VI. — Feu Saint-Elme sur les pointes des rochers
— Dans son ascension au Mont-Blanc, au mois d'août 1854, M. Blackweil fut obligé de passer deux nuits au Grand-Mulet pour cause de mauvais temps. Pendant l'une de ces nuits, vers onze heures, au milieu de la tempête, un guide vit les arêtes des rochers tout en feu. Ses compagnons s'assurèrent eux-mêmes du fait, et constatèrent le même phénomène sur leurs personnes ; quand ils élevaient les bras, leurs doigts devenaient phosphorescents.
VII. — Feu Saint-Elme sur la surface des eaux, sur le sommet des vagues, sur la neige. — 1« Dans une leltre écrite par M. Rivière (ils (1), du Fort-Royal de la Martinique, cet observateur annonce que dans les nuits des 10, 11 et 14 juillet 1820, toute la surface de la mer parut lumineuse. Le 10 et le 11, les llammes étaient élevées et jetaient une lumière assez vive. Ce phénomène, dont les habitants n'avaient jamais été témoins diffr'rnit entièrement de la phosphorescence de la mer. Dans la nuit du 14, les flammes qui sortaient des récifs ressemblaient à de grandes gerbes de feu d'artifice et répandaient tant de clarté qu'on pouvait lire à un demi-mille du rivage. Ce spectacle nouveau dura presque toute la nuit ; pendant sa durée, le ciel était chargé de nuages noirs et épais. Je ne sais, dit-il, si l'électricité ne serait pas la cause du phénomène que nous avons vu.
2" M. Prudhomme a rapporté le témoignage d'un habitant des côtes du Calvados, qui, étant sorti de sa maison dans la nuit du 11 au 12 février 1808, dans la crainte d'y être écrasé par l'horrible tempête qui régnait en ce moment, vit des éclairs fréquents se confondre avec les feux qui jaillissaient de toutes parts du sommet des vagues. La neige tombait à flots et souvent mêlée avec la grêle ; on entendait gronder le tonnerre malgré le mugissement de la mer (2).
3° Plusieurs personnes ont été témoins du fait de phosphorescence de la neige que nous allons rapporter.
(1) Ann. dechim. el de pliys., XV, 428 (1820).
(2) Comptes rendus des Irav, de l'Acad.des sciences. A.B. L. de Cacn, liSll. p. 93 (Séance du 7 mars 1808).
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M Michol Ghnyo nlhiit, le -i iléccmhro ISrio, d'Omnl à Wai-ennc; ilclaitsix heures un quart, l'obscurilc élaii profonde, un nuage noir très-étendu occupait la région du N-0, et à peine avait-il marché cinq minutes, que la neige se mit à tomber. Tout à coup une vive lumière se répandit autour de M. Ghaye; il se retourna, pensant que quelqu'un marchait derrière lui avec une lanterne, et contempla le phénomène suivant. Les gouttes de neige étaient lumineuses sur ses vêtements ; les bouts de sa cravate de laine noire, ballottes par le vent, semblaient tout en feu ; la visière de sa casquette était toute lumineuse, la lumière était si vive qu'elle l'empêchait d'avancer autant que l'obscurité profonde qui la précéda. « L'agitation des bouts de ma cravate, dit M. Ghaye, » me gênant beaucoup, je dus les enfermer sous mon paletot .) que je boutonnai. J'avais mis des gants en tissu noir : je » voulus frotter la neige de mon paletot, qui devint encore » plusresplendissantet mes deux gants devinrent lumineux. »
Le même phénomène a été observé à la même heure entre Huy et Braive, d'après les remarques de M. Selys-Longchamps. Par l'extrait du Coiirrier du Nord, reproduit dans le Moniteur Belge, N° 4191, (Déc. 1855), M. Crasquin, vétérinaire, a vu le même phénomène, au même moment à Sebourg (Nord). (1)
4" Dans la nuit du 4 au 5 septembre 1767, pendant un violent orage, le fermier d'un étang près de Parthenay, en Poitou, le vit couvert, dans toute sa surface, d'une flamme si épaisse qu'elle lui dérobait la vue de l'eau. Le lendemain tous les poissons flottaient morts à la surftice (Arago).
5° Des gouttes de pluie qui tombaient le 1«"' novembre 1844 dans une cour du collège Louis-le-Grand produisaient, en touchant le sol, des étincelles, des aigrettes accompagnées de bruissement. Le temps était couvert et sans orage (2).
Une autre observation a été communiquée à Arago par le docteur Robinson d'Armagh (3).
(1) Acad. de Belgique.. 1" mars 18.%. L'InslUul, l. XXIV, p. 229. Moniteur univ., 24 déc. i85o,
(2) Comptes rendus, t. XIX, p. 1038.
(.3) Arago, Notice, p. 372.
Vin. - Feu Saint-Elme aux extrémités des branches 1° Le 8 mars 1817, près de Geiinningen et pendant
un violent orage, les pointes des arbres apparurent brillantes sur une grande étendue (1).
2° Lampadius rapporte que M. de Thielaw observa pendant un orage qui eut lieu à Freyberg (Saxe) une forte phosphorescence des arbres qui se trouvaient sur sa route; elle cessait quand il abaissait les branches jusqu'à terre, 'pour reparaître dès qu'on les abandonnait à elles-mêmes (2).
3" Une des plus intéressantes apparitions de ce genre est celle dont Burchell a été témoin, dans un de ses voyages dans l'Afrique méridionale. Il revenait le soir par des prés d'une visite qu'il avait faite aux missionnaires; des éclairs sans tonnerre illuminaient à chaque instant le ciel, et de trèslarges gouttes de pluie tombaient de quelques nuages extraordinairement noirs et épais. Tout à coup il fut presque aveuglé par une brillante lueur qui paraissait descendre du zénith, et pendant un instant chaque brin d'herbe, dans un rayon de quinze pieds, parut incendié par la lumière électrique ; l'herbe avait à cette place un pied de haut, et chaque tuyau, chaque feuille était fortement éclairée et paraissait brûlé. Aucune explosion n'eut lieu ; on n'entendit pas le moindre bruit, et le voyageur continua son chemin, sans que le phénomène se montrât de nouveau (3).
4o M. Mohr rapporte que le 14 janvier 1824, M. Gehring, régisseur à Maxdorf, non loin de Cothen, se trouvait surîa route à la suite d'un chariot chargé de paille. Le soir, vers neuf heures, quelques faibles éclairs sans tonnerre se firent apercevoir vers l'ouest ; bientôt un nuage sombre , poussé par un vent violent et accompagné de pluie et de grêle, enveloppa le chariot d'une profonde obscurité, et il fallut s'arrêter, les chevaux étant incapables de bouger de place. Durant ces ténèbres, M. Ghering, aussi bien que les domestiques, remarquèrent avec étonnement que tous les brins de
(1) Gehler's, Phys., IV. Schwalb, Ckron. von Eiben, p. 202 (1817).
(2) Gilberl's, Ann., t. LXX. p. 113 (1822). el Pcltier, Des Trombes, p. :174.
(3) Reise in Sudafrica, th. 1, s. 36rf. Gehler's, Phys.. H'orlerbuch X, Band 2 abth. s. 1629.
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paille se redressaient et paraissaient en feu; que le fouet mètncdu cocher jetait une vive lumière; l'orage cependant ne durait plus. Si l'on rabaissait la paille avec la nfiain, la lumière cessait, mais elle se faisait de nouveau remarquer dès que les tiges de chacune se relevaient. Ce phénomène dura environ dix minutes, jusqu'au mo.ucnt où le vent eut emporté le nuage obscur (1).
5*^ N'est-ce pas à cet ordre de phénomènes qu'il faut rapporter les feux signalés par le P. Frisi, professeur de l'Université de Pise, dans une lettre à l'Académie des sciences (2).