IX. — Feu Saint-Elme sur les animaux
1° En 1702, pendant une soirée obscure mêlée d'averses, un gentleman de Wellinsboroug revenait de Gastle-Ashby, lorsqu'il vit les oreilles de son cheval comme marquées du feu, et cela dura un huitième de mille. Souvent il chassait la lueur avec sa main, mais sans l'éteindre entièrement (3).
2" Nicholson remarqua les mêmes lueurs sur les oreilles de son cheval et sur celles de plusieurs autres chevaux. La tète de l'un d'eux paraissait tout en feu (4).
3° M. Bourdet (5), capitaine d'état-major, rapporte qu'en Pologne, le 2i décembre 1806, veille des batailles de Pulstuck et de Golymin, vers neuf heures, lorsque le vent du nord soufflait avec violence et que la nuit était si profonde que l'on ne pouvait voir la tête des chevaux, tout à coup l'extrémité des poils des oreilles de ces animaux ainsi que les poils les plus longs devinrent lumineux, excepté ceux du cou et delà queue. Toutes les pointes métalliques qui servent à leur harnachement, de même que les parties aiguës des affûts des pièces furent parsemés de points lumineux ; on élit dit qu'un essaim de vers luisants étaient venus se placer sur les chevaux et sur les canons. Les moustaches de M. Bourdet et celles de plusieurs canonniers étaient lumineuses; celles d'un maréchal-des-logis, quoique très-épaisses, mais cirées,
(1) Bullet. univ. partie malhém., I, p. 246.
(2) Hist. de l'Acad. des sciences, p. 23 (1764).
(3) Autres exemples : Hist. de l'Acad. des sciences, p. 36 (1759).
(4) Morton, Thenalur. hislor. of Nortliawpt., p. 3S2. (o) Philos. Trans., LXIV, 351.
ne l'étaient pas. Celte lueur était d'un violet tendre et se terminait par un blanc éclatant; elle dura aussi longtemps que le vent, sans discontinuer, à peu près trois à quatre minutes. Les chevaux, pendant ce temps, affectaient l'attitude qui indique la frayeur, et rien ne pouvait les faire marcher. A l'instant oii le vent cessa, les lueurs disparurent; alors survint un déluge de pluie mêlée de grêle.
4° M. Raffenel a vu la queue de son cheval lumineuse pendant la nuit, au Sénégal, par un temps très-sec (1).
X. — Feu Saint-Elme sur l'Homme. — 1° Le professeur Forskal d'Upsal, au rapport de Wilke (2), étant sorti à cheval à dix heures du soir, un jour d'avril 17o9, et par une forte neige, vit une lueur, comme celle d'un ver luisant, apparaître au bout filamenteux de sa cravache, puis à la partie extérieure de son poignet et à l'extrémité des doigts de son gant, quand il tenait sa main en l'air. Il remarqua alors un point lumineux qui planait librement au-de.ssus du doigt et un léger rayon lumineux qui s'étendait de ce point au doigt lui-même.
2° De Saussure était sur les montagnes du Valais avec quelques amis, lorsqu'ils virent se former un orage au-dessous d'elles. Tandis qu'il éclairait et tonnait au bas, ils se trouvèrent électrisés, mais différemment, de manière qu'ils tiraient des étincelles en approchant les doigts les uns contre les autres (3).
3° Lorsqu'on 1769, au milieu d'un violent orage, une brillante aigrette apparut sur la croix du clocher de Hohcn-Gcbrachin, deux voisins, accourus pour éteindre le feu qni leur paraissait envahir le clocher, furent aussi surpris qu'effrayés de se voir la tête couverte de feu et de lumière.
4° Sponholz, cité par Hemmer (4), se trouvait sur la grande
(1) Revue encyclopédique, t. Xll, p. 483 (1822).
(2) Autres exemples : Ann. de ch. et. dephys., t., X, p. 28i. 2" série. Poggendorfs Ann., l.XLVI, p. B'îo. Poggendorff's Ann., l. XXXIV. p. 370 Comptes rendus, l. XLI. p.ll4(l8oS).
(3) J. de Rozier, t. U, p. 271 ; Accul. des sciemes (1773).
(4) Ad. acad. Tlieod. Palal., t. IV, p. 52.
roule, le 18 février 1770; le vent souniait avec violence et la neige lonibail à gros llocons. Tout à coup le cocher aperçut au bout de sou fouet une lueur senfiblable à un charbon ardent. Sponholz, de son côté, vit de petites llammesà l'extrémité du poil de sa casquette de loutre; elles apparaissaient au nombre de trois, quaire ou cinq, tantôt à droite, tantôt à gauche. Quelques instants après, les chevaux eux-mêmes se trouvèrent comme couverts de feu.
5° Le dimanche 17 décembre 1854, en traversant le West- Bostonbridge (pont sur la rivière Charles, entre Boston et Cambridge), mon attention, dit M. Ware, auquel nous empruntons ce récit, a été attirée au milieu de ce pont, qui a 2,483 pie'ds de longueur, par un sifflement très-fort qui provenait d'un candélabre en fer. Au premier moment, je supposai que ce sifflement était produit par la vapeur d'eau provenant de la neige qui fondait sur la lanterne; mais, après un moment d'examen, je reconnus qu'il provenait d'une tout autre cause. En effet, au bout de quelques instants, j'éprouvai une suite de picotements sur le front, et, en élevant la main pour retirer mon chapeau, je fus surpris de voir une brillante décharge d'étincelles électriques s'échapper de tous les points où mes doigts avaient touché ou même approché le bord de ce chapeau de feutre. En m'avançant vers une partie du pont où les candélabres étaient déjà éteints, j'aperçus sur le ventilateur, au sommet et à chacun des angles ou pointes de la lanterne, des jets de lumière électrique longs de cinq à six pouces. En levant ma canne, j'observai le même phénomène, la lumière jaillissait, dans toutes les directions, du bout en acier, en étincelles longues de trois à quatre pouces, et enfin, le bout de mes doigts, recouverts de gants de laine, laissait aussi échapper des aigrettes lumineuses. Le son était très-fort, non-seulement sur la lanterne, mais aussi sur mon chapeau, ma canne et mes doigts. Celui que produisaient les lanternes du pont était parfaitement entendu d'un parapet à l'autre du pont qui a quarante pieds de largeur, et on pouvait même entendre celui que rendaient plusieurs lanternes, bien que la distance qui les sépare soit de deux cents pieds.
Ce son ressemblait à celui d'une chaudière à vapeur qu'on décharge, et peut-être plus exactement à celui de la décharge continue d'une machine électrique ou d'une forte batterie; seulement il était plus fort et le plus considérable de ce genre que j'aie entendu. J'ai remarqué que ces effets lumineux n'étaient sensibles qu'à une hauteur de cinq pieds audessus du pavé du pont (qui, à marée haute, est à six pieds au-dessus du niveau des eaux). Il pouvait être de onze heures à minuit, il neigait fortement; la haute mer avait eu lieu à neuf heures dix minutes du soir, et le vent soufflait avec force du nord-est (1).
6° Le 8 mai 1831, après le coucher du soleil, toute l'atmosphère était en feu et annonçait un violent orage; on aperçut à l'extrémité des mâts de pavillon, à Alger, une lumière blanche en forme d'aigrette qui persista pendant une demi-heure. Des ofliciers d'artillerie et du génie se promenaient sur la terrasse du fort Bab-Azoun ; chacun en regardant son voisin, remarqua avec étonnement que les extrémités de ses cheveux étaient tout hérissées de petites aigrettes lumineuses. Quand ces officiers levaient les mains, des aigrettes se formaient aussi au bout de leurs doigts (2).
Dans quelques cas le feu Saint-Elme s'est présenté sous la forme de flammes, d'autres fois on a même vu le corps de l'homme tout rayonnantdelumière. On en trouve des exemples dans (3) :