fendu dans toute la longueur du dos du pied jusqu'aux orteils. — On a même vu des bottes déchirées dans toute leur longueur.

Parfois ce n'est plus une ou deux déchirures ou coupures que présente la chaussure ; mais elle est coupée en plusieurs bandes.

Ou bien encore, c'est une portion plus ou moins grande de l'empeigne qui est soulevée ou enlevée. Deux faits de ce genre méritent d'être cités :

Chez un individu dont parle le docteur Rice, la foudre, après avoir suivi la jambe gauche et enlevé un lambeau de peau depuis la cheville jusqu'à la première arliculation du gros orteil, sortit par le dessus de la botte dont elle déchira un morceau presque rond de la grandeur d'un dollar américain ou d'une pièce de 5 francs en or; le morceau tenait encore à la botte comme le couvercle d'une boîte à charnière. — Un second rameau de l'étincelle passa près du talon de la botte et pratiqua une fente de 2 pouces (6 centimètres) environ de longueur.

Felbiger cite un enfent de chœur qui ne conserva d'un soulier que la semelle et le bout de l'empeigne correspondant aux orteils. Le reste de la chaussure, ainsi que la boucle, avait été enlevé et on ne put le retrouver.

D. Chaussures déchiquetées ou décousues. — Un des effets les plus remarquables de la foudre sur les chaussures est de les déchirer, de les déchiqueter en mille morceaux, presque en atomes, de les disséquer en filaments, de les réduire à l'état de charpie. Un pareil fait n'est pas très -rare et en voici quelques exemples :

Des boites étaient déchirées en petits morceaux et les morceaux étaient auprès du cadavre dont les pieds étaient nus (Kiessing).

Les souliers étaient réduits en mille morceaux (Schulter).

Un soulier était déchiqueté comme l'auraient fait des ciseaux (Brémond).

Une botte était tellement lacérée qu'elle était presque réduite en charpie (Decerfz).

Les souliers de Pitcairn furent déchirés de la manière la plus remarquable et telle qu'elle excita ajuste titre l'étonnement et la curiosité des assistants.

Un souher en cuir très-fort était comme miraculeusement divisé en filaments longs et minces, comme il aurait été impossible à un artisan de le faire, a Cakeus de.rter ex fortissimo corio confectus qimi miraculosè in tenuia longa filamenta {qualia ne studio quideni quispiam conscindere posset ) discerptus et triginta passuum longitudiue a pede projectm fuit. »

DE QUELQUES VÊTEMENTS l'ARTIGULl ERS 361

La chaussure est quelquefois aussi décousue dans une étendue d'ailleurs variable. Ainsi :

La semelle d'une botte était décousue dans la longueur de quatre travers de doigts (Brillouët).

Une bottine était presque entièrement décousue (Dicopulo).

Les coulures d'une botte étaient déchirées et le cuir de devant enlevé (Oswald).

Lés deux chaussures étaient déchirées dans les coutures (Schaffer).

E. Clous des chaussures. — Les clous des chaussures restent parfois intacts, quoique la foudre ait agi sur les extrémités inférieures. Ainsi :

Chez un foudroyé soumis à notre examen, les pieds et les jambes étaient le siège d'une vaste ecchymose pourpre, et cependant les clous nombreux et volumineux des deux bottines étaient parfaitements intacts; aucun d'eux ne manquait.

Les clous étaient également intacts chez un individu cité par Hoff et dont les bas étaient troués en deux endroits.

Mais il n'en est pas toujours ainsi et on a vu les clous fondus, ou chassés plus ou moins loin dans diverses directions. Par exemple :

Chez un enfant dont parle l'abbé Chapsal, plusieurs clous furent fondus, et l'étincelle, en suivant plus particulièrement l'un d'eux, se livra passage au travers de la chaussure.

Chez un individu cité par M. de Quatrefages, les chaussettes furent déchirées en mille pièces; un soulier fut enlevé et porté à l'autre bout de la chambre et deux clous furent trouvés enfoncés dans le plancher, tandis qu'un autre, suivant une direction opposée, pénétra à quelque profondeur dans le talon du foudroyé.

Quant aux boucles et autres objets métalliques appartenant aux chaussures, ils sont étudiés avec les objets métalliques des vêlementSv

F. Rapports entre les lésions du bas et du soulier. — Le bas et le soulier présentent assez souvent et à la fois le même genre de lésion. Ainsi :

Dans un cas cité par Ant. Louis, la foudre sortit du côté du

m lîFFETS DE LA FOUDRE SUR LES VETEMENTS

talon, qui fut contusionné, et déchira le bas et le quartier du soulier.

L'observation suivante est plus digne encore d'être mentionnée : chez une petite fille citée parKohlreif, le bas gauche présenta plus de 46 trous, tandis qu'à l'endroit d'où la foudre s'échappa du soulier il n'existait qu'un seul trou, petit, rond et sans bavure.

Parfois cependant les bas sont troués et les souliers restent intacts. Par exemple :

Au rapport de Hotî, le bas fut troué en deux endroits correspondant à deux petites plaies de la plante du pied et les souliers garnis de clous étaient intacts.

D'autres fois, c'est le contraire qui a lieu; ainsi, sur je cadavre de Richman, on trouva au pied gauche une marque bleue, le soulier était percé et cependant le bas était parfaitement intact.

Un homme fut blessé à la tête par la foudre à côté de son fils, le fluide descendit le long de son corps et perça ses bottes. Son fils fut frappé au côté, le fluide traversa l'abdomen, descendit par une des jambes et fit un trou rond dans sa botte en pénétrant dans le sol (1).

I II. — Bas et chaussettes. — Les mêmes lésions que nous avons constatées sur les autres parties du vêtement se retrouvent sur celles-ci. Tantôt on y remarque des traces de brûlure, telles que raies ou taches roussies ou brûlées correspondant ou non à des lésions de la peau ; tantôt ce sont des déchirures plus ou moins étendues; tantôt ce sont des trous en nombre variable; tantôt enfin l'étoffe est mise en pièces et emportée.

Le 8 juin 1747, dans l'éghse des Grands-Augutins, une fille de 18 ans eut un bas entier brûlé par la foudre, sans que sa jambe fût endommagée.

I ïii. Coiffures. — Il en est des coiffures connue des

autres parties de riiabillement : elles subissent de la part de la foudre des altérations qui varient suivant les cas. Tantôt

(1) Monit. univ. du 28 août 1861, et. Cosmos, l. XIX.

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