‹ De la foudre, de ses formes, et de ses effetsChapitre 33 sur 72 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Sommaire. — Observations. — Foudre en globe desa-iidanle. — Foudre en globe aswudante. — Foudre pu globe so mouvant de haut en bas et de bas en haut à plusieurs reprises. — Foudre en globe entre deux nuages. — Effets divers. — Effets sur les églises, les clochers, les tours, les autres édilices, les maisons, les tentes, les meules de foin, les arbres, les four^; ii tuiles. — Chute de la foudre en globe sur des paratonnerres. — Chute de la foudre en globe sur un appareil èlectrico-atniospbérique. — Foudre en globe parcourant les armatures naturelles des bâtiments.

Histoire générale. — Caractères. Nombre. Forme. Volume. Mouvement propre. Jet de llamme et d'étincelles. Division. Sifllement. Bruit de torrent. Odeur, vapeur, fumée. Direction. Passage à travers des oriQces. Mouvement de translation. Vitesse. Disparition. Bruit d'explosion. — Effets généraux sur le sol, les édifices, les maisons, les navires. — Perforations, brûlures. — Effets sur l'homme. — Action des paratonnerres sur la foudre en globe. — Bapport entie la foudre en globe et les orages. — Bapporl entre l'apparition du globe, l'éclair, le tonnerre et le foudroiement. — Eclairs ii plusieurs brandies dont quelques-unes sont terminées en boule. — Foudre globulaire des éruptions volcaniques.— Foudre englobe des tremblements de terre. — Foudre en globe sous la forme de nuage roulant. — De la nature de la foudre en globe.

Nous appelons foudre en globe une classe de météores produisant le plus souvent les effets généralement attribués à la foudre vulgaire, et présentant certains caractères particuliers, bizarres, entre autres celui de se montrer sous la forme d'une boule, d'mie sphère, d'un giobe, et de se mouvoir avec une vitesse toujours bien moindre que Tcclair linéaire.

Nous allons en donner quelques observations, puis nous en exposerons l'histoire générale.

SECTIOxN I. — OBSERVATIONS |er — TRAJET ATMOSPHÉRIQUE

Foudre en globe descendante. — 1. i.e professeur Schubler rapporte que pendant l'orage du 31 mai 18^3, qui causa des dommages en plusieurs endroits par la foudre et par la grêle, on vit à Siminersfeld, dans la Forèt-Noirc, vers huit heures du soir, au moment où l'orage était le plus proche ,»t versie sud, deux éclairs d'une forme extraordinaire qui se succédèrent à cinq ou six minutes d"intervnlle. Ces éclau'S lormaient une Irahiée de feu qui se dirigeait vers la terre ,4 à l'extrémité de laquelle on remarquait un globe cnIJamme.

iCe globe brillait d'un éclat plus élincciant encore que la traînée de leu même. La trace du |)remier éclair se dirigeait en ligne droite ; celle du second allait en zigzag/ On croyait woir des fusées de feu d'artifice. Ces deux éclairs turent accom- 1 pagnés de tonnerre; mais ce ne lut ni avec la vitesse ni avec lia force i|u'on a coutumo de remarquer, lorsque le tonnerre I tombe. Aussi n'apprit-on pas qu'on eût été foudroyé dans les (environs de Simmersfeld.

2. Le 16 juillet ITiSO, au milieu d'un épouvantable 1 orage, on vit à Dorkiu (Surrey), comme des tourbillons et des [globes de feu qui en tombant sur plusieurs maisons s'éparpilllaient dans toutes les dn^ections (1).

3. En décembre 1752, pendant un orage qui fit beauicoup de dégâts près de Ludgwan (Cornouailles), on aperçut à

{)lusieurs reprises des boules de feu parfaitement distinctes se précipiter des nuages vers la leri e (2).

4. Le 17 septembre 1780, à East-Bourn (Sussex) , la matinée était très-orageuse; vers neuf heures, parut un affreux nuage noir; James Adair vil alors d'une fenêtre plusieurs boules de feu s'échapper successivement de ce nuage et tomber dans la mer, peu d'instants après il tomba luimême foudroyé (Brereton) (3).

o. Le docteur Kâstner à vu, à onze heures du soir, pendant un orage, une masse de feu {Klumpen Feuer) qui éclata dans l'air avec un effroyable bruit de tonnerre et, comme une raquette, lança tout autour d'elle une multitude d'étincelles. Une maison très-voisine de celle qu'il habitait fut atteinte par la foudre qui n'était sans doute qu'une des divisions du météore igné dont il vient d'être fait mention (4).

6. Suivant le récit de M. de Raumer, il y eut, le 14 janvier 1824, à Heiligenstadt, un grand orage avec grêle, éclairs et tonnerre. La nuit, vers onze heures trente minutes, on vit tomber d'une hauteur qui n'était pas très-considérable, une grosse masse de feu qui éclaira tous les lieux d'à-

(1) W. Child, Philos, trans., p. 309 (1755). Abridg., t. X, p. 634,

(2) Arago, Notice, p. 260.

(.3) Philox. trans., t. LXXI, p. 42 (1781). (4) Hamb. mwjaz., t. IX, p. ;îtjl (1752).

DES FOKxMES DE LA FOUDHE

leatour el lil enlendre en disparaissant un bruit éclatanl comme celui du canon (1).

7. Dans le terrible ouragan de la Barbade, en 1831, on vit à Saint-Vincent des météores de feu tomber du ciel; un surtout, sous la forme d'un globe ardent et d'un rouge vif, descendait perpendiculairement d'une immense hauteur. En approchant de la terre avec une vitesse croissante, il devint d'une blancheur éblouissante et prit une forme allongée; quand il toucha le sol, il se répandit autour de lui en rejaillissant comme un métal en fusion et il s'éteignit sur-le-champ. Sa forme et sa grandeur le faisaient ressembler à un baril ordinaire; son aspect brillant et le rejaillissement de ses parcelles, à un morceau de mercure d'une grosseur égale à celle d'un baril... Quelques instants après l'apparition du phénomène, le bruit étourdissant du vent se changea en un mugissement lointain, et pendant une demi-minute environ des flammes éblouissantes s'élancèrent tout à la fois de la terre et des nuages qui semblaient toucher les toits des maisons et se réunirent dans l'air où elles traçaient d'effroyables sillons de feu... (W.Reid)(2).

8. c( Je demeure, dit madame Espert, cité Odiot, n° 1, au deuxième étage, d'où j'ai la vue sur les terrains Beaujon. C'était au mois de juin 1849, le 16, je crois, à 6 heures 30 minutes du soir, le jour même où le choléra sévissait si fortement dans Paris. La température était suffocante, le ciel paraissait calme dans ce moment, mais on voyait des éclairs de chaleur de tous côtés. Passant devant ma fenêtre, ([ui est très-basse, je fus étonnée de voir comme gros ballon ■rouge, absolument semblable à la lune lorsqu'elle est colorée (ît grossie par des vapeurs. Ce ballon descendait lentement et perpendiculairement du ciel sur un arbre du terrain Beaujon. Ma première idée fut que c'était une ascension de M. Grimm; mais la couleur du ballon et l'heure me firent penser que je me trompais, et pendant que mon esprit cherchait à deviner ce que cela pouvait être, je vis le feu i)ren(lre

(1) Bull, univ., P. Math., p. 246.

(2) Tliéorie des orages, Écho du monde savant, p. 234 (1839).

FOUDHE EN GLOBE

au bas de ce globe suspendu cà 15 ou 20 pieds au-dessus de l'arbre. On aurait dit du papier qui brûlait doucement avec de petites étincelles et flammèclies ; puis, quand l'ouverture fut grande comme deux ou trois fois la main, tout à coup une détonation effroyable fit éclater toute l'enveloppe et sortir de cette machine infernale une douzaine de rayons de foudre en zigzag qui allèrent de tous côtés et dont l'un vint frapper une des maisons de la cité, n° 4, où il lit un trou dans le mur, comme l'aurait fait un boulet de canon : ce trou existe encore; enfin, un reste de matière électrique se mit à brûler avec une flamme blanche, vive et brillante, et à tourner comme un soleil de feu d'artifice. Ce phénomène dura plus d'une minute. C'était un si beau spectacle, que je n'eus pas même l'idée du danger ni de la peur;

, je ne pouvais que m'écrier : Que c'est beau ! que c'est beau I Cependant la détonation avait été si forte qu'elle avait renversé trois hommes dans la rue et jeté une vive émotion dans la cité et dans le quartier. Ma cuisinière fut presque asphyxiée par un rayon de foudre qui passa devant sa fenêtre. La concierge laissa tomber un plat qu'elle tenait à la main, ne pouvant dire si c'était la peur ou la commotion d'un autre rayon de foudre qui descendit le grand escalier de la rue sur le palier duquel elle se trouvait. Un autre rayon de foudre entra dans la pension de madame Loiseau, rue Neuve-de-Berry, où il blessa une des institutrices ; et tous les habitants du n° 4 se précipitèrent effrayés dans la cour, mais sans blessure. Tout Paris retentit du bruit affreux de ce terrible coup de

; tonnerre (1). »

Boule remontante. — La foudre globulaire est quelquefois

1 remontante, c'est-à-dire qu'après être descendue elle remonte

•sans avoir touché le sol; car si elle le frappe et remonte,

mous lui donnons le nom de rebondissante.

La foudre en globe remontante a été observée dans les

I régions élevées de l'atmosphère auprès du sol. Ainsi :

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