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XI. — Feu Saint-Elme au milieu des orages

— MM. Peytier et Hossard, dans les Pyrénées, ont été plusieurs fois enveloppés dans des foyers d'orages tellement formidables, vus de la plaine, qu'on les croyait perdus. Plu-

(1) L'Instilut, t. XXIV, p. 154 ( 1836), d'après /Im'r. Journ. of se. and arts, 2« iîérie, vol. XXIX, p. 272.

(2) Rozet, Voyage dans la régence d'Alger, \ , \. p. 152.

(3) Autres exemples : Ann. de cli. el de phys., 2' série, t. X, p. 284. Echo du monde savant, p 233, 1835. Lichtenberg Mag., t. Y {Gehler, IV). AcoA. des se. de Bruxelles, 9 oct 1841, et VlnstUut, t IX. p. 403, 1841. Arago, d'après le Journal de La Haye. Comptes rendus, p. 822, 1840. L'Universel, 15 mai 1829, elBull. univ.. Partie ,ilalh., t. XII, p. 348, 1829. Americ. Journ. of. se, l. IV, p. 124. Pcllier, Des Trombes, p. 397. Ingen-Housz. Nouv. expér. et observ. de phys., t. II. p. 271.

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sieurs fois leurs cheveux, les glands de leurs casquettes se dressèrent et répandirent une vive lumière accompagnée d'un siCfiement prononcé. — Letestu, en 1786, resta dans son aérostat pendant trois heures de la nuit au milieu d'un orage ; il entendait un bruit étourdissant, sa nacelle s'emplissait de neige et de grêle, les dorures de son drapeau étaient scintillantes.

L'observateur plongé dans un milieu électrisé comme lui ne court guère d'autres risques que ceux des décharges qui peuvent avoir lieu entre des points éloignés de la masse nuageuse électrisée, à cause de l'imparfaite conductibilité du nuage. C'est ainsi que Letestu trouva son drapeau percé, et que MM. Peytier et Hossard reconnurent des traces de fusion au canon d'un fusil laissé hors de leur tente, et une autre fois des traces de carbonisation sur un piquet de bois planté en terre. (Daguin).

Xn. — Le feu Saint-Elme passe graduellement aux décharges presque foudroyantes. — Le feu

Saint-Elme offre divers degrés de volume et d'intensité et passe ainsi graduellement du plus faible point lumineux, de la plus petite étincelle à une décharge presque foudroyante. En voici deux très-remarquables exemples :

M. C. Mène, alors aide-préparateur de chimie au Collège de France, avait établi sur le belvédère d'une maison, à Vaugirard, un fil de fer long d'environ 83 mètres, afin d'étudier la tension électrique de l'atmosphère. Le 26 juin 1850, vers sept heures, au moment d'un orage sur cette localité, M. Mène ayant placé sur le fil une pierre d'aimant assez forte destinée à fixer l'électricité, car les appareils ne montraient qu'une très-faible tension, il vit presque au même instant une colonne de feu sortir d'un éclair, s'abattre sur l'aimant, se promener comme en langue de feu dans toute la longueur du fil et l'illuminer dans toute son étendue ; puis à l'endroit où le fil se perd dans le sol, un bruit sourd et profond se fit entendre pendant quelques secondes. Ce phénomène se répéta à cinq reprises différentes et dura chaque fois près d'une demi-minute. A la troisième fois seulement,

l'expérimentateur entendit une légère détonation et vit une faible secousse dans l'appareil ; alors tombèrent plusieurs tuiles du toit où l'appareil était fixé; un rosier autour duquel le ni était enroulé fut déraciné, brisé et coupé comme par bandes, et toutes les fleurs qui se trouvaient sur le passage du fil conducteur au moment où il arrive en terre furent desséchées dans certaines parties de leurs tiges.

Dans un second orage qui eut lieu le même jour, vers neuf heures du soir, M. Mène replaça la même pierre d'aimant, non plus sur le fil situé sur le belvédère de la maison, mais sur la partie moyenne du même fil. Jl vit bientôt une aigrette lumineuse, bleuâtre, longue d'environ 66 centimètres, qui s'était arrêtée sur l'aimant. Elle ressemblait assez à un fer de lance long et étroit, dont la pointe était tournée vers la terre; sa lumière augmentait d'intensité par moments et diminuait surtout lorsque la pluie tombait plus fortement. A l'un de ces moments, ayant touché le fil conducteur avec une tringle de fer isolée, M. Mène en tira deux ou trois étincelles bleuâtres qui ne lui donnèrent qu'une faible secousse et qui aimantèrent complètement la tringle. Ajoutons que durant le temps où l'aigrette lumineuse donnait le plus de clarté, le fil paraissait comme rouge-blanc, et à l'endroit où il se perd en terre, les pailles, les fleurs étaient attirées à lui et paraissaient aussi lumineuses dans leurs extrémités supérieures. Les gouttes de pluie qui découlaient de l'aimant semblaient brillantes comme des diamants, jusqu'au moment où elles tombaient sur le toit en zinc du laboratoire et faisaient même entendre, à leur tombée, un petit bruit semblable à la décharge des machines électriques; et, en recueillant une centaine de ces gouttes dans un vase de verre isolé, il fut facile d'en charger faiblement une petite bouteille de Leyde.

XIII. — Feu Saint-Elme sans manifestations lumineuses. — Le feu Saint'Elme est, comme nous l avons dit, très-souvent accompagné de sifllement et de crépitations; or, s il fait nu grand jour, la i)artie lumineuse du phénomène manque; on n'en perçoit plus (jue la parlie sonore; ce sont des

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^sirtlements, c'est un bruissement qui partnnt des exti'émités aiguës du corps, transmettent le fluide électrique. Parfois alors on éprouve au' bout des doigts un frémissement, un picotement singulier, tel que le produiraient de nombreuses :pelites étincelles de la machine électrique; on voit les cheweux, sans être lumineux, se dresser, se hérisser, etc. Voici ^quelques exemples de ce genre de phénomène :

1° Wilke rapporte avoir entendu dire que la pointe du I paratonnerre du clocher de l'égiise allemande à Stockholm >sil'Hait comme une couleuvre « Wie eine Schlange zischte, » liquand un nuage orageux passait au-dessus. Très-probableiment alors on l'aurait vue surmontée d'une aigrette lumiineuse si le phénomène eût eu lieu la nuit (1).

2° Le 27 juin 1825, le temps était orageux et la tempête ! menaçait au moment où M. Macvivar se trouva sur le somimet du Ben-Nevis, en Ecosse, avec plusieurs compagnons de woyage. Leur attention fut attirée par un bruit très-singulier (qu'ils entendirent tout autour d'eux; il ressemblait absoluiment au bruissement des étincelles qu'on tire du conducteur (éc la machine électrique. Le son fut toujours clair et plus ou imoins distinct, durant une heure et demie environ. Au I milieu de ce bruissement général, M. Macvivar put nettement ! reconnaître la part qu'y prenaient le sommet de son paraipluie et plusieurs pointes de rochers; ce fut surtout sur le point le plus élevé de la montagne qu'il put très-bien 1 distinguer les pierres par où s'opérait l'écoulement du illuide. Quoiqu'il n'y eût point de doute sur la nature de ce I fluide, une circonstance y apporta de nouvelles preuves : un woyageur qui était resté en arrière, la tête nue pendant plu- •sieurs heures, revint auprès de ses compagnons qui cherichaient un abri 'contre la tempête ; ses cheveux étaient (dressés, hérissés par suite de la répulsion électrique; alors I plusieurs personnes, s'étant également découvert la tête, • offrirent le même phénomène (2).

3° En 17G7, de Saussure, Pictet et Jalabertse trouvaient sur

(1) Schwedische Abhand. XXXlf, d2fi (1770).

(2) .luurn. of se. Editilmn/li. \U, :M2. Ihill. unir. (Parlic Mulk ) \. V

la cime (lu montBreven. Pictet levait le pian des montagnes, et, levant la main pour en demander les noms aux. guides, « il s'aperçut, dit Saussure, que chaque fois qu'il faisait ce » geste, il sentait au bout de son doigt une espèce de frémis- » sèment ou de picotement semblable à celui qu'on éprouve » lorsque l'on s'approche d'un globe de verre fortement » électrisé. Il n'eut pas de peine à deviner la cause de cette » sensation; la vue d'un nuage orageux qui entourait la s> moyenne région du Mont-Blanc, vis-à-vis duquel nous nous » trouvions, lui fit penser sur le champ qu'elle était l'effet » de l'électricité de ce nuage : il nous invita à essayer si » nous l'éprouverions aussi et nous sentîmes comme lui une » espèce de frissonnement tel que celui que produirait un » grand nombre de petites étincelles électriques ; mais crai- « gnant encore d'être séduits par notre imagination, nous « fîmes répéter cette même épreuve à nos guides et à nos » domestiques, et ils éprouvèrent les mêmes sensations avec » une surprise encore plus grande que la nôtre. Mais bientôt )) la force de l'électricité s'accrut au point de ne plus laisser » aucun doute sur sa réalité. La sensation devenait à chaque » instant plus vive et elle était même accompagnée d'une )) espèce de sifflement. M. Jalabert, qui avait un galon d'or » à son chapeau entendait autour de sa tête un bourdonne- I) ment effrayant que nous entendions aussi quand nous » mîmes ce même chapeau sur nos têtes : on tirait des étin- » celles du bouton d'or de ce chapeau, de même que de la » virole de métal d'un grand bâton que nous avions avec nous. ), Cependant l'orage qui grondait avec beaucoup de vio- » lence dans le nuage qui était au-dessus de nos têtes, les » éclairs qui en parlaient à chaque instant, nous avertissaient )) de songer à notre sûreté. ?s^ous quittâmes donc le sommet » do la montagne, et nous descendîmes à dix. ou douze » toises plus bas où nous ne sentîmes plus d'électricité... » Bientôt après, il survint une petite pluie, l'orage se dissipa » et nous remontâmes au sommet où nous ne trouvâmes » plus aucun signe d'électricité. Je ne doute pas que s'il eût » fait nuit, ou même si le jour eût été plus obscur, on n'eût » vu sortir des flammes ou du moins des aigrettes lumi-

. lieuses des extrémités de nos doigts et des bords du cha- » peau de M. Jalabert (1). »

Ainsi, le feu Saint-Elme peut briller à la fois sur des objets et sur des animaux très-divers, à ce point que dans une assez grande étendue de terrain tous les objets ont pu paraître étincelants.

Nous ne connaissons rien de précis sur sa distribution géographique.

On l'a observé plus souvent dans les mois d'hiver que dans les mois d'été ; sur trente et une observations que nous analysons, nous trouvons qu'on ne l'a observé que deux fois dans les mois de juillet, août et septembre réunis.

On l'a observé moins souvent pendant le jour, bien qu'on l'ait vu distinctement, à la pointe d'un paratonnerre, sur le toit des maisons, en plein jour ; c'est qu'il est plus difficile à voir dans ces conditions.

Sur soixante-quatre observations, nous trouvons qu'on l'a observé cinquante-sept fois pendant un orage ; on l'a vu surtout quand il y avait de fréquents éclairs avec ou sans tonnerre.

Le plus souvent le feu Saint-Elme a la forme d'un fer de lance, d'une aigrette, d'une langue de feu, simple ou multiple, tantôt bleue ou bleuâtre, tantôt blanche ou couleur paille, même jaune au centre et bleuâtre sur les bords, souvent très-brillante.

Nous avons noté divers bruits de craquement, de sifflement, de bruissement, de bourdonnement, de pétillement.

Quelquefois le feu Saint-Elme ne touche pas le corps, il se tient à une certaine distance, et forme des étincelles qui voltigent en pétillant dans l'air autour de la tête, des vêtements.

Pendant certains orages, des charretiers, en passant la main sur leurs chevaux, les voyaient, par places, couverte de feux (2). En faisant claquer les fouets, on produisait de vives étincelles (3). Des chevaux agitant leur queue donnaient lieu à une forte lueur (4).

(1) De Saussure, Voy. dans les Alpes, t. II, p. 54, ch.xvi, | 648.

(2) Gilberl's, Ann., t. LXXII, p. 398 (1822).

(3) Mém. de l'Acnd. de Bruxelles, t. lU, p. 560 (1826).

(4) Comptes rendus, l. XLI, p. 114 (1855).

Sestieb.

Dans quelques cas on a vu le feu Saint-Elme sous la forme de nappes de feu, de courants à la surface des corps (4). Souvent il résiste à l'agitation violente de l'air, à la pluie même abondante, tandis que d'autres fois il suffit d'une légère agitation de l'air pour le faire disparaître. Le feu Saint-Elme augmente ordinairement avec l'orage, mais le plus souvent rap[)arition d'un éclair l'affaiblit ou le détruit tout à fait (2).

Théorie. — Pendant longtemps le feu Saint-Elme fut considéré comme un objet matériel saisissable. Le comte de Forbin, dans un temps assez rapproché du nôtre, avait envoyé un de ses matelots le saisir au sommet d un mât.

Le feu Saint-Elme semble le résultat de la recomposition de l "électricité neutre au moyen des deux électricités contrairetv, non point par des décharges foudroyantes, mais par une action continue. 11 est dû à Télectricité qui s'écoule par la surface des corps placés sous l'influence des nuées orageuses, et de préférence et plus aisément par les pointes.

On le produit aisément au moyen des machines, en présentant une pointe métallique à une certaine distance du conducteur. ïl faut opérer dans l'obscurité et charger la machine d'électricité négative ; de cette façon, la pointe métallique donne lieu à l'écoulement d une belle aigrette lumineuse. Si la machine ne donnait que de l'électricité positive, on armerait le conducteur d'une pointe à laquelle on présenterait, à distance, un globe métallique et poli.

Pronostic. — Chez les anciens, le feu Saint-Elme (Castor et Pollux) était d'un favorable augure s'il y avait deux flammes simultanées, tandis qu'une seule flamme (Hélène) était d'un mauvais présage.

Les aigrettes qui scintillaient au bout des piques, autour (le la tèle des hommes, étaient des signes d'un événement heureux ou d'une heureuse carrière. C'est dans ce sens qu'on interpréta les flammes qui brillèrent sur la lance de Lucius

(1) Gilb., Ann., t. LXIV, p. 208 (1820). loxmx. âf phys. de l'abbé Rozier, t. XXXIV, p. 386 (1789).

(2) Philos. Tram., XLVII, p. 339 (1731-52).

FlîU SAINT-ELME

Atrius, sur les piques des soldats de César et de Bélisaire.

On assure, dit Plutarquc, quau moment où la flotte lacédémonienne sortit du port de Lampsaque pour aller contre l'ennemi, on vit briller aux deux côtés du gouvernail de la galère de Lysandre les deux étoiles des Dioscures (Castor et Pollux).

Les feux qui jouèrent sur la tête du jeune Ascagne, flls d'Énée, sur celle d'Alexandre le Grand pendant un combat, sur celle de Servius Tullius encore enfant, furent regardés comme des signes manifestes de la protection divine. On rapporte que la femme de Tarquin l'Ancien, ayant eu connaissance des flamnies qui vinrent se jouer autour de la tête de Servius endormi, le fit élever comme son fils, bien qu'il fût le lils d'une esclave; et, s'inspirant de ce prodige, elle fit tous ses efforts pour le faire parvenir au trône. Les matelots de Christophe Colomb avaient encore tiré des présages heureux de l'apparition de ces feux.

Pour nous, le feu Saint-Elme n'est que le signe de la recomposition de l'électricité neutre de l'atmosphère pendant l'orage ; c'est un signe qu'il existe une certaine imminence de foudroiement, à cause de la tension électrique de l'atmosphère et des circonstances dans lesquelles il apparaît le plus ordinairement.

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